A l’occasion de l’anniversaire de Sharon, reprenons un peu les carnets du grand écrivain, qui désespère de finir un jour ce roman. Il faut y croire.
Perceval McKellen vous le dirait : être le soutien moral d’un écrivain qui n’en peut plus de son livre n’est pas recommandé. Mais il en avait vu d’autres au cours de son existence. Il se raccrochait à cette idée pour tenir. Alexandre Legrand (son vrai nom – il ne disait pas merci à ses parents) était littéralement en pleine crise de nerf géante et Percy lui aurait volontiers administré un coup de casserole sur la tête pour le faire taire. Oui, la violence, c’est mal, mais la seconde solution à laquelle il avait songé, c’était une injection massive de calmant pour rhinocéros. Restaient les oubliettes, qui avaient servi voici fort peu de temps, par conséquent, elles n’étaient pas encore garnies de poussières.
– Je n’en peux plus ! hurlait Alexandre. C’est la dernière fois que j’écris un roman historique, la dernière fois que j’écris sous l’influence de fantômes. J’ai l’impression que certains veulent absolument que je raconte leur histoire, et plus j’écris, plus je découvre des personnes qui veulent qu’on ne les oublie pas. Parce que, quand j’en aurai fini avec l’histoire d’Emma, quand j’aurai enfin trouvé ce qui a causé sa frayeur mortelle. Mon Dieu ! Quels termes effroyables et bien trop littéraires ! Quand je l’aurai trouvé, dis-je, il me restera encore à raconter l’histoire de Renée Flagrier. Puis, il faudra bien que je parle d’Eugénie, morte de la tuberculose à 22 ans, et d’autres encore… Je vous ai parlé, dit-il d’un ton calme et posé (cela faisait du bien après tant d’éclat) de Martin Longeac ? Il était professeur au lycée de la ville. Oui, il y avait, il y a encore un lycée, il s’est agrandi, mais les vieux bâtiments sont toujours là avec simplement de nouvelles fenêtres. Martin Longeac, j’ai trouvé son nom par le plus grand des hasards en faisant des recherches – des recherches, toujours des recherches, pour trouver la solution à cette intrigue. Qu’est-ce que je disais, déjà ?
– Martin Longeac, lui souffla Perceval, en espérant qu’Illustre ne reparte pas dans une crise de hurlements stridents.
– Merci. Il s’est suicidé en se tirant une balle dans la tête, comme Renée Flagrier, la même année que Renée Flagrier. Alors, je sais très bien qu’il n’y a pas de liens, si ce n’est la date et la méthode. De plus, il s’est suicidé dans sa salle de classe. Pour la discrétion, vous repasserez. Cela me questionne, cependant. Des suicides, aussi violents, devaient être rares dans une petite ville de province. Et je n’oublie pas Marie Bertin, ou du moins, une femme qui disait s’appeler Marie Bertin et qui a été retrouvée morte, chez elle, de mort naturelle semble-t-il. De cette femme, l’on ne sait que ce qu’elle a dit, qu’elle serait venue de Savoie, qu’elle aurait eu, au moment de sa mort, quarante-deux ans. Sauf que rien ne permet de le prouver !!! Je n’ai pas la force de faire une recherche sur toutes les communes de Savoie, pour savoir si une Marie Bertin y est bien née, ces années-là. Bon, ce n’est pas tout cela, j’y retourne. Robert, le personnage de Robert, me fuit, comme s’il ne voulait rien me dire. Et je ne parle même pas de sa comparse. Je l’ai surnommée Regina, à défaut de savoir qui elle était. Bref, si vous êtes un fantôme et que vous ressentez le besoin irrésistible de me parler, faites la queue comme tout le monde. 