La mélancolie
au long du quai va sans laisse
Sous les gris, le vert
Le vent, la craie, l’herbe et le sel
Le vide empêche ; le sable attire
Mes mots iront jusqu’à la mer
Trois Gymnopédies
s’ouvrent au jardin d’hiver
Lent bouquet de mauves

La mélancolie
au long du quai va sans laisse
Sous les gris, le vert
Le vent, la craie, l’herbe et le sel
Le vide empêche ; le sable attire
Mes mots iront jusqu’à la mer
Trois Gymnopédies
s’ouvrent au jardin d’hiver
Lent bouquet de mauves

Dans les jungles de Rousseau, parmi les bruits qui se cachent et le vert méticuleux, entre les jaunes débordants, le silence à rayures est aux aguets. Soudain, le fauve attaque : trop tard pour l’antilope ou le buffle, pour l’infortuné chasseur de peaux…
L’élégante profusion des plantes, à nouveau se déploie dans la torpeur des eaux lunaires. C’est l’heure du rêve et des serpents, du rose doux et des cris rêches. Même la nuit le danger rôde.


L’odeur du jasmin
sans bruit traverse la chambre
Fantôme du soir
Un bourdonnement
dans les fleurs artificielles
Confusion d’abeille
L’été, au jardin
Sous les étoiles bavardent
nos coups de soleil

La tranche de pain, le beurre doux, la mie brune. Dans la cuisine ouverte, l’odeur énervée du moka. Dimanche matin, cette lumière d’avance. Un prélude, une gavotte. Doucement, la saveur de la croûte…

Je suis un hibou d’appartement. À l’abri d’un fauteuil, d’un crapaud vénérable, roux comme une lune, noir comme un trou d’arbre. Mon carnet prend l’air par accident. Des lueurs, des bouquets, bouts rimés laissés en apesanteur, coups de mer dilués dans le confort et l’ennui. Je suis casanier, fugace, intermittent. Juste un point jaune apparu sous les toits. Disparu, déjà.

Plaisir du pinceau, chaleur des joues roses.
Au jardin — camomille et réglisse — des chaises longues en bavardage.
Sur la nappe fleurie la pâte est brisée, le vin d’Asti.
Le jaune des blés dans le vert souple des grands arbres.
Un bout de chien noir. L’été.

J’ai mis le silence en mouvement, un peu de soir autour de moi. Dans les Miroirs de Ravel chercher le scintillement nécessaire. M’abandonner, oui, aux mouvements de la barque, suivre, entêtés, les pas noirs, frappés, rapides, les enroulements de la jupe autour du clavier, laisser au bord de la fontaine les oiseaux tristes s’ébrouer. Le ciel penche. Il fait blanc, gris, jaune, col relevé du manteau. Que le plafond — solide et court — s’effrite en bleus ! Dans l’air soudain, que les minutes s’éparpillent…

La musique est cet embarcadère où marche lente mon inspiration. Les nuits de clavier — rares heures, moments heureux — je reste assis, poreux, naïf, au bord du sensible. J’écoute le doux froissement des couleurs, la rumeur des étoiles, la présence des bêtes. Aussi, le ressac infini de mes incompréhensions.
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Avis aux abonnés : L’atelier est mis en pause à compter du 16 janvier.
Dans l’attente de nouveaux inédits…
