Voilà ce
qui restait d’eux, d’une relation à l’époque brûlante
La table
rase ne portait plus que des verres vides à l’écume mourante
Et tout
autour, la vie continuait, les gens continuaient de vivre, de rire, de boire
Les jours
continuaient de naître et de mourir sans vraiment délimiter leurs frontières
Et même si
la fête sentait une fin imminente, les gens continuaient de s’agglutiner dans
la nuit autour des tables, de manger un morceau, de lever les coudes de se
parler ou de se taire, baignés par la musique qui avait vaincu la pluie
annoncée
Les verres
étaient là lestés de leurs ombres, dressés sur la table nue, séparés par des
années-silence, mais toujours debout, abandonnés à leur triste sort comme ceux
qui avaient posé leurs lèvres sur leur bord, bu leur nectar jusqu’à la lie,
attendu que la mousse vivifiante vienne couronner leur bouche d’une légère
neige. Ils n’avaient même pas ri à peine parlé, ils n’avaient pas dit l’adieu de
circonstance.
Demain ils
seraient débarrassés de leur histoire, demain ils prononceront les mêmes mots,
de mêmes promesses berceront leurs illusions, demain leurs interlocuteurs
seront simplement différents. Demain ils seront libres de leurs souvenirs, du
moins, ils le croiront ...
Parfois
l’écho viendra titiller leur mémoire soudain anesthésiée, ils ne pourront pas
dénier leur tendresse passée, ils le feront pourtant, l’oubli sera le prix de
leur nouveau bonheur reconstitué ...
