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vendredi 23 décembre 2022

Monstres

Le dernier opus de Christian Bobin est un appel à la résistance...


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Les poètes sont des monstres. Ils n'aiment pas vos machines. Ils ne les aimeront jamais. Une bouilloire – antique grosse pomme de fer talée – est toute la technologie qu'ils supportent. Ils aiment trop la vie pour prétendre « l'augmenter ».

Christian Bobin

vendredi 5 mars 2021

Printemps sans fin

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Vous cherchez du côté du plus grand… C’est tellement plus simple : j’attends le printemps. Ce que j’appelle le printemps n’est pas affaire de climat ou de saison. Cela peut surgir au plus noir de l’année. C’est même une de ses caractéristiques : Quelque chose qui peut venir à tout moment pour interrompre, briser – et au bout du compte, délivrer.

Le printemps n’est rien de compréhensible – c’est même ce qui lui permet de tenir dans trois fois rien – un bruit, un silence, un rire.

Il se moque de conclure. Il ouvre et ne termine jamais. Il est dans sa nature d’être sans fin.

Ce que j’appelle le printemps ne va pas sans déchirure. C’est une chose douce et brutale. Nous ne devrions pas être surpris de ce mélange. Si nous le sommes, c’est que la vie nous rend distraits. Nous ne faisons pas assez attention.

Si nous regardions bien, si nous regardions calmement, nous serions effrayés par la souveraineté de la moindre pâquerette : elle est là, toute bête, toute jaune. Pour être là, elle a dû traverser des morts et des déserts. Pour être là, toute menue, elle a dû livrer des guerres sans pitié.

Ce que j’appelle le printemps est une chose du même ordre…

Dans le printemps, rien de tranquille ni de gagné d’avance. Lorsqu’il arrive, nous ne nous y retrouvons plus. Presque rien n’a changé et ce presque rien change tout.

Nous nous accoutumons trop vite à ce que nous avons.

Dieu merci, le printemps vient remettre du désordre dans tout ça. Nous découvrons que nous n’avons jamais rien eu à nous, et cette découverte est la chose la plus joyeuse que je connaisse.

Christian Bobin

vendredi 28 août 2020

Poignée de lumière

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L'intelligence est la force, solitaire, d'extraire du chaos de sa propre vie la poignée de lumière suffisante pour éclairer un peu plus loin que soi - vers l'autre là-bas, comme nous égaré dans le noir.

Christian Bobin 

mardi 9 juin 2020

L'éclair de l'encre

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La vie comme elle va, oisive, éternelle. Des heures d'oisiveté pour une seconde d'or pur, d'écriture. La durée se précipite dans l'éclair de l'encre. Accepter cette perte de temps, sans jamais prétendre la modifier, la remplir.

Christian Bobin

vendredi 21 février 2020

Terre non brûlée

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Pour s'éprendre d'une femme, il faut qu'il y ait en elle un désert, une absence, quelque chose qui appelle la tourmente, la jouissance. Une zone de vie non entamée dans sa vie, une terre non brûlée, ignorée d'elle-même comme de vous. Perceptible pourtant, immédiatement perceptible. 

Christian Bobin

lundi 17 février 2020

Parole qui ouvre le ciel

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La poésie est révolutionnaire. C’est que les puissances mortifères qui se développent à certains moments, dans l’Histoire, ne supportent pas la moindre herbe de vie, la moindre brise. Il faut qu’il n’y ait plus aucun courant d’air dans les rues de la ville ; il faut que le ciel soit fermé. Et il n’y a rien qui rouvre tout, à la fois les fenêtres et à la fois le ciel, comme la poésie ou comme une parole d’enfant ; il n’y a rien d’aussi puissant. La parole poétique est par essence subversive, elle n’est pas gentille, elle n’est pas mièvre, elle n’est pas sentimentale. Elle est insurrectionnelle, c’est une force de vie, pas de mort. 

Christian Bobin

mercredi 11 décembre 2019

Inquiétude de l'âme en paix

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Le tremblement d'un pétale quand une goutte de pluie le heurte : c'est cette vibration que je cherche dans l'écriture, l'imperceptible inquiétude de l'âme en paix.

Christian Bobin

mardi 3 décembre 2019

Attendre l'inattendu

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Sans doute l'avez-vous remarqué : notre attente - d'un amour, d'un printemps, d'un repos - est toujours comblée par surprise. Comme si ce que nous espérions était toujours inespéré. Comme si la vraie formule d'attendre était celle-ci : ne rien prévoir, sinon l'imprévisible. Ne rien attendre, sinon l'inattendu.

Christian Bobin

mardi 22 octobre 2019

Poignée de lumière

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L'intelligence est la force, solitaire, d'extraire du chaos de sa propre vie la poignée de lumière suffisante pour éclairer un peu plus loin que soi - vers l'autre là-bas, comme nous égaré dans le noir.

Christian Bobin

samedi 24 août 2019

Porte ouverte

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Nous passons notre vie devant une porte sans voir qu'elle est grande ouverte et que ce qui est derrière est déjà là, devant nos yeux.

Christian Bobin

vendredi 5 juillet 2019

Épuisement de la vérité

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La vérité vient de si loin pour nous atteindre que,lorsqu'elle arrive près de nous, elle est épuisée et n'a presque plus rien a nous dire. Ce presque rien est un trésor.

Christian Bobin

dimanche 23 juin 2019

Folie qui danse

Finalement je n'aime pas la sagesse. Elle imite trop la mort. Je préfère la folie - pas celle que l'on subit, mais celle avec laquelle on danse.

Christian Bobin

mercredi 12 juin 2019

Durée amoureuse

La durée amoureuse n'est pas une durée. Le temps passé dans l'amour n'est pas du temps, mais de la lumière, un roseau de lumière, un duvet de silence, une neige de chair douce.

Christian Bobin

mercredi 6 mars 2019

Connaissance inconsolable

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Il y a une heure où, pour chacun de nous la connaissance inconsolable entre dans notre âme et la déchire. C’est dans la lumière de cette heure là que nous devrions nous parler, nous aimer et même le plus possible rire ensemble.

Christian Bobin

samedi 12 janvier 2019

Éloge de l’immobile

La vie passe au-dehors et sa vitesse est celle de la lumière. Les deux mains sur un globe de papier transparent, contemplant les flocons d’encre noire qui tombent à l’intérieur, il épouse la vitesse plus considérable encore de la lenteur. Il regarde impassible les blocs de temps pur, venus d’un ciel sans profondeur : Éloge de l’immobile. Supplique du muet.

Les noms possibles du lecteur : Méditant par grand froid. Mâche-le-vent. Creuse-l’azur. Songe-blanc. Passeur. Hirondelle du ras de la page.

Christian Bobin

lundi 19 novembre 2018

Ange

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Un tableau de JmRaynaud

Est un ange celui qui - animal, poème ou humain - remet la vie en vie.

Christian Bobin

lundi 1 octobre 2018

Rosier enflammé

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Tu es dans mon cœur même quand je l'ignore, comme un rosier qui s'enflamme en l'absence du jardinier.

Christian Bobin

lundi 24 septembre 2018

Blessure éternelle

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Ce que les nazis ont fait aux juifs n'est rien que l'on puisse dater et inscrire dans la longue chaîne de l'Histoire, ce n'est rien de passager ni de localisé en un seul pays, c'est un fait absolu, une blessure éternelle dans la chair terrestre du temps, c'est ce que l'humanité a fait à toute l'humanité, c'est ce que l'humanité s'est fait à elle-même. Le mal perpétré par un seul homme souille tous les autres hommes, de même que les larmes versées par un seul lavent tous les autres. Le meurtre comme la bonté engagent à chaque fois l'humanité entière, la sauvent et la perdent à chaque fois.

Christian Bobin

mardi 11 septembre 2018

Hors du paradis

Un jour on sort du paradis et on voit ce qu'est le monde : un palais pour les menteurs, un désert pour les purs.

Christian Bobin

samedi 8 septembre 2018

Changer de vie

Trois mots donnent la fièvre. Trois mots vous clouent au lit : changer de vie. Cela c'est le but. Il est clair, simple. Le chemin qui mène au but, on ne le voit pas. La maladie c'est l'absence de chemin, l'incertitude des voies. On n'est pas devant une question, on est à l'intérieur. On est soi-même la question. Une vie neuve, c'est ce que l'on voudrait mais la volonté, faisant partie de la vie ancienne, n'a aucune force. On est comme ces enfants qui tendent une bille dans leur main gauche et ne lâchent prise qu'en s'étant assurés d'une monnaie d'échange dans leur main droite : on voudrait bien d'une vie nouvelle mais sans perdre la vie ancienne. Ne pas connaître l'instant du passage, l'heure de la main vide.

Christian Bobin