Depuis de longues années, ce blog a hébergé des centaines de billets, la plupart relatifs à mon expérience d'intériorité et au chemin que cela me fit faire. J'ai aimé laisser venir tout ce qui m'était donné d'écrire sur cette thématique. Parfois je me suis surpris moi-même de ce qui me venait sous la plume. J'ose penser que cela a pu être profitable à certains/es.
Mais depuis quelques temps, (hormis quelques textes littéraires et autres choses du genre), j'ai le sentiment que je ne puis faire autre chose que me répéter. Comme j'ai pu le constater sur certains blogs « anciens » il arrive un moment où une certaine boucle est bouclée. Il faut alors envisager de passer à autre chose. On finit, je crois, par ennuyer le lecteur. Il faut alors passer son chemin.
Autre chose ? Mais quoi ?
En février, j'avais mis mon blog en pause pour cette raison.
Ce que j'ai pu écrire depuis ne présente à mes yeux qu'un intérêt très relatif au regard de ce qui peut concerner l'expression de ma pensée personnelle.
Je n'ai plus écrit sur l'actualité. Il est vrai que je m'éloigne d'elle, par désintérêt, autant que par choix. Peut-être ai-je peu à peu pris conscience « qu’on me prenait en otage » avec la marche du monde, quand on ne cherchait pas à me culpabiliser (en vain…) en prétendant que moi, vous, et les autres de ma génération, sommes responsables de tous les malheurs de la planète qui, paraît-il, court à sa perte…
En ce qui me concerne, je ne cours pas avec elle.
À se lamenter sur les malheurs du monde, on finit par se lamenter sur soi-même, hurler avec les loups, et s'indigner de ce sur quoi on renonce à s'engager pour que ça change. Alors, on signe des pétitions sur Internet, on enrichit les propriétaires de change.org, et on a le sentiment du devoir accompli, alors qu'on n’est bêtement que la mouche du coche.
Cela m'effleure trop souvent, et même parfois m'atteint.
Aussi le choix qui s'impose est celui de revenir à mes engagements collectifs auxquels je collabore encore. Il m'arrive d'écrire à l’un ou l'autre de mes compagnons de route pour lui demander où il en est, comment il vit sa part dans l'œuvre commune que nous cherchons à construire. J'agis ainsi parce que je ressens le besoin d'être re-vitalisé. Parfois, sans le vouloir, j'apporte un bénéfice secondaire, parce que l'autre est quelque peu « en panne », et mon mail génère un échange pour remettre le travail en route.
Ceux qui me sont chers, ceux et celles envers qui je m'engage concrètement, les quelques services que je peux encore rendre, mon zeste de compétence encore existant, c'est là que se limite ma petite sphère d'humanité à laquelle je crois profondément. Là, je m'efforce de donner ma mesure, mon temps, et je retrouve l'essentiel de moi pour poursuivre dans la ligne de ma foi dans l’être humain et l'avancée d'une humanité dont je ne cesse de voir les prémices d’un nouvel à-venir.
Toute pensée personnelle qui ne se traduit pas en action concrète, est vaine. Seule la pensée-action (ou l'action-pensée) se révèle proactive.
Ainsi en fut-il de celle de mes Maîtres.
Sans doute y a-t-il encore des êtres qui émergent dans l'immensité du bavardage ambiant des rezosocios. Ceux pour qui l'action concrète est la nourriture d'une pensée. À l'image d'un Pierre Rabhi, qui me fait penser à l'un de mes maîtres : Marcel Legault (1900-1990- normalien, agrégé de mathématiques, professeur d'université) qui, après la guerre, devint agriculteur et berger dans la Drôme et que j'ai eu l'occasion de rencontrer. Sa recherche spirituelle, sa parole totalement novatrice pour l'époque parce que rendant compte d'une expérience personnelle, marquèrent le jeune adulte que j'étais de manière durable. Son livre « l'homme à la recherche de son humanité »(1970) et quelques autres, furent pour moi une nourriture marquante, enclenchant cette sorte de révolution spirituelle qui continue à me remuer au plus profond quand bien même s'avance ma vieillesse.
Il me semble que toute écriture qui ne s'enracine pas dans l'expérienciel analysé est de moindre portée. Finalement, « le penseur en chambre » caractéristique bon nombre de contemporains, m’intéresse de moins en moins…






