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mercredi 14 novembre 2012

Ailes brisées


                      - Si j’étais optimiste, je dirais que mon sujet me bat un peu froid, qu’il souhaite prendre de la distance, qu’il est froissé de mes balourdises, qu’il attend que je me ressaisisse pour mieux me rouvrir sa porte et me dire, d’un ton mi-paternel mi-professoral : aller, avec un bon coup de collier, tu vas finir par y arriver ! Mais en homme lucide, je préfère parler d’un fiasco définitif. Ah ! ce sujet ! J’étais vraiment parti pour lui faire mille grâces, l’inviter à danser une très longue pavane, mais ces jours-ci il ne me voit même plus, fait mine d’être occupé avec d’autres, se perd en entretiens savants, avec des mots obscurs qu’eux seuls comprennent, je les entends brasser des concepts, et dès que je m’approche d’eux le petit cercle s’esclaffe.  J’imagine qu’ils se disent : quel sombre idiot ! Il y avait tant de sujets faciles, la Campagne de Russie, l’impératrice Eugénie en ses jardins, l’histoire de la porcelaine de Meissen... mais non, ce petit bonhomme avait des ambitions plus hautes !



                - C’est vrai que tu étais quand même parti pour dix bonnes années de travail en bibliothèque avant d’oser seulement le saluer de loin, ton fameux sujet...


 
                        - Et pourtant j’avais déjà un bien joli titre : 807, idéal ou idéel ?

mardi 23 octobre 2012

Scriptorium


                          - Et puis soyez assez aimable de vous relire plus attentivement. Votre texte n’est pas mauvais en lui-même mais le style en est franchement relâché. Les répétitions, notamment, sont extrêmement gênantes. Vous n’êtes pas sans connaître les dictionnaires de synonymes, je présume ? Et n’oubliez pas d’utiliser vos barres d’outils. Elles n’ont pas été uniquement conçues pour amuser les chats. Allons, revoyez-moi ça plus sérieusement.




                         - Vous n’aimez pas les répétitions ? C’est curieux, dans La Recherche j’en trouve plein, tout le temps, partout ! Le même mot, la même expression à trois lignes d’intervalle ! Au moins 807 fois, pour rester indulgent...



                         - Vous savez, se relire, à son époque, ce n’était pas une sinécure. Voilà probablement la cause de toutes ses petites maladresses. Ah, s’il avait pu en disposer, de cette fameuse fonction recherche...

jeudi 11 octobre 2012

Repassage interdit

                     – C’est bien joli, Monsieur, ces plissés Fortuny que vous portez au coin des yeux, dites-moi s’il vous plaît où m’en procurer de pareils ?



                      – Hélas ma chère enfant, ces plissés-là ne s’achètent pas. Ils se gagnent sur les champs de bataille de la vie. Le général Temps les décerne à ses meilleurs soldats.



                      – Alors tant pis. Moi je n’attendrai pas huit cent sept ans. La saison prochaine, la mode en sera déjà passée.

jeudi 4 octobre 2012

Pierre Jourde et nous

- Tu n’as qu’à lire sa biographie. Elle est très bien détaillée. Tu m’en diras des nouvelles. Ça rend modeste. Ça donne envie de faire glisser bien soigneusement sa prose jusqu’à la corbeille, de la vider sans repêchage possible puis, enfin, d’aller vivre des choses intéressantes avant de recommencer à faire son malin avec des mots. Voilà ce que je pense. Et toi ?
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- Moi c’est pareil. Mais quand j’ai lu qu’il avait fait des manœuvres hivernales dans la neige, je me suis un peu rengorgée. Je me suis dit : tiens, si je n’ai pas 807 points communs avec ce grand écrivain, j’en ai tout de même un. Et celui-là, il me parle. Manœuvres hivernales dans la neige, je pratique. Presque tous les ans. Pour ça, l’essentiel, c’est le bonnet. Bien enfoncé sur les oreilles. Note bien, pour écrire un roman intéressant, c’est un peu pareil. Avoir la tête près du bonnet, c’est essentiel. La tête près du bonnet... Joli titre. Y a plus qu’à.

vendredi 7 septembre 2012

Retour


                  La chaude pluie de juin entre par la fenêtre ouverte. Le salon est aux oiseaux. L’ampelopsis enlace les solives. Les douces algues grises couvrent la tenture. Dans la cheminée nichent huit cent sept souris. Du toit presque tombé on voit sortir des saules. Les herbes soyeuses cachent le seuil. L’homme est mort et comme lui sa maison n’a plus ni dehors ni dedans. 
 
 
                        Maintenant il n’est rien, maintenant il est tout, sable, animaux, cailloux, fougères, atomes, encore et encore.
 
 
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mercredi 5 septembre 2012

L’interrogatoire.




- Pourquoi depuis toutes ces années répétez-vous le même ? C’est le nombre d’or ? La combinaison du coffre-fort ? Le numéro de téléphone du médecin de famille ?
- Est-ce que je sais on est là pour faire ce qu’on nous demande on m’a jamais rien dit pas donné d’explication plus que ça du moment que c’est pas un travail au-dessus de mes forces même quand ils sont en vacances à Trouville et qu’ils peuvent pas me surveiller moi je continue c’est un principe au moins une fois le matin une fois le soir je suis habitué et même je peux vous le dire ça me manquerait si...

- Et le dimanche ?
- Le dimanche c’est pas mon jour de sortie du reste ça a fait un drôle de foin avec Pomponnette c’est ma femme elle voulait pas qu’on prenne cette place-là elle disait c’est des mécréants travailler le dimanche le Seigneur nous en voudra je lui ai dit qu’il était pas comme ça qu’il pouvait comprendre.

- Elle s’est inclinée ?
- Je sais pas ce que vous voulez dire aussitôt arrivée elle est partie avec le garde-chasse mais je suis jamais tout seul au moins maintenant j’ai mon huit cent sept dans la tête qui me tient compagnie et puis ça rime avec Pomponnette c’est peut-être pas un hasard comme on dit une passion chasse l’autre.

mercredi 16 mai 2012

Flaubert éclaire



Petit hôtel très agréable et d’un prix raisonnable. Accueil chaleureux, petit déjeuner copieux, décor charmant et plein de trouvailles raffinées. Note : 18/20.
Il n’a pas emporté de lecture. Tant pis. Demain, il cherchera une Librairie-Papeterie-Journaux. Il s’ennuie. Il examine attentivement le plan d’évacuation en cas d’incendie accroché sur la porte. Il rêve dessus, ébauche un synopsis : Panique au 807ème étage. Il ouvre le tiroir du meuble de chevet, mais la Bible y dort déjà. Le pied de la lampe de bureau est un peu étrange. La longue tige de cuivre qui porte l’ampoule et l’abat-jour s’élève fièrement d’une pile de vieux bouquins qu’elle transperce au passage. Il relirait bien Madame Bovary. Mais pas moyen, tout est solidement fixé. On a empalé Flaubert entre Max du Veuzit et Paul Bourget.
Elle étudia, dans Eugène Sue, des descriptions d’ameublements.

mercredi 18 avril 2012

Phœnix

On a cru comprendre... on a compris... voilà. C’est fini. Passé de mode. Ad Patres. On ne veut pas y croire. Ce n’est pas possible... pas tout de suite, pas maintenant... il faudrait tout de même essayer quelque chose... il y a peut-être moyen... en grattant, doucement, en décapant toutes ces couches d’enduit, de vernis, cette poussière accumulée... ces mots autour de lui, ces couronnes de roses... il étouffe, sa tête est lourde... ailleurs, peut-être, on ironise, on se gausse... on le dit à bout de souffle, radoteur, éteint, sans avenir... pourtant, à le regarder encore... attentivement... sans tendresse superflue... avant que... tout de même, il porte encore beau... qui pourrait penser... il va le faire porter tout en haut, dans les réserves, avec un double de la fiche d’inventaire, un numéro – 807 – attaché à la patte... une étiquette à l’oreille d’un animal partant pour l’abattoir... on va l’oublier... longtemps... des dizaines d’années... et puis un matin, un thésard fouineur... il va le sortir de sa housse, doucement... et là...


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mardi 10 avril 2012

La moue dans les ruines

Une fois encore j’irai contempler la fin du jour sur le cap dont je ne puis prononcer le nom sans trembler. J’ignore si la petite Odette qui me suit partout, Dieu sait pourquoi, sera touchée par l’ineffable beauté dont vinrent depuis toujours s’inspirer les artistes du monde entier. En y gravant jadis son nom, Lord Byron se fit un cénotaphe plus pérenne que le plus glorieux des tombeaux. Moi, je veux seulement qu’à la fin on y répande mes cendres. Les petites fleurs violettes qui poussent au printemps sur le roc s’en nourriront.


Il n’est pas marrant, Norbert. Pourtant c’est romantique un coucher de soleil dans les ruines, ça invite à la tendresse. On s’est assis tous les deux sur un gros rocher, face à la mer, pour regarder. Mais au lieu de me dire les choses gentilles que j’attends depuis six mois, le voilà parti à réciter des vers d’Hésiode. Il a même eu le temps d’en écorcher 807, avant que cet imbécile de gros ballon rouge ne disparaisse enfin, sous les applaudissements des touristes. Le car nous attendait sur le parking, alors on s’est dépêchés de redescendre.

mardi 3 avril 2012

La commode

T de M se montrait fort habile et si ardente à enseigner son art qu’aucun gentilhomme ne se lassa jamais de ses leçons. Chacun en recevait assez de contentement pour aller partout le crier si bien que sa renommée devint considérable et demeura toujours attachée à ses huit cent sept manières très heureuses et spirituelles de composer les assemblages et d’en jouir longtemps sans fatiguer les bois.


Vis ! Colle cellulosique ! Ô tempora ! ô mores !

lundi 26 mars 2012

Drogueries

Sur un divan drapé de vieux kalamkaris,
À l’heure des souris courant sur les tapis,
Tout couverts de poussière à force d’incurie,
Où ma belle indolente est ce soir endormie,
Les fumées de l’encens troublent les murs jaunis,
Et l’Arachné fait un voile à ses doux yeux gris.


Avec 807 dans la maison,
Tout est net et sent très bon !

dimanche 18 mars 2012

L'infini

Devant cette nouvelle créature empaillée qui couronnait la bibliothèque tournante, la mère Rolet ne fit pas davantage montre de curiosité qu’une fille de ferme découvrant un œuf au poulailler. Pécuchet, qui travaillait sur son encyclopédie et l’observait d’un œil, en reçut un petit étonnement aigu d’épingle négligée par le tailleur. Et il s’en vengea.
― Eh bien, que vous semble de notre curiosité de la nature ? Celle-ci ne vous causera guère de tracas. Seulement vous aurez bien soin de lui mettre huit cent sept coups de plumeau chaque quinzaine.
La mère Rolet ne répondit rien, arrangea son mouchoir de cou, sortit. Et Pécuchet l’entendit grommeler qu’avec une besogne pareille sa fin viendrait bientôt.


Aurai-je le temps de le finir, celui-là ? Pourvu que... Oh, bon saint Antoine, accordez-moi...

samedi 10 mars 2012

L’emploi du rêve

Mes chers petits, votre amitié fidèle m’est précieuse et comme je fus stupide de penser qu’elle pût être funeste à mon travail ! J’aurais bien des choses amusantes à vous raconter mais je sais que le temps vous manque pour les écouter tandis que vous courez chaque matin à vos passions laborieuses comme des vaches à l’abreuvoir. Au fond, vous avez raison, je ne fais pas autrement et, tout comme vous, il me faut attendre le soir pour enfin goûter mon instant d’introspection créatrice. Et tous ces instants remplissent mes cahiers. Mais vous, quand inlassablement vous posez ce suc vespéral, pour ainsi dire le sel de votre vie et le meilleur de vous-mêmes sur vos blanches pages, c’est pour aussitôt les faire s’envoler jusqu’à mes mains étonnées et ravies. Ah, mes chers petits, je vous en prie, durant les huit cent sept ans à venir, ne vous lassez pas de m’adresser ces suaves missives sublimées de vos ressentis, ne cessez pas, c’est si salvateur, surtout le samedi, le saviez-vous ?


Sabato triste... Quelle jolie chanson ! Je me souviens l’avoir souvent écoutée sur un Teppaz à piles posé au bord d’un petit pont de Venise, et désormais tous mes samedis sont colorés d’une nostalgie étrange et délicieuse. Alors c’est vraiment le jour idéal pour faire les courses de la semaine au supermarché. Ou bien un peu de ménage.

mardi 21 février 2012

Une pensée pour Pascal

On a beau dire, tous ces jolis hommages quotidiens à mon 807, ça fait tout de même plaisir. D’ailleurs je leur ai donné un petit nom secret. Oh, je peux bien vous le dire... Je les appelle Les solidarités facétieuses. Si si, je vous assure !


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dimanche 12 février 2012

Savoir attendre

Hier à la radio, une voix douce et pleine d’une encourageante sympathie interrogeait des gens qui ont froid chez eux. Ils ont répondu sobrement qu’avec leurs 807 euros mensuels et un bon édredon, pour le moment ils tenaient le coup.


Il est joli ce sac. J’aime beaucoup ce rouge, ça réchauffe une tenue, je trouve. Et puis 807 euros c’est une affaire. Décidément, j’ai bien fait d’attendre la fin des soldes.

dimanche 29 janvier 2012

Une petite bottine

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Un matin qu’Albertine était sortie avec Andrée, je restai un instant devant la fenêtre à contempler un troupeau de nuages maussades et songeai à l’insatiable appétit qui poussait ainsi les jeunes filles et les femmes à courir vers ces temples pavoisés où l’on célébrait au commencement de chaque l’hiver la dispendieuse fête des Aubaines et Ventes spéciales, et qui, aussi impérieusement qu’une divinité archaïque, les appelait à se presser sans retard devant des autels chatoyants tout couverts de lourdes soieries nacrées. L’envie me prit d’ouvrir la garde-robe de mon amie comme pour y chercher une réponse à cet inexplicable élan, et je les vis alors, amoncelées sur le fond de la penderie, sombre trophée de guerre, avec leurs crochets d’or fauve, leurs mignonnes semelles lisses et leurs fins cuirs crispés qui à mes yeux fatigués semblaient décliner les nuances successives d’un ciel nocturne. Je les sortis une à une et les réunis en paires, jusqu'à couvrir le parquet d’un régiment fantôme dont n’auraient subsisté que les brodequins, mais l’une d’entre-elles, la huit cent septième, demeurait solitaire. Ma jalousie se réveilla, douloureuse et pesante à mon cœur. Cette bottine absente, oubliée sans doute par Albertine dans quelque lieu de perdition, me contait sa trahison et l’ampleur de mon infortune.

vendredi 20 janvier 2012

807 avant notre air

Nous grattons la terre et nos poumons reçoivent un air encore plein de tout ce que nous voudrions tant connaître, odeurs, mots, chants. Puis nous expirons, sans avoir rien senti ni entendu.


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