146ème Devoir de Lakevio du Goût.
La multiplicité des interprétations possible de cette toile de Léon Augustin Lhermitte m’a amusé.
Elle devrait vous inspirer autant qu’elle m’a inspiré en la voyant.
Même mieux encore j’espère.
À lundi.
Dilemme de moisson
— Bon, Joseph et Rosalie, vous croyez pas qu'il serait temps de se remettre au travail ?
Elle n'a pas l'air contente la Louise. Joseph fait semblant de roupiller, et la Rosalie n'a même pas correctement reboutonné son corsage. Je ne suis pas une jeune poulette, débarquant dans le poulailler, pensa-t-elle, pour deviner ce qu'a fait le coq avec ma sœur, tandis que j'allais remplir la cruche à la fontaine.
Louise n'a jamais apprécié Joseph, ce journalier qui n'a pas ses yeux dans les poches et reluque tout ce qui porte jupon avec des idées précises dans la tête. Louise est lasse de devoir tout diriger dans cette ferme depuis que la mère est morte et que le père a sombré dans un alcoolisme pénible. Elle en a trop sur les épaules.
— Écoute Louise, il fait lourd et chaud et on a bien le droit de se reposer un moment. On a déjà fauché les trois quarts et on a été bien plus vite que l'an dernier. Qu'est-ce que tu nous reproches encore ? Tu crois que j'en ai pas marre autant que toi ? Tu ferais mieux d'aller raisonner le père, tu es l'aînée. Fais lui comprendre qu'on en a marre de le voir puer la vinasse, tituber dans la cour de ferme, et parler aux canards comme si c'étaient ses ouvriers.
Joseph ne moufte toujours pas. Les yeux fermés, il pense aux gros seins de Rosalie et se dit que le temps rapproche où il pourra la rejoindre la nuit dans sa chambre pour aller plus loin dans l'exploration. Au prix où on le paye, il considère cela comme un complément réglé en nature.
— De toute façon, reprend Rosalie, forte de ses arguments qui viennent lui monter à la tête, on ne peut pas continuer à faucher tant que Monsieur Vincent n'a pas terminé sa toile. (*) Ce ne serait pas correct. Lui aussi il travaille à sa peinture, et il a bien du courage sous cette chaleur. L'autre jour au village on m'a dit qu'il faisait une série sur les moissons. À mon avis on ferait mieux de rentrer à la ferme et de prendre un peu de bon temps, ça nous arrive pas souvent, ajouta Rosalie en regardant Joseph qui venait d'ouvrir un œil et qui se mit à sourire quand elle lui fit un clin d'œil .
— Tu te moques du monde, Rosalie, tu as vu le ciel, ça sent l'orage et ça va finir par craquer et on a encore du boulot pour lier les épis et faire la meule. Et faut pas compter sur le père. Ni sur d'autres journaliers qui sont partis faute d'être payés.
C'est alors que Joseph se releva d'un coup :
— Comment ça, pas payés ? Et moi ? Je vais l'être au moins ?
Il a des réflexes quand il faut le Joseph.
— Ne t'inquiète pas mon Joseph, rétorqua Rosalie tu seras payé, crois-moi, il n'y aura pas de problème. J'y veillerai.
MON Joseph, ne manqua pas de retenir Louise, ma sœur a dit MON Joseph. Incroyable, je m'en doutais. Ils forniquent !.
C'est alors qu'il arriva et demanda :
— Désolé d'interrompre votre travail, mais vous n'auriez pas un peu d'eau, j'ai soif, je n'ai plus rien.
C'était la première fois que Vincent Van Gogh venait vers eux. Tous les trois furent surpris d'entendre sa voix quelque peu timide et éraillée. Bien sûr ils le servirent plus que nécessaire. Aussitôt désaltéré Vincent s'en retourna à ses travaux sans même dire merci. On le sentait préoccupé.
— Et voilà comment ils sont ces soi-disant artistes venus de la ville. En fait, ils n'ont aucune éducation ! grommela Joseph.
Rosalie qui ne voulait pas d'ennuis avec personne et qui de toute façon avait quelque chose de précis en tête, se leva d'un coup, se tourne vers Joseph et dit :
— Tu viens, Joseph, on rentre…
Louise ne se faisait plus aucune illusion sur la soirée solitaire qui l'attendait.
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(*) : influencé par un commentaire chez « le goût » lors de la présentation de la consigne, qui voyait l'homme en haut à gauche du tableau, comme étant un peintre, cela explique la présence de Van Gogh dans mon histoire. En réalité il s'agit d'un faucheur. Mais l'idée du peintre m'a plu.