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jeudi 22 janvier 2015

contorsions élastiques

    Avec une panique mécanique, Véronique astique son portique asiatique. Le hic, c'est la dynamique de Dominique. Dominique, c'est le flic qui trique Véronique mais qui lui pique tout son fric. Il est frénétique et sans éthique, elle est sympathique, mais par vengeance ce matin, elle lui a refilé ses tiques.

    Ses tiques le piquent au vif; il critique la pas très chic Véronique, prend des antibiotiques, puis, sans cette électrique colique, abdique et claudique une gymnastique pharmaceutique. 


    C'est parti pour une nouvelle crise épileptique autant que satanique, rien ne contient ses contorsions élastiques quand débarque Monique, une femme monolithique qui jalouse Véronique. 

    C'est le déclic : Dominique, pratique, prétexte un pique-nique au milieu des biques et, bisque bisque rage, claudique dehors avec la réplique des disques antiques de Véronique. La situation se complique lorsque Monique panique : "Sale trafic".

lundi 6 octobre 2014

ni celui-là




    Si ce n'est une nouvelle dégringolade de température, elles comptent rejoindre l'avion avant l'aube. Depuis que le vin dans la bouteille a gelé, elles consultent à tout instant leur thermomètre de poche sur le chemin de l'aérodrome. Parsemé de poussières gelées, le vent souffle avec plus de force, son crépitement râpeux est brusquement recouvert par un cri.
- Halte ! Qui va là ?


    807 corps allongés sur la neige. Lueur de désespoir. Lueur bleutée des phares de l'avion perçant la brume. Brume morbide dans mes neurones. C'était moi cette voix ? Je crois que je perds la boule à neige. Je m'approche d'une des réprouvées, m'agenouille, soulève la capuche qui recouvre ses yeux. Happé parle vide, j'entends son regard salé me dévaster. Mais, ce ne serait pas elle ? Si, je la reconnais ! Mon sang coule sur la peau jaunie qui a bercé mon enfance, je la rejoins ; elles ne prendront pas l'avion avant l'aube en fin de compte.



    Une lueur orangée émerge de la chape nocturne. L'aurore transperce tant bien que mal les nuages d'orage, dialoguant avec les éclairs qui déchirent le lointain. Une silhouette vient vers nous. C'est une personne plus grande que la moyenne, portant visiblement un képi, une parka et une démarche assurée. Comment a-t-elle su que c'est ici que ça s'était passé ? Soudain je comprends tout : quel idiot ai-je fait ! Je n'aurais jamais dû utiliser la radio. Le canon d'un fusil braqué sur moi : je suis le 808e.


    J'étais déjà frigorifié, une glaciation épuisante transperce mes pieds, mes mains, ma respiration gèle mes poumons. Une forte odeur de poudre : on m'enfonce l'engin du diable jusqu'à la glotte. Ma main se lève, remue, elle comprend que je suis prêt à avouer et retire l'arme. Syllabe après syllabe, j'expire le sens des mots qui m'ôtent le sang au fil de mes soupirs.

mardi 16 septembre 2014

le Tartux


      
      Voilà, c'est cette dernière chute de glace qui termine cette histoire ; entre nous j'en avais un peu marre de tous ces jobards. Ils voulaient à tout prix rejoindre le versant Est, je les ai embarqués tellement plus loin. Quelle chance de Bidard ils ont eu un temps pareil au mois de décembre ; j'ai cru qu'ils allaient jamais dévisser. Heureusement, j'ai chopé le sac à dos de Max, y a sûrement le Tartux dedans. En tout cas, ils avaient l'air suffisamment inquiet pour me suivre au bout du monde, c'est le principal.                                   

      Le Tartux, vous vous demandez ce que c'est, vous avez raison, rares sont ceux qui le savent; je vais vous révéler son secret. C'est une sorte de code très ancien, jamais numérisé et dont il ne subsiste que quelques exemplaires ; l'essentiel de son contenu est sans intérêt, mais ce n'est pas le cas de l'article 807. Un article qui détaille les étapes du protocole en vigueur au Royaume Givré. Autant dire que sans le Tartux, c'est assez suicidaire de s'y aventurer, même si c'est juste pour atteindre le versant Est. J'essaye de tourner ses pages, j'ai du mal à en saisir une entre mes doigts gelés, enfin voici l'article :

      Article 807 - Tout d'abord, le Givré se repèrera alentours quand le vent d'Est tournera à pi/2. Il faudra s'y diriger à la cadence de huit pas par minute. Au bout de 19 fois 4 secondes, on n'entendra plus le Vent qui soufflera pourtant avec une force croissante. 


      Une gifle glacée, je sursaute, le vent s'est levé. J'enjambe le cadavre congelé de Max, aux aguets. J'inspire et regarde ma trotteuse pour marcher à la bonne cadence. Le vent vrombit de plus en plus fort, ça m'inquiète. Je referme mon col, enlève mon écharpe et la laisse flotter dans le vent, je vois de combien de degrés il a tourné. Un angle droit, bon, allons-y. Je dois me faufiler sous ces immenses surplombs de glace. Tout à coup : silence. Un froissement au dessus de ma tête, un craquement. Un rugissement de la glace. Le blizzard silencieux coalesce en une forme gigantesque, une vague de danger me submerge, j'écume. Un craquement...


dimanche 14 septembre 2014

file d'attente

- C'est la première fois que vous venez en Inde ?
  Un peu sonné par les huit heures de vol et l'air pressurisé, je ne compris pas tout de suite qu'on s'adressait à moi. Je tournai la tête vers le couloir et, mon regard trouvant son chemin barré par une paire d'yeux perplexes, je dus me rendre à l'évidence : on attendait une réponse de ma part.
- Je, euh, oui. Et vous-même ? demandai-je poliment pour gagner du temps et recouvrer un semblant de contenance.
C'était une personne un plus âgée qui correspondait parfaitement à l'idée que je me faisais d'une dame. Tenue sport mais chic. L'air ennuyé de quelqu'un qui a trop vécu pour trouver la routine intéressante.
Au moment où elle allait me répondre, une voix mal sonorisée retentit : on atterrissait à Bangalore.
Il n'y a rien de pénible comme les contrôles de police à l'aéroport, de quoi vous dégoûter des voyages exotiques, vraiment. Surtout lorsqu'on voyage seul. Aussi n'étais-je finalement pas si ennuyé de retrouver la dame de l'avion dans la file d'attente. C'était un peu étrange, on avait passé huit heures côte-à-côte en s'échangeant seulement quelques banalités. Mais cette poignée de mots nous permettait maintenant d'entamer une véritable conversation. Elle s'appelait Agnès. Elle n'avait jamais pris l'avion auparavant et avait entrepris ce voyage sur un coup de tête. Ce n'était peut-être pas vraiment une dame en fin de compte. Elle ne savait pas où aller, elle n'avait rien planifié. Moi, je connaissais très bien Bangalore et j'étais en mal de compagnie. Évidemment, la file d'attente durait trop longtemps pour que je ne lui propose pas de lui faire visiter le coin.

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Agnès était fascinée par l'Inde. Pas tant par les paysages incroyables que par les odeurs et les gens. Surtout tous les enfants qui, en dépit de la saleté omniprésente, cirent des chaussures toute la journée à même le sol. "Ça reluit sans cesse, ça reluit sans cesse !" s'extasiait-elle. Toute usée par la vie qu'elle était, Agnès était peut-être bien une fille en fin de compte.