Marie Sylvie ; Walrus ; Kate ; Yvanne : Cavalier ;
Adrienne ; Lecrilibriste ; Joe Krapov ;
Chaque année depuis le haut moyen âge, le dimanche qui suit la Pentecôte toute la ville - ou presque - est sur les chemins pour un grand 'ommegang', comme on appelle chez nous ces processions circulaires.
Le dimanche qui suit la Pentecôte, ça veut donc dire que l'événement a lieu en mai-juin, selon que Pâques tombe plus tôt ou plus tard.
Jusqu'à il y a quelques années, une chose était sûre: c'était toujours l'époque de la pleine floraison des genêts. Au point que dans le dialecte de la ville, la fleur de genêt porte le nom de cet événement: c'était, dans le paysage qu'on traversait, ce qui mettait partout de grandes taches jaunes.
Mais que voit-on ces derniers temps?
Au moment de l'ommegang annuel, les genêts sont déjà tout défleuris.
C'est aussi à des petites choses comme celles-là, qui peuvent sembler anodines, qu'on mesure le changement climatique.
Mais anodin, ce ne l'est pas, bien sûr, puisque chaque plante sert de refuge ou de nourriture à certaines espèces bien précises, et que de fil en aiguille, c'est toute la chaîne qui est perturbée.
Les cris d’or des ajoncs
Chassent l’hiver dès février
De Noirmoutier jusqu’à
Lannion
Promesse de printemps
Parée de jaune d’or
L’ulex veut fleurir et il le
fait savoir
Mais ne t’avise pas
à en faire un bouquet
comme tu le ferais
d’un bouquet de genêts
car Il pique, il accroche,
il est féroce
Inextricable rempart
Contre les vents mauvais
Il se dresse mais le rompt
pas
et il exhale ses senteurs
Parfumant l’océan
L’air et la lande bretonne
La
petite route serpente sur la lande. Elle se gorge encore de l’or des
genêts nains. Près du col, tu te gares doucement le long d’une grande
haie d’ajoncs fleurie. Protègeant un maigre champ. Alors, tu suis le
sentier qui grimpe à travers la lande au mont Roc’h Trevezel. Et là,
quelle vue !
Le
soleil se couche sur les monts d'Arrée. Au lointain, une grande auréole
marron orangée, l’enveloppant, confond encore le ciel rouge sang avec
les collines métalliques bleutées. Tous les détails s’estompent, se
désagrègent. Seule une fine ligne cuivrée, furtive, scintille sur
l’horizon et démarque, pour un instant, l’éther, du chaos des mamelons
pierreux. La lande ocre s’assombrit de traînées glauques et profondes,
puis d’ombres fugaces qui glissent telles des ondes en vagues de terreur
sur l’océan rouillé.
L’Ankou
et sa meute de lièvres blancs prennent possession des lieux. Ils
partent à ta recherche. Détourne ton regard si tu les aperçois.
Incliné
près de toi, un bloc de granit, grand menhir rose et gris, entouré de
buissons de genêts et d’ajoncs dorés, se détache devant les hautes
aiguilles échancrées, agressives, qui lancent leurs doigts tendus vers
l’azur encore mauve. Pas un nuage n’est resté là. Un silence total
s’étend et t’oppresse. L’Ankou rôde quelque part. Tout s’enfuit. Des
bruyères brisées, des épines d’ajoncs lacèrent tes jambes nues. Des
trous dérobent leurs mousses noires et spongieuses sous tes pas pressés.
Des pierres traîtresses retardent tes fuites en vaines retraites.
Tout
l’univers se meurt avec toi. Le manteau de la nuit te traverse. Ta lampe
de poche s’étiole. L’obscurité éteint tes yeux. Ta voiture n’est plus
là. Ta voiture s’est perdue.
"Wig ha wag ! Wig ha wag !"
Y Faut pas pousser mémé dans les ulex quand même !
C Dans quoi ?
Y Tu ne sais pas ce que sont les ulex ?
C Non. Tu ne peux pas t'exprimer comme tout le monde ? Tu veux me bluffer aujourd'hui ? (rires)
Y Les ulex sont de la même famille que les ajoncs. On les appelle ici buissons ou genêts. Mais ils ont des épines. Et ça pique. Comme les orties d'ailleurs. Touche...
C Ouille ! Mais qu'est que ça vient faire là, les ulex ?
Y Regarde : il y en a partout dans cet ancien pré laissé en friche. Ils sont fleuris. Ils annoncent le printemps. Comme les hirondelles.
C Oui mais tu ne m'as pas dit pourquoi tu emploies ce mot bizarre. Il me rappelle la chanson de Françoise Hardy. Tu sais ? Quel titre déjà ? Ah oui : « Comment te dire adieu »
Zut ! Tu n'as pas un kleenex ? Ces chatons me font éternuer. Alors ? Pourquoi ulex ?
Y Ne cherche pas ! C'est une idée d'un copain Belge pour le défi écriture de la semaine.
C Ben ton copain met la barre haute...Tu sais ce que tu vas écrire ?
Yvanne et son amie Cathy cheminent tranquillement dans les Saulières. Il fait tellement beau aujourd'hui ! Il y a dans l'air des senteurs de vert prégnantes et subtiles, crues et douces à la fois. Un printemps précoce ? Un peu trop peut être. Mais après toutes ces journées interminables et démoralisantes de pluie, on ne va bouder le soleil et ses rayons salutaires. Les fossés s'animent du jaune des boutons d'or, du parme des violettes, du bleu azur des pervenches. Un enchantement. La Nature s'éveille et avec elle tout le petit monde des bois. Ça chante, ça fourmille. Enfin tout revit. Et les sourires des personnes rencontrées font chaud au cœur.
Y Nous parlions de quoi au fait ?
C Je ne sais plus. Ah si ! Je te racontais la mésaventure de ma cousine Hélène. Mais tu ne me crois pas. Pourtant je peux t'assurer que c'est la stricte vérité.
Y Bon. Je t'écoute. Même si cela me semble exagéré.
C Ce n'est pas important. Passons. Il n'y a pas que des ulex dans ce pré. Regarde toutes ces fleurs de pissenlit ! Le jaune domine et illumine la prairie. Comme si la Nature voulait se faire pardonner les grisailles de l'hiver.
Y Sais-tu que toutes ces fleurs servent à soigner ? Oui bien sûr, tu le sais. Quand j'étais enfant ma grand-mère qui croyait beaucoup aux vertus des plantes m'emmenait chez le « metze ».
C Décidément... Le metze ?
Y Oui. Le mage, le sorcier, le guérisseur si tu veux. Tout cela à la fois. On appelait ainsi dans ma commune un petit bonhomme qui connaissait tous les secrets des simples. J'adorais aller dans son « séchadour », une pièce située au-dessus de son four à pain. Il y avait là toutes ses cueillettes dans des claies, des sacs, sur du journal à même le sol. Étaient suspendues en bouquets, tête en bas, toutes sortes de plantes dont des branches d'ulex justement. Il se dégageait de cette profusion d'herbes, de tiges, de racines une odeur puissante, enivrante. Mais quel bonheur de regarder les bocaux pleins bien rangés sur des étagères avec, soigneusement notés sur des étiquettes, les noms des mélanges, des préparations ! Un goût de mystère planait qui, tu l'imagines attisait ma curiosité. Mais je pouvais rester là seulement si je promettais de ne rien toucher.
C Tu as déjà évoqué des personnes assez singulières de ton enfance. Moi, en ville, je n'ai rien connu de semblable.
Y A la ville ou à la campagne qu'importe ! Il y a partout des gens intéressants. Peut être que par manque de distractions j'étais plus encline que toi à observer mon entourage ? La prochaine fois je te parlerai de la Demoiselle. Tu veux faire un bouquet d'ulex ?
C Non merci. Je vais me contenter de ces inoffensives violettes...
- Ulex ?
Je reste perplexe...
Mais pourquoi Alex ?
Ton nom est-il trop simplex ?
Trop courant
tout simplement ?
Avec ta maman
et ton frère Enguerrand
on l'avait choisi
assez court aussi...
- Ulex ?
Ta soeur reste perplexe...
Ça lui fait penser à Ulla
Prénom suédois ou danois
Mais pourquoi Alex
Inventer des origines que tu n'as pas ?
Tu n'es pas scandinave ma foi
tu vis dans un grand duplex
avec vue sur les toits
et on t'a offert tout ce que tu as !
- Ulex ?
Ton ex reste perplexe
évoque ton désir de rupture
ta soif d'aventure
ton envie de changer de sexe...
Mais dis-nous qu'il n'en est rien
qu'elle dit le dépit d'une ex
que ce style n'est pas le tien
et que c'est juste un jeu léger
comme le fait de blondir comme les genêts (*)...
- Allô ? Alex ?
Allô ! Ulex !
Tu ne réponds plus ?
Ta Rollex
tu l'as reçue ?
Et si tu t'appelais Flavien ?
/image%2F1070961%2F20250221%2Fob_cebc1f_0-2.jpg)
C'est joli aussi
Ulex, reviens !
On t'en supplie...
(*) genêts évoqués dans la chanson de Jean-Louis Murat "J'ai fréquenté la beauté" (ici... et ailleurs).
L'avantage quand on est metteur en ligne, c'est que si on attend un peu, on peut découvrir les participations des autres !
C'est pour ne pas être suspecté de plagiat qu'autant que faire se peut, j'essaie d'être le premier à participer. Mais depuis l'arrivée de l'amie Marie Sylvie, faut vraiment se grouiller : elle est vachement "vite sur la balle" pour donner un petit côté sportif à mon intervention.
Cette fois-ci donc, j'ai constaté qu'elle liait l'ulex à la Bretagne.
Je ne puis qu'opiner (en branlant du chef) : j'ai séjourné de multiples fois dans les Côtes d'Armor, plus précisément à Camlez dans le Trégor, pile au milieu de ce que certains appellent "La Côte des Ajoncs" entre Perros-Guirec et l'embouchure du Jaudy.
C'est dire si j'ai eu l'occasion de me frotter aux buissons d'ulex (une habitude à ne pas prendre si vous tenez à votre peau).
Ceci dit, ayant également séjourné de nombreuses fois à Aldeburgh sur la côte de l'"East Anglia", je puis vous assurer que côté ajoncs, Bretagne et Grande-Bretagne : même combat !
Facile, parce qu'en fait, cette plante accrocheuse pousse abondamment sur le terrain pauvre des côtes atlantiques européennes, si bien que ,finalement, c'était pas la peine que je quitte mon pays pour m'y frotter.
Je l'ai toujours dit et je le répète : les vacances, ça sert à rien !