Publié par : Xavier Bordes | 22 novembre 2023

Michel Deguy (décès)


Décès de Michel Deguy

Publié par : Xavier Bordes | 15 mars 2026

Hantise


Hantise  

Le taxi enfile les rues pluvieuses
Contre le parebrise un double arc s’agite
rejetant un ruisselet argenté de chaque côté
La radio en sourdine débite une chanson
en une langue aux consonances africaines

L’habitacle est tiède et vaguement parfumé
Là où le conducteur vous emmène nul ne sait
Le dédale de la cité est tellement vaste et compliqué
que même un habitué n’est pas certain de s’y reconnaître
Les rues sont parcourues par des ombres sous parapluies

Mais on n’aperçoit aucun Minotaure nulle part
Et la pluie semble inoffensive qui ruisselle sur l’asphalte
Alors pourquoi ce bizarre malaise gris qui plane sur les choses
Soudain nous vient en un éclair de lucidité
l’intuition brutale que le Minotaure est en nous…

 

19 Février 2026

Publié par : Xavier Bordes | 13 mars 2026

Comme sur Terre


Comme sur Terre

Sans doute existe-t-il des mondes
illuminés de soleil où la vie est si calme
que tout va bien Une brise tiède y rebrousse
doucement les hautes palmes à nervures souples
et promptes à se balancer comme les mains
d’un chef de choeur qui dirigeraient telle mélopée
de plain-chant dédiée à l’Esprit créateur

Et ce choeur est fait des voix unanimes de nos rêves
De toutes les présences spectrales, insaisissables
qui nous inondent de leurs absences
et nous cernent d’inflétrissables souvenirs
telles autour de la dalle fatidique encore future
ces plates-bandes fleuries de blancheurs fatiguées
analogues à de pauvres lis de mer nés du sable
oblique où la mer vient mourir en ressassant son immensité

Il y circule des parfums qui respirent l’essence de l’azur
Et d’autres imprégnés de l’inquiétude des nuits
qui mêle fantasme et volupté en un sommeil opiacé
Comme dans le monde que l’on dit « réel »
des Anges de lumière y combattent les Démons des ténèbres
et l’on y constate non sans un certain désespoir
que les entités même au Neuvième Ciel s’entretuent
pour des idées absolument sans fondements…

Publié par : Xavier Bordes | 12 mars 2026

Naguère et de nos jours…


Naguère et de nos jours

C’était bien naguère encore
lorsque l’avenir était ouvert
à l’espérance – aussi fallacieuse
que soient les espérances

immanquablement décevantes
à l’image même de l’existence humaine
que l’on traverse en faisant l’autruche,
se vouant à l’accaparement du présent
afin qu’il occupe toute la place
dans notre conscience

et qu’il nous dissimule que tout absolument tout
finira mal – que c’est là l’inéluctable
essence de la vie et ce
en dépit de toutes les fables !

Publié par : Xavier Bordes | 10 mars 2026

Mondazur


      (Cinq poèmes sans but.)




              1.   

L’essoufflement
le risque
de mourir peut-être
d’émotion

                           Il

se rêve un monde léger

            une fougère dans le ciel



                   a  v  e  c   l  e  s   o  i  e  s                                                                                                                                                                                                                    
                                               g  
                                            a   
                                         v
                                      u         
                                   a     
                                s     




      une spirale dans les eaux  
      nacre translucide et sans dragon

M o n d a z u r de rochers plus poreux que l’air

Carène emmaillée des racines du Pin

       et ce carré de neige en l'ombre 

                      oubliée

L a g o n dans le ciel

La défaillance à l’amble de ton coeur
fragile ra-
cine de jade

         semant cinq marguerites
                                  entre les dents
                                  de la vague

au cours du paisible voyage …

               2.




     Soit bannie 

         toute grâce dont l'effort       

     n'y serait point laissé à l'abandon du temps :


             m ê m e a u x 
             p i e r r e s 
             v i e n t l e 
             l a i t d e l 
             a s i l i c e
             a f f l e u r 
             e s c e n t e


    tels en ce sceau      que tu choisis
                  montagne

     les tourments d'un destin enfin pétrifiés



    telle aux langues de Songs   immuable, allusive
                  la sentence

    où l'essentiel se dit sans traces de l'auteur


                    A h   m a u v a i s    
                    g o û t   d u   j e 
                    s i    l o n g    à
                    s  a  t  u  r  e  r



            L'extrême attention au monde
            L'extrême distraction aussi

       le laurier des années couronnant les ruines
       le jardin des courants de gravier 

                                  dans la bruine ... 





                   3.




 Ce que j'élude : un art extrême :

 tous les mots éprouvés, recéder le plus humble   
 si c'est sa place,
                    ou bien le plus précieux


 qu'il tienne au creux des mains aussi
 rarescent et docile 
                     qu'un galet
 prêt à bondir,
                     qu'une rainette...



        NON   LE   SIGNE
        NON   L'IMPRESSION   
        NON   LE   SENS 

        MAIS DISAIS-JE L' A M B L E  DES CHOSES



leur  a m b r e   mêmement
                            immobile au soleil
où se dissolvent lentement les grands nuages
    à l'heure où
                 sur l'étang

le Centre renonce à bondir et ferme sur un nénuphar
                 son poing de jade ...  







                   4.




       Un souffle ...
                       un jardin,




           des grues
                      ou des hérons cendrés
   à l'angle d'un palis de bois



           Une roche
                      plate au contour,
   inégale et polie


           La flûte 
           et le faisan doré

Et partout
de vastes fleurs écarlates

Et partout

          la  Paix  au  point  d'en  oublier


                     Toi
                      &
                     Moi.







               5.





          Le moindre
                      enfin trébuché


          Or

          Délivré de cela même qui délivre
          Ne quêtant pour l'idée
          aucun lieu d'accès


          Une fougère migratrice

          Un enfant de cristal
          Sans souvenirs



     Sérénité de n'épuiser jamais le contenu
           d'une pensée


     De cueillir de la main le cours serein et vert
           sans même y boire



L a   b a r q u e   i n d o l e n t e   g l i s s e    

           a v e c   l a   b r i s e

s u r   l e s   c i m e s   e n n e i g é e s

           d e   l ' e a u     
Publié par : Xavier Bordes | 9 mars 2026

Armageddon ?


Armageddon ?

Si paisible est le jardin
sur lequel j’ouvre la baie
Nous sommes en mars mais le gazon
est gorgé de soleil et luisant
Un merle y sautille
puis s’essore sur sa branche préférée
pour d’inépuisables vocalises
Une pie survient, un instant coiffe
un poteau, s’enfuit aussitôt
Les touches de noir et blanc sur son corps
lui confèrent une sévère distinction
Calmes sont les grands arbres
les pins aux allures japonaises
les saules nus encore et d’autres
précoces buissonnent, moussant
d’un nuage de floraisons roses
La lumière s’y attarde avec volupté
Ne se joint à la voix pure du merle
que celle d’un silence quasi-religieux
alors que nous sommes dans Paris
à dix heures et quelques du matin
tandis que ne quittent pas mes pensées
le vacarme terrible et les images
des missiles qui par milliers explosent
au Moyen-Orient par la faute d’un clan
inhumain et délirant de religieux fanatiques !

 

Publié par : Xavier Bordes | 7 mars 2026

Fin de matinée ou l’Archétype


Fin de matinée ou l’Archétype

Jadis en flânant parmi les rangées d’oliviers
il cherchait lequel cachait le vent dans son ombre
Et aussi lequel de son feuillage épongeait le mieux
les générosités radieuses du soleil de midi

Rien en dehors de cela ne lui semblait plus beau
que de croiser le sourire d’une femme aux cheveux d’été
cheminant sur le sentier bordé de menthes
qui menait par lacets successifs jusqu’au plateau des vignes

Machinalement quelquefois des silex roulaient sous ses pieds
Il les ramassait vivement pour le plaisir en les entrechoquant
de respirer l’odeur d’étincelles et de poudre de la pierre
qui lui faisait penser au poète Odyssea Elyti relatant

sa jeunesse et ses premiers émois amoureux à Ligonéri…

 

 

Publié par : Xavier Bordes | 6 mars 2026

Hasarderies


Hasarderies

Leur périple achevé, les caravelles de ta langue accostent poèmes au quai de tes mains !

Est-il comme la pensée et la philosophie, ce Dieu qui ne répond jamais ?

La sorte de relâchement et d’inattention au monde qu’implique le « bonheur » se paient toujours au prix fort.

On appelle violence la force que son propre jaillissement, trop longtemps contenu, aveugle !

Contiens-toi, Poète, et ménage le compte de tes syllabes comme si c’étaient des euros !

Publié par : Xavier Bordes | 6 mars 2026

Après tant d’années


Après tant d’années

L’apparition qui nous visite est modelée dans de vieux souvenirs ; elle rassemble la foule des Mères, des Tantes, des Amantes et des Soeurs absentes ; elle les fond en un bouquet qui a « le doux parfum des giroflées » associé aux « inflexions des voix chères qui se sont tues ».

C’est que malgré l’illusion violente, le mauve Passé, lentement, tourne à l’ultra-violet. Pour nous qui connûmes des temps meilleurs, des avrils constellés dont les parfums bruissaient d’abeilles heureuses – ô barbarie croissante entre les humains ! – la Terre rétrécit et devient chaque jour plus inhabitable.

On la dirait programmée comme les bulles de savon, pour que toute conscience du temps s’y achève en explosion.

Publié par : Xavier Bordes | 5 mars 2026

Émule d’Ixion


Émule d’Ixion

Le visage enfoui dans une chevelure
qui sent le miel de lavande
on écoute respirer doucement
l’endormi nonchaloir de la Beauté
tandis qu’à travers la pénombre
quelques fugaces lueurs de rêves
caressent les murs de la chambre
et que l’on entend vaguement passer au coin
de la rue un ronflement d’automobile
Plus tard les vocalises du merle
annonceront qu’il se prépare une prochaine
aurore dont la lumière affermira
la réalité d’éblouissantes nuées
en occupant le bleu miroir du ciel
où si la chance veut bien s’en mêler
l’on apercevra telle illusion rose
et divine jadis surnommée Néfélé…

 

Publié par : Xavier Bordes | 4 mars 2026

Réflexions sur un hiver passé


Réflexions sur un hiver passé
Les doux hivers en famille
qui sentaient le sapin et l’écorce d’orange…
Quand toute la journée devant la fenêtre il neigeait
de blancs flocons qui descendaient à travers le gris
pour nous donner l’impression que la maison
d’un mouvement uniforme et silencieux
montait tranquillement vers le ciel …

On aimait s’ennuyer à rêver au chaud
Par exemple en imaginant au-dessus des toits
slalomant entre les cheminées fumantes
le traîneau rouge du Père Noël et ses rennes
coiffés d’une petite forêt, déversant
des paquets enrubannés de tous côtés
sachant cependant fort bien
que le Père Noël, ses cadeaux et ses miracles,
n’existe pas – que c’est juste une fable afin
de ménager un peu de bonheur aux petits enfants
avant qu’ils ne découvrent les réalités
unformément pénibles de l’existence humaine !

1/3/1997-4/3/2026

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