Tlingits
| Langues | Anglais, tlingit |
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Les Tlingits sont une ethnie indigène d'Amérique du Nord, plus précisément un peuple autochtone d'Alaska. Ils vivent dans l'Alaska du Sud-Est, un territoire qui comprend la zone côtière du sud-est de l'Alaska et les îles qui lui font face, en Colombie-Britannique, dans l'archipel Alexandre et la zone côtière avoisinante, et dans le sud-ouest du Yukon. En Colombie-Britannique, la Première Nation des Tlingit de Taku River (en), au Yukon, le Conseil des Teslin Tlingit et la Première Nation de Carcross/Tagish ont des réserves.
Histoire
[modifier | modifier le code]Premiers contacts avec les Occidentaux
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Les premiers contacts avec les Européens datent des expéditions maritimes russes, espagnoles et britanniques dans cette région vers le milieu du XVIIIe siècle. De nombreux explorateurs entrèrent ainsi en contact avec les Tlingits. Les Tlingits apprécièrent assez rapidement le troc avec les produits européens. Dans l'ensemble, les Européens furent assez impressionnés de l'aisance des Tlingits.
Le premier contact date sans doute de 1741 lors de la deuxième expédition du Kamtchatka de Vitus Béring avec Alekseï Tchirikov. Le navire de Vitus Béring fut séparé de celui de Tchirikov et atteint l'île Kayak. Cependant Tchirikov navigua lui jusqu'aux côtes occidentales de l'archipel Alexandre. Il perdit deux canots avec leurs hommes vers le détroit Lisianski au nord de l'île Chichagof. En les cherchant, Tchirikov rencontra les Tlingits qu'il estima hostiles et retourna vers l'ouest.
En 1744, Juan José Pérez Hernández fut envoyé par le vice-roi de la Nouvelle-Espagne, Antonio María de Bucareli y Ursúa, pour explorer la côte Pacifique avec l'objectif d'atteindre les 60 degrés de latitude nord pour repérer d'éventuels établissements russes et revendiquer le pays pour l'Espagne. Il était accompagné par Fray Juan Crespi et Fr. Tomás de la Peña Suria (ou Savaria), ce dernier a exécuté un certain nombre de dessins qui constituent aujourd'hui des témoignages inestimables sur la vie Tlingit dans la période précoloniale.
En , La Pérouse rencontre à son tour des Indiens Tlingits, qu’il appelle les « Américains du Port des Français »[1], Port des Français étant le nom qu’il donne à la baie Lituya. Son témoignage est la relation la plus détaillée sur ce peuple. Elle est complétée par quelques pages dues à Robert de Lamanon sur la langue des Tlingits (le tlingit). Ce peuple sans écriture, par transmission orale, de chaman à chaman, conserve une mémoire collective précise de cet événement, deux siècles plus tard.
Le , l'US Navy rase le village d'Angoon au prétexte d'une prise d'otages, tuant six enfants et laissant les habitants sans abris alors que l'hiver commençait. En 2024, l'institution présente des excuses officielles[2].
Ces contacts entraînent la chute de la population en raison de l'introduction de nouvelles maladies: varioles, syphilis et tuberculose. Les Tlingit sont alors estimés à 10 000 individus dans les années 1880[3].
Commerce avec les Occidentaux
[modifier | modifier le code]L’arrivée des Occidentaux sur le territoire tlingit est initialement motivée par le désir de chercher des passages commerciaux plus rapides[4.1].
Cependant, lors de sa troisième expédition en 1778, James Cook et son équipage, arrêtés pendant un mois à Nootka Sound, récoltent des fourrures d’otarie et de loutre de mer. Ils les revendent au prix fort à la Chine[5]. Les explorateurs espagnols et les marchands de fourrure anglophones, motivés par les récits de richesse du journal de bord de Cook publié en 1785, prennent la mer et organisent des expéditions afin de profiter de ce commerce[4.1]. A l’origine, il s’effectue par le biais des navires sur la côte et dans les quelques ports accessibles comme Nootka Sound, Kiutsa et Sitka. En maîtrisant la présence des Occidentaux et en étant les principaux fournisseurs de fourrures. Les Tlingit et autres groupes locaux contrôlent ces échanges car ils sont les principaux fournisseurs de fourrures. Par conséquent, le prix de la fourrure augmente rapidement dès les années 1790[6].
Le commerce s’intensifiant, l’installation des Occidentaux se fait plus marquée. La mise en place des postes de traite affirme la présence occidentale dans la région qui contrôle de plus en plus le commerce. Les Russes sont précurseurs de ces installations. Alors qu’ils chassent déjà dans les Aleutes, ils étendent leur territoire de chasse dans la baie de Yakutat en 1788. Ils établissent un premier fort à Sitka en 1799 sous l’impulsion d’Aleksandr Baranov[6.1] puis un second, en 1804: Nove-Arkangel’sk (New Archangel), après avoir défait les Tlingit. Ce dernier devient le quartier général de la compagnie russo-américaine en 1808[7.1]. De manière générale, afin de bénéficier pleinement de cette relation commerciale, les Russes et les Tlingits établissent une entente cordiale[6.2].
Les Russes sont imités par les Américains dont le premier poste de traite apparaît en aval de la rivière Columbia en 1811[7.2].
Dès les années 1820, le monopole et la domination du secteur commercial sont détenus par deux compagnies: la Compagnie de la Baie d’Hudson et la Compagnie russo-américaine. Ils s’accompagnent du développement régulier et systématique des postes de traite et des forts en Alaska et en Colombie britannique. La compagnie de la baie d’Hudson établit, par exemple, fort Simpson à l’embouchure de la rivière Nass en 1831. En 1833, s'établit Fort McLoughlin sur Milbanke Sound. La compagnie continue son affirmation territoriale en établissant des postes de traite toujours plus nombreux depuis Sitka jusqu’à l’embouchure de la rivière Columbia[4.2].
Environnement et ressources
[modifier | modifier le code]Le milieu se caractérise par un littoral sauvage et le cœur du territoire par un biome forestier pluvial. Il n’y a pas d’unité géographique entre les habitants mais se développent une identité commune et des préoccupations régionales, notamment de subsistance, qui rassemblent les groupes[7].
Les populations locales se nourrissent des ressources maritimes : saumons, fruits de mer et mammifères marins. Cette alimentation est complétée par la chasse des mammifères terrestres, cerfs, ours, chèvres aussi utilisés pour leur graisse, leur laine et leurs cornes[7.3]. Ils pratiquent aussi la cueillette.
Culture
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Regroupée en dix-huit groupes locaux dits ḵwáan, souvent appelés « tribus », la société tlingite est hiérarchisée. Avec un système matrilinéaire, elle comprend des nobles (chefs de clan et de lignage et parents immédiats), des gens du commun et des esclaves. Elle est divisée en deux moitiés, celle des Corbeaux et celle des Loups chez les Tlingit, moitiés elles-mêmes divisées en clans. Elles sont liées par des obligations mutuelles comme le potlatch, la construction de maison ou les cérémonies funéraires[4].
Les membres d’un même lignage constituent une famille étendue qui vit dans des maisons communes. Ils descendent d’un ancêtre commun qui est au coeur de la vie sociale. C’est grâce à lui que le lignage a obtenu des droits sur des éléments matériels (ressources naturelles et territoires) et immatériels (danses, chants, noms, armoiries, qualités) transmis lors de sa rencontre avec un esprit que seul le lignage a le droit d’exploiter[4.3].
Durant la seconde moitié du XIXe siècle, les « casques-heaume », appelés aussi « masques de tête », étaient portés lors de danses rituelles. Cette pièce, sculptée dans un nœud de bois évidé, représente une femme dont la lèvre inférieure est munie d'un labret, insigne de noblesse. Peut-être le masque incarnait-il son esprit. Il aurait eu alors une fonction protectrice auprès des guerriers tlingit. Outre un esprit protecteur, ou le blason familial, le heaume pouvait aussi figurer un animal (ours ou lion de mer) que les Tlingit admiraient pour leur agressivité, qualité exemplaire du guerrier. Les Tlingit se servent des mêmes symboles sur leurs totems que sur leurs coiffes et leurs masques guerriers polychromes.
La langue tlingite est connue non seulement pour sa grammaire complexe mais aussi pour utiliser certains phonèmes que l'on n'entend pas dans la presque totalité des autres langues.
Ils sont aussi connus pour leurs productions en vannerie. Au cours du temps, plusieurs techniques ont été développées. Selon les scientifiques, elles sont au nombre de 5, en fonction de l'utilisation et de la forme de l'objet[8].
Notes et références
[modifier | modifier le code]- (en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « Tlingit people » (voir la liste des auteurs).
Notes
[modifier | modifier le code]Références
[modifier | modifier le code]- ↑ Jean-François de Galaup, comte de La Pérouse, Voyage de La Pérouse autour du monde, publié conformément au décret du 22 avril 1791, et rédigé par M. L. A. Milet-Mureau, II, Paris, Imprimerie de la République, an V (1797), p. 196-209 : lire en ligne, https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k109884d/f198.item.
- ↑ Guerres & Histoire, n° 82, page 6, anecdotes d'actualité de l'histoire militaire en bas de page
- ↑ (en) David Hancock, Tlingit : their art & culture, Surrey, B.C. Blaine, Hancock House Publishers, , 94 p., p. 7
- ↑ (en) Annick Notter et Quentin Ehrmann-Curat, Les fils de Grand Corbeau : Indiens de la côte Nord-Ouest, La Rochelle Trouville-sur-Mer, Musée du Nouveau monde Illustria-Librairie des musées, , 135 p., p. 19
- ↑ (en) Robin Fisher, Contact and conflict : Indian-European relations in British Columbia,1774-1890, Vancouver, University of British Columbia Press, , 250 p. (ISBN 0-7748-0065-8), p. 2
- ↑ (en) Waynes Prescott Suttles, Handbook of North American Indians. Volume 7. Northwest Coast, Washington, Smithsonian Institution, , 796 p., p. 125
- ↑ (en) Susan Fair et Jean Blodgett, Alaska native art : tradition, innovation, continuity, Fairbanks, University of Alaska Press, , 269 p. (ISBN 978-1-889963-79-2), p. 106
- ↑ (en) Busby Sharon, Spruce root basketry of the Haida and Tlingit. Sharon Busby. photography by Ron Reeder illustrations by Margaret Davidson, Seattle, Marquand Books in association with University of Washington Press, , 160 p. (ISBN 978-0-295-98317-2)
Voir aussi
[modifier | modifier le code]Bibliographie
[modifier | modifier le code]- (en) George Thornton Emmons, The Tlingit Indians, Seattle, University of Washington Press, , 488 p. (ISBN 978-0-295-97008-0, OCLC 23463915)
- (en) Andrei Val'terovich Grinev, The Tlingit Indians in Russian America, 1741-1867, Lincoln, University of Nebraska Press, , 386 p. (ISBN 978-0-8032-2214-4, OCLC 835820602)
- (en) Mary Helen Pelton et Jacqueline DiGennaro, Images of a people : Tlingit myths and legends, Englewood, Libraries Unlimited, , 170 p. (ISBN 978-0-87287-918-8, OCLC 44957050, lire en ligne)
- (en) Sharon Bohn Gmelch, The Tlingit Encounter With Photography, , 163 p.
Articles connexes
[modifier | modifier le code]Liens externes
[modifier | modifier le code]- Notices dans des dictionnaires ou encyclopédies généralistes :
- Textes de l'église orthodoxe en langue tlingit
