responsabilité
Un jour, nous avons cru qu’un adulte était une montagne. Un être debout, solide, maître de ses peurs, capable de répondre à toutes les questions avec la voix calme de celui qui sait. Nous avons levé les yeux vers les grandes personnes comme on regarde des tours éclairées dans la nuit. Puis nous avons grandi, et nous avons découvert que les tours tremblaient aussi.
Il n’y a pas d’adultes. Il y a des enfants qui ont appris à payer des factures, à conduire sous la pluie, à sourire dans une réunion alors que leur coeur demande une couverture et du silence. Il y a des êtres qui portent des costumes, des blouses, des uniformes, des alliances, des titres, et parfois derrière tout cela, une petite voix demande encore si elle va être aimée.
Le temps ne transforme pas toujours l’âme en sage. Il lui donne seulement plus d’occasions de choisir. Certains vieillissent et deviennent plus tendres, parce qu’ils ont compris que la dureté ne protège de rien. D’autres accumulent les années comme on accumule des pierres, et ils bâtissent autour d’eux une maison sans porte. L’âge n’est pas une preuve. Il est un terrain.
La responsabilité n’habite pas dans le nombre des anniversaires. Elle habite dans ce moment discret où quelqu’un dit: cela dépend de moi. Elle naît quand on cesse d’accuser le vent pour la direction de la barque. Elle grandit quand on accepte de réparer ce que l’on a brisé, même si personne ne regarde, même si l’orgueil tremble comme une feuille.
J’ai vu des jeunes porter leur famille avec une noblesse silencieuse. J’ai vu des anciens fuir une conversation simple comme si c’était un désert. J’ai vu des enfants pardonner avec plus de grandeur que des rois. J’ai vu des parents demander à leurs enfants de les sauver de leur propre immaturité. Alors j’ai compris que la maturité n’a pas d’âge fixe. Elle passe parfois sur un visage de quinze ans, puis elle s’éloigne d’un visage de soixante ans.
Nous voulons croire aux adultes, parce que cette croyance nous rassure. Elle nous dit qu’il existe quelque part une pièce secrète où les gens savent enfin vivre. Mais peut être que cette pièce n’existe pas. Peut être que chacun avance avec une lampe incomplète, une carte froissée, et le souvenir des blessures qu’il n’a pas encore su nommer.
Nous ne devenons pas adultes une fois pour toutes. Nous devenons responsables par instants. Et chaque instant responsable est une petite naissance.
Le reste est costume, calendrier, et bruit autour d’une âme encore en apprentissage, fragile, vivante, humaine.
