Cela fait plusieurs années que j'ai abandonné une pratique, qui pourtant m'était plutôt bénéfique : celle de faire le bilan de mon année. En ce temps-là, c'était généralement à l'occasion des vacances d'été que je me mettais à cette tâche, le plus souvent après quelques jours de repos.
La symbolique du 31 décembre est une occasion de m'y remettre.
La tonalité générale est positive. Je dirais même assez largement positive. 2016 aura été un bon cru personnel. Ma situation physique s'est légèrement améliorée, alors que la perspective est plutôt du côté de la lente dégradation vers la perte d'autonomie. Je mets cela sur le compte du nouveau mode alimentaire que j'ai adopté dans les premiers jours de janvier 2016. Après le temps de la nécessaire adaptation, ce ne fut pas véritablement difficile de m'y tenir. J'ai au moins une qualité, celle d'avoir pas mal de volonté et de capacité à tenir dans la durée. Sinon il y a longtemps que je serais grabataire.
Cela eut aussi des retentissements sur mes douleurs récurrentes, même si j'ai appris à les supporter quotidiennement depuis tant et tant d'années. Elles m'étaient devenues familières. En voir disparaître certaines fut quand même un soulagement, comme on se débarrasse d'une relation encombrante dont on ne savait pas trop comment s'y prendre pour la mettre dehors…
Au plan « post professionnel » j'ai eu pas mal de satisfactions dans ma participation à divers « comités » où on fait appel à moi en raison de « mon expérience ».… Et ma sagesse… comme disent certains… je dois bien reconnaître que c'est gratifiant la reconnaissance de ses anciens pairs, qui plus est, étant dégagé de toute responsabilité directe, on n'a pas le souci du quotidien, et encore moins les emmerdements ordinaires… !
En même temps, cela ne cesse de me surprendre, dans la mesure où demeure toujours quelque part tapie dans l'ombre, cette image déplorable de mon enfance, du « bon à rien », et de l'imbécile de service qui n'est pas capable de tout comprendre sans qu'on ne lui explique jamais. Un de mes maîtres m'avait dit qu'on ne se débarrassait jamais totalement de certaines scories qui parfois se remuent d'elles-mêmes en faisant de la poussière qui vient troubler la vue…
Positif également d'avoir mené jusqu'à publication mon troisième bouquin. Même s'il ne s'agit que d'un petit recueil de nouvelles, qui correspondait à un vieux rêve d'écrire un jour des trucs de fiction, je suis plutôt content du bon accueil global. Et puis, malgré des faiblesses, que quelques « spécialistes » m'ont soulignées, il n'en demeure pas moins que j'ai été sélectionné par un comité pour participer l'an prochain à un salon du livre, au titre d'auteur indépendant… Donc ce n'est quand même pas nul ce que j'ai produit !
Positif encore les relations familiales qui se sont approfondies à l'occasion des rencontres que nous avons organisées, ma compagne et moi. Nos enfants ont eu des propos à notre égard qui nous ont touché particulièrement loin dans ce fondamental que nous avons toujours désiré en couple, et que nous nommions, non sans audace quasiment prétentieuse : « Réussir l'éducation de nos enfants ». C'était dans notre charte pour notre mariage. Et oui ! On faisait ça à l'époque… je n'ai jamais regretté cette sorte de « contrat de réussite » que nous avions établi… puisqu'au final, et jusque-là, c'est plutôt une mise en œuvre qui ne nous a pas déçu. Comme quoi, se fonder sur la confiance, la réciprocité et l'altérité, alliée à un sérieux travail sur soi et en couple, peut donner des fruits très positifs. J'ose affirmer. Puisque c'est ainsi. Puisque nous le constatons. Puisqu'on nous le reflète.
Dans un monde où la désespérance est devenue le nouveau paradigme à la mode, je me réjouis, une fois de plus, d'être, comme toujours, à contre-courant des pensées-à-la-con qui séduisent toujours les moutons de Panurge.
Ce qui fut plus difficile.
. L’acceptation du décès de mon ami d'enfance, lui qui a été comme le frère que je n'avais pas eu, et il est mort au soleil d’été, d'un cancer généralisé dans d'horribles souffrances, que l'on tarda bien trop à soulager… il y a encore des poches de résistance dans certains hôpitaux au regard du système législatif actuel sur la fin de vie. C'est assez révoltant.
Je pense très souvent à lui, gardant au cœur cette injustice dont il fut victime. Il est une de ces personnes dont on dit : « elle ne méritait pas ça… ».
. D'autres amis qui me sont chers et que le crabe a aussi envahi… et en même temps j'admire la puissance et la force de vie qui les habite pour lutter. Mais c'est comme une lame qui m'aurait pénétré sans qu'il soit désormais possible de la retirer. Comme une écharde avec laquelle il faut vivre. Je sais bien qu'il en est ainsi de chacune de nos existences. Peut-être voudrais-je seulement être épargné. comme si j'avais un « droit à l'être » en raison de mon âge qui avance, et comme une sorte de récompense pour une vie que j'ai quand même réussi à « sauver du pire »… Je sais que c'est idiot. Un orgueil démesuré. Une revendication sans aucun fondement, sans aucune légitimité.
. Mes défaillances relationnelles. Arriverai-je un jour à extirper le « sale gosse » qui est en moi ! ? le chantre des mauvais combats. Juste pour en découdre. Difficile d'abandonner ce qui fut totalement nécessaire à survivre, alors que l'on n’est plus dans la survie. Certes j'ai beaucoup progressé. Celui qui aimait à manier « le mauvais aiguillon », comme me disait une amie, s'est beaucoup assagi… Du chemin reste à faire. J'ignore si j'en serais capable. Car le plaisir d'en découdre ne s'est pas tari. D'où mes coups de gueule parfois. Certains sont légitimes. D'autres pas.
. Trop de temps perdu encore à des choses sans intérêt. Je ne cesse de dire qu'il me faut utiliser valablement les dernières années qui me restent à vivre. Car je sais que mon espérance de vie n'est plus bien grande. Et cependant… je traîne à des conneries…
. Des « bonnes résolutions » ?
Non… jamais… Ça ne sert strictement à rien.
En revanche, des projets concrets, des Plans-d’action. Oui.
Mais ce que j'envisage ne regarde que moi…
— Pour conclure.
L'intérêt de ce petit travail, je le trouve très bien exprimé dans cette phrase du « Journal d'un itinérant » qui a parfois des propos excessivement lumineux pour moi :
« … l'homme est au plus près de ce qu'il est, et ce qu'il fait suit parfois "le cours des choses" au point que, bien-heureux ou malheureux, les éléments de sa vie sont à leur juste place au moment où il les fait siens. »
Et en effet, un bilan permet de mettre chaque chose à sa juste place. Enfin je le vis ainsi.















