Kó Mawon Michael Roch

Image


La potentialité d’un récit qui écoute les failles mémorielles, fait relation et diversité et, dans ses brisures de la linéarité, laisse entendre une langue d’amalgame, un créole pour réinventer notre futur, notre lien à la technologie ainsi qu’au temps Dans ce roman d’une SF d’une nécessaire créativité politique, un afro-futurisme caraïbe passionnant, Michael Roch invente un avenir où en bas de l’oppression continue à se pratiquer ce qu’il nomme, avec d’autres, diversalité, une forme d’utopie pour nos avenirs cernés par un techno-fascisme. Mawon, dans sa densité, dans l’archipel de son intrigue et dans le puzzle de sa narration séduit comme une intrigante possibilité, une indispensable résistance.

Lire la suite « Kó Mawon Michael Roch »

La famille Rosenthal Toby Lloyd

Image


Vie d’une famille dans une orthodoxie juive dont on entend indécisions et déraisons, dérapages, deuils et déperditions ainsi que l’impossibilité de raconter une existence hors des relations qui la tissent. Dans son premier roman, Toby Lloyd interroge le poids d’une famille, de son passé, de sa culture et religion et les différentes façons de croire s’en émanciper. Il trouve ainsi une manière, assez habile, drôle et douloureuse, de poursuivre l’invention de l’identité juive. Assez plaisant surtout quand il bascule dans le fantastique d’une évocation de la kabbale et de la dépression, La famille Rosenthal se révèle un joli roman sur la culpabilité, sur l’incapacité tant à s’y cacher qu’à totalement y échapper.

Lire la suite « La famille Rosenthal Toby Lloyd »

Lautréamont et Sade Maurice Blanchot

Image


Des métamorphoses du Mal, de la lucidité éperdue et surtout de la littérature comme expérience. En se penchant avec une vraie attention – un sens du détail, de la correspondance, de la biographie – sur Sade et Lautréamont, Maurice Blanchot poursuit sa définition pratique exemplaire de la critique littéraire : une dialectique écoute de son errance vers l’impossible, les altérations, abandons et adieu de l’écriture chez deux écrivains qui, chacun à leur façon, radicalement remettent en question l’individu, Dieu, la potentialité même d’exister. Dans ces deux études à la fois exhaustives et plongées dans les hantises de l’auteur, Lautréamont et Sade affirme l’acuité et l’intensité d’une vraie lecture.

Lire la suite « Lautréamont et Sade Maurice Blanchot »

L’aquarium Anne Cathrine Bomann

Image


Au miroir de l’intelligence, asociale de la pieuvre, s’offre une vision de nos solitudes contemporaines, de leur ordinaire rupture amicale quand un enfant arrive, quand un deuil ouvre à la réinvention. Dans un style un peu impersonnel, froid si ce n’est plat, à l’image de l’étrangeté et la distance au monde de Vigga, son héroïne, L’aquarium raconte les égarements de toute une jeunesse, la persistance de son isolement et de son incompréhension où soudain l’enfermement animalier, sa contemplation, fait sens et confronte à la disparition. Dans ce roman délicat, Anne Cathrine Bomann scrute avec attention la complexité de nos relations sociales.

Lire la suite « L’aquarium Anne Cathrine Bomann »

Chamanes éléctriques à la fête du soleil Mónica Ojeda

Image


Musique, danse, transe, communion : écoute de nos pertes, oublieuses sublimation de la violence du monde, détournement de nos désirs de disparition. Joliment par Alba-Marie Escalón et Charlotte Lemoine, Chamanes électrique à la fête du soleil s’empare d’un contemporain besoin éperdu de communauté pour restaurer, stellaire, un lien charnel aux forces telluriques, à des rites d’une magie enfuie, à une tradition andine brillamment réinvestie dans la précision de son scepticisme, dans la préservation de son juvénile enthousiasme. Parfois un rien théorique, presque trop assertive, Mónica Ojeda peint un univers d’une noirceur, d’un abandon au chaos climatique, capitaliste et celui du narco-trafic, et ainsi tisse en ses marges d’autres illuminations, d’autres communs dont les solitaires mirages jamais ne sont occultés.

Lire la suite « Chamanes éléctriques à la fête du soleil Mónica Ojeda »