L’Unique – Chapitre XVIII

Osipii est parvenu à surprendre « l’instant flou » …

Irénée ne peut s’arrêter là. Lui-même est dans le flou le plus total.

Il reprend de suite sa lecture.

Les instants qui suivirent, Osipii eut beaucoup de difficulté à retrouver ses esprits.

la confirmation de ses soupçons le secoua profondément.

Dans l’obscurité de sa chambre, des pensées tourbillonnaient,

Il se souvint même d’un moment où, par une impulsion soudaine, il avait choisi de lever la tête plutôt que de la tourner.

[Siwiom ! Siwiom ! Siwiom !]

À cet instant précis, le plafond de sa chambre se reconstitua, comblant le vide béant qui se trouvait là une fraction de seconde auparavant. La matière semblait se déployer, comme une fleur qui s’ouvre, partant du centre pour aller vers les bords de son champ de vision.

L’Unique Chapitre XVII


Et si par la suite on apprenait que Capone avait été prévenu parce que les « flics » étaient totalement infiltrés, cette explication venant un peu plus tard, n’était pas vraiment nécessaire.
Sauf que…  Sauf que…  

« Mais oui ! » cria presque Osipii, faisant sursauter tout le monde, y compris sa mère, assoupie comme d’habitude, à la fin du premier quart d’heure.

« Pardon ! », enchaîna-t-il,
« Excusez-moi, c’est à propos du devoir de maths que je dois rendre pour la rentrée des vacances. Il y avait une question qui me bloquait et je viens de trouver la réponse.

Papa, je peux aller dans ma chambre pour le terminer ? »

Avis de passage

Frimousse sérieuse qui cache
un rire tout doux
et l’attache aux carreaux de la chemise
aux petits pas qu’on fait dans les églises
Frimousse, tu m’as servi le repas,
après la promenade dans les champs,
dans les bois.
Et même si jamais
mes pas ne reviennent
Ici, pour longtemps
mes yeux se souviennent du lieu
et de toi.

____

Poème, que j’ai laissé, à Fontenoy la Joute (village du livre)
sous mon assiette,
sur la table du restaurant où je venais de déjeuner.
Cinq ans après, au même endroit,
pour la même raison,
j’allais partir lorsque j’ai vu,
sur un des murs
la feuille affichée.

D’aujourd’hui à demain III

Car il suffit d’un pas
sur la sente où s’éteint, tout doucement l’automne,
d’un soupir,
que la mélancolie égare
entre les pierres gardiennes du chemin,
et,
pour celui que le hasard a guidé,
commence à naître au creux des mains
l’appel du don
l’empreinte de l’aumône,
une parole qu’il faudra lire
et ne finira pas.
Silence en éclats,
l’hiver est là, le feu s’en va.

L’Unique Chapitre XVI

Tiens, tiens… un livre dans un livre ? pense-t-il.
Osipii qui lit un roman de science-fiction, alors que moi-même je tiens son histoire entre mes mains…
Une mise en abyme, comme dans ces vieux contes où le personnage principal découvre sa propre histoire dans un manuscrit oublié.
Il rit intérieurement, imaginant Osipii absorbé, inconscient d’être un personnage sous son regard.
Prolongeant sa pensée sur cette mise en abyme il se dit à haute voix.
« Et moi, suis-je le personnage d’un roman que quelqu’un serait en train de lire ? »

L’Unique Chapitre XV –



Confortablement assis sous son figuier, Irénée ferme un instant le roman.
À la lecture de ces pages, des souvenirs d’adolescent affluent, lui procurant un plaisir doux et sucré, teinté d’un peu de nostalgie.
Il s’était, lui aussi à l’âge d’Osipii, exercé au lâché prise.
C’était au temps de ses lectures de Gurdjieff. Juste après avoir vu au cinéma « Entretien avec des hommes remarquables ».

L’Unique – Chapitre XIV

À la grande satisfaction de sa rivale en tout, il lui proposa de jouer à la « tapette ».
Ce jeu, de mains de gamins – « de vilains » (de Malin ?) ajoutent souvent les adultes – et de claques qui dégénère assez facilement en bagarre pour les participants.

À ce jeu, sa sœur était d’ordinaire imbattable.
Cette boule de nerfs où siégeaient une volonté farouche et un tempérament d’une nature guerrière, gagnait à tous les coups.
Sa gifle cinglante ne manquait jamais une des deux mains posées contre la paume des siennes.

« Aïe ! Mais t’es devenu un monstre ou quoi ? grogna-t-elle, les joues rougies moins par la douleur que par l’embarras.
Depuis quand tu sais faire ça ? » 

Osipii éclata de rire, savourant sa victoire.  « Disons que j’ai appris à être… spontané, répondit-il, énigmatique. Allez, on continue ! »

Dernier plan – XXIII – l’estompe


S’effacer
derrière le rideau de flamme
des colères et de leurs guerres.
Retirer les sandales sur le pas de la porte
et courir, le pied nu
à s’en déchirer la peau
– garder la certitude d’être encore vivant –
derrière tout ce qui fuit
vers la mer,
dans une pluie chaude
qui est si peu de l’eau
et tant de larmes,
à l’écoute,
en cette course vaine,
de la plainte lointaine
qu’une kora mélancolique et inquiète
diffuse
en appel
pour l’oreille qui peut encore entendre.


L’Unique Chapitre XIII

Irénée, assis sous l’olivier de son jardin calabrais, fronce les sourcils, songeur, le livre ouvert sur ses genoux, un de ses petits carnets de notes à ses pieds.
Il relit à plusieurs reprises la phrase d’Éonii, perplexe, tandis qu’une brise tiède fait frémir les pages. 
Et se parlant à lui-même :
« Attends un instant… une certitude complète à 299 ?! »

« Est-ce une erreur de l’auteur ? se demande-t-il, une incohérence dans l’histoire ?
Un léger sourire se forme sur ses lèvres, puis disparait rapidement.
Ou bien… Il marque une pause, une pensée plus troublante prenant forme dans son esprit.
Ou bien … y-aurait-t-il autre chose ? … de plus mystérieux


Irénée, malgré la chaleur de l’après-midi, sent un frisson lui parcourir le haut du dos. Il referme le livre un instant, les yeux perdus dans les ombres mouvantes des feuilles. 
Non, c’est ridicule, se dit-il, tentant de se rassurer.

Ce n’est qu’un livre, une histoire…
Mais pourquoi est-ce que ça me semble si… réel ?
L’instant d’après, sous sa main, presque sans qu’il y pense, sur son « carnet embarqué » se déposent les mots :

Elle croyait, dressant une tour de certitudes,
que le sourire appartenait au visage,
que la caresse était la rencontre des peaux,
que la chaleur était possible sans combustion,
et tant d’autres formules … à piéger le réel.

Relisant avec une pincée d’étonnement ce que sa main venait d’écrire, Irénée reprend, lentement contact avec le roman. 

L’Unique Chapitre XII

Et ce manque de clarté dans l’orientation du livre le déroute, le rend perplexe, tout en piquant cependant sa curiosité.

Va-il vers une nouvelle déception ?

Il voudrait tant que ce phénomène de la ZED donne le jour à une véritable aventure fantastique… quelque chose comme Zanoni de  Bulwer-Lytton, ou le Golem de Gustave Meyrink, jusqu’aux dernières lignes lues, il en était bien loin !

Un autre détail le chagrine un peu : L’absence d’Eonii qu’Osipii semble avoir oubliée.

Une goutte, parut s’arrêter sur le carreau, suspendue un instant, avant de glisser et de disparaître.

Osipii avait regardé cette scène et semblait perdu dans ses pensées.

« …Cette goutte…

[Siwiom ! Siwiom ! Siwiom !]

Rien n’avait justifié son immobilité, choisissait-elle le moment pour tomber ? »