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lundi 30 septembre 2024

Délires et choix m'échoient


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193ème Devoir de Lakevio du Goût.


J’aime particulièrement l’automne mais que vous inspire-t-il ?
Certains lieux me remuent le peu d’âme qui me reste, surtout celui-ci que j’ai parcouru tant de fois.
Êtes-vous plus « Ô bruit doux de la pluie, par terre et sur les toits »
Ou « Longue comme des fils sans fin, la longue pluie
Interminablement, à travers le jour gris, »
Êtes vous plus branchés Verlaine ou Verhaeren ?
Ou êtes vous simplement vous et vos rêves ou vos idées ?
À lundi, j’espère…


Délires et choix m'échoient


Verlaine ? Verhaeren ?
Est-ce que j'irai vers l'Aisne, ou prendre un verre à Rennes ?
À moins que j'ai des idées de rêves de brume ou de brune…
Une bière brune pour enterrer l'été. Pourquoi pas.
 

Ah l'eau tonne l'orage.
L'automne sera un délice de délires
de psalmodies langoureuses avec des lyres.
 Ô bruit doux de la pluie par terre et sur toi
fais gaffe tu vas être toute mouillée
la terre toute souillée
par cette terrible giboulée.

Sous le pont Mirabeau coule la Seine
c'est quoi cette mise en scène
l'amour comme une pluie lente
et l'espérance est violente.
Guillaume en poésie flottante.

Automne, pluies monotones
ciel gris atone
plaintes molasses de saxophone
mais, ardeurs encore polisones
mes amours je révolutionne.

Les feuilles mortes se ramassent à la pelleteuse
l'éboueur les trouve emmerdeuses
moi je les trouve prometteuses
de brassées merveilleuses
de douceurs duveuteuses.

Descendons l'escalier
sans trop se tracasser
en bas c'est encore printanier
on peut encore s'encanailler
Paris va nous gracier.



 

lundi 23 septembre 2024

Au Bar

 

191ème  Devoir de Lakevio du Goût.


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Cette scène, courante dans un bar, l’est beaucoup moins dans l’œuvre d’un peintre.
Elle parut amener Mark Keller à la peindre.
Quelles sont les questions qu’il a pu se poser en les voyant ?
Que pensaient les deux protagonistes qui semblent muets ?
La vie semble beaucoup plus riche en questions qu’en réponses…
Je compte sur vous pour nous éclairer lundi.
Vous êtes toutes et tous riches d’interrogations.
Je suis sûr qu’elles nous intéressent tous.
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— Elle (en pensée) :  Voilà, il est parti sans se retourner. Ce n'est plus qu'une ombre qui s'éloigne avec son éternel chapeau et son long manteau gris. C'était écrit. Je l'ai toujours pensé. Il ne faut pas nourrir de faux espoirs. Je me fais toujours avoir.
— Lui (en pensée) : Elle a demandé un autre verre et une bouteille de blanc. Ça pue la rupture à plein nez. Souvent c'est le soir que se constatent les ruptures, tardivement le plus souvent. Si je pouvais vous raconter tout ce que j'ai pu entendre ! À désespérer du genre humain parfois. Mais là, eux deux, je n'y aurais pas cru. Vous savez quand on tient un bar de ce genre on en voit  de toutes sortes : des belles histoires comme des tragédies.

— Elle (à lui) :  Vous voyez, Firmin, la bouteille va me faire tenir jusqu'à midi. Après, vous appellerez un taxi, car je crois que je ne serai pas en état de rentrer par mes propres moyens.
— Lui (à elle) : Pas de problème Mademoiselle. J'ai l'habitude… (et aussitôt il regretta ces derniers mots).

— Elle (assez agacée) :  Vous me considérez comme un pilier de bar, une alcoolique ? C'est triste ! Mais surtout c'est faux ! Je suis une personne respectable. Vous n'avez jamais été quitté sans doute, ou alors vous avez le cœur froid comme un glaçon dans du whisky.
— Lui (un peu embarrassé, ce serait con de perdre une cliente) :  Excusez-moi, je voulais seulement dire que je voyais fréquemment des personnes en difficultés qui ne vont pas bien, cherchent un peu de réconfort dans l'alcool. Je vous comprends, croyez-moi, un barman a du cœur comme tout le monde. D'ailleurs…

— Elle (commence à s'énerver) :  Arrêtez votre baratin ! Servez-moi plutôt si toutefois vous savez déboucher une bouteille ! Parce que là… vous ressemblez à un débutant. Les hommes sont toujours des débutants en toutes choses. Maladroits avec les femmes, maladroits en amour.
— Lui (après l'avoir servie , contourne le bar,  s'assied sur le tabouret à côté d'elle) : Est-ce que je peux faire quelque chose pour vous ? Je n'ai pas toujours été barman. J'étais chanteur, je faisais la manche, avec ma guitare et des rengaines langoureuses et romantiques. Ça plaisait aux terrasses mais j'étais terriblement seul. (Il hésite un peu et pose la main sur son épaule. Elle le laisse faire).

— Elle (portant le verre à ses lèvres) : Deux solitudes côte à côte. Et après ? Chacun ira de son côté vers le pas grand-chose, l'ordinaire qui ne compte guère. Tuer le temps ne fait naître personne. Vous servez des verres, moi je les bois et l'existence s'écoule en répétitif. De week-end en week-end, une petite aventure çà et là. Une petite lueur d'espérance suivie d'une grosse déception. La vie quoi. Enfin disons la vôtre et la mienne. (Elle met sa main sur celle du barman qui est déjà sur son épaule).
— Lui (approchant sa bouche de son oreille, lui souffle) : Je termine mon service. Vous venez ?



 

samedi 14 septembre 2024

LE TEMPS

 

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Montage AlainX

Le temps se tire vers les délires


Je regardais par la fenêtre
à ma montre l'heure avançait
à pas cadencés
plus question qu'on  répète.


L'époque du balancier était passée
l'électronique avait tout cassé
le temps s'accélérait
pourtant je continuais d'espérer
qu'il s'arrêta
juste pour un constat.


Tire et retire les aiguilles ma fille
Pour que jamais plus  le tic-tac grésille
cette montre est en toc
et je la boycotte.


Le temps s'étire
moi je me tire
il est temps de sortir.


J'ai dit à ma toquante
montre-toi à la minute présente
montre-toi à la hauteur
montre-moi la bonne heure
montre-moi le bonheur.


Ce ne fut pas pour autant le bon  réveil
seules restent des séquelles
du temps d'avant quand ce n'était pas encore l'heure
de ces foutus ordinateurs.


lundi 9 septembre 2024

Jour de pêche.

190ème Devoir de Lakevio du Goût.

À la demande générale d’au moins deux amateurs, voici de retour des « devoirs de Lakevio du Goût ».
J’ai obtempéré aussitôt car habituellement, personne n’a besoin de moi alors imaginez un peu mon amour-propre d’un coup caressé dans le sens du poil. Bref, « je biche »…
Ainsi, je propose à votre imagination de raconter une histoire qui vous serait inspirée par cette toile de Gustave Caillebotte.

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Jour de pêche.

Chaque dimanche mon père m'emmène au bord de la rivière où il aime aller pêcher. Il espère encore me faire partager sa passion, mais je préfère regarder les scintillements de l'eau sous le soleil et rêvasser. Parfois des amis à lui viennent nous rejoindre. Ce sont plutôt les collègues de travail me semble-t-il, des ouvriers raboteurs de parquets et plus généralement hommes à tout faire, c'est-à-dire beaucoup et pas grand-chose.

On ne se parle guère dans ce monde-là. On se comprend du regard, du geste ébauché qui parfois suffit pour transmettre un ordre ou un conseil. Mon père est comme ça. C'est ainsi. Il ne me parle pas beaucoup, mais je sais qu'il m'aime et qu'il tient encore plus à moi depuis que maman est morte.

Parfois je tente d'évoquer sa mémoire. Peut-être finira-t-il par me dire quelque chose sur ce qu'ils ont vécu. Pourquoi elle est morte dans de telles conditions. Rien de bien précis cependant, sauf qu'il lui arrive de marmonner :
— « Ah ! Si j'avais su ! Si j'avais su ! »

S'il avait su quoi ? Et alors il aurait fait quoi ? Il me laisse dans des supputations qui me montent à la tête aujourd'hui en regardant ces scintillements hypnotiques. La rivière lorsqu'elle coule au soleil a ce pourvoir de ramener à la surface de ma petite conscience les questions que je me pose depuis bien trop longtemps.

Il est gentil mon père. Il ne ferait pas de mal à une mouche. Il a l'air bourru comme ça, mais c'est une apparence qu'il se donne. Derrière son chapeau de paille il dissimule ses sentiments à l'ombre de ses pensées.

Bientôt ce sera l'été, le soleil plus haut dans le ciel, les blés mûrs, peut-être que nous irons à la campagne chez Tante Germaine et son poulailler dont elle est si fière. Oncle Hector et lui aussi ouvrier, mais dans les fermes aux alentours. Bien différent de mon père il faut le dire. Lui est aussi bavard que papa est taiseux. Je me demande parfois s'ils sont vraiment frères !

L'autre soir les gendarmes sont venus à la maison. Ils voulaient parler à papa. J'ai dit qu'il faisait des heures supplémentaires en ce moment. Ils ont dit qu'ils allaient l'attendre. Pour s'occuper un peu je suppose ils ont fait le tour de la maison, regardant partout. J'ai même cru qu'ils cherchaient quelque chose, mais rien. Enfin papa est rentré. Il m'a aussitôt envoyé dans ma chambre avec l'interdiction d'en sortir. Ça a duré longtemps. Et puis ils sont repartis. J'ai demandé à papa ce qu'ils étaient venus faire. Il m'a répondu :
— « Ma fille, ce sont des histoires de grands qui ne te regardent pas »

À son ton j'ai compris immédiatement que je devais me taire et faire comme si rien n'était arrivé ce soir.
De ne rien connaître d'un essentiel qui me concerne peut-être, je traîne sans cesse un mal de vivre qui pourrait me pousser à une action malheureuse, il suffirait de quelques pas et me laisser tomber. Mon père ne sait pas nager. Nous serions peut-être victimes tous les deux du Destin qui n'est pas toujours une bienfaisance, puisqu'il a déjà emporté maman. Alors je me raccroche de toutes mes forces à cet arbre presque mort (comme moi) en l'enserrant de mon bras. Il est mon soutien, ma protection.

Dimanche prochain nous reviendrons ici, comme chaque dimanche que Dieu fera jusqu'à la fin des temps. Pourvu qu'elle arrive bientôt.