L’Unique Chapitre XXXIII – Les Échos et Révélations

Bientôt, son oreille devenant de plus en plus sensible, il comprendrait le message qui lui était adressé.

« Je le savais ! »

Irénée posa son livre sur le bord d’une table, il voulait laisser un peu de temps passer pour mieux apprécier les quelques pages qui lui restaient à lire et le dénouement certainement heureux qui y dormaient. Il pensait notamment aux retrouvailles d’ Osipii avec celle qui, parmi les voix, devait s’appeler Éonii

Il était ainsi perdu dans cette apesanteur mentale, à la limite de l’apnée, quand un coup de vent fit tomber le roman à ses pieds.

Se penchant pour le ramasser il le trouva ouvert aux pages qui avaient subi l’accident du café.

Sauf que …

« Osipii, tendre Osipii !

Non, le néant ne peut absorber la matière.

Tes parents avaient voulu te préserver, ils n’ont réussi qu’à t’empêcher d’évoluer.
Ils t’ont immobilisé…
comme les antiques musées des humains – à un stade archaïque, te condamnant à une lente déchéance sans espoir.

Tout à coup, la sirène des pompiers rejeta Irénée dans sa réalité.


Anekifoa

L’Unique Chapitre XXXII – Silence et Révélation

(Avant dernier chapitre)

… il avait exigé d’Al qu’il les fasse taire.

Depuis, Oisipii n’entendait plus rien, et ce silence total, pour la première fois de sa vie, ne lui causait ni exaspération ni crainte. Tout au contraire, après ce qu’il devinait confusément, l’absence totale de lumière et de bruit avait sur lui un effet apaisant.

Même si sa tentative devait se solder par un échec, il ne reviendrait pas au monde de l’illusion. Ce monde-là, il n’en voulait plus.



Parvenu à la fin de ce chapitre, Irénée en était convaincu, une porte de sortie allait s’ouvrir pour Osipii. Mais il ne voyait vraiment pas où et comment.
Avant de reprendre sa lecture, Irénée sort son carnet de sa poche et y griffonne les mots que ce passage du roman lui évoque.


Et ne craint pas de perdre la rencontre.
Ils reviendront.

L’Unique Chapitre XXXI – Les Échos du Passé

Cette fois-ci, le dormeur s’éveilla pleinement. Tout était clair désormais pour lui. Osipii avait compris où était cette supposition de trop qui avait faussé sa perception initiale de l’orage paradoxal.
Cet orage, c’était la mouche du tableau. Ce fait, abusant Osipii par sa « couleur », l’avait conduit à l’intégrer au reste, à ces interventions d’Al sur un monde à chaque instant fabriqué pour lui.

Pourtant, il en était certain à présent, cet élément de la composition ne pouvait venir d’Al. Ou alors celui-ci se déglinguait !
Quel intérêt aurait eu la nounou ordinateur, ce gestionnaire du petit paradis d’Osipii, d’alerter celui-ci en lui proposant, et cela par deux fois, une incohérence aussi évidente et si peu nécessaire ?
Il avait eu beaucoup de difficulté à prendre Al en défaut. Le seul maillon faible de tout ce système étant le risque de ZED (Zone d’Espace Dématérialisée) dû à la vitesse limite de substitution et de transfert de la matière d’un point à un autre de l’espace.

Plus le jeune homme considérait le changement soudain de temps qui l’avait autrefois alerté, et plus il voyait de façon claire que ce fait ne pouvait avoir de rapport direct avec Al.

L’Unique Chapitre XXX – Rêves et Réalités

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Peu à peu, sans s’en rendre compte, sa réflexion s’amollit, dévia, intégrant des éléments sans rapport que sa raison fléchissant ne parvenait plus à contenir… la rêverie le gagna… il s’endormit.

Dans son sommeil, une autre illustration de M.C. Escher le traversa. Deux visages, constitués l’un et l’autre d’une surface ressemblant à une bandelette, sur laquelle leurs traits étaient d’une troublante vérité, se mêlaient. Dans le dessin leur surface respective se croisait plusieurs fois, matérialisant ainsi l’affection qui les liait et qu’on pouvait lire sur leurs traits.

Sur l’illustration originale – où l’on pouvait reconnaître le dessinateur et son épouse – le rêve d’Osipii, avait substitué aux  « visages surfaces «  le sien et celui de Éonii entremêlés. Son esprit lui avait suggéré cette représentation particulièrement juste de sa réalité.
L’aimée, surface sans profondeur mais si réelle, si vraie, telle qu’il la savait désormais. Et lui, comme il aurait voulu être : rien de plus, même s’il devait pour cela y perdre son …

L’Unique Chapitre XXIXb – Illusions et réalité

Trois jours plus tard, revenant de l’école, Osipii, après avoir goûté, n’ayant pas classe le lendemain et se trouvant un peu désœuvré, décida de regarder de plus près, en compagnie de Éonii, les illustrations dont lui avait parlé son père le dimanche précédent.
Allongés tous deux dans sa chambre, un léger fond sonore des Blues Brothers flottant dans la pièce, il se mit à tourner les pages.
Ils trouvèrent là beaucoup de reproductions d’œuvres de M.C. Escher, le spécialiste du genre.

Il y avait notamment ce bâtiment paradoxal dont deux étages, possédant pourtant leurs quatre coins en commun, partaient chacun dans des directions différentes.
Il montra à Éonii ce qui lui plaisait le plus dans cette œuvre et qui ne se trouvait pas au premier plan, là où le regard était attiré dans un premier temps.

L’Unique Chapitre XXIXa – Evasion

Al avait lu la pensée, avant même que la question lui parvienne, mais n’avait pas voulu intervenir directement. Il savait à quel point ce pouvoir qu’il avait sur Osipii irritait l’Unique.

Je trouve que c’est une excellente idée. Comment t’est-elle venue à l’esprit ?

Cela doit être en rapport avec ma dernière lecture. L’’histoire d’un village magique qui se déplace de temps en temps d’un lieu vers un autre, de ses habitants dont certains sont étranges, ont des pouvoirs magiques.

En fait, ce qui me plairait serait d’incarner l’un des personnages, un enfant d’une dizaine d’années
– un rajeunissement qui devrait … rajeunir mes pensées –

ami d’une fillette de six / sept ans.

Gare des rages

Il fait chaud
elle a froid
frissonne de son âme
les yeux rougis de pleurs
les mains grises de peur.
L’herbe a déjà mangé
le passé de la flamme
et recouvert
les tombes des derniers jours.

Elle va
parmi les pierres
à présent, toutes égales.
Celle de la terrasse
qui tutoyait le ciel
touche
à même le sol
ce qui fut un linteau.

La guerre a dépassé
ces lieux
de quelques jours.
Venu le temps du deuil
tout n’est plus que faux bourg.

L’Unique Chapitre XXVIII – Un Réveil légèrement troublé

« Son regard se fixa sur le calendrier abandonné, une invitation à voir le monde sous un nouvel angle. La vie, avec ses illusions et ses vérités, était encore là, prête à être saisie, comme ces croissants chauds sur la table, attendant d’être dévorés.
Pendant tout ce temps, Éonii, assise à côté d’Osipii, le regardait, mi- admirative, mi- amusée.


« Pas de nouvelle catastrophe ! Tant mieux se dit Irénée. »

Kaléid’os VII

Pluie d’été qui morcèle l’âme
lui donne à manger du voyage,
des lieux que l’on traverse en chute,
le corps fouillé, léché, éclaté
dans l’ivresse absorbé.

D’admirables gris bleus écoutent impassibles,
en bas des flammes vertes attendent
l’impossible amoureuse rencontre,
au-delà d’un délire
qui soudain désaltère
l’infini désir d’eau.
Cette pluie d’été dont la chair disparait
si vite.
Cette pluie d’été et son présent passé.