Le Canada s’est dit prêt à « contribuer » à la sécurité du détroit d’Ormuz.

Le président américain Donald Trump à la Maison-Blanche. (Photo d’archives) Photo : Associated Press / Alex Brandon
Les pays de l’OTAN sont des « lâches », affirme le président américain Donald Trump, qui assure que les États-Unis se souviendront de leur refus de les aider à débloquer le détroit d’Ormuz.
Sans les États-Unis, l’OTAN EST UN TIGRE DE PAPIER. Ils n’ont pas voulu se joindre à la bataille pour arrêter un Iran doté de l’arme nucléaire. Maintenant que le combat militaire est GAGNÉ, avec très peu de danger pour eux, ils se plaignent des prix du pétrole élevés qu’ils doivent payer, mais ne veulent pas aider à ouvrir le détroit d’Ormuz
, a écrit le locataire de la Maison-Blanche, vendredi, sur son réseau Truth Social.
Il a ajouté : LÂCHES, et nous nous en SOUVIENDRONS!
Jeudi, le Canada s’est pourtant joint au Royaume-Uni, à la France, à l’Allemagne, à l’Italie, aux Pays-Bas et au Japon après que ces derniers eurent signé une déclaration commune concernant le blocage du détroit d’Ormuz par l’Iran.
Dans ce document, les pays ont exprimé leur volonté de contribuer aux efforts appropriés pour garantir la sécurité de la navigation dans le détroit
.
Vendredi matin, le ministre responsable du Commerce Canada–États-Unis, Dominic LeBlanc, n’était toutefois pas en mesure de préciser comment Ottawa interviendrait dans le détroit d’Ormuz.
Le Canada va continuer de travailler et de définir ce qui sera potentiellement une contribution
, a-t-il déclaré en point de presse.
Et un moment donné, avec d’autres partenaires, le Canada définira sa contribution, mais je pense qu’il faut vraiment travailler avec d’autres pays pour comprendre comment le Canada peut contribuer, comment d’autres pays sont prêts à contribuer, et, à ce moment-là, il y aura une décision conjointe
, a-t-il ajouté.
Le bureau de la ministre des Affaires étrangères, Anita Anand, a quant à lui précisé que tout soutien éventuel du Canada serait guidé par les besoins locaux, ainsi que par les lois et politiques canadiennes, et par des consultations avec les partenaires et alliés.
Un détroit très dangereux
Mais le professeur à l’École de politique appliquée de l’Université de Sherbrooke Rémi Landry insiste : sécuriser le détroit d’Ormuz n’est pas une mince affaire, contrairement à ce que peut laisser croire le président américain Donald Trump.
D’abord, l’Iran est soupçonné d’avoir placé des mines à la surface et à quelques mètres sous l’eau. Même s’il y a juste une mine de déployée, c’est un danger incroyable
, a affirmé le lieutenant-colonel à la retraite à l’émission Midi info, sur ICI PREMIÈRE.
Des navires sont ancrés dans le golfe Persique en raison du blocage du détroit d’Ormuz par l’Iran. Photo : Reuters / Benoit Tessier
Ensuite, il rappelle que les côtes iraniennes n’ont pas été nettoyées
avant le début des frappes israélo-américaines. Il pourrait donc, dit-il, y avoir des bateaux chargés d’explosifs.
Finalement, l’Iran fait exploser presque quotidiennement des drones dans le détroit, qui, même en temps normal, est difficile à naviguer, à cause de sa faible profondeur et de la présence de nombreuses îles.
Pour toutes ces raisons, le détroit d’Ormuz est très difficile à sécuriser
, précise le professeur.
Selon lui, escorter des pétroliers, comme le suggère le président Trump, ce n’est pas suffisant
. De toute manière, il ne pense pas que le Canada pourrait le faire à court terme.
Et, bien que l’armée canadienne possède une expertise de minage, il faudrait du temps pour organiser une mission en Iran, soutient Rémi Landry.
Un message aux marchés
Pourquoi, alors, le Canada et d’autres pays – dont la plupart sont membres de l’OTAN – ont-ils signé une telle déclaration commune, qui ne dit pas grand-chose sur leurs intentions?
D’abord, pour essayer de gérer leurs relations avec les États-Unis
, explique Miloud Chennoufi, professeur en relations internationales au Collège des Forces canadiennes, en entrevue à Tout un matin, sur ICI PREMIÈRE.
Il souligne ensuite que les pays européens, ainsi que le Japon, risquent de souffrir de très gros problèmes économiques si le prix du pétrole se maintient là où il est en ce moment ou si le prix du pétrole augmente encore plus
.
C’est aussi un message qu’on envoie aux marchés. Je ne sais pas trop si ça va être suffisant pour calmer cette flambée des prix [du pétrole]
, ajoute M. Chennoufi.
Une intervention du Canada – ou d’un autre pays qui n’est pas directement impliqué dans la guerre en Iran – a d’ailleurs peu de chance de réussir à faire baisser la pression dans le détroit d’Ormuz, par lequel transite en temps normal 20 % du pétrole mondial, remarque-t-il.
C’est tellement faible comme langage [la déclaration commune signée par le Canada], que ça n’aura aucun impact sur la guerre elle-même
, insiste le professeur Chennoufi. Le blocus iranien du détroit provoque une flambée des prix des carburants.
De nombreuses critiques
La déclaration commune signée par le Canada arrive après de nombreux reproches de la part du président américain.
Mardi, il a assuré que les États-Unis n’avaient plus besoin d’aide
, et qu’ils n’en avaient jamais eu besoin
pour dénouer l’impasse dans le détroit d’Ormuz, bloqué par l’Iran depuis les frappes américano-israéliennes.
La plupart de nos « alliés » de l’OTAN ont informé les États-Unis qu’ils ne souhaitent pas s’impliquer dans notre opération militaire contre le régime terroriste iranien au Moyen-Orient, et ce, bien que presque tous les pays aient fermement approuvé notre action et qu’il ne soit en aucun cas permis à l’Iran de posséder l’arme nucléaire
, a-t-il écrit dans un message publié mardi sur les médias sociaux.
Le président américain a ajouté qu’il n’était pas convaincu que les membres de l’OTAN viendraient en aide aux États-Unis si ceux-ci avaient à nouveau besoin d’aide.
Nous les protégerons, mais ils ne feront rien pour nous, en particulier en cas de besoin
, a-t-il ajouté.
Radio-Canada par Jean-Philippe Daoust avec les informations de La Presse canadienne














