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4.07.2024

Adeline Miermont-Giustinati, Creuser ma nuit



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Recueil paru en mars 2024 aux éditions de l'Aigrette, Creuser ma nuit touche comme il est rare que ça touche. Ce cheminement sensible, à la démarche aussi forte que fragile, parle à l'intérieur. Une écriture qui raconte comment on existe avec ce que l'on porte, la traduction corporelle d'un poids. Creuser ma nuit perce une roche que l'on voudrait lisse mais qui ne l'est pas, une roche de laquelle j'hésite presque, parce qu'intime, parce que troublant, parce que ne pouvant être détacher du reste du recueil,  à extraire, à recopier, ce texte :


j'arpente le long couloir
cherchant de l'aide
cherchant des étoiles en plein jour
j'entends sa voix de presque morte
dans laquelle trempent 
des presque mots
qui sècheront là
comme du linge sur la corde 


Le recueil se construit en deux temps qui se rejoignent. Sur la page de droite, des bribes de souvenirs construisent la narration d'un évènement et, sur la page de gauche, s'écrit une appréciation contemporaine de cet évènement. On avance, on s'enfonce petit à petit dans le recueil, accompagné de cette phrase, inlassable qui dit énormément de ce que les autres mots disent : "je ne suis pas sortie de ma nuit"



je ne suis pas sortie de ma nuit
je gratte le sol
comme la bête son territoire
j'y renifle mon propre sang et mes bouts de racines
je m'orage 
je me secousse
je me tonnerre
je gratte encore
je creuse
peau et corps
j'aperçois un morceau de ciel
bordé d'images anciennes
je les dévore
je me jette dans la journée
comme une pierre dans la cendre

Quelque chose ne passe pas, un évènement, dans la vie du je. Un évènement sur lequel les mots d'aujourd'hui apprennent à porter un regard. Réaffirment son existence, sa résilience. Dans ce dédale aux branches sombres d'une forêt opaque (la forêt revient souvent, à l'image d'un conte symbolique), il faut trouver les mots pour dire, trouver les mots pour dire l'intérieur du corps. Ça se passe beaucoup là, dans le corps, dans les entrailles, dont les mots se font caisse de résonance. 

Quand on creuse sa nuit, on vit avec des souvenirs, avec une douleur. L'idée n'est pas de s'en échapper mais de la creuser, d'y faire son trou, de s'y affirmer.  


Lien vers l'éditeur :

https://www.editionsdelaigrette.com/product-page/creuser-ma-nuit

10.16.2023

 Patrick Prigent, TAO du pays des sources


Paru en 2023 aux éditions RAZ. Un petit livre (uniquement par sa forme) qui nous accompagne, que l'on a dans la poche et que l'on sort pour y puiser une intensité faite de peu de mots. Peu de mots mais qui résonnent, beaucoup. C'est une force, une roche qui sort de terre, une poésie du saisissement qui, bien au contraire d'un resserrement ou d'un rapetissement, nous ouvre au vaste monde contenu des sources. La poésie de Patrick Prigent nous force à aller au plus court pour aller au plus loin, au plus profond. 

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Les mots à la margelle
Dont nous cherchons les puits
Creusent 
Vers le haut 

Bruit de fond de mon esprit
Celui de la pluie
Sur la véranda


Sur chaque page, deux formes, semblables et différentes, se partagent l'espace. Deux textes séparés disent à l'unisson. L'un aligné à droite, l'autre aligné à gauche, l'un en italique et l'autre non. Un plus haut, un plus bas, deux langues d'un même torrent nous laisse face à une immensité ténue.


Nos gestes balbutient
La langue désapprise
De leur
Origine

Le souffle de ma péninsule
Tangible bien avant ce qu'il penche
Se voit

Nous sommes en Bretagne. Ces mots n'ont pas le choix que d'être âpres, courts, et saillants. L'écriture de Patrick Prigent fait corps avec le territoire qu'elle habite. Il y a, bien sûr, les images suscitées ou aperçues qui nous emportent en un paysage et en un pays, mais, il y a autre chose, dans la forme même des textes qui veut parler de la vie, ici, en Bretagne. Qui le fait. Tao du pays des sources façonne une manière d'être, d'être ici, et ancre la poésie dans le réel.


Séparé du vent
J'entends
Ce que ma distance
Rapproche des falaises

Vague repli
Sur soi
De la roche


On lit et on se rapproche du silence précieux qui se glisse entre les interlignes, que l'on comble grâce aux mots lus il y a peu. Des mots qui nous laissent à nos propres galeries, trous creusés par cette poésie. 


Lien vers l'éditeur :
https://razeditions.jimdofree.com/catalogue/collection-raz/patrick-prigent/

7.03.2023

 Emanuel Campo, Maison, poésies domestiques 


Recueil paru en 2016 aux éditions la Boucherie littéraire. C'est donc avec pas mal d'années de retard que je découvre ce texte qui a eu cependant sa quatrième édition, revue et augmentée, en 2019. Je fais le choix d'en parler pour ceux qui, comme moi, seraient passés à côté. Parce que ce texte est toujours aussi juste, parce qu'il résonne toujours autant. On trouve dans Maison, une paternité qui se crée, une maison qui se construit à l'aide de mots retrouvés, parfois proche des mots de l'enfance, une poésie qui se joue du monde. 


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Me dis que

l'ordre
- les chiffres bien rangés
l'alphabet tout ça -
a bien des limites 

puisque certaines
personnes arrivent 
tout de même à 
se perdre dans les trains.

Comme quoi
tout a beau être
tracé

on dévie.

La poésie est ici narrative. Une prose qui alterne et entremêle souvenirs et temps présent raconte le quotidien d'un jeune père, un jeune père poète. Parfois empreinte d'un cynisme mordant, ou d'un rire jaune mais doux, la poésie d'Emmanuel Campo dit la vie de famille, la relation à l'enfant, le "tu" de la relation intime. Une poésie qui nous livre le désenchantement avec beaucoup de tendresse.


Tu t'es permis
de m'emprunter mon Bukowski
pour le lire aux toilettes.
Le glamour des premiers jours s'en est allé
comme des chevaux sauvages dans les collines.


La poésie de Maison, poésies domestiques dérange l'ordre établi ou ce qui, communément admis, ne devrait pas l'être. Une poésie qui dérange l'ordre de la langue comme celui des temps modernes pour réenchanter le quotidien à bâtir. 


Lien vers l'éditeur :



6.20.2023

    Heptanes Fraxion, Ni chagrin d'amour ni combat de reptiles


Recueil paru en 2022 aux éditions Aux cailloux des chemins. C'est avec beaucoup de plaisir qu'avec mes maigres mots je vous propose cette forcément trop courte recension du recueil d'Heptanes Fraxion. Un auteur qui, il me semble, occupe une place singulière dans la poésie contemporaine. En tout cas, au moins, dans ma bibliothèque. Parce qu'avec cette poésie, avec ce recueil,  on entre dans la nuit, on s'y fraye un chemin à l'aide de coups d'épaules (on a pas le choix si on veut en être). Mais plus qu'une volonté dans l'écriture de choquer, de prendre le contre-pied, de bousculer, à travers un quotidien observé et ciselé, on saisit, à la lecture, que c'est la vie elle-même qui déroute. 



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liquider le passé le coeur qui pompe le peut-il

innocents et sans scrupules
nous courrons l'un vers l'autre sur le parking de la gare routière
nous marchons sous la neige sans ressentir le moindre froid
nous nous regardons comme si nous existions vraiment et nous éclatons de rire la bouche pleine de sandwiches
liquider le passé le coeur qui pompe le peut-il

plutôt que de deviser sans fin sur nos lacunes
nous nous suçons devant un écran plat où prédateurs et proies se feintent et se rusent 
(toute cette pureté)

nous n'avons pas vraiment besoin de but
nous n'avons surtout pas besoin de mission
nous laissons le vent réduire minutieusement en copeaux nos gueules de bois
et nous restons pensifs comme des vétérans devant le chantier de démolition
liquider le passé le coeur qui pompe le peut-il
[...]

Nous suivons, à travers une quarantaine de poèmes titrés, des êtres et des lieux abîmés, qui disent leurs abimes. On y navigue dans les eaux troubles de différents paysages urbains, on y déambule accompagné d'un tu, d'un je, d'un nous, ou juste d'un type. Et c'est au coeur des violences de vocabulaire, de ton, de rythme, que la poésie éclate. Dans ces mots, on y cherche et on y trouve, sa place dans le monde, toute sa singularité, toute sa pluralité.


presque nuit


Il fait presque nuit
et presque tout le monde passe son temps à montrer sa supériorité
à se régaler de la souffrance d'autrui
à se défoncer avec ses propres pets

il fait presque nuit et grâce aux grandes entreprises
il n'y a plus que ça à faire et plus que ça à penser
juste survivre sans se plaindre

il fait presque nuit 
et des ombres bleues me donnent à voir le visage étrange de mes amis
mes amis qui ne s'en sortent pas 
mes amis qui ne font pas semblant
mes amis qui chantent la mécanique joyeuse et cruelle de la vie
[...]

Ici, pas de distance. L'auteur est là, en s'incluant, en y mettant de sa vie. Ça se sent, ça se renifle. Cette poésie dépasse une posture destroy qui serait finalement assez convenue et, bien au contraire, éclaire une humanité sincère.


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2.16.2023

Jean Azarel, Passe-montagnes 


Paru en 2022 chez Gros Textes, Passe-montagnes est une réédition d'un ouvrage publié aux éditions Les Monteils. La présente édition est accompagnée d'illustrations de Jacques Cauda. Illustrations qui, je le souligne tout de suite, grâce à leur épaisseur et à leur présence, accompagnent et jalonnent le texte avec beaucoup de justesse. Encadré par un prologue et un épilogue, ce recueil raconte la découverte, l'exploration, du mont Lozère et de l'Aveyron à travers marches, observations de la faune et de la flore, contemplations. Passe-montagnes nous offre de profondes respirations loin du reste du monde tout en y étant au cœur.



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Vergetures de givre 
sur les vitres ;
choisis la couette
choisis bien.
La glace te prend la langue.
Ne parle plus, écoute.
À ce froid sec
seul le thé résiste 
et l'ombre de « l’Épervier de Maheux ».
Pleure jusqu'à la bise,
se fige ton baiser.
Dehors pas âme qui vive,
ni esprits qui s'échauffent.
L'hiver serait-il le coupable idéal ?
Longue cigarette sinueuse,
le Tarn fume
d'une sueur polaire.
Dans la neige gelée,
quelques pattes d'oiseaux
ont laissé leur empreinte
pour faire avancer l'enquête. 


L'expérience du voyage ne découle pas ici d'une fuite vers l'ailleurs mais au contraire d'un souffle, d'une musique, qui vient de l'intérieur, du connu, du là. Le mont Lozère et sa nature sauvage sont décrits dans un état de contemplation communicatif. Jean Azarel nous invite à écouter la nature qui nous entoure, celle que l'on voit à travers la fenêtre. Une invitation d'autant plus facile à saisir qu'ici c'est la nature qui parle et qui fait.


Que crie le vent
sur le plateau ?
Que crie l'instant
sur la silhouette ?
Pas de rendez-vous,
plus de tri sélectif,
juste l'éternité
à 360 degrés,
que tu décapsules
et bois à petites gorgées.

Comme la nature parle et fait, c'est un autre monde qui se découvre. Une autre langue, aussi. Poésie et nature sont proches, ont la même voix. Même intensité, même simplicité. Poésie et nature se révèlent simultanément car, si la nature s'impose avec force, on assiste aussi à la naissance de la poésie et de sa nécessité. Il faut passer la montagne pour passer outre la société -le monde d'en bas- et pour se traverser soi, se sentir davantage ici, dans le corps d'un lieu. Dans un même mouvement, miroir de cette nature qui se découvre sous une nouvelle lumière, la poésie émerge dans la langue. La langue et le monde se résolvent dans cette nature grouillante, vibrante, toujours vivante.


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7.01.2022

Cordesse, Robinson Crusoé ou le dessein d'une île


Paru en janvier 2022 aux éditions du Petit Pois dans la collection Correspondances. Robinson Crusoé ou le dessein d'une île revisite la fameuse histoire de Defoe comme celle de Michel Tournier. Mais, surtout, ce recueil explore notre propre "robinsonnade", cette histoire que nous avons en nous et qui nous habite, cette histoire qui parle de l'île en nous. Aux textes de Cordesse se joignent les linogravures de Lionel Balard pour réaliser un bien bel ouvrage qui offre une profonde immersion au coeur de l'île, entre poèmes et jungles.

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Les images d'un monde d'avant, vécu, pas encore oublié, rencontrent l'île et sa réalité. Deux mondes se croisent et se confrontent. Nous plongeons dans un voyage au centre de l'expérience insulaire. 


les nuages donnaient
        de longs fruits
                    mathématiques


Bourdonnante de vie, l'île touche le Robinson en nous. Le lecteur est inclus dans l'écriture de l'île, dans sa littérature si particulière. Le pronom "tu" est d'ailleurs fréquemment utilisé.

la nuit lourde tu trembles la musique la
 lune notes pour toi sable déserte
invitation au bal des ombres sur le sol
seul Vendredi dort à tes côtés pourtant

Une langue nouvelle naît. Une langue propre à notre redécouverte du monde, à notre réapprentissage de soi, de la nature, de cette poésie.

réécrire O bleu la vague réécrire le ciel
réécrire eau pied à pied le paysage voiles
de mer sur la page voyelles ouvertes en 
grappes jus de mots bleu rayon d'étoile
trace de langue sur le sable ramasse tes bras
entoure ton corps O cercle doux d'une lèvre

Les nombreuses linogravures de Lionel Balard accompagnent et enrichissent le cheminement des textes. L'île est même, dès la première linogravure du livre, tatouée à l'intérieur d'une main. L'île vient du corps. Avec cette écriture à quatre mains, on pense évidemment à Vendredi, un double, miroir inversé, une altérité aussi, que Robinson rencontre sur l'île. Ici, une rencontre sauvage mais lucide pour retrouver ce que l'on avait perdu. Dans les images qui jalonnent le texte, graphiquement, mer, ciel et île se ressemblent. L'île, omniprésente, est un tout que l'on redécouvre à l'aide d'une prise de conscience. Le lecteur/narrateur/Robinson prend conscience de cette nature habitée qui rejaillit jusque dans la manière de parler, de voir et de vivre. 

Une intense aventure poétique aux images marquantes, qu'elles soient écrites ou gravées.


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3.01.2022

Laurent Margantin, erres 


Recueil paru en janvier 2022 aux éditions Tarmac, erres exprime dès son titre et ses premières pages sa richesse et son foisonnement. Un titre qui suscite plusieurs possibilités. On pense au verbe, à l'errance d'une manière générale ou, comme précisé en amont du recueil où plusieurs définitions sont données, aux traces d'animaux. "Erres, nom féminin pluriel. Traces d'un animal. Les erres d'un cerf." 

Parfois proche du carnet de voyage, nous suivons des déambulations poétiques que nous accompagnons volontiers sans savoir jusqu'à quelles profondeurs elles nous mèneront.

Des poèmes qui s'étendent sur plusieurs pages et dont voici quelques extraits. 


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Descendre des montagnes froides de la Forêt-Noire pour, 
un jour d'avril, marcher au bord du Rhin

à l'entrée de la ville
un pont haut au-dessus d'une rivière coulant à flanc de colline

-y aurait-il encore pour l'homme une possible fierté d'être homme
au-delà des identités, des nationalités, des définitions établies ?

se demande en son for intérieur un passant, autres visages,
foule du samedi aux terrasses balayées par un vent glacial

Nous suivons le poète dans de nombreux endroits, noms propres, visités au présent ou au passé. Les paysages et les pays portent réflexions et sentiment d'être au monde. Un détail, une anecdote historique font habiter le lieu. Voyages et souvenirs s'entremêlent au Mexique, en Allemagne, en Suisse, en Sardaigne ou même au Spitzberg. 


au coeur de la forêt, montant
le long du maigre ruisseau,
marches, blocs de pierre brute
posées là, un seul geste ferme

le pied reproduisant le geste
lourd, muscles tendus,
ciel ouvert au-delà des branches,
lâche, dit la voix, puis se tait,
la pierre, le pied posés là

au coeur du silence, au coeur
de la forêt, glissant sur la terre, 
puis redressé, rétabli, et pour
toujours là, ciel ouvert


Si nous visitons de nombreux lieux, la poésie, elle, prend plusieurs formes. Liée à différents lieux ou pays, la narration, parfois parfaitement linéaire et construite en paragraphes, prend, à d'autres moments et endroits, des formes plus singulières à base de répétitions et d'espaces entre les mots et les vers. Une poésie qui va partout, s'éparpille sans se perdre. 


où aller 
quand tous les chemins mènent vers le dedans
inconnu à soi-même 
un point de l'esprit 
les lignes de ma main
composent une étrange carte géographique
psycho-géographique
avec ses tracés, mes errances
je vous corrèlerai, lignes de vie
pour éclairer le présent 
qui manque quelquefois de clarté
où demeurer


Laurent Margantin nous offre, avec erres, un recueil fleuve aux nombreux embranchements. Lieux, temps et formes d'écritures nous amènent à saisir la vie dans toute sa richesse et sa multiplicité. Nous y découvrons ce qui habite ces lieux : les autres et nous. 


et qui pourtant connaît le chemin,
reviens à ces pistes que tu connais bien
et tâche d'en ouvrir de nouvelles


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2.04.2022

 Georges Oucif, Les usines


Numéro 191 de la collection Polder, édité par Gros Textes en partenariat avec la revue Décharge, Les usines est paru en 2021. Le recueil commence par cette phrase, en italique, qui précède le premier des trente-quatre poèmes numérotés de Georges Oucif : "adieu est le seul mot qui me vienne". Il nous suffit du péritexte pour saisir le désespoir qui touche l'auteur dans son travail et son écriture. Ce recueil questionne, nous place face à nous-mêmes à travers l'image des usines, symboles et réalités du monde actuel dans ce qu'il a de plus brutal et mécanique.


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Dans une narration anonyme et pluriel (ce sont "les usines", "les filles"," nos espoirs"), les usines sont immédiatement humanisées. Et, dans un troublant miroir, les êtres humains sont, eux, usinés. Ce rapport à la construction, l'être humain comme bâtiment qui se façonne, se retrouve avec l'image de la femme et de la relation amoureuse, toutes deux très présentes dans le recueil. 


les usines viennent briller la nuit sur l'acier plat du fleuve
des femmes dans des miroirs vibrent de beauté
l'orgueil de leur chair ondule comme une eau calme
comme fibules juste sorties de la forge elles brûlent
elles brûlent de la fièvre de l'or aux bijoux portés
des lèvres au fer marquées du désir
des coeurs où l'espoir est oiseau qui renaît
plus pur est le monde inversé où l'on se regarde

Ces usines, les nôtres, traduisent notre société et notre époque. On sait qu'elles sont terribles ces usines mais on ne peut s'empêcher d'être attiré par elles, d'y placer nos rêves et nos espoirs. Elles sont un amour impossible dont on ne peut s'échapper. Elles obnubilent sans cesser de dire, de dessiner, de traduire. Les usines que nous avons bâties nous construisent aujourd'hui. 


le brouillard de la vie imite la vapeur des usines
une gaze devant nous tendue laisse voir des lueurs fades
l'espace autour s'estompe amputé d'obscurité grise
toi quand tu fuis comment t'attraper
ta peau se fond dans la clarté indécise de ces lieux de brume 
les usines sont toi pourtant quand je te cherche
voir n'est qu'un bruit de turbines
des feux qui avec nous jouent à cache-cache
et à chaque pas se laissent deviner
il n'y a pas de lieux dans les usines où le monde soit palpable
un voile sur nos yeux dessine nos mensonges

Les usines ne sont pas que des usines même si elles le restent. Il est important de souligner aussi dans ce texte la beauté des images géographiques qui naissent de cette répétition des usines. Les constructions et élévations qu'elles évoquent pour servir l'élaboration d'un espace aussi bien physique que mental. Se dresse alors notre paysage intime et collectif. 


12.30.2021

 Maxence Amiel, perdre la terre

Paru en 2020 aux éditions La Crypte, perdre la terre de Maxence Amiel porte un travail et des réflexions que l'on retrouve dans d'autres poésies d'aujourd'hui. L'obligatoire conscience de la crise climatique et environnementale. Peut-on parler d'autres choses ? Comment faire pour ne pas y penser au moment d'écrire ? Des questions qu'on peut entendre, qu'on peut poser. Et auxquelles Maxence Amiel trouve une porte de sortie poétique avec ce recueil qui met en scène, à la manière d'un roman post-apocalyptique, une vision du futur. 


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Dans une première partie, une humanité passée, pleine de regrets, qui s'est oubliée, chemine péniblement à travers une nature salie (les jardins sont des mares gluantes pleines d'acide) et quasiment disparue. 


que de jeunes enfants enseigneront aux vieillards comment ne pas mourir trop tôt, ou comment se pencher sur le ruisseau sans faire fuir la carpe, ou par quel chemin passer pour ne pas déranger la poussière, ou pour quelles raisons les vents changent de cible, et que les vieillards ne comprendront rien à ce langage-là,

Néanmoins, l'espoir y est subtilement tenu. L'humanité, même en péril, ne s'éteint pas, ne rompt pas. Cette première partie, sombre, retrouve un formidable élan de vitalité avec la suite du recueil. Le texte, aussi bien dans le fond que dans la forme, rebondit, repart et revit.


alors nous rebâtirons avant toute chose ce qui nous semblera inutile, manière de nous jurer de ne plus nous perdre, ne plus perdre la terre comme on perd un coquillage, la gardée serrée contre nos corps vivants, la garder serrée, la terre, contre nos liens, faisant serment de ne jamais les rompre,

Il convient ici de souligner la construction du recueil, primordiale dans le raisonnement du texte. Construit en deux parties, la première est une demi phrase, une proposition dont l'anaphore "que" nous fait immédiatement pénétrer dans ce monde. Nous sommes déjà dans cette phrase. Nous sommes peut-être déjà dans ce monde qui s'annonce. La seconde partie est, elle, une nouvelle phrase qui utilise aussi l'anaphore avec cette fois "alors". Les deux parties sont conjuguées au futur et propose au lecteur une histoire. Une narration dans laquelle il nous paraît nécessaire "que" ça arrive (sans jamais qu'un évènement particulier, responsable de cette évolution, ne soit mentionné) pour qu' "alors" advienne la renaissance du monde. 


alors nous seront les vivants,

Une écriture qui réussit à toucher ce que nous sommes aujourd'hui et peut-être demain. Un recueil engagé sans faire de l'engagement ni son sujet ni sa condition. Un texte qui questionne et laisse imaginer. Faut-il perdre la terre pour mieux la retrouver ? 


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8.09.2021

Éric Poindron, Petit train 


Paru en octobre 2020 aux éditions du Petit Flou. Les "petits" livres, comme ils disent, de cette chouette maison sont aussi des objets. Une attention toute particulière est accordée à la fabrication du livre, en grande partie réalisée par la maison (le papier est fait à la main !). Cet objet singulier, que l'on manipule précieusement non en raison de sa fragilité mais plutôt à cause de l'adhérence charnelle qu'il provoque, offre un rapport spécial au recueil de poésie. 


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Petit train, le texte d'Éric Poindron, aborde en seize poèmes le thème du voyage en train. Véritable ode, le recueil explore ce que permet ce type de voyage. Recul, évasion... Le voyage en train est propice à cette imagination qui nous emporte ; propice au développement de la fiction. 


Le voyage est un secret 
qui caresse les feuillages
et les feuilles épars 
rédigés sur le quai

À travers ce transport aussi bien extérieur qu'intérieur (et même davantage intérieur), le petit train, jouet de l'enfance, est à la fois un outil de voyage et un voyage en lui-même. 


Où sont les gardes-barrières
et les allumeurs de réverbères
Où sont mes locomotives en origami

Appuyé contre la vitre, le front collé au défilement du paysage, qui n'a pas déjà ressenti ce double voyage à bord d'un train ?  Terminons avec cette citation de Georges Perec (présente dans le recueil) : 

 

"Peut-être le bonheur n'est-il que dans les gares."

 

Un grand merci aux éditions du Petit Flou pour nous proposer ce genre d'objet qui nous rappelle l'importance de l'alliance entre un texte et son livre.


Lien vers l'éditeur :

https://www.le-graal-maison-des-ecritures.org/les-editions-du-petit-flou/

7.22.2021

Louis Raoul, Un bruit de bleu


Happé par des temps autres que celui de la poésie, bien que toujours là,  je n'avais pas publié d'article sur mon blog depuis un moment. Mais ça trottait, ça ruminait.

Il m'aura fallu la dernière livraison de L'Ail des ours pour m'y remettre. En ouvrant le colis, tout de suite, j'ai su que ça sentait bon. Un nouveau recueil de Louis Raoul. Un auteur que j'ai lu pour la première fois aux éditions La Renverse, maison d'édition caennaise malheureusement disparue depuis. Lu avec d'autant plus d'attention que j'étais, moi aussi, publié dans cette maison et pour mon premier recueil. Forcément, emporté par cet élan d'exploration poétique, j'avais lu avec avidité tous les textes de La Renverse. En attendant les murs, de Louis Raoul, m'avait marqué. Je trouvais ça incroyable d'être publié dans la même maison d'édition qu'un auteur dont je me disais alors : "ça, c'est un vrai poète". (Remarque que j'aurais bien du mal à expliquer mais qui m'était venue spontanément)

Mais finie l'anecdote, je vous laisse découvrir une écriture dont je me sens proche. Un bruit de bleu, paru en juin 2021 à L'Ail des ours.


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Chaleur encore
Des feuilles à l'écoute
Un souffle
Qui ne vient pas 
Un pays
A perdu connaissance
Tu passes un doigt 
Sur la lumière
Cherchant son pouls.

On entre dans le recueil avec l'été, sa chaleur et, bien que conjugués au présent, ses précieux souvenirs. Ici on ressent. Le corps est sollicité : les mains, les doigts, le visages sont des passeurs de temps, le rendent plus sensible, voire le matérialise. La lecture se poursuit avec l'hiver, la neige. S'organise alors un curieux dialogue avec l'été, une saison rappelant l'autre. Louis Raoul y décrit pour attraper, être au plus près de ce temps si particulier qui va jusqu'à vibrer de couleur. Un bruit de bleu suscite des images à la texture palpable qui habitent le réel.


C'était donc moi
Cette ombre ressentie
Accoudée
Là-bas
J'avais un peu froid
Dans ce linge de minuit
J'avais peur de partir
De laisser là
Un corps connu de tant de pluies
Je n'étais plus pour lui
Que cette fraîcheur 
Qui mentait.

Quand on lit ces poèmes, on en entend clairement le rythme. Il y a dans ce recueil un travail qui sert particulièrement bien la mélodie des textes. Les phrases, courtes et sans ponctuation si ce n'est le point final, sont souvent coupées en deux. Les majuscules en début de chaque vers donne davantage de poids au rythme, à l'image d'un temps lourd et chargé. Enfin, un effet de chute apporte un sens nouveau, offre une nouvelle profondeur au reste du poème, ouvre, presque avec malice, les possibles du texte.


A l'ouest de plusieurs soleils
On bat le briquet
Pour allumer le soir
Une vague est habitée
Et celui qui voyage avec l'écume
A des souvenirs de sable 
Ailleurs 
On prépare des traces
Pour accueillir les pas
De l'exilé.

Les poèmes de Louis Raoul, on les lit et on les relit. Chaque nouvelle lecture enrichissant la précédente. 

Les oeuvres de Marie Alloy, aux teintes bleutées évidemment, complètent le recueil. En parfait accord avec les poèmes, elles relient par un pont évident et sensible l'abstrait et le réel.  Un bel ensemble que je ne peux que vous encourager à découvrir.

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4.30.2021

Louise Moaty, À la métamorphose


Polder 188 paru chez Gros Textes en 2020, À la métamorphose de Louise Moaty nous offre une poésie pas souvent lue. Une puissance et une fougue d'écriture rare. On est emporté, ça change, ça métamorphose.

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J'ai commencé à quadriller le monde
mon dos est un tampon encreur 
j'imprime à tâtons 
la surface du réel
sans bruit
sans surprise
pour que plus rien ne bouge
je sillonne
peintre aveugle
quadriller le réel
et quand tout sera fixe
moi-même je resterai figée
derrière cette grille
avec mes mots
près de mes morts.

Et ça fait du bien d'être pris dans ce souffle dont on perçoit très vite l'ampleur et la volonté. Dès les premières pages, c'est une création du monde, comme une naissance, qui laisse sans voix, mais pas sans mots. Trois textes ouvrent la voie des "révolutions", séismes - "toutes les pierres se sont mises à trembler" - à la dimension apocalyptique. Trois poèmes à la narration différente du reste du recueil et aux images saisissantes. Exemple : "ils avançaient le corps ouvert et tout se déversait". Quelque chose prend place, une violence magnifique tant dans la forme que dans le fond.


Éclat de miroir sur un éclat de jour
le rire a fracturé le temps
avance : tout est perdu
abolition l'instant te plonge dans l'inconnu
abîme ouverte au milieu d'une phrase
tu bascules.

Dans la poésie de Louise Moaty c'est mouvant, changeant, grouillant, vivant. Les métamorphoses sont multiples avec, déjà, celle de la narratrice qui peut être "singe", "ombre", "loup", ou encore "tampon encreur". Mais c'est aussi une métamorphose de la parole qui se fait poésie. La langue poétique arrive, surgit, entre en éruption, et percute de plein fouet le réel.


À la fin
se noyer dans la beauté de tout
devenir un nuage
eau diluée de ciel
diffraction
atome.

Un élan fou de poésie que l'on lit, haletant, dans une course sauvage.


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4.05.2021

 Georges Cathalo, Sous la ramée des mots


Dans ce recueil paru en octobre 2020 aux éditions Henry, chaque poème est dédicacé. On devine à des personnes proches, des amis, des poètes. Cela en fait un texte chaleureux où les mots s'adressent, existent pour quelqu'un. Des poèmes donc écrits pour de nombreux destinataires et bien plus encore que ceux dont les noms sont imprimés sur ces pages car les poèmes de Georges Cathalo parlent en vérité à tout le monde.



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Compter

à Yves Artufel

et voilà que chacun se met à compter
compter et toujours recompter
ce qui finalement ne compte pas

alors qu'il faudrait tenter
de compter les regards les sourires
les graines que le vent disperse
les battements des coeurs

ou bien compter les milliers de couleurs
qui dansent dans une goutte d'eau

ou les millions de pages blanches
qui ne seront jamais souillées
par nos mots impuissants.


Nous sommes dans la maison des mots, sous ce toit qu'ils construisent. Une idée que l'on retrouve tout au long du recueil et ce dès le premier poème "alors on se met à parler/tout doucement tout doucement/pour mieux glisser par les sentiers/sous une voûte de chênes". Les mots construisent. On trouve d'ailleurs de nombreuses références architecturales et, très souvent, des ouvertures : portes, voûtes, fenêtres... 

Que trouve-t-on sous la ramée des mots ? Avec "des mots qui disent plus que les mots." ? Il y a quelque chose d'indicible dans les mots, qui échappe au sens tout en en donnant. 


Disparition
à Philippe Fumery

sur la palette des mots disparus
quelques traces fugaces
de ceux que tu cherches encore

tu tentes de les traquer
sans trop d'illusions

mais rien ne se passe assurément 
comme tu le voudrais

tu attends depuis tant de siècles
ces mots que tu pétris en rêve

il se peut que nous n'ayons qu'eux
pour nous faire tenir debout.

Un recueil qui porte aussi des réflexions sous un angle parfois proche de la pensée philosophique. Parfois par un effet de chute avec une dernière phrase, un dernier vers mais surtout par une approche pleine de recul sur la vie quotidienne.



Voyage
à Michel Dunand

tu feras le tour du monde
en jet en paquebot

tu partiras en voyage organisé
au-delà des brouillards

tu te brûleras les ailes
au feu des continents lointains

tôt ou tard tu reviendras

apaisé épuisé
tu feras le chemin inverse

tu auras longtemps cherché
sans jamais rien trouver

y-a-t-il quelque chose à trouver ?


On s'ouvre aux autres à la lecture des poèmes de Georges Cathalo. Ici, les poèmes font le monde.


Lien vers l'éditeur :

3.18.2021

 Jean-Baptiste Pedini et Vincent Motard-Avargues, Comme le fleuve au paysage


Paru en octobre 2020 aux éditions de l'Aigrette. Un texte écrit à quatre mains, deux auteurs dont les écritures ne sont pas distinguées dans le livre. Aussi, on s'interroge forcément sur la composition et la naissance des poèmes. Chaque poème a t-il été écrit par les deux auteurs ? Ou bien les poèmes d'un auteur alternent-ils avec les poèmes de l'autre auteur ? Des questions qui restent sans réponse et qui contribuent à l'élaboration d'un recueil mystérieux. 


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Comme deux voix, les poèmes semblent parfois se répondre en reprenant les mêmes images. Par exemple, "Vient le souvenir" dans les premières pages et "Revient le souvenir" dans les dernières. Une résonance que l'on peut aussi trouver lorsque deux poèmes, côte à côte, commencent aves les mêmes objets, construisant ainsi un curieux miroir. Par exemple "Sur le visage" pour l'un et "Ce n'est plus un visage" pour l'autre. Les poèmes, et les auteurs, cherchent ensemble. Se dégage alors une belle osmose et une parfaite unité. 


Prendre garde
au souffle des mots tus

frémissements
à peine 
dans bouche ouverte

décalcomanie d'ombres
à la surface de l'eau

on grandit en silence
parfois

on laisse les sentiments
voguer
vers d'autres corps

cours artificiel
tranchée creusée entre soi
et la parole
sitôt l'écluse fermée

on grandit en gardant
une saignée en tête
plus
qu'un chemin tracé

aucun échappatoire
et quelque part
ici ou là
comme le fleuve

la vie, ses affluents
savent 
tenir leurs langues.

On se questionne, encore, sur ce fleuve étrangement familier. Il y a peut-être là, dans cette symbolique du fleuve, une exploration, voire une tentative d'appréhension, de ce qu'est la vie, ce temps qui passe habité de souvenirs.


Ça remue trop
ici
et la nuit passe
au-dessus des ponts

hors le cadre du ciel

étonnant
comme parfois l'eau
enrage

comme la peur vient
en petites giclées

on ne sait d'où

mais ça trempe déjà
le bord des yeux
la terre salée

ça trempe
et on ne sait plus 
les mots
les bruits
les lumières douces au loin

les odeurs de l'enfance

ce qui dépasse encore
ce que le fleuve crache

on reste
avec ça sur les bras.

Nous sommes sur ce fleuve. Nous essayons de ne pas couler en nous raccrochant à ce que l'on trouve, en soi ou dans le fleuve. Les mots qui sortent des bouches, les souvenirs, sont des choses qui nous maintiennent à flot. Un fleuve qui semble autant nous porter que nous entraîner dans ses profondeurs.


Ça bouillonne 
comme sang

veines chargées
de petits mots
auxquels
se raccrocher

longues heures
ombrageuses
rythme lent de l'été

ça tangue ici et là 

ça chavire 
même
longtemps après

vie de travers
bois raturé de morts

silence à quai.

Un recueil dans lequel on embarque volontiers et où les ponts, pour nous faire passer d'une signification à une autre, sont nombreux. On se laisse prendre par le courant de cette langue chargée d'échos, que cela soit entre deux auteurs, deux poèmes ou un texte et son lecteur.


Lien vers l'éditeur :

https://www.editionsdelaigrette.com/les-livres