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Exposition "Matisse, Paires et séries" au centre Pompidou

Pour Matisse, comme pour Van Gogh, il existe une sorte de magie inexplicable. Ses tableaux ont été reproduits à l’excès, et l’on a l’impression de connaître par cœur certaines de ses toiles, au point d’en être blasé. Mais quand, au musée, on se retrouve devant les tableaux eux-mêmes, en grand format, avec leurs couleurs, avec leurs noirs et leurs blancs hypnotiques, avec leurs lignes mystérieuses, on croit les découvrir pour la première fois. C’est un phénomène fascinant.

Ce printemps à Beaubourg, les toiles de Matisse, comme les tours de Notre-Dame, comme les poissons rouges dans leur bocal bleu, comme les yeux, comme les mains, vont par deux. (Parfois par trois, ou par série.) Elles en sont d’autant plus intenses.

Je ne sais pas si Matisse s’est inspiré de l’expérience de Baudelaire – donner une version en prose en écho à ses poèmes en vers : écrire par paires lui aussi – mais on y pense devant cette exposition. Quand il peint une toile, Matisse peint aussi à côté, et en même temps, ce qu’elle aurait pu être : ce qu’elle devient, différemment.


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A gauche la version en vers, à droite la version en prose ?

Un extrait du poème de Walt Whitman "Chanson de moi-même" (texte anglais et traduction de Jacques Darras)


Baudelaire, évidemment… Pour les lecteurs francophones, il constitue souvent le premier vrai choc poétique, et je ne fais pas exception.
Baudelaire, on l’a lu, relu, étudié, on le connaît par cœur, on a écrit sur les cartes postales aux amis, depuis le bord de mer estival, que « Là, tout n’est qu’ordre et beauté, luxe, calme et volupté ». On l’a laissé de côté pendant des années pour lire un peu autre chose. Et puis quand un jour on rouvre un volume de Baudelaire, le choc premier est là, intact.
(Van Gogh, c'est un peu pareil : on avait fini par détester les tournesols à force de les voir orner la pendule en porcelaine de la grand-tante ; mais un jour dans un musée, on se retrouve presque par hasard, et pour la première fois depuis des années, devant un tableau de Van Gogh – et le choc est intact, les Tournesols bouleversent, c’est à nouveau une première fois.)


L’invitation au voyage

(…)
Oui, c'est dans cette atmosphère qu'il ferait bon vivre, - là-bas, où les heures plus lentes contiennent plus de pensées, où les horloges sonnent le bonheur avec une plus profonde et plus significative solennité.
Sur des panneaux luisants, ou sur des cuirs dorés et d'une richesse sombre, vivent discrètement des peintures béates, calmes et profondes, comme les âmes des artistes qui les créèrent. Les soleils couchants, qui colorent si richement la salle à manger ou le salon, sont tamisés par de belles étoffes ou par ces hautes fenêtres ouvragées que le plomb divise en nombreux compartiments. Les meubles sont vastes, curieux, bizarres, armés de serrures et de secrets comme des âmes raffinées. Les miroirs, les métaux, les étoffes, l'orfèvrerie et la faïence y jouent pour les yeux une symphonie muette et mystérieuse; et de toutes choses, de tous les coins, des fissures des tiroirs et des plis des étoffes s'échappe un parfum singulier, un revenez-y de Sumatra, qui est comme l'âme de l'appartement.
(…)

Charles Baudelaire, Poèmes en prose


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Van Gogh, Vase avec trois tournesols