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dimanche 10 octobre 2010

P. 268. Andrée Pasquier ainsi que Camille et Noëlle Wiedrich, Justes parmi les Nations

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Entourée par Gabriel, Maurice et Hélène Kupferstein, Hélène Pasquier, Juste parmi les Nations. Photo antérieure à octobre 2010 (BCFYV : DR).

Cérémonie de reconnaissance
de trois Justes
à la Mairie du 11e Ar. de Paris
ce 7 octobre 2010

A prendre connaissance des synthèses des dossiers Yad Vashem pour les Justes Andrée Pasquier mais aussi Camille et Noëlle Wiedrich ainsi que des discours prononcés au nom des enfants sauvés, les lecteurs comprendront toute l'ampleur de la cérémonie abritée par la Mairie du 11e jeudi dernier.
Le Maire Patrick Bloche avait préparé cet événement avec deux Délégués du Comité Français pour Yad Vashem, Viviane Saül et Paul Ejchenrand.

Andrée Pasquier

Synthèse du dossier Yad Vashem, sauvetage des Kupferstein :

- "Jacob et Bajla Kupferstein, d’origine Polonaise, arrivent en France dans les années 1920. Ils habitent rue Duris, Paris 20e puis rue du Fg du Temple, Paris 10e. Jacob travaille comme ouvrier tailleur.

Ils auront trois enfants : Maurice, né le 6 décembre 1927; Gabriel, le 28 avril 1929 et Hélène le 19 avril 1932.

Pendant les vacances les trois enfants sont placés en nourrice dans le Loir et Cher à Fontaine les Coteaux près de Montoire, chez Georgette Pasquier qu’ils appellent « Grand-mère ». Elle a de nombreux enfants dont Andrée 22 ans, mariée à Pierre Roland, ils sont domiciliés à Château-Renault (Indre et Loire).

Survient et se prolonge l’occupation. Pierre est réfractaire au S.T.O (Service du travail obligatoire) et se cache dans une ferme voisine pour ne pas partir en Allemagne.

Après la grande rafle du « Vel d’Hiv » en juillet 1942, les parents Kupferstein cherchent une cachette hors de la capitale. C’est alors qu’un de leurs amis M. Gaston Gloton, loue une villa à St-Cloud (Hts de Seine) où ils se réfugient pendant quelques temps.

Leur cadette, Hélène, est confiée à Andrée et à Pierre. La fillette est inscrite à l’école communale de Château-Renault sous le nom de « Gloton ». En mai 1943, Gabriel rejoint sa sœur, et pour se faire un peu d’argent de poche il travaille comme cordonnier jusqu’en octobre 1943. Maurice, lui, est confié à la famille Montebran dans une ferme à la Cornillère Congrier dans la Mayenne. Mais il finit par lui aussi rejoindre son frère et sa sœur.

Les parents sont restés à St-Cloud jusqu’à la Libération en août 1944, puis leur mère est venue rechercher ses enfants mis si efficacement et si chaleureusement à l’abri des nazis et de leurs collaborateurs."

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Photo prise sous l'occupation : Andrée Pasquier avec les frères et soeur Kupferstein (BCFYV / DR).

Discours de Gabriel Kupferstein :

- "Chère Dédée,
C’est comme ça que l’on t’a toujours appelée...

Si nous sommes réunis ce jour, c’est que grâce à toi et à ton mari Pierrot que nous avons pu survivre en ces temps difficiles où tu n’as écouté que ton cœur et ton courage.
Il est certainement plus dur de gérer des ados de 15 et 16 ans, que des enfants en bas âge, mais, tu l’as fait et nous t’en sommes très reconnaissants.

Dans notre cœur il y a bien longtemps que nous t’avions accordé cette médaille amplement méritée, mais par paresse, négligence, nous n’avons rien fait ni demandé.
Il a fallu que Charlotte, ma petite fille s’insurge et décide de constituer le dossier à notre place, ce qu’elle a fait tout en continuant ses études. Je lui en suis très reconnaissant.
Merci Charlotte.
Elle nous a obligés à nous remuer : « Bravo » !

Nous avons vieilli c’est sûr, (grossi aussi). Mais nous sommes toujours tes petits.
Merci Dédée.
Egalement merci à vous tous d’être présents et d’avoir fait le déplacement."

Synthèse du sauvetage des soeurs Psankiewicz :

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Louise et Rachel Psankiewicz (BCFYV / DR).

- "Abram et Chana Gitla (née Zyto) Psankiewicz, tous deux originaires de Pologne, se sont connus et mariés à Paris. Ils habitent rue Duris, dans le 20e. Abram exerce la profession d’ébéniste tandis que Chana est ménagère. En 1932, naît Louise, suivie de Rachel en 1934.

Lors de la déclaration de la guerre, Abram s’engage comme volontaire dans l’armée française pour combattre l’Allemagne nazie. Il sera démobilisé en septembre 1940.
Le 14 mai 1941, sous la responsabilité des autorités nazies et du régime de Vichy, il est convoqué par « le Billet Vert » à Beaune-la-Rolande (Loiret). Il sera interné dans ce Camp jusqu’à sa déportation, le 27 juin 1942, par le convoi n° 5.
16 juillet 1942 survient la « Rafle du Vel d’Hiv ». Chana et ses deux filles sont arrêtées et placées dans le centre de rassemblement la « Bellevilloise » à Paris 20e. Les deux sœurs, Louise et Rachel, réussissent à s’enfuir par une issue de secours et s’enfuient chez leurs grands-parents paternels. Chana, elle, est mise derrière les barbelés de Drancy puis déportée le 29 juillet 1942 par le convoi n° 12.

Après la disparition de leurs parents, Rachel est cachée d’un endroit à l’autre. Son aînée, Louise, devient la bonne de M. et de Mme Proust.
En 1944, grâce à l’une de ses cousines, Josépha Kupferstein, qui lui procure de faux-papiers, sous le nom de « Rolande Sannier », Rachel est emmenée à Château-Renault (Indre et Loire) près de Tours. Hélas la fillette se retrouve chez une nourrice violente et cruelle, n’hésitant pas à la maltraiter tout en la menaçant de dénonciation !
Louise avertit Madame Proust qui prévient à son tour Andrée Pasquier. Celle-ci, apprenant la détresse dans laquelle Rachel est plongée, la retire à son bourreau et la place chez une de ses sœurs et son beau-frère, M. et Mme Saillard. Ce couple va redonner espoir et goût de la vie à l’enfant maltraitée physiquement et psychologiquement.

Si Maurice, Gabriel, Hélène Kupferstein ainsi que leurs cousines Rachel et Louise Psankiewicz ont eu la vie sauve, c’est grâce à Andrée Pasquier, cette femme admirable au grand cœur qui malgré les dangers, n’a jamais hésité à prendre tous les risques. Ils lui vouent une reconnaissance éternelle et jamais ne l’oublieront.

Sa nomination comme « JUSTE PARMI LES NATIONS » est amplement méritée."

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Remise de la Légion d'honneur à Andrée Pasquier par Rachel Jedinak-Psankiewicz (DR).

Discours de Rachel Jedinak :

- "Chère Andrée,

La médaille des Justes et celle de la Légion d’Honneur qui vont te récompenser aujourd’hui sont bien méritées.

En effet, je t’ai connu à Château - Renault en 1944. Tu étais une très jeune femme, souriante et pleine d’humour. Tu gardais à cette époque, mes cousins et cousine, Maurice, Gabriel et Hélène KUPFERSTEIN pour leur éviter d’être déportés. Pour toi cela était naturel.

Après la déportation de mes parents, ayant vécu dans un centre pour enfants juifs puis cachée dans différents foyers, j’ai été emmenée par ma cousine Josépha, l’aînée de la fratrie, sous un faux nom à Château-Renault. J’ai été placée en nourrice chez une personne âgée dont j’ai occulté le nom. Celle-ci m’a terrorisée par des gifles et des menaces. J’avais 9 ans, je souffrais et j’avais des difficultés à communiquer.

Ma sœur Louise, arrivée dans ce bourg après moi, était bonne à tout faire chez de braves gens, Mr et Mme Proust qui, ayant constaté mon état physique et mental, t’ont prévenue. Tu es venue me chercher immédiatement chez cette mégère et tu m’as confiée à ta sœur et ton beau-frère, Mr et Mme Saillard, ceci un mois avant la Libération. Chez eux, j’ai repris courage et volonté de vivre.

Je te remercie de tout cœur de ta générosité et de ta volonté de nous avoir aidés et protégés dans ces moments difficiles pour nous.

Aussi, avec la Médaille des Justes qui t’est remise ce jour, c’est avec joie que je vais te décorer de la médaille de Chevalier dans l’Ordre de la Légion d’Honneur."

Camille et Noëlle Wiedrich

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Camille Wiedrich, Juste parmi les Nations (BCFYV / DR).

Synthèse du dossier Yad Vashem :

- "Les parents de Jean Gorodiche étaient des immigrés russes arrivés en France dans les années 1880. Leur fils naquit à Paris en 1903. Il épousa Gabrielle, née Brunschwig. Ce couple donnera la vie à deux enfants : Nicolas, né en juillet 1938 et Norge, en mai 1940.

Jean exerce la profession de chirurgien chef à l’Hôpital d’Arles (Bouches du Rhône) et à la Clinique Jeanne d’Arc.
Surviennent les lois « anti-juives ». Devenu un « asocial », le chirurgien renommé ne peut plus exercer son métier.
Ses propos contre le gouvernement de Vichy et vis-à-vis des envahisseurs allemands lui valent d’être arrêté en décembre 1941 par le gendre même de Pétain : Desvallières. Le docteur Gorodiche est envoyé en Corse où il se retrouve assigné en résidence forcée. Il s’enfuit à Cannes et décide de s’engager dans les Forces Françaises Libres. Est fait prisonnier en Espagne mais réussit à s’évader. Rejoint le Général de Gaulle, entre en résistance sous le nom de Commandant «Granville».

La situation devenant très dangereuse à Arles pour Gabrielle, ses parents et ses deux enfants, tous partent se réfugier dans un chalet avec l’aide de quelques amis dont Louise Berthelot.
Avril 1943, l’étau se resserre encore. Gabrielle contacte Mme Martin, Directrice de l’Hôpital d’Arles, qui, avec l’aide de Mme Francia Foretier, infirmière de la clinique Jeanne d’Arc, dirige les enfants chez Camille et Noëlle Wiedrich.

En 1939, le couple Wiedrich, tenait une imprimerie sous l’enseigne « Numerus » à Strasbourg. Très patriotes et refusant de travailler sous le joug allemand, ils quittèrent Strasbourg pour s’installer dans les environs d’Arles, au « Mas des Muses » (Bouches du Rhône).
C'est là que Francia Foretier leur demande d'héberger les enfants quelques temps. Sans hésiter, conscients des risques, ils acceptent. Camille et Noëlle deviennent « Grand-Maman et Grand-Papa ». Et ce, de 1943 à 1945...

Après la Libération, Camille et Noëlle retournent en Alsace, puis au moment de leur retraite, se retirent à Vence (Alpes-Maritimes) jusqu’à leur disparition : Noëlle en 1968, Camille en 1973.

La famille Gorodiche n’a jamais oublié Camille et Noëlle, forts de leur grande générosité ainsi que de leur courage, et grâce auquels les enfants cachés ont eu la vie sauve.
En 2005, à l’initiative de la famille Gorodiche et avec l’aide de la municipalité d’Arles, une plaque commémorative est posée sur la façade de l’immeuble de l’ancienne imprimerie « NUMERUS » en signe d’hommage et de reconnaissance."

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Noëlle Wiedrich, Juste parmi les Nations (BCFYV / DR).

Discours de Nicolas Gorodiche :

- "Nous voici, ma sœur Norge et moi, heureux de vivre dans ce beau pays de France, entourés de nos 6 enfants et de nos 20 petits enfants. Tous ne sont pas ici présents, certains d’entre eux vivent hors de France, mais tous connaîtront notre histoire.
Car en cette journée de printemps 1943, notre survie était loin d’être assurée : réfugiés dans un petit village du briançonnais avec notre mère et ses parents, la recherche des familles juives s’intensifiait. Notre père était en Angleterre avec les 3 frères de maman pour poursuivre la lutte contre les nazis. Nous avons du partir précipitamment pour éviter d’être pris avec les conséquences que chacun sait, aidés par quelques amis, dont Lisette Langlois-Berthelot, aujourd’hui Madame Devinat.

Maman devait trouver d’urgence une solution pour nous. Elle a pu prendre contact avec un couple d’alsacien qui avaient rejoint la zone dite libre au début de la guerre et s’étaient installés en Arles, la ville où nous habitions et où mon père était chirurgien. Il avait d’ailleurs opéré Camille Wiedrich peu après son arrivée en Arles.
Lorsque des amis ont exposé aux Wiedrich notre situation, c’est sans hésitation que Noëlle et Camille ont accepté de nous cacher pour quelque temps, tout en étant parfaitement conscients des risques encourus. Pour tout le monde, nous étions leurs petits enfants, et ma sœur a troqué son nom de Norge, trop facilement identifiable, pour celui de Rose. Elle avait 3 ans, j’en avais 5, et nous sommes restés ainsi 2 ans.

Non seulement nos grands-parents adoptifs nous ont cachés, protégés, éduqués, mais au-delà de cela, ils nous ont donné leur amour sans réserve pendants ces 2 années où nos parents n’étaient pas avec nous, dans ce milieu hostile où soldats allemands et Gestapo étaient tout près, et où tout pouvait basculer tragiquement.

Et puis, au printemps 1945, une jeep s’est arrêtée devant le perron du mas où nous vivions : un grand gaillard en battle-dress avec ses galons de commandant en est descendu et s’est précipité pour nous prendre dans ses bras. Et ma sœur lui a dit avec un accent alsacien à couper au couteau : « Ponjour baba » !

Norge et moi, mais aussi tous nos descendants, remercions Yad Vashem et tous ses membres qui ont suivi et soutenu notre histoire pour que soit rendu aujourd’hui cet hommage à Noëlle et Camille Wiedrich. Sans eux, nous ne serions sans doute pas là.
Nos grands parents de guerre le sont restés jusqu’au bout, et nous sommes très heureux et honorés qu’Hélène Paquet et sa famille soient ici en ce jour pour recevoir cette médaille des justes en leur nom."

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Petite-fille des Justes, Hélène Paquet reçoit leur Diplôme et leur Médaille des mains de Laurent Mestre, Attaché à l'Ambassade d'Israël à Paris (DR).

Discours de Patrick Bloche, Maire du 11e :

- "C’est un motif de très grande fierté et d’intense émotion que d’accueillir, ce soir, en Mairie du 11e arrondissement, cette cérémonie de remise de la Médaille des Justes parmi les nations.
Ce soir, de nouveau, c’est l’histoire de notre pays que nous regardons en face.
Entre 1940 et 1944, 76 000 juifs de nationalités française ou étrangère, dont 11 000 enfants, furent déportés depuis la France. Le bilan de cette extermination programmée, de cet anéantissement voulu des juifs, de tous les juifs est effroyable : seuls 2 000 juifs parmi les déportés de France survivront à l’enfer des camps.
A quelques pas d’ici, le gymnase Japy fut l’un des lieux où l’on rassembla des enfants, des femmes et des hommes, avant une déportation dont, pour la plupart, ils ne revinrent jamais. Deux plaques sont aujourd’hui apposées sur la façade de l’édifice. Elles invitent les passants à se recueillir et à se souvenir d’une horreur, perpétuée avec la complicité de la police de Vichy, qui aboutit à déporter et à assassiner des personnes par le seul fait qu’elles étaient juives.

L’hommage rendu ce soir à Madame Andrée PASQUIER, née ROLAND, et à titre posthume à Camille WIEDRICH et à son épouse Anne, née GANTER dite Noëlle, est un hommage rendu à travers le temps. Il rappelle que le temps ne doit rien effacer : aussi bien les atrocités que les actes de bravoure.
Et il convient de toujours se rappeler, qu’en marge du zèle collaborationniste et de la froide léthargie des foules, il y eut des valeureux qui résistèrent. Et pour cela, les honorer est un devoir. Ces femmes et ces hommes, jeunes ou plus âgés, eurent le courage de s’opposer, alors même que l’esprit du moment les incitait à faire tout le contraire. Ils forment ces discrets bataillons de personnes qui, pour reprendre ces mots de Joseph KESSEL, « auraient pu se tenir bien tranquilles », mais qui firent un choix très différent : celui d’écouter leur conscience.
Ils firent alors des gestes qui relevaient, pour eux, de l’évidence : ils cachèrent, hébergèrent, recueillirent ou encore nourrirent et vêtirent ceux que la barbarie nazie, guidée par une haine aveugle, voulait tous exterminer.
Ces gestes simples mais qui faisaient courir les plus grands dangers sont des actes exemplaires de résistance dont nous devons nous souvenir. Aussi la médaille remise ce soir est-elle l’expression d’une volonté : inscrire à l’encre indélébile les noms de celles et de ceux qui, par leurs actions, rachetèrent notre humanité tout entière.
(...)
Au cœur d’une époque où beaucoup doutèrent des valeurs qu’ils avaient reçues en héritage, l’évidence des gestes que firent les Justes ne cesse de nous émouvoir.
(...)
La lecture des sauvetages accomplis par Camille et Noëlle WIEDRICH puis ceux accomplis par Andrée PASQUIER soulignent le point commun qu’il y eut dans tous ces gestes de résistance.
Pour Camille et Noëlle WIEDRICH et pour vous Andrée PASQUIER il n’y eut pas de calcul, de longues hésitations pour savoir ce qu’il convenait de faire. Vous connaissiez cette évidence du respect des droits et de la dignité de chacun.
C’est notre responsabilité collective de faire que, plus jamais, cette évidence ne s’efface."

NB : Notre gratitude à Viviane Saül, Déléguée du Comité Français pour Yad Vashem, sans qui cette page 268 n'aurait pu être si documentée.

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jeudi 7 octobre 2010

P. 267. Les Justes de Notre Dame de Cenilly

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Invitation à la cérémonie de Notre Dame de Cenilly (DR).

Pierre et Marthe Lebrun
Justes parmi les Nations

Le 5 septembre dernier, dans la salle des fêtes de Notre Dame de Cenilly, Michel Harel, Ministre aux Affaires administratives près l'Ambassade d'Israël à Paris remit à titre posthume le Diplôme et la Médaille de Justes aux noms de Pierre et de Marthe Lebrun.
Ces derniers étaient représentés par leurs nombreux petits enfants :
René Lebrun, Pierre Lebrun, Pierrette Dijou-Lebrun, Jeanine Neel-Lebrun, Luc Lebrun, Jean-Noël Lebrun, Françoise Lebrun, Georges Lebrun...
Cette cérémonie était portée complémentairement par Denis Quesnel, Maire de Notre Dame de Cenilly et par Didier Cerf, Délégué du Comité Français pour Yad Vashem.

Synthèse du dossier Yad Vashem :

- "Isaac WOLNERMAN et Frymeta, sont nés en Pologne. Ils se marient à Paris en 1924 et sont naturalisés Français en 1927. Isaac Wolnerman est chapelier boulevard de Ménilmontant, Paris 20e. Le cercle de famille s’élargit avec trois enfants :
Rose née en 1925,
Maurice né en 1926
et Denise née en 1936.

L’aînée, Rose, est sténo-dactylo depuis 1940 chez M. Merlot, papetier rue de Lyon (Paris 12e). Simone JAMARD, née en 1921, est employée de commerce chez ce même papetier. Une profonde amitié lie les deux jeunes filles. Rose connaît bien la mère de son amie.

Avec l’occupation allemande, les conditions de vie à Paris deviennent de plus en plus pénibles. Les juifs sont persécutés.
Au printemps 1943, des policiers français perquisitionnent l’appartement des Wolnerman.
Consciente des dangers, Rose emmène sa petite sœur Denise à Notre Dame de Cenilly (50), chez Pierre et Marthe LEBRUN (Marthe n'est autre que la sœur de Germaine JAMARD).

La famille LEBRUN tient une boulangerie et un café, aidée par leur fils Alfred (23 ans) et par leur nièce Christiane (20 ans).
Même si des Allemands viennent eux aussi à la boulangerie et au café, les LEBRUN n’hésitent pas. Ce sont des gens de cœur, affectueux, bien décidés à protéger la petite fille qui leur a été confiée et aussi longtemps qu’il le faudra.

Denise porte désormais le faux nom de « Volner », et passe pour la petite fille d’amis parisiens, mise à l’abri des bombardements et des privations.
Elle va à l’école et au catéchisme afin de ne pas éveiller les soupçons. Seuls, l’institutrice Mme LECOMTE et l’Abbé VILLAIN savent que la fillette est juive."

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Denise Wolnerman à la cérémonie de Notre Dame de Cenilly (DR).

"Denise découvre le monde rural. Elle reçoit des nouvelles de ses parents, de petites gâteries et elle-même envoie des cartes à Paris.
Il n’y a pas eu de contribution financière. Bien au contraire et dans la mesure du possible, les LEBRUN envoient des colis alimentaires à Paris.

Après le débarquement du 6 juin 1944, les combats et les bombardements s’intensifient dans la région. Le 26 juillet, les LEBRUN et d’autres réfugiés décident fort heureusement de fuir dans un hameau voisin « La Picanière ».
Une bombe anéantit alors la maison de Cenilly, tuant ou blessant des voisins.
Après quelques jours, la famille LEBRUN repart habiter dans un local de la boulangerie.

Courant septembre 1944, Simone JAMARD vient en stop rechercher Denise. Le retour est mouvementé vers Paris...
Toute la famille WOLNERMAN se trouve à nouveau réunie, épargnée de la Shoah, à jamais reconnaissante vis-à-vis des LEBRUN."

Denise Wolnerman :

- "Je suis heureuse d'avoir contribué à ce que l'humanisme de Marthe et de Pierre Lebrun soit enfin reconnu. Avec eux j'ai connu la vie de famille, la vie rurale où tout le monde connaît tout le monde...
Jusqu'en 1959, j'ai passé toutes mes vacances à Notre-Dame chez eux.
Après, je ne suis plus revenue, comme pour évacuer cette époque. Je ne voulais pas vivre uniquement dans le passé. Mais j'ai écrit durant quarante ans aux Lebrun..."

La Manche Libre :

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(Ph. : Manche Libre / DR).

- "Suivant la cérémonie des Justes qui honora Pierre et Marthe Lebrun, boulangers à Notre Dame de Cenilly qui ont en 1943-1944 caché une petite fille juive, les familles Lebrun et Jamard se sont retrouvées pour une cousinade particulièrement émouvante. 115 cousins venus de partout ont partagé un grand repas de fête dans la salle des fêtes de Notre Dame de Cenilly...
Les petits-enfants des anciens boulangers honorés "Justes parmi les Nations" quelques heures plus tôt, étaient heureux de cette journée de partage et de reconnaissance.
Parmi eux, à la table d'honneur, la fausse "petite cousine de Paris", Denise Wolnerman et son frère Maurice, devenus tous deux membres à part entière de la famille Lebrun-Jamard, de la famille de coeur contre l'injustice."
(18 septembre 2010).

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mardi 5 octobre 2010

P. 266. Des gendarmes Justes parmi les Nations à St-Martin Vésubie

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Unies par leur histoire commune: les familles Fougère et Mangon ainsi que Cécile et Jean-Claude Dreyman, enfants cachés (DR).

Cécile et Jean-Claude Dreyman
furent sauvés par deux familles de gendarmes
les Fougère et les Mangon...

La cérémonie de reconnaissance de ces Justes parmi les Nations s'est déroulée le 5 septembre 2010 à Saint Martin Vésubie.
A titre posthume, Mme Peri-Probstein, Consul d'Israël à Marseille, a remis les médailles et diplômes aux enfants des Justes.

Synthèse du dossier Yad Vashem :

- "Maurice DREYMANN est arrivé en France en 1933. Il se marie à Metz avec Hélène LILIENBAUM en 1936. Une fille, Cécile, naît en 1937, à Lille où ils habitent. Maurice s’engage dans la Légion Etrangère pour défendre la France, la terre qui l’a accueilli. Après la débâcle de 1940, les DREYMANN et les parents d’Hélène s’installent à Savigny-sur-Faye (Vienne). C’est là que naît leur fils Jean-Claude en 1942.

Au printemps 1943, ils partent à St-Martin-de-Vésubie où ils logent en face de la gendarmerie.

En septembre, lors du repli des Italiens, Maurice part aussi vers l’Italie. Les gendarmes de St-Martin conseillent alors à Hélène – enceinte de 8 mois – de fuir avec sa mère et ses sœurs et de se cacher dans la montagne."

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Debouts, les enfants cachés : Jean-Claude et Cécile Dreyman (DR).

"Le gendarme Joseph FOUGERE et sa femme proposent alors de garder Cécile. Ils ont trois enfants, en mettent un en garde chez la grand-mère, et prennent Cécile à la place, ce qui leur fait toujours trois enfants.

Jean-Claude, un bébé blond, est pris en charge par le Maréchal des Logis MANGON (dont la femme est blonde).

Mi-décembre 1943, Liliane LILIENBAUM – qui travaillait à l’OSE – vient rechercher les deux enfants. Cécile va dans une maison d’enfants, à Argonnex (Savoie) où elle restera jusqu’en 1945 et Jean-Claude rejoint sa mère à Vic-sur-Cère (Cantal) qui a accouché en octobre de Gérard.

Après la guerre, les DREYMANN se retrouvent à Lille. Des contacts seront maintenus entre eux ainsi que les deux familles FOUGERE et MANGON.

Il faut souligner que Joseph FOUGERE a été dénoncé pour avoir aidé des Juifs et des réfractaires. Il fut arrêté par la Gestapo, emprisonné à Nice et torturé. Il put heureusement être libéré en août 1944."

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Les remerciements d'Evelyne Mangon (DR).

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samedi 11 septembre 2010

P. 263. 6 millions de morts : campagne de recherche

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Le Comité Français pour Yad Vashem
vous appelle à participer
à la campagne mondiale
organisée par Yad Vashem Jérusalem :


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lundi 9 août 2010

P. 262. Décès d'une Juste : Henriette Pagès

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Henriette Pagès en 1945 (Arch. CFYV / DR).

Paul Schaffer :
"Mme Pagès, Juste parmi les Nations,
était une étoile..." (1)

Le Comité Français pour Yad Vashem salue la mémoire d'une Juste, Henriette Pagès qui a 18 ans, prépara de nombreuses vraies-fausses cartes d'identité pour des juifs réfugiés à Prades, dans le Tarn. Cette Juste sauva activement la famille Epstein et plus particulièrement son amie Esther.

Avec la participation du Comité Français, des archives sonores ont été enregistrées par Radio France. Voici un condensé des souvenirs d'Henriette Pagès.

Question :
"Pouvez-vous raconter l’histoire de la famille Epstein depuis le début de la guerre ?"

Réponse :
"Je pense que les premiers temps, ils étaient allés à Montpellier, et à Montpellier aussi il y a eu une rafle très importante…
Ils ont essayé de trouver un endroit plus calme, plus tranquille que Montpellier. Une amie lui a indiqué le département du Tarn. Alors là, par coïncidence, elle est arrivée dans mon village, c’était un tout petit village, Prades, il y a une dizaine de maisons, c’est tout et il y avait justement une maison à louer.
Esther a demandé si elle pouvait louer cette maison, les propriétaires étaient sur Paris, alors on lui a dit que oui, qu’il n’y avait pas de problèmes.
J’avais 18 ans, Esther devait en avoir 21, son frère à peu près de mon âge, j’avais mon frère aussi qui avait une vingtaine d’années alors. Entre jeunes, nous avons sympathisé. Mais nous ne savions pas au début qu’ils étaient là pour des raisons personnelles... Et puis après quand même bien sûr, on a acquit une amitié et ils nous ont dit qu’ils étaient là parce que les juifs étaient traqués.

Mon père était maire, et moi je faisais le secrétariat de la mairie.
Elle voulu quand même reprendre ses études de dentiste mais on ne l’a voulait pas à Lyon comme elle était d’origine juive ! Alors, elle m’a dit :
- Henriette, fais moi une carte d’identité, envoie-moi ta carte d’identité.
C’est ce que j’ai fait. Voilà je lui ai envoyé une carte d’identité à mon nom, ma date de naissance et tout, et elle s’est inscrite à Lyon."

Q. : "Il est arrivé un problème à un moment ? Elle a été arrêtée ?"

R. : "Le 3 février 1944…
Il y a une rafle dans l’amphithéâtre de la faculté de Lyon, et sur 20 jeunes femmes qui ont été interrogées, elle a été la seule à pouvoir repartir avec mon nom « Henriette Pagès »."

Q. : "Votre père était maire du village ?"

R. : "Oui. Il était maire du village et forgeron.
Un jour, un de ses collègue du Puy Laurent qui faisait partie de la milice, vient juste quand le papa d’Esther rentre chez mes parents… Quand il a été parti, le collègue de mon père lui dit :
- "ça c’est un juif que tu as !"
Mon père :
- "eh bien, disons qu’est ce que cela peut te faire ça, essaye de le dénoncer… que je ne te revoie plus."
Il est parti et il ne les a jamais dénoncés. Cette fois-là, ça a été juste, oui, oui."

Q. : "Quand vous étiez secrétaire de mairie… vous faisiez des cartes d’identité pour les juifs ?"

R. : "Oui, je travaillais à la mairie comme secrétaire et je faisais de fausses cartes d’identité sans que mon père qui était maire, soit au courant. Voilà…
J’en faisais même des fois pour ceux qui ne voulaient pas partir au STO. Je changeais leur date de naissance. Je reconnais qu’à 18 ans, j’étais un peu farfelue… mais je n’avais pas peur de rendre service. Je connaissais beaucoup de jeunes dans le village… on avait le cœur à rendre service.
On a fait ça et je ne le regrette pas vraiment.
Alors toutes celles que j’ai faites pour les juifs ? Je ne les connaissais même pas. Les parents d’Esther me disaient :
- "vous savez Henriette, il faudrait faire une fausse carte",
alors je faisais une fausse carte.
Je cherchais, j’allais sur le monument aux morts, à Prades ou dans les environs, je cherchais des noms de ceux qui étaient décédés en 14/18 et je faisais de fausses cartes d’identité avec ces noms…"(2)

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La Juste Henriette Pagès en 2005 (Arch. CFYV / DR).

NOTES :

(1) Télégramme de Paul Schaffer, Président du Comité Français pour Yad Vashem, à la famille de la défunte :
- "Mme Pagès, Juste parmi les Nations, était une étoile brillante éclairant les ténèbres des nuits de détresse".

(2) Premier corpus européen d'archives sonores sur les Justes. Retranscription par Corinne Melloul, Comité Français pour Yad Vashem.

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mercredi 28 juillet 2010

P. 261. Le 18 juillet au Camp des Milles

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Camp des Milles (BCFYV/DR).

Discours de Robert Mizrahi :
"Si l'Homme continue à être un Loup pour l'Homme,
notre planète sera un Paradis perdu"...

Robert Mizrahi :

- "Permettez-moi de rappeler que François Mitterrand a décrété cette cérémonie en Janvier 1993 pour commémorer la grande rafle du Vélodrome d'Hiver du 16 Juillet 1942 à Paris, au cours de laquelle 13152 Juifs dont 4115 enfants de 1 mois à 15 ans furent arrêtes, parqués et déportés pour être anéantis à Auschwitz. Un film récent a retracé ce drame.

Rappeler aussi que lors de la cérémonie du 16 Juillet 1995, Jacques Chirac a reconnu la responsabilité de la France dans l'extermination des Juifs vivant sur son sol, durant cette période noire de 1940 à 1945.

Depuis juillet 1993, j'assiste à cette cérémonie à Marseille, ma ville natale, où mes parents furent arrêtés en 1944, par la Gestapo française, et exterminés dans les Camps de la Mort, Marseille où mon jeune frère et moi-même avons été sauvés par des Justes.
Justes comme la famille Vigué à laquelle, en votre présence et sous votre autorité, Madame le Maire, le Consul d'Israël Schmuel Sivan et moi-même, avons remis le 10 Juin dernier," la Médaille des Justes parmi les Nations" de l'Etat d'Israël.

Aujourd'hui je suis venu ici en tant que Président d'Honneur du Crif Marseille-Provence, pour intervenir, à sa demande, en lieu et place de sa nouvelle Présidente Michèle Teboul, mais aussi, je dois le dire, en tant qu'ami d'Alain et Sidney Chouraqui qui va recevoir tout à l'heure les insignes dans l'Ordre National de la Légion d'Honneur.

Dans la nuit du 1er au 2 septembre 1943, à quelques pas, si je peux dire, de cette belle ville d'Aix en Provence, 2500 Juifs: hommes, femmes, enfants, vieillards, ont quitté ce lieu dans des wagons plombés, pour être exterminés dans les Camps de la Mort de Pologne."


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Wagon du Camp des Milles (BCFYV/DR).

- "Alors comment oublier ces phrases écrites par le Pasteur Manen, "Juste parmi les Nations", la Mémoire de ce Camp, qui s'efforça de sauver certains d'entre eux malgré les risques encourus.
Je cite :
« Ce qui était particulièrement douloureux à voir, c'était le spectacle des petits enfants, car des ordres stricts furent donnés en dernière heure tels qu'au dessus de 2 ans tous devaient obligatoirement partir avec leurs parents…
Des enfants tout petits, trébuchant de fatigue dans la nuit et dans le froid, pleurant de faim, s'accrochant lamentablement à leurs parents pour se faire porter…. de pauvres petits bonhommes de 5 ou 6 ans essayant de porter vaillamment un baluchon à leur taille… puis tombant de sommeil et roulant par terre eux et leurs paquets… tout grelottant sous la rosée de nuit... »

J'arrête là cette citation qui comprend encore une dizaine de lignes, précisant que le train est parti, nous savons où, hélas, et avec ce cri de douleur du Pasteur Manen : " C'est à moi que vous l'avez fait ".

Comment ne pas être saisi d'une intense émotion en écoutant ces quelques lignes écrites dans son journal par cet homme au grand cœur ?
Et pourtant ! Voilà que pour certains, 6 millions de Juifs exterminés, 66 ans après, cela ne leur paraît pas suffisant !
L'antisionisme habit neuf de l'antisémitisme, répand à nouveau la haine.
Et dans des défilés, depuis quelques années, on crie " Mort aux Juifs " sans que cela émeuve le moins du monde ceux qui défilent y compris certains élus qui viennent chercher là un électorat.
La propagande nazie a été récupérée et amplement développée par les moyens de communication actuels : télévision, internet, mobiles.
Et le flot incessant d'informations ne laisse pas, à une grande majorité, le temps de l'analyse.

Aussi, sur ces lieux où s'édifie un Mémorial, grâce à la pugnacité de son président, Alain Chouraqui et de tous les membres de son conseil, avec le soutien des collectivités locales et de l'Etat, les deux mots ajoutés à "Mémorial du Camp des Milles" ces deux mots " Mémoire et Education" me paraissent absolument indispensables.
"Mémoire" certes mais surtout "Education", afin que les jeunes générations comprennent que :
"si l'Homme continue à être un Loup pour l'Homme, notre planète sera un Paradis perdu".

Je vous remercie."

Robert Mizrahi,
Président d'Honneur du Crif Marseille–Provence,
Le Wagon souvenir- Les Milles.
Dimanche 18 Juillet 2010.

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lundi 26 juillet 2010

P. 260. Pierre et Louise Rey, Justes parmi les Nations

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Le public en la Mairie de Nègrepelisse. A dr. : Jacqueline Gourevitch, enfant cachée (Ph. C. Gordon/BCFYV/DR).

Cérémonie à Nègrepelisse
pour deux fermiers de Lavergne
ayant sauvé la petite Jacqueline Gourevitch

Synthèse du dossier Yad Vashem :

- "Pierre Alfred et Louise Marie Rey étaient fermiers à Lavergne, lieu situé à quatre km de Nègrepelisse. De juin 1942 au printemps 1945, ils prirent sous leur chaleureuse protection la petite Jacqueline Gourevitch. Celle-ci n’avait pas plus de trois ans quand elle fut ainsi mise à l’abri de la Shoah grâce aux Rey.

Pierre Alfred et Louise Marie se réclamaient tous deux de la religion protestante. Leur famille comptait non moins de quatre enfants en 1942 :
- Alice, 21 ans,
- Arlette, 20 ans,
- Denis, 16 ans et
- Maurice, 8 ans.

Leur généreuse hospitalité, malgré les dangers multipliés par l’occupant et ses collaborateurs, les Rey l’offrirent d’abord à un neveu ayant eu le courage de s’évader d’Allemagne. Puis Jacqueline, juive persécutée, arriva à Lavergne. Aussitôt intégrée et entourée. Alice, en aînée responsable, veille à son éducation et lui apprend à lire ainsi qu’à écrire.

La région n’est pas de tout repos. Les Allemands fouillent la ferme à deux reprises. Les Rey font passer Jacqueline pour une petite cousine venue respirer le bon air des campagnes…

Au printemps 1945, les horreurs de la guerre s’éloignent et les parents de Jacqueline viennent à Lavergne pour retrouver leur enfant. Celle-ci appelait alors son sauveur : « Papa Alfred » et l’épouse de ce dernier : « Maman Louise »…"

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Les époux Rey, Justes parmi les Nations (BCFYV/DR).

Compte-rendu de la cérémonie par Albert Seifer, Délégué du Comité français pour Yad Vashem :

- "L’après-midi du 4 juillet à 15h30, nous nous retrouvions dans la mairie de Nègrepelisse pleine à craquer, pour assister à la cérémonie honorant à titre posthume Pierre Alfred et Louise Marie Rey qui cachèrent dans leur ferme de Lavergne la petite Jacqueline Gourevitch ( future Mme Lerfel ) alors âgée de 3 ans, de 1942 à 1945.
Le couple Rey, des protestants simples et généreux, avait 4 enfants : Alice 21 ans, Arlette 20 ans, Denis 16 ans et Maurice 8 ans.

Dans son discours d’accueil Mr Maurice Correcher, maire-adjoint rappela avec beaucoup d’émotion, comment sa tante Joséphine Correcher, épouse Costa cacha dans une huche à pain une fillette du Moulin de Moissac lors d’une perquisition des Allemands, et lui sauva ainsi la vie.

Puis le Dr Albert Seifer délégué régional du comité français pour Yad Vashem exposa à l’assistance ce qu’est Yad Vashem et rappela la fameuse lettre de Mgr Jules-Géraud Saliège archevêque de Toulouse sur la personne humaine qui fut lue dans toutes les églises du diocèse les dimanches 23 et 30 Août 1942.

Albert Seifer souligna l’action courageuse de Marie-Rose Geneste, au service de Mgr Théas archevêque de Montauban, laquelle parcourait 100 km par jour sur sa bicyclette bleue, exposée à Yad Vashem, pour distribuer dans toutes les églises du diocèse la lettre de Mgr Théas proche de celle de Mgr Saliège :
« Marie-Rose Geneste, Juste parmi les Nations, est très âgée et malade. J’ai eu l’honneur de la féliciter en décembre 1991 lors du « Colloque sur les camps d’internement dans le Sud-Ouest de la France » organisé à Montauban par le Recteur Philippe Joutard. »

Mr le sénateur Collin fit un très beau discours mettant l’accent sur le courage et l’humanisme de la famille Rey.

Mr Fabien Sudry, Préfet du Tarn-et-Garonne lui succéda dont le discours fut également de très bonne qualité qui rendit hommage à la valeureuse famille Rey.

Après les remerciements émus de Maurice Rey, fils des récipiendaires, Mme Jacqueline Gourevitch-Lerfel exprima sa profonde reconnaissance envers cette famille méritante."

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Jacqueline Gourevitch, enfant cachée chez les Rey et prononçant son discours de remerciements lors de la cérémonie de Nègrepelisse (Mont. BCFYV/DR).

Jacqueline Gourevitch :

- "Quelle belle récompense justement méritée par cette famille qui m'a recueillie durant trois ans.
Durant cette période noire, où nous avons eu la visite de la Gestapo, j'étais choyée et je n'ai que des bons souvenirs à la ferme de Lavergne. Je me sentais en sécurité et je les appelais papa Alfred et maman Louise.
Un grand merci à tous sans oublier Denise et Arlette.
J'ai souhaité que leur nom soit inscrit sur le Mémorial Yad Vashem en Israël car leur courage restera à jamais gravé dans ma mémoire."

Fabien Sudry, Préfet du Tarn-et-Garonne :

- "Il est important d'entretenir le devoir de mémoire…
La famille Rey a fait preuve d'un grand sens des valeurs, de solidarité et de partage. Cet acte d'humanisme doit être un modèle. Il est important que les jeunes générations participent à de telles cérémonies pour retransmettre ces moments de notre histoire."

NOTE :

Notre gratitude à Albert Seifer, Délégué régional, pour ses apports à la rédaction de cette page.

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P. 259. Jean Joseph Moussaron, Juste parmi les Nations

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Mgr Moussaron (BCFYV/DR).

Cérémonie de reconnaissance
de l'Archevêque d’Albi, Castres et Lavaur
sous l'occupation

Compte-rendu d'Albert Seifer, Délégué du Comité Français pour Yad Vashem :

- "Dimanche 4 Juillet 2010 à 11h , dans la salle des Etats Albigeois de l’Hôtel de Ville eut lieu la cérémonie de remise de la médaille des Justes, à titre posthume, en présence de Philippe Bonnecarrère, maire d’Albi, de Shmuel Sivan Consul d’Israël à Marseille et du Dr Albert Seifer, délégué régional du Comité français pour Yad Vashem. En l’absence de membre de la famille de Mgr Moussaron, l’honneur échut à Mgr Carré, archevêque d’Albi, de recevoir la médaille des Justes et le diplôme d’honneur décernés à son courageux prédécesseur.

Comme à son habitude, Mr Bonnecarrère fit un très beau discours, sans aucune note, rappelant le contexte dangereux de cette époque sombre de notre histoire.

Puis le Dr Albert Seifer exposa à l’assistance ce qu’est Yad Vashem, rappela les rafles du Vél d’Hiv des 16 et 17 juillet 1942, celles « de la zone libre » du 26 Août 1942 et raconta comment il fut caché et sauvé ainsi que 82 enfants juifs dans le couvent de N.D de Massip à Capdenac grâce à Mgr Jules-Géraud Saliège, archevêque de Toulouse, Compagnon de la Libération et futur cardinal, et à son réseau.

Shmuel Sivan, consul d’Israël à Marseille exposa le rôle salvateur des Justes en France qui contribua à épargner la vie des ¾ des juifs de France. Le Dr Albert Seifer rappela de quelle façon grâce à l’intervention de sœur Marie Suzanne (Simone Bondurand, Juste parmi les nations) Mgr Moussaron plaça chaque membre de la famille Zenatti dans quatre couvents différents (trois dans le Tarn et le quatrième à Perpignan).

Puis ce fut la remise de la médaille des Justes et le diplôme d’honneur de Mgr Moussaron, à titre posthume, mais dont le portrait était bien présent sur l’estrade et reflétait la bonté, à son successeur actuel Mgr Carré dont le prochain ministère se situera à Montpellier.

Mme Dreyfus née Haas (une famille très honorable d’Albi) témoigna avec émotion et raconta comment elle fut reçue régulièrement à la table de Mgr Moussaron le dimanche, alors qu’elle était interne au collège de Réalmont."

Père Mathieu :

- "Trois raisons ont été majeures pour l’obtention de cette médaille : en 1er, à la suite du Cardinal Saliège et de Mgr Théas, la protestation face à l’arrestation et à la déportation des Juifs qui étaient faites au mépris de tout respect de l’humain, souvent en séparant les familles. En second, son action pour que les écoles qui avaient un internat, les collèges et les lycées catholiques, les couvents et les monastères accueillent les juifs (16 lieux). Troisièmement, son arrestation par la Gestapo en 1944 et son internement à la Prison Saint-Michel de Toulouse."
(Eglise catholique dans le Tarn).

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Instantané de la Cérémonie.
De g. à dr. : P. Mathieu; Shmuel Sivan Consul d’Israël à Marseille; Mgr Carré, archevêque d’Albi; Albert Seifer, Délégué du Comité Français pour Yad Vashem (Ph. C. Gordon/BCFYV/DR).

Charles Le Bourgeois :

- "C'est une justice à lui rendre que de lui remettre cette médaille, même si les récompenses sur terre ne sont pas équivalentes à celles du ciel », commente Claude Zenatti, un ancien réfugié qui explique « avoir été protégé » pendant la guerre par Mgr Moussaron. Lequel était considéré comme partisan du maréchal Pétain, du fait du respect qu’il avait du pouvoir en place. Mais sans jamais collaborer."
(La Croix, 1 juillet 2010).

Lettre de Jean Joseph, Archevêque d’Albi, Castres et Lavaur :

- "Des circonstances indépendantes de notre volonté ne nous ont pas permis de vous dire plus tôt la peine que nous ont causées les mesures de déportation prises récemment contre les Israélites réfugiés en France.
Si dans notre département elles ont été appliquées avec autant de correction et délicatesse qu’il est possible d’en mettre en pareil cas, sur bien des points du territoire on a vu se dérouler des scènes très douloureuses. Des femmes ont été séparées de leurs maris, des enfants de leurs parents. La religion et l’humanité ne peuvent que protester contre cette violation des droits sacrés de la personne humaine et de la famille et cette méconnaissance de la loi divine de la charité.
Et que personne ne voit dans notre parole une atteinte portée au loyalisme que nous devons au Gouvernement et que nous n’avons cessé de recommander. Le Gouvernement n‘est pas en cause. Loin d’avoir pris l’initiative de ces mesures aussi contraires à la tradition française qu’à l’esprit chrétien, il les a subies comme une conséquence de la défaite. Au surplus, c’est servir son œuvre de redressement que d’affirmer, à l’heure où des catholiques même risqueraient de les oublier, les principes qui sont inscrits dans l’Évangile, que l’Église a toujours défendus et sans lesquels il n‘est pas de vraie civilisation. Prions Dieu, nos très chers frères, d’accorder bientôt à la France et au monde des jours meilleurs où les hommes, quels que soient leur race et leur pays, sauront se reconnaître et se traiter comme des frères.
(20 septembre 1942).

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jeudi 22 juillet 2010

P. 258. Louis et Jeanne Felten, Justes parmi les Nations

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Une du quotidien "Le Pays" (DR).

Cérémonie de reconnaissance
à Chagey

Le 8 juillet, la Médaille et le Diplôme de Justes parmi les Nations ont été remis à titre posthume à Louis et à Jeanne Felten. Leur fille, Jeannine Sainsimon-Felten les a reçus des mains de Gilbert Roos, Consul d'Israël à Strasbourg. A l'invitation du Maire, Josette Loch ainsi que du Délégué du Comité Français pour Yad Vashem, Didier Cerf, cette cérémonie eut pour cadre la salle Georges Brassens à Chagey.

Synthèse du dossier Yad Vashem :

- "Dès leur naissance, les destins d’Yvan Rueff et de Louis Felten vont se lier. Tous deux naissent à Guebwiller (Haut-Rhin). Le premier appartient à une communauté juive de vieille implantation, il est né en 1906. Le second vit le jour en 1913.

Avec la crise des années 30, le travail devient rare. Louis et Jeanne, son épouse originaire de Soultz, quittent le Haut-Rhin pour le Doubs. Les forges d’Audincourt engagent encore. Louis y trouve un emploi et le couple s’installe à Héricourt.

Motivé par leur exemple, Yvan Rueff propose à son épouse, Maria, une jeune catholique de Wasserbourg, de suivre le même itinéraire. Tous deux sont engagés chez Peugeot et habitent désormais à Héricourt.

La famille Felten s’agrandit en 1937 avec la naissance de Jeannine qui sera suivie de Raymond en 1940 (avec pour marraine Maria Rueff) et de Daniel en 1942.

Le père de famille décide de changer du tout au tout son orientation professionnelle et d’entrer dans la police. Après l’école de Plombières-les-Dijon, Louis est d’abord attaché au commissariat d’Audincourt puis à celui d’Héricourt.
Les Felten aménagent donc dans cette commune de la Haute-Saône en 1943.

Alors que sévit la persécution des juifs, et pour en préserver Yvan Rueff, le couple Felten lui offre de l’abriter. Pour les voisins et les curieux éventuels, voire les personnes malveillantes, Yvan sera présenté comme étant un cousin. S’il est ainsi sauvé, son épouse Maria est mise derrière les barbelés de Drancy. Heureusement pour elle, elle prouve qu’elle n’est pas juive et même catholique. Les autorités occupantes la remettent en liberté…

En août 1944, Yvan Rueff sort de l’ombre. Il rejoint le maquis du Lomont.

Quant à Louis Felten dont la patriotisme est sans faille et qui avertit notamment des juifs d’arrestations programmées, il se trouve mis en état d’arrestation le 11 septembre 1944. Interné à Heilbronn, il retrouvera la liberté le 1er mai 1945."

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Louis Felten, policier à Héricourt (Photo prise en 1955/Le Pays/DR).

- "Ses mérites seront reconnus qui lui vaudront la Croix de guerre, la Médaille militaire, la Croix du combattant volontaire de la résistance, la Médaille de la déportation et la Légion d'honneur. Il restera attaché au commissariat d’Héricourt jusqu’à sa retraite en 1968."

Claude Raymond :

- "Prenant tous les risques, Jeanne et Louis Felten avaient recueilli chez eux, à Héricourt, Yvan Ruell réfractaire au STO israélite, du 5 février au 28 août 1944. Ces huit mois ont sauvé la vie d'un homme traqué dont les parents belfortains ont été raflés par la police française du régime collaborationniste de Vichy pour être envoyés à Dachau.
(...) Louis Felten participe de façon active à divers coups de main, réception de parachutages, transports d'armes et de blessés, sabotages à l'explosif. Il fournit de faux papiers aux fugitifs. Mais surtout sa parfaite connaissance de la langue allemande lui permet de renseigner avec efficacité sur les activités de la Feldgendarmerie. Nombre de personnes échappent grâce à lui à une arrestation certaine."
(Le Pays).

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lundi 19 juillet 2010

P. 257. 18 juillet 2010

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Justes parmi les Nations : Mmes GASTELAIS et BEAUDIOT, les époux FUNE, le consul du Portugal MENDES DE SOUSA (Mont. BCFYV/DR).

Discours de Paul Schaffer
sur le site du Vel d'Hiv...


Paul Schaffer :

- " Nous commémorons en ce jour le 68ème anniversaire de la rafle du Vel’d’hiv.
Comme chaque année je me souviens de l’important discours, tenu ici même il y a 15 ans, par le Président Jacques Chirac. Ses propos m’avaient incité à lui écrire spontanément, pour exprimer ma reconnaissance, car j’attendais vainement, depuis 53 années, dans l’inquiétude et la déception, la mise au point qu’il venait d’énoncer.

En effet, arrêté par des Gendarmes à Revel, Haute Garonne, en zone occupée, le 26 août 1942, j’ai été déporté le 4 septembre par le convoi N°28, vers Auschwitz, avec ma mère et ma sœur ainée, âgée de 19 ans.
Ce convoi emportait 999 personnes. En 1945 vingt-sept seulement sont revenues : je suis l’un d’eux et l’unique survivant de ma famille.

Or si je prends la parole aujourd’hui devant vous, c’est justement pour que nous nous souvenions ensemble du drame peu connu et jusqu’ici jamais commémoré : la rafle massive des Juifs étrangers, du mois d’Août 1942, qui s’est déroulée en zone non-occupée et qui a atteint les Juifs dans les communes les plus reculées du territoire.
Décidée et exécutée par le gouvernement de Vichy, cette rafle avait pour objectif de livrer à la Gestapo les Juifs étrangers se trouvant sous sa responsabilité. Il s’agissait de compléter les 13.152 personnes arrêtées et regroupés au Vélodrome d’hiver et d’atteindre le nombre de 22 000 Juifs, exigé par l’occupant.
Consacrant définitivement le déshonneur du régime de Vichy.

Il me paraît inutile de rappeler ici que ces étrangers sont venus en France espérant y trouver secours et protection.
Ainsi 10.587 hommes, femmes, vieillards et enfants furent arrêtés, la plupart lors des rafles du 26 août et déportés via Drancy dans des conditions abominables, pour être presque tous assassinés dans les chambres à gaz des camps d’extermination. De ces 10.587 déportés, seuls 270 ont survécu.

Ainsi, aux horreurs des arrestations, dites du Vel d’Hiv, s’ajoutent celles du mois d’Août 1942. Les deux plus grandes rafles ont mené vers les camps d’extermination, en l’espace de ces deux mois, quelques 23 800 personnes, c’est presqu’un tiers des 76 000 Juifs déportés de France, durant toutes les années de l’occupation.

La haine des Juifs, amplifiée par la propagande nazie, avait trouvé un écho favorable auprès de certains Français qui se sont fait leurs complices, aboutissant à la Shoah.
Néanmoins et dans le même temps, d’autres Français, par simple humanité, avec bonté et abnégation ont sauvé, souvent au péril de leur vie, des Juifs de la déportation et de la mort.
Identifiés, ils ont reçu de l’Etat d’Israël le titre de Justes parmi les Nations.
Parmi ces Justes, reconnus ou restés anonymes - l’autre dimension de cette journée de souvenir - je souhaite rappeler plus particulièrement la mémoire de Mgr Saliège de Toulouse et de Mgr Théas de Montauban. Les arrestations du mois d’Août donnèrent lieu à la rédaction de leurs lettres pastorales : elles furent lues dans toutes les églises de leurs diocèses. Ils y dénonçaient ces actes qui portaient atteinte à la dignité humaine et ils appelaient les Chrétiens de France à ne pas être complices de pareils forfaits."

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Justes parmi les Nations : M. TOQUANT, Mme LANEURIE, Mme MARMAJOU, M. BROTTES (Mont. BCFYV/DR).

- "Nous le savons, les Justes de France furent de toutes obédiences et appartenaient à des milieux religieux, culturels et sociaux différents. Ils furent nombreux, même si la plupart resteront dans l’ombre, faute de ne pas avoir raconté à temps ou par modestie leur histoire.
Pourtant, je suis heureux, comme Président du Comité français pour Yad Vashem, de pouvoir instruire aujourd’hui encore, bien que tardives, des nouvelles demandes qui continuent de nous parvenir et que Yad Vashem Jérusalem décidera d’honorer du titre de Justes.
Mais le temps n’efface pas notre reconnaissance, leurs actions sont et resteront une leçon à tout jamais.
Ils ont sauvé l’honneur de la France !

Dans un monde où les actes de haine, la confusion des valeurs, la diabolisation d’Israël se manifestent, le rappel des principes qui ont guidé les Justes d’hier s’impose, et exige de nous de défendre la vérité, la justice et la paix.

Tout en le déplorant, il faut que j’évoque aussi aujourd’hui un acte qui s’est produit lors d’une récente remise de diplôme de Justes, dans une petite ville de la province française. Alors qu’un couple d’agriculteurs ayant caché des Juifs pendant la guerre était honoré, un groupe d’individus est venu perturber l’atmosphère chaleureuse et émouvante de cette cérémonie, distribuant des tracts agressifs, distillant leur haine et proférant des slogans antisémites.
Jamais je n’aurais pu imaginer que ce genre de démonstrations puisse se produire après la Shoah. Ayant vécu la Nuit de cristal à Vienne, âgé alors de 14 ans, ayant encore dans ma mémoire le souvenir des discours de haine, je sais à quelle incontrôlable catastrophe ces manifestations conduisent, si elles ne sont pas dénoncées, sanctionnées et éradiquées à temps.
Ces comportements sont indignes et contraires à l’esprit de notre République.

Aujourd’hui, Monsieur le Ministre, Mesdames et Messieurs les élus, si nous voulons donner un sens à nos commémorations et ne pas seulement évoquer le passé, nous devons tous, autorités politiques, autorités morales et citoyens, assumer un impérieux devoir : celui de combattre toutes les manifestations de haine et de violence."

(S) Paul Schaffer, Président du Comité Français pour Yad Vashem.

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vendredi 9 juillet 2010

P. 255. Hommage à Jenny Laneurie

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Diplôme amplement mérité par Jenny Laneurie (DR).

L'enfant cachée à Ernée
deviendra Secrétaire générale
du Comité Français pour Yad Vashem...

P. 234, ce blog donnait connaissance d’un Communiqué du Comité Français pour Yad Vashem marquant sa première réunion le 17 mai 2010.
En conclusion, on pouvait y lire :
- "Une courte cérémonie très émouvante a permis de remettre un diplôme de remerciements à M. et Mme Gérard Goldenberg et à Madame Moscovic, délégués de province pour leur dévouement inlassable au service de YAD VASHEM.
Madame Jenny Laneurie, ancienne secrétaire générale n’ayant pas pu être présente, son diplôme lui sera remis en main propre ultérieurement."

Lors de la dernière réunion du Comité directeur, Jenny Laneurie a reçu ce document marquant toute l’estime, l’attachement et la gratitude qui l’entourent, elle qui n’a jamais mesuré ses si bons et loyaux engagements auprès de Yad Vashem.

Essai de biographie :

Jenny est née en mai 1939 à Charleville. Première enfant de Raphaël Fresco et de Solange Niégo, tous deux d’origine judéo-espagnole.
De la péninsule espagnole, leurs ancêtres avaient été chassés au XVe siècle par les couronnes d’Aragon et de Castille vers Constantinople.
Puis en 1914, la branche Nessim Fresco émigre vers la France. Suivie par la branche Namer.

La fin de la Première guerre mondiale laisse les Ardennes françaises à l’état de ruines. Les Fresco ouvrent un magasin de bonneterie « Aux dentelles modernes », rue du Palais à Charleville. Victor Namer et son épouse Annette, née Fresco, tiennent un magasin Cours Aristide Briand…
Fils aîné des Fresco, Raphaël fait les marchés dont celui de la Place Ducale. Solange partage avec lui ce travail ambulant.

Quand frappe la guerre, les Ardennes doivent être évacuées de peur que la population ne revive les sévices et atrocités de 1870 puis de 1914-1918. Les Fresco décident de partir vers la même ville refuge que leur voisin, un boucher : Laval, dans la Mayenne. Leur exode passe volontairement par Fontainebleau où ils emportent Jeannette Niégo, veuve et mère de Solange.
Le 8 route d’Angers à Laval va devenir le nouveau foyer familial. Jacky, fils de Victor et d’Annette Namer, est le compagnon de jeu de Jenny.

Avec la guerre, Victor se trouve mobilisé. Certes il naquit en 1913 en Turquie mais ayant effectué son service militaire en 1931 sous l’uniforme français, il avait été reconnu citoyen français.
Quant à Raphaël, né en 1908, il est toujours de nationalité turque mais il s’est engagé volontaire dans la défense passive. Ambulancier à Charleville, il y retourne une fois les siens mis à l’abri à Laval.

Avec la percée de Sedan en mai 1940, les Ardennes sont encore et toujours mises à feu et à sang. La synagogue de Sedan est bombardée. Les réfugiés fuient les zones de combats. La Mayenne se trouve submergée sous un flot humain et désespéré de plus de 150.000 exilés. Pris dans le mouvement, Jenny et les siens abandonnent Laval pour Lonzac en Saintonge. Mais les envahisseurs vont toujours plus loin et plus vite. Leurs uniformes polluent la Mayenne dès le 17 juin. L’armistice est signée le 22. Le lendemain, les Allemands occupent la Charente-Inférieure. Les Fresco reviennent alors sur leurs pas et retrouvent le 8 de la route d’Angers à Laval.

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Jacky et Jenny à Laval (Arch. fam. / BCFYV / DR).

Puis tombent les premières mesures antisémites. La famille, parce que juive, se trouve interdite de toute activité commerciale. A partir du 7 juin 1942, il leur faut – pour ceux âgés de plus de six ans – retirer à Laval une « étoile jaune » rendue obligatoire et remise contre un ticket textile…
Suivent les rafles. En Mayenne, une troisième vague est organisée les 9 et 10 octobre 1942.
Le 10 à 6 heures du matin, le monde bascule pour les Fresco. Pas moins de sept Feldgendarmes (plus leur interprète) viennent les embarquer pour un rassemblement près du stade de Laval puis un transport jusqu’au camp de Mulsanne-Le Mans.

Derrière les barbelés, se serrent les coudes :
- la grand-mère maternelle Jeannette Niégo,
- les grands-parents Nessim et Eugénie Fresco,
- les enfants de ces derniers, Raphaël (avec son épouse Solange et leur petite Jenny, 3 ans),
- Annette Namer et son fils Jacky, 4 ans (le père, Victor, est prisonnier de guerre au Stalag XIII),
- Samy, le cadet.

Au quatrième jour, les Allemands font sortir 35 juifs du camp eu égard à leur nationalité turque. A ces libérations s’ajoute celle des Niégo-Fresco-Namer… Alors qu’en réalité, seuls quatre d’entre eux ont leur nom sur les fichiers de la Préfecture avec la mention : « Turcs »…
La famille retrouve le 8 route d’Angers, tandis que la Shoah frappera les autres déportés de ce camp de Mulsanne.

Le 24 janvier 1944 reste une date marquante. Parvient une lettre de Paris et signée du père de Victor Namer. Pour transmettre cet avis affiché par l’Ambassade de Turquie : « A partir d’aujourd’hui, les Juifs Turcs seront considérés comme les Juifs Français. »
Raphaël cherche aussitôt comment échapper à une nouvelle arrestation suivie immanquablement d’une déportation…

Un forain oriente Raphaël vers un garagiste d’Ernée, Pierre Le Donné (résistant notoire). Ce dernier trouve un logement à Saint-Pierre des Landes dans la ferme de la famille Rousseau. Annette, Jacky et Salomon y sont accueillis. Le reste de la famille est hébergé au « Petit Poirier », une ferme du Rollon et appartenant aux Lambert mais exploitée par les Fauque. Ces derniers vont prendre tous les risques pour les persécutés.

Ce « Petit Poirier » ne comprend qu’une pièce unique surmontée d’un grenier accessible par une échelle. Et Annette, Jacky ainsi que Salomon finissent par y rejoindre la famille. Celle-ci porte désormais le nom de Fauque et passe pour des cousins de Paris ayant préféré se mettre au vert près de leur famille en Mayenne.
Commence une existence précaire. Avec l’obligation de nourrir sans tickets de ravitaillement 9 bouches nouvelles tout en échappant à la curiosité voire à la malveillance et même aux dénonciations. Une longue attente confine la famille derrière des couvertures tendues aux fenêtres et devant la porte d’entrée.

Puis les Alliés réussissent leur débarquement en Normandie mais cherchent ensuite longuement à percer les lignes allemandes. Le 5 août 1944, un résistant d’Ernée, René Justin, va guider les Américains. La ligne de front est mouvante et le « Petit Poirier » reste entre les deux ennemis trois jours encore…

Les Fresco auront finalement échappé à la Shoah. Ceux réfugiés en Mayenne. Hélas pas les oncles, ni une sœur de la grand-mère Fresco, ni une tante de Jacky, ni les Fresco de Lonzac-Reims.

Suite aux dossiers constitués par Jenny (devenue l’épouse d’un enfant caché, Jean-Yves Laneurie) ont été reconnus Justes parmi les Nations :
- Pierre Le Donné,
- Auguste et Marie-Louise Fauque,
- Michel et Françoise Rousseau.

Début 1992, alors qu’elle décrochait une licence en Hébreu (Langues O’ ), Jenny Laneurie devint bénévole du Comité Français pour Yad Vashem. L’exemple et les conseils amicaux de Louis Grobart jouèrent leur rôle dans cet engagement qui la conduisit aux responsabilités du Secrétariat général sous la Présidence de Richard Prasquier.
Fin 2007, Jenny Laneurie souhaita qu’un blog vienne compléter le Site internet du Comité Français pour Yad Vashem. Voilà comment depuis janvier 2008, ce blog tente de répondre à cet honneur et à ce travail de mémoire : informer en temps réel et régulièrement, au nom du Comité, sur les nouveaux Justes de France et les persécutés sauvés de la Shoah.

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Remise à Jenny Laneurie de son diplôme (Ph. J-P Gauzi / BCFYV / DR).

NOTES :

- Pour une information complète sur l’histoire des Fresco, il vous est recommandé de lire
Marc Betton, Histoire des familles Fresco, Namer, Niégo, de Charleville à Ernée et retour, 1939 à 1945, Ed. à compte d’auteur, Ernée, 2009, 52 p.

- Parmi les activités de Jenny Laneurie, se détache AKI ESTAMOS, l'Association des Amis de la Lettre Sépharade.

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