Se renifler quasi bestial Fanny Lambert

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Chiennerie poétique: à quelle sauvagerie on en est réduit ; comment on effleure, sent ou ressent à l’écart, la distance d’une étreinte de l’autre ? Restent les lignes brisées, les vers heurtés, les blancs – pas seulement typographiques – d’une cassure du langage, de l’inintelligible d’une rumeur, tacitement opiniâtre, du monde au hasard ramassée. Fanny Lambert évoque une mystérieuse, furieuse et toujours outrepassée, sensibilité de chien, son écoute d’un environnement hostile et opaque, miroir aux bribes d’humaines consciences qui s’y reflètent. Se renifler quasi bestial expérimente, hérissée approche, alors une langue sauvage, réticente, rieuse.

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Le corps Mircea Cărtărescu

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Inquiétante, débridée, fractale architectonique d’un corps qui, plus qu’un corpus, plus que celui d’un livre fou écrit par un narrateur à l’enfermement maniaque, serait celui de nos ravissements, envols, dépassements et hallucinée recomposition de l’incertitude du miroitement, du mirage et des visions du souvenir du jeune Mircea, de son enfance et de la Roumanie des années 1960 en ses craintes et découvertes, en ses pulsions et refoulements. Dans ce second volume d’Orbitor, Le corps, Mircea Cărtărescu reprend son entêtante circulation métaphorique des mots, du vocabulaire anatomique et scientifique, de leur confusion entre ce corps de papillon et celui du narrateur, pour continuer à inventer, à retranscrire les infinis passages, strates, miroirs et anamorphoses, que sont la réalité et ses portes de sortie qui ici vont d’un tapis à des pièces sans cesse découvertes, des vols au-desssus de soi, des incursions à Amsterdam où dans de mystérieux tableaux comme autant de reflets de ce livre. Le corps se révèle une belle spéculation sur l’utérine remontée dans les souvenirs, la plongée dans le vide d’une forme d’élection et la fatalité aliénante du personnage de roman.

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L’homme sans qualité, tome 2 Robert Musil

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Magistrale suite inachevée de cet immense roman qui ne parvient à raconter l’irresponsabilité d’un amour peu ou prou incestueux et interroge alors, avec l’exactitude qui la caractérise, l’ensemble de nos responsabilités, spécule, pour mieux s’aveugler, sur les sentiments, sur la morale que l’on pourrait en déduire et surtout dans l’étonnant dialogue qui ressort de ce lien fragmentaire entre tous les personnages. Le deuxième tome de L’homme sans qualité se révèle sidérant dans son inachèvement, dans son implosion du roman par le poids de pensées, d’éthique et de métaphores, dont Robert Musil le charge. L’homme sans qualité devient alors un essai, un jeu de dialogue et une impressionnante tentative d’écoute des métaphoriques monologues de chaque personnage dont l’auteur fait, dans leur correspondance et parfois leur confusion, le portrait d’un pays, en 1913, au bord de la catastrophe, de cette irresponsabilité à laquelle Musil veut opposer une morale plurielle, questionnante, inachevée à l’évidence.

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Les instants les merles Karine Miermont

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Instantanés suspendus à l’impromptu observation d’oiseau, leur passage capturant, dans des vers libres dénués de ponctuation, un peu de notre intangible fugacité, un peu, à l’écart, d’une possible sympathie, d’une contemplative harmonie au monde. Dans le dénuement d’une simplicité condensée, Karine Miermont s’efface derrière une patiente, presque anodine, écoute des merles, des cerfs, des grues et des mouettes entre Paris, Arcachon et ses forêts. Accompagné par les oniriques et comme vacantes photographies de Bernard Plossu qui en accompagnent l’absence, Les instants les merles recueille des contemplations, de banales brisures de l’enchantement à bas bruit de notre quotidien.

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La nonne et la meuf Katia Bouchoueva

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Ce qui, joyeusement, nous relie dans une religiosité amusée qui pirate ses livres d’heures, la communauté d’une vie monacale pour faire ressentir, entre rires débordements ivresses, une existence lesbienne, une affirmation commune, mystique dans et par une poésie saturée par la camaraderie des images, l’amitié de sonores métaphores. Inspiré de grands textes de la tradition mystique comme de ceux d’une poésie politique, féministe, La nonne et la meuf se révèle un recueil de décalage, entre oralité et expérience de la vacuité en Dieu approché en son absence, entre le prosaïque d’une vie de nuits et de bistros et d’estivales, montagneux, éclaircissements, emportements. On reste intrigué par la démarche de Katia Bouchoueva.

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