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Ejo

Livre


Description ajoutée par x-Key 2015-05-06T13:42:52+02:00
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Résumé

Un recueil de nouvelles dont les héroïnes sont des femmes, prises dans la tourmente de l'histoire récente du Rwanda, et qui réussissent à dépasser la fragilité de leur condition grâce à la force de leur obstination.

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Classement en biblio - 4 lecteurs

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extrait

Extrait ajouté par dreamygirl 2023-02-10T09:37:41+01:00
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Je suis restée à genoux plus longtemps que tout le monde, appuyant de tout mon poids sur les lattes de bois. La tête enfouie dans mes mains, je répétais à voix basse : « Ne trahis pas son nom, ne trahis pas son nom, Seigneur ! »

J’avais les yeux humides en me relevant, transpiration ou larmes amères, je n’ai pas fait attention au petit clou qui a déchiré mon pagne comme seule réponse de Dieu. Les enfants me fixaient, inquiets. En ce moment, ils sentent que je suis agitée, mais seule Félicita sait pourquoi je me ronge ainsi les sangs.

Félicita a juste douze ans, elle est mon ombre timide, toujours dans le sillage de mes pagnes, silencieuse et obéissante. Elle a la peau aussi sombre que je l’ai claire, mais les mêmes yeux de génisse aux longs cils recourbés. C’est elle qui m’aide à m’occuper de ses frères et sœurs, elle qui balaie la cour du rugo, la maison, au petit matin avant de partir à l’école, elle qui connaît la cachette de mes économies et qui a vu Harerimana me blesser la semaine dernière.

Le padiri passe dans l’assemblée en bénissant les branchages que nous lui tendons. Yohani, le petit dernier, agite le sien sous le nez de sa grande sœur pour la chatouiller. Il est encore jeune et cette messe des Rameaux doit lui paraître interminable. Un simple froncement de sourcils de Félicita suffit à ramener le calme entre les deux enfants. J’ai eu Yohani et ses trois sœurs de trente et un à trente-sept ans. Entre mon fils aîné, Harerimana et Félicita, la deuxième, dix années se sont écoulées. Mon mari me disait souvent en rigolant qu’on ne comprenait rien à ma façon de faire les enfants.

Harerimana, qui signifie « c’est Dieu qui élève les enfants », est arrivé quelques mois après notre mariage. Puis de longues années ont passé avant que mon ventre ne s’arrondisse de nouveau. Les autres femmes sur la colline me taquinaient en insinuant que le seul fait de faire le ménage dans les locaux de l’ONAPO me servait de contraceptif. Malgré les médisances de ma bellemère, qui me croyait incapable d’enfanter encore, j’ai apprécié ces années d’exclusivité avec mon aîné. Quand les autres mères de mon âge se noyaient dans la marmaille, j’ai eu le luxe de pouvoir aller à la messe sans cette odeur âcre d’urine qui collait à leurs habits.

Kubyara indahekana, c’est ainsi que l’on dit d’une femme qui a plus de bébés que son dos ne peut en porter à la fois. Mon fils a eu pour lui seul l’ingobyi, la peau de bête tannée pour le portage au dos, et il a tété jusqu’à ses deux ans. Moins débordée, je pouvais me consacrer à lui, lui apprendre à bien parler, lui chanter des berceuses. J’avais même planté quelques pieds de fraisier près de la bananeraie où il passait les après-midi accroupi, pendant que j’écossais les petits pois ou triais les haricots dans la cour. On disait : « Ce garçon est trop collé à sa mère, ça ne donnera pas un vrai homme. »

Et quand je ne m’y attendais plus, Félicita est arrivée. Si nous survivons à cette vie, c’est elle qui sera mon bâton de vieillesse. C’est une chance qu’elle soit si peu gracieuse, car aucun homme ne voudra me l’enlever. Elle a toutes les qualités de l’âme que Harerimana n’a pas, convaincu que sa force et sa grande taille le mettent au-dessus de tous. J’ai accouché de Félicita dans de grandes souffrances. Je suis restée une semaine aphone d’avoir trop crié, en l’évacuant de mon ventre. Le petit être mauve et fripé s’est immédiatement mis au diapason de mon silence : elle ne pleurait jamais. Nous nous regardions longuement, je pleurais souvent, j’avais mal, j’avais peur. C’est pour cela que je l’ai appelée Umuhoza, celle qui apaise les pleurs. Je me répétais souvent en la regardant : « Toi qui m’as tant fait mal, il faudra que tu sois bonne et sage, que tu me fasses oublier ton arrivée douloureuse. » Et pourtant ce n’était pas elle la responsable de mon effroi, celui qui m’avait mise prématurément au travail.

Je reste cependant convaincue que cette enfant a quelque chose d’étrange. Un pouvoir qui lui permet de deviner la pensée des gens, de parler avec les morts. Un peu comme les voyantes de Kibeho qui avaient le don de voir et d’entendre la Vierge Marie.

J’ai toujours pensé que rien de bon ne pouvait sortir de nos vies de femmes. Nous sommes trop pleines d’amertume et de souffrances tues, transmises de génération en génération, essence que chaque mère a inconsciemment distillée avant de la mélanger au beurre dont elle badigeonne les corps de ses petites filles.

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Commentaires récents

Commentaire ajouté par LilyRause 2017-11-19T22:49:21+01:00
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J'ai beaucoup aimé la plume de Beata Umubyeyi Mairesse. Ce sont des témoignages poignants. C'est cru, authentique et en même temps sans haine et plein d'espoir. J'ai eu un coup de coeur pour la quatrième nouvelle : celle d'une bonne soeur qui écrit à sa sœur. Un super moment de lecture. Donc pour moi, une super découverte. Je remercie Kube de me l'avoir conseillé. Je vous le conseille. J'ai très envie de découvrir d'autres choses de cette auteure. J'ai donc rajouté «Lezardes» à ma wishlist.

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Dates de sortie

Ejo

  • France : 2015-05-21 (Français)
  • France : 2020-09-30 - Poche (Français)

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