Endormir l’orage, Natacha Wolinski

écrit par la fille de Georges Wolinski, l’une des victimes de l’attentat de Charlie hebdo le 7 janvier 2015

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Dans ce texte, Natacha Wolinski réveille les noms de ceux qui ont disparu. Que ce soit comme son père lors de l’attentat, ou la disparition des nombreux membres de sa famille aux origines multiples. Polonais, grecs, tunisiens, ils sont tous une part de ce qu’elle est aujourd’hui et c’est à eux quelle s’adresse.

Émotion à la lecture, mais aussi au souvenir de ces tragiques événements qui nous ont tant bouleversés et qui font qu’aucun de nous n’est le même qu’avant.

Mais de ces morts, de ces hommes et ces femmes qui ne sont plus émerge un sentiment de vie, de continuité de la famille, de souvenirs et de présent a construire.

Il y a à la fois des questions et de l’espoir, de la tristesse et de la révolte, des mots pour dire ce que l’on ressent avec beaucoup de pudeur et de poésie. Et ce malgré l’horreur de ces disparitions, lors de l’attentat ou dans n’importe quel ailleurs. Et cette disparition est toujours difficile à accepter.

Un court texte a découvrir dans la collection La rencontre, chez arlea, cette maison d’éditions qui nous propose toujours de si belles choses à lire.

Catalogue éditeur : Arléa

Je suis plus fragile qu’un papyrus
et plus dure qu’un frêne,
tout me consume et rien
ne m’abat,
je suis le chiendent
aux racines solides
par vent violent

Le 7 janvier 2015 a lieu l’attentat contre Charlie Hebdo. Le procès s’achève dix ans plus tard.
Sous la forme d’un long poème, Natacha Wolinski, fille du dessinateur Georges Wolinski, porte les voix de ses origines polonaises, grecques, tunisiennes, jusque dans l’enceinte du Palais de Justice. De ce texte sidérant de beauté et de justesse émerge un formidable élan de vie.

Collection : La rencontre / janvier 2026 / 80 pages / 13 € / ISBN : 9782363084286

Marcher dans tes pas, Léonor de Recondo

Quand Léonor marche dans les pas d’Enriqueta…

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Enriqueta, sa grand-mère espagnole a tout quitté le 18 août 1936 pour franchir le pont sur la Bidassoa, quitté sa maison, ses frères, son pays pour se réfugier en France, à Irun, fuyant l’avancée franquiste et la guerre civile.

Quarante années ont passé mais le souvenir de l’exil est toujours présent dans les veines des descendants de Félix et Enriqueta.
Si Léonor est née française, elle est aussi devenue espagnole, cette nationalité qui coule dans ses veines et qui avait été enlevée pendant de longues décennies à ses parents et grands parents.

C’est la tête remplie de ses fantômes qu’elle remonte le fil du temps. De la fuite, de l’exil, des morts et des vivants, de ceux qui ont combattu et de ceux qui se sont perdus à attendre ceux qui ne reviendront pas.
La guerre civile espagnole est toujours une plaie vive dans le cœur de ceux qui ont fui, de ceux qui ont perdu les leurs, de l’histoire.

J’ai aimé ce livre qui raconte la famille, le manque, la fuite et la perte de ce que l’on a été. Mais qui dit aussi la fidélité à travers les générations envers ce qui fut, envers un pays, une nation, une famille.

À la fois souvenirs, roman, anecdotes, prose et poésie, lire Marcher dans tes pas c’est parcourir le chemin qui mène aux disparus, ceux que l’on ne va pas forcément retrouver devant leurs tombes, mais qui restent présents éternellement dans le cœur de ceux qui s’en souviennent.

Merci Léonor pour nous avoir dévoilé cette part de vous, ce cheminement intime et personnel qui devient universel.

Catalogue éditeur : L’iconoclaste

EAN : 9782378805012 / 242 pages / 21/08/2025

Traverser les montagnes et venir naître ici, Marie Pavlenko

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Astrid est une jeune femme de 40 ans qui a perdu tout ce qui comptait dans sa vie. Son époux et ses deux enfants ont tragiquement disparu. Veuve, orpheline de deux fils, puisqu’il n’y a aucun mot pour exprimer ce qu’est un père ou une mère qui a perdu ses enfants.
Sa vie est un vide abyssal qu’elle ne peut plus accepter.

Elle décide de tout quitter pour s’installer dans le Mercantour. Une région que son mari adorait arpenter pendant des jours, seul, ivre de nature et d’espace.
Sans même l’avoir visitée elle achète une maison et vient s’y abriter. Située en bout d’un minuscule village isolé de tout, en particulier en hiver quand la neige blanchit les montagnes, elle a trouvé le lieu idéal pour disparaître à son tour.

Soraya a traversé des pays et des montagnes, a abandonné sa famille loin derrière elle, pour trouver refuge au pays des droits de l’homme.
Cette jeune fille de dix-sept ans à peine porte en elle l’enfant du viol dont elle a été victime sur son chemin vers la liberté.

C’est au cœur d’un hiver blanc que les deux femmes se rencontrent.

L’une se terre dans le silence et l’oubli des autres, tournée vers cette indicible peine qui la cloue chaque jour un peu plus et l’empêche de vivre.
L’autre refuse même de voir la chose sortie de son ventre, et espère pouvoir revivre sans ses peurs de chaque instant dans ce pays dont son père lui a tant parlé.

Très beau roman qui parle de douleurs intimes, de deuil, de viol, de la difficulté à quitter son pays pour espérer vivre ailleurs alors que rien ni personne ne vous attend. De la famille qui n’est plus, de celle que l’on quitte, de celle aussi que l’on n’a jamais eue.

Ce que j’ai aimé ?

J’ai aimé les personnages aux caractères forts, ceux de ces deux femmes en particulier. Mais aussi Ida, qui accompagne et sais attendre le moment où Astrid sera prête à parler. À aider. À vivre à nouveau.

Si les situations et les événements sont parfois un peu trop manichéens, attendus, la façon de les présenter avec une forme de douceur, sans voyeurisme, et à travers des relations très réalistes fait bien passer l’ensemble.

Catalogue éditeur : Les Escales

Astrid a tout perdu. À quarante ans, plus rien ne la retient, alors elle part. Elle achète sans l’avoir visitée une maison isolée dans la région montagneuse et sauvage du Mercantour. Parmi ses bagages, un carton marqué d’une croix rouge, ce qu’il lui reste de sa vie passée.
Soraya a tout laissé derrière elle. Sa Syrie natale, sa famille, ses amis, son insouciance. Elle traverse la montagne pour rejoindre la frontière française en se cachant de la police. Dans son ventre, une vie qu’elle déteste grandit.
Deux destins de femmes inoubliables. Deux douleurs indicibles qui se rencontrent et s’apprivoisent.

Date de parution : 22/08/2024 / 21€

Almah, une jeunesse viennoise, Catherine Bardon

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Les grandes séries ont toujours leur préquel. Ce tome qui vient de paraître est donc celui de l’inoubliable série Les Déracinés, déjà découverte par plus de deux millions de lecteurs.

Dans ce nouvel opus, Catherine Bardon nous fait rencontrer Almah, son héroïne, depuis sa naissance à Vienne en 1911 jusqu’à la rencontre avec Wilhem, enfin Wil pour les intimes, en 1932.

Julius Khan est un médecin connu et réputé lorsque sa fille voit le jour. Hannah sa femme a terriblement souffert de la perte de leur premier enfant et met toute son énergie dans l’espoir de satisfaire leur besoin d’enfant. C’est donc Almah qui vient faire le bonheur du couple.
Une Almah belle comme le jour, brillante enfant adorée par ses parents, élevée à Vienne dans les années joyeuses et faciles. Puis celles plus difficiles de la première et de la seconde guerre mondiale.

Vingt deux ans donc, d’une vie ponctuée de bonheurs, d’énergie, de plaisir, à parfaire son éducation, sa culture, entre sa famille et celle de Heinrich, l’ami de toujours.
Almah, jeune juive qui entre dans l’âge adulte au moment de la chute de l’empire austro-hongrois et où l’Europe connaît la montée du nazisme.

J’ai aimé rencontrer Almah jeune, enfant, fille, adulte. Elle que je ne connaissais que dans L’américaine, j’ai désormais hâte de piocher dans ma bibliothèque pour lire les autres tomes de la série.
Quelle belle idée de l’avoir faite vivre ainsi pour que tous ceux qui l’aiment tant puissent la retrouver.

Catalogue éditeur : Les Escales

Vienne, 1911. Almah Kahn naît au sein d’une famille de la grande bourgeoisie juive. Son père, chirurgien réputé et grand amateur d’art, est aussi un mécène qui côtoie les plus grands artistes de l’époque. Sa mère, pianiste de talent, soigne son spleen auprès du docteur Freud dont elle est l’une des premières patientes.
Au cœur de ce bouillonnement culturel, Almah chemine vers l’âge adulte. Elle grandit dans une Autriche terriblement meurtrie par la guerre et marquée par la chute de la maison Habsbourg, tandis que se profile le spectre du nazisme.

Date de parution : 10/10/2024 / 19.90 € / EAN : 9782365699174 / pages : 192

Danse avec tes chaînes, Anaëlle Jonah

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Ils sont quatre, frères et sœurs, Michel, Patricia, Marie-Thérèse et Joseph. Si La Réunion n’avait pas au quotidien des airs de paradis, c’est pourtant pour connaître un enfer qu’on leur a fait un jour quitter leur île.

Dans les années 70, les politiques se sont soucié de la désertification de certains départements de métropole, et demandé comment continuer à peupler les campagnes et à produire s’il n’y avait plus de jeunesse pour aider les paysans.
À la même époque, l’argument de famines successives dans les îles, qui nous semble aujourd’hui incroyable, a été un excellent prétexte pour faire venir des fratries entières en métropole
Tout en faisant espérer une vie meilleure, l’intégration dans une famille, des études, un travail, à ces enfants rarement orphelins mais toujours arrachés à leur familles sous de fallacieuses promesses.

C’est ce qui arrive à ces quatre enfants et adolescents
Faisant croire à leur mère qu’ils seront plus heureux, qu’elle pourra les revoir chaque année, alors que pas plus elle que les autres mères comme la plupart des enfants déportés ne se reverront.
Après des semaines en orphelinat, d’abord sur l’île puis après un long, très long voyage, dans la Creuse, les enfants doivent subir de nombreuses brimades avant d’avoir enfin la chance d’être adoptés par des familles.
Enfin, la chance, c’est ce qu’on leur disait, mais la plus grande partie d’entre-eux a subi un esclavage qui ne disait pas son nom.

C’est enfin au tour de Marie-Thérèse et Joseph. Alors que leurs aînés sont partis depuis longtemps dans des familles et qu’ils n’en ont plus aucune nouvelle, ils sont embarqués par un couple d’éleveurs. Rebaptisés Marie et Florent, ils doivent travailler sans relâche, exploités, affamés et usés par des paysans sans scrupules. Pour eux, aucun école, pas d’éducation, de soin ou d’attention, ils sont à peine mieux traités que les bêtes de somme de l’exploitation, peut-être même moins bien.

En faisant parler Marie, alternativement dans ses années de jeunesse puis aujourd’hui, l’actrice déroule pour le lecteur le long supplice qu’on vécu certains de ces enfants, explicité et raconté par celle qui l’a vécu au plus intime.
Non seulement déportés loin de leur famille, de leur berceau natal, mais surtout accueillis dans les conditions les plus inhumaines et déplorables possibles.

J’ai aimé l’alternance des voix, des temporalités, des points de vue aussi, pour nous ouvrir les yeux sur cette situation que l’état français a reconnue depuis peu, et sur laquelle quelque romans ont déjà été écrits.
L’autrice donne un autre éclairage, et surtout une personnalité particulièrement émouvante à son héroïne. Son attachement à son frère, l’éloignement de la fratrie, le besoin de revenir aux racines, semblent si véridiques et tellement réels que je me suis surprise à chercher si Joseph Gosse avait réellement écrit ces poèmes…

S’il existe bien un récit autobiographique d’un certain Jean-Pierre Gosse (La Bête que j’ai été. Le témoignage d’un Réunionnais déporté dans la Creuse en 1966, Éd. Alter Ego) je n’ai pas trouvé de lien avec celui du roman.

Pour aller plus loin :
On peut lire également les romans de Marina Carrière d’Encausse, Les enfants du secret, et celui de Léo et Ghyslène Marin, L’enfant du volcan. Ou encore Alexia Stresi, Batailles et Ariane Bois, L’île aux enfants.

De 1962 à 1984, au moins 2 150 enfants réunionnais relevant de l’Aide sociale à l’enfance ont été transférés dans les départements métropolitains sujets à l’exode rural comme notamment la Creuse, le Tarn, la Lozère, les Pyrénées-Orientales, le Gers, dans le cadre de la politique de migration mise en place par le BUMIDOM (Bureau pour le développement des migrations intéressant les départements d’outre-mer). Cet épisode peu glorieux n’a été médiatisé en métropole que dans les années 2000. (source Wikipedia)

Lu dans le cadre de ma participation au jury, un roman de la sélection 2024 du Prix Littéraire de la Vocation

Catalogue éditeur : Fayard

Plongée au cœur d’un épisode sinistre et méconnu de l’histoire de France, au cours duquel des milliers d’enfants furent littéralement déportés pour repeupler certaines régions en proie à la dénatalité et à l’exode rural, ce premier roman ambitieux et poétique est surtout une ode à la réinvention de soi et à la liberté. Celle-là même dont Nietzsche disait qu’elle consiste à danser avec ses chaînes.

Anaëlle Jonah est journaliste. Danse avec tes chaînes est son premier roman.

Date de parution 21/08/2024 / pages 480 / EAN 9782213727714 Prix du format papier 22,90 € / EAN numérique 9782213730035 Prix du format numérique 15,99 €

Des frontières et des femmes, Manuela Parra

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Il est temps que je vous parle de ce livre, recueil de témoignages écrit par Manuela Parra, après ses rencontres avec des femmes qui ont quitté l’Espagne au moment de la guerre et sous Franco.

Dix femmes, Suzana, Ema, Herminia, Sara, Lucia, Josefa, Isabel, Nuria, Carmen, Armelle, mais aussi Naya qui quitte d’autres rivages pour le même exil.
Des voix qui transmettent la douleur, le manque, l’exil et toutes les souffrances mais aussi les espoirs que cela représente.
Une écriture à la fois sobre, intimiste et universelle pour dire les départs d’alors et ceux d’aujourd’hui. Pour dire le chagrin et la difficulté d’adaptation malgré toute la bonne volonté de chacune, pour dire ceux qui sont restés au pays et auxquels on pense chaque jour, puis toute une vie.

Des témoignages pour transmettre, faire comprendre que chaque génération connaît ces vides et ces absences, ces vies qu’il faut laisser au pays pour partir se reconstruire ailleurs. Là où on ne vous attend pas.

Très court, vite, presque trop vite lu, mais lourd en émotion, face à ces femmes résilientes et fortes, face à leur courage, leur pugnacité, à toute cette solidarité qui fort heureusement aussi s’exerce pour aider et accueillir son prochain.

Catalogue éditeur : éditions chèvre-feuille étoilée

Des frontières et des femmes : Depuis plus de quinze ans, Manuela Parra, artiste, poète et présidente de l’association Voix de l’extrême Poésie et Culture, sillonne la France et l’Espagne pour rencontrer des exilées, des survivantes.

En 10 récits, elle nous transmet leur témoignage. Celui de femmes courageuses qui ont voulu dans leur jeunesse sculpter avec force les contours d’une société nouvelle. Celui de femmes qui ont suivi à pied les longues files de l’exil pour se réfugier en France afin d’échapper à la brutalité des troupes franquistes. Celui de jeunes adolescentes d’origine et de nationalité différentes qui ont connu des destins semblables.

ISBN : 9782367951614 / Paru le 28 février 2024 / 17,00€

Deux grands hommes et demi, Diadié Dembélé

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Manthia parle, et parle encore. Au traducteur qui doit compléter son dossier pour le juge. Car Manthia le malien est en centre de rétention après avoir été arrêté avec de nombreux autres sans-papiers à Paris, dans les années 1990.
Il vivait dans un petit village qu’il a dû quitter pour Bamako, et tenter de gagner assez d’argent pour aider ses parents et faire vivre sa toute jeune femme. Contraint au départ, il ne peut rester à la capitale que des troubles politiques rend incertaine.
C’est donc en France qu’il arrive, avec Toko, son ami du village forcé à l’exil lui aussi.

L’arrivée au pays de cocagne est violente et difficile. Les promesses de vie meilleure s’avèrent des fables racontées pour rassurer ceux restés au pays et qui attendent l’argent que doivent leur envoyer les émigrés. Pas de papier, pas de travail, pas de logement. Mais des galères, des dettes à vie pour rembourser le passage, les aides, les parents voleurs et profiteurs de ces hommes qui ne parlent pas la langue et vivent dans la plus grande précarité.

Avec sa langue imagée et vivante, Diadié Dembélé fait paler Manthia qui raconte l’enfance, la jeunesse, le village, les contraintes liées à la famille et aux obligations de soutien que cela implique. Mais aussi les galères rencontrées par tous ceux qui ont un jour quitté le pays pour se fracasser sur la barrière de la langue, de la loi, de la justice, d’un pays pas toujours prêt à les accueillir malgré toute la bonne volonté dont ils peuvent faire preuve.

Un auteur découvert avec son premier roman Le duel des grands-mères, lauréat du Prix de la Vocation et qui confirme ici son talent d’écrivain.

Catalogue éditeur : JC Lattès

De Bamako à Paris, deux amis, Manthia et Toko, vivent la route de l’exil de façon très différente. 
Ils sont originaires du même village au Mali. À la vingtaine, face à une récolte infructueuse, ils n’ont d’autre choix que de rejoindre la capitale, Bamako. Mais en 1991, les troubles politiques et sociaux les poussent à nouveau à partir. En France cette fois. 
C’est Manthia qui raconte leurs histoires depuis un centre de rétention administrative. Il se confie à son avocat grâce à un traducteur en espérant obtenir des papiers. Le traducteur l’interrompt souvent. Est-ce qu’il cherche le mot juste ou à le contraindre à un autre discours ?

Date de parution 10/01/2024 / Pages 234 / EAN 9782709672092 Prix du format papier 20,90 € / EAN numérique 9782709672399 Prix du format numérique 14,99 €

Écoute la pluie tomber, Olivia Ruiz

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Dans son précédent et premier roman, Olivia Ruiz nous avait fait rencontrer les sœurs Ruiz, en particulier Rita, et nous les avions suivies lors de leur arrivé en France.
Dans Écoute la pluie tomber, c’est Carmen, une autre des trois sœurs, qui tient le rôle principal.

Suite au décès de sa nièce Cali, elle se remémore tout ce qui a forgé sa vie et a fait d’elle celle qu’elle est aujourd’hui. Les rencontres, les amours et les trahisons, la prison, les erreurs, mais aussi les rêves, les voyages, la famille, la solidarité.

On y retrouve la vie de ces femmes qui tiennent un café à Marseillette, leur travail et leur complicité. Puis le coup de foudre de Carmen pour le bel Antonio, un toréador séducteur et séduisant, sa fuite loin de Marseillette. La trahison d’Antonio, plus mafieux que toréador qui la conduit en prison. Là elle va faire la découverte d’une amitié solide et du plaisir de lire malgré la dure vie des détenues, surtout pendant cette période franquiste. Puis le voyage en transatlantique.

L’écriture est séduisante, élégante même, les images nous parlent, les personnalités sont bien installées. Les périodes évoquées, le franquisme et l’exil en particulier, toujours très bien campées et émouvantes. Pourtant il m’a manqué l’envie de compatir, d’aimer, d’apprécier. Peut-être toutes ces années sont-elles trop rapidement survolées pour me toucher vraiment. Et surtout, tout est un peu mélangé, on a du mal à s’y retrouver.

Je ne me suis laissée embarquer ni par l’intrigue ni par les personnages, l’ensemble était un peu trop brouillon, trop rapide à mon goût, il m’a manqué un je ne sais quoi en plus pour avoir envie d’aimer Carmen, pour la comprendre et l’apprécier. Mais qu’importe. C’est un vrai bonheur d’écouter Olivia Ruiz nous conter cette aventure. J’ai passé un excellent moment en sa compagnie à la rencontre des sœurs Ruiz.

Catalogue éditeur : Audiolib, JC Lattès, Le Livre de Poche

Marseillette, 1977. Dans le café qui l’a accueillie, étouffée, puis révélée, Carmen pleure sa nièce chérie. À plus de quarante ans, elle se rappelle les personnages qui ont changé sa vie.
Ceux qui l’ont fait plonger, l’ont remise dans le droit chemin. Ceux qui ont su percer ses failles et écouter ses désirs. Sans oublier ses soeurs, dont elle partage les stigmates de l’exil mais refuse de suivre la route.
Parce qu’après tant d’épreuves, Carmen aussi veut s’inventer un destin…

D’une hacienda près de Tolède à la prison madrilène de Ventas où le franquisme fait rage, en passant par un paquebot transatlantique, Olivia Ruiz nous embarque dans les tourments d’une histoire qui s’entremêle à la grande, où l’amour triomphe de la violence. 

EAN 9791035414139 Prix du format papier 21,90 € / EAN numérique 9791035414085 Prix du format numérique 19,95 € / Parution : 07/06/2023 /Durée : 3h25

Adieu Tanger, Salma El Moumni

De la difficulté d’être fille aujourd’hui encore dans certains pays, ou certains communautés

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Alia aime Tanger, sa ville, celle de sa famille, celle où elle a rencontré Quentin, le beau français aux boucles blondes, l’expatrié qui fréquente le même lycée qu’elle.

Dans sa vie, Alia cherche l’amour et le regard du père, mais fuit celui de tous ces hommes qui la déshabillent du regard.

Chaque jour elle cherche à comprendre pourquoi ils le font, ce qu’ils voient, ce qu’ils veulent, ce qu’ils détestent, ce qu’ils fuient, ce qui les attire. Et chaque jour, pour tenter de comprendre ces regards intrusifs posés sur elle, elle se prend en photo dans le silence et le secret de sa chambre. Photos de plus en plus intimes, déshabillées, inavouables mais rendues possibles car à elle seule destinées.

Jusqu’à la trahison ultime, jusqu’au jour où elles sont postées sur Instagram par celui en qui elle avait toute confiance. Mais au Maroc publier ce genre de photo est punissable par la loi. Un outrage à la pudeur involontaire qui la contraint à quitter le pays pour s’installer à Lyon. Là, il faut se récréer une vie, des relations, trouver un travail, et accepter le départ forcé vers l’étranger qui sans cesse la rejette et la cantonne au seul rôle de marocaine émigrée.

Désormais, chaque jour est synonyme de souffrance, chaque jour elle cherche l’amour d’un père qu’elle n’a jamais eu, aurait-il fallu être né garçon pour avoir l’heur de lui plaire… Aurait-il fallu être autre ? Ou au contraire son plus grand défaut n’est-il pas d’être si semblable à celui qui l’ignore dans ses aspirations, ses envies, ses attentes.

Un roman sur l’exil, mais surtout sur le manque cruel de reconnaissance et d’amour d’un père envers sa fille, qui hante toute une vie de jeune fille, de jeune femme, et trace des blessures indélébiles, quel que soit l’avenir qu’elle cherche à se forger.

L’écriture à la deuxième personne est parfois difficile à lire, mais montre bien la distance entre celle qui vit le temps présent, celui de l’exil en France et celle qui a vécu cette enfance et cette adolescence qu’il a fallu fuir pour se reconstruire ailleurs. Comme un autre moi auquel la narratrice s’adresse pour mieux la comprendre et la soutenir, l’aider à avancer, loin de Tanger, à jamais.

Roman lu dans le cadre de ma participation au jury du Prix littéraire de la Vocation 2023

Catalogue éditeur : Grasset

Dans les rues de Tanger, Alia se sait scrutée. Sa présence dérange sans qu’elle comprenne pourquoi : on la déshabille du regard, on l’insulte, on la suit. Alors dans le secret de sa chambre, elle commence à se prendre en photo. Elle pose pour voir ce que les hommes voient, et ces séances deviennent peu à peu son rituel.Alia fréquente Quentin, un français de son lycée. À ses côtés, elle découvre un monde de privilèges, de désinvolture, mais une liberté finalement bien fragile. Lorsque ses photos se retrouvent e, ligne, coupable d’outrage à la pudeur malgré elle, Alia doit fuir son pays. Sans savoir si elle reverra un jour Tanger, elle s’installe à Lyon où elle se croit enfin à l’abri. Jusqu’à ce que son passé finisse par la rattraper. Le premier roman de Salma El Moumni raconte le pouvoir destructeur de certains regards. De sa plume acérée, la jeune romancière décrit l’impossible retour chez soi et la douleur du déracinement. Une entrée fracassante en littérature.

EAN 9782246831983 Prix 18,00 € / EAN numérique 9782246831990 Prix 12,99 € / Date de parution 30/08/2023

L’homme qui arrêta le désert, Yacouba Sawadogo Damien Deville

Quand un homme seul donne de l’espoir à tous

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Au Burkina Faso, Yacouba Sawadogo n’est pas un homme ordinaire, même s’il fut un enfant puis un adolescent comme les autres. Né dans les années 50 il a grandi au village et à suivi les conseils avisés de son père pour apprendre à cultiver la terre.

Mais un jour, la terre s’est asséchée et les villageois sont partis à la ville, la faim et la misère étant la seule issue s’ils restaient dans leur village. Yacouba Sawadogo n’a pas fait comme eux.

Enfant, l’école coranique a été sa seule éducation, c’est dire s’il manquait d’outils pour s’engager dans la vie et tenir son échoppe. Il a bénéficié du soutien des cheikhs, qui donnent de sages conseils et aident à trouver la bonne ligne de conduite, œuvrent à perpétuer les tontines et sont garants de paix sociale. Si elle s’avère incomplète pour armer les élèves pour affronter les difficultés de leur vie future, c’est cependant son éducation Coranique et la force de la parole de l’islam qui l’ont aidé lorsque le temps est venu de prendre sa vie en main, et de creuser, de planter, encore et encore. À la richesse éventuelle il a choisi les arbres, réconciliant la nature et la culture pour sauver ses terres de la sécheresse et de la catastrophe annoncées.

C’est son histoire qui nous est racontée ici. Preuve s’il en est que l’œuvre d’un seul homme peut parfois compter bien plus que celle de toute une communauté quand sa finalité est la sauvegarde de la vie et que son action va dans cet unique but.

Usant de techniques ancestrales comme le zaï, qui consiste entre autre à creuser des trous à une certaine distance les uns des autres, trous que l’on arrose et que l’on nourrit régulièrement avant d’y mettre les jeunes plans, mais aussi former des murets de pierres, utiliser la nature dans sa diversité, ici même les termites ont leur place, autant d’éléments qui ont permis le succès de son action. En plantant les arbres, Yacouba a modifié le climat de son territoire.

Un livre intéressant car il nous permet de comprendre la difficulté de vivre lorsque l’ont est un paysan dans ces villages et la puissance de la volonté et du sens humain de certains hommes capables de relever de tels défis.. Il nous montre les changements dus tant au climat qu’à la mondialisation, achat de terre par l’Asie et monoculture étant parmi les effets le plus délétères. Mais aussi l’importance de la religion, Islam étant prépondérant mais subsiste toujours la religion Animiste.

Catalogue éditeur : Éditions Tana

Depuis le Burkina Faso, aux confins des dunes sahariennes, une voix inspirante s’élève : celle de Yacouba Sawadogo. Lauréat du Right Livelihood Award, prix Nobel alternatif, il consacre sa vie à planter des arbres aux portes du désert.
Alors que tout semblait perdu, qu’au début des années 1980, une grande sécheresse décimait les troupeaux et contraignait les familles à l’exil, Yacouba a fait le choix de retourner à la terre. En réinventant la méthode ancestrale du zaï, en renouant avec les héritages de sa propre lignée familiale, les « faiseurs de pluie », et en défrichant les chemins d’une quête spirituelle, il a ressuscité la vie. Les familles se sont réinstallées, les champs ont retrouvé leur fertilité, et l’antilope, le hérisson et l’oiseau ont repris leurs quartiers : le village de Yacouba est redevenu un monde de relations, une oasis verdoyante, une terre de poésie et de partage. …

Date de parution : 20/01/2022 / 15.90 € / EAN : 9791030103977 / Pages : 144