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mercredi 15 octobre 2008

Le domaine d'Azazel

ImageJ'ai découvert récemment Boris Akounine, qui concerne particulièrement mon autre blog Quaternité.
La première édition française de son premier roman, Azazel, a en couverture une illustration que j'ai aussitôt reconnue, empruntée au Voyage au centre de la terre de Verne, source d'une fantastique coïncidence qu'il faudra un peu de patience pour découvrir.
ImageLa maquette de cette première édition française des aventures d'Eraste Fandorine est imitée de la maquette de l'édition originale russe. Le principe paraît être de donner une illustration d'époque, sans plus, car après lecture du roman il me semble que ni la couverture russe, ni la couverture française ne peuvent prétendre illustrer, ne serait-ce que vaguement, un quelconque chapitre du livre.

Voici donc restituéeImage la gravure originale de Riou dans son intégralité, grâce à ce site indispensable donnant toutes les illustrations des Voyages Extraordinaires.
Je suppose que ces illustrations sont désormais dans le domaine public et libres de tout droit, mais je suis indigné de voir cette gravure reprise sans indication ni de son auteur ni de son origine.
Dans son contexte, elle montre le professeur Otto Lidenbrock et son neveu Axel découvrir dans les profondeurs le corps fossilisé d'un "homme du quaternaire".

J'ai déjà eu l'occasion de parlerImage du Domaine d'Ana, roman de Jean Lahougue (1998) paraphrasant dans le domaine du langage le Voyage au centre de la terre.
Non content de reprendre le style, les personnages et les grands traits de l'intrigue de Verne, Lahougue a parodié les illustrations du roman, ainsi l'illustration ouvrant le Domaine semble particulièrement inspiréeImage par la gravure de Riou en question. Selon les contraintes graphiques définies par Lahougue, cette illustration est reprise à petite échelle dans chacune des 15 autres illustrations du livre, et ces 15 illustrations mises côte-à-côte forment un carré lui-même anamorphose de l'illustration initiale.

L'incipit (la première phrase) du Voyage au centre..., qu'on trouve in extenso ici, est :
Le 24 mai 1863, un dimanche, mon oncle, le professeur Lidenbrock, revint précipitamment vers sa petite maison située au numéro 19 de Königstrasse, l'une des plus anciennes rues du vieux quartier de Hambourg.

L'incipit du Domaine d'Ana, in extenso ici, est :
Le 23 mai 1991, un samedi, mon oncle, le professeur Brideuil, qui d'ordinaire s'endormait insensiblement dès les premières pages de notre lecture vespérale, perdit pied moins vite que les autres soirs.

L'incipit d'Azazel, in extenso ici, est :
Le lundi 13 mai 1876, vers trois heures de l'après-midi, (...)

Lahougue a calqué son incipit sur celui de Verne. Il a choisi de débuter son récit le 23 mai (d'une année palindrome) parce que 23 est le numéro du chapitre central du Voyage... et la somme de 8 et 15, les nombres structurant son livre en 15 chapitres dont le médian est le 8e. Le 24 mai de Verne étant un dimanche, Lahougue a décrété que son 23 mai serait un samedi, alors que c'était en 1991 un jeudi.

Akounine n'avait aucune raison de se référer à Verne en commençant son récit le 13 mai julien, soit le 25 mai de notre calendrier grégorien (la correspondance entre les deux calendriers est ensuite donnée lorsque son héros s'en va à Londres), puisque son roman n'avait originellement aucun rapport avec le Voyage au centre..., ce rapport étant apparu avec la couverture de l'édition française.
Alors qu'il semble avoir étudié soigneusement les calendriers des années où se déroulent ses romans ultérieurs, Akounine s'est planté ici car le 13-25 mai était un jeudi en 1876.
Azazel est paru en Russie en 1998, la même année que Le domaine d'Ana, ainsi la même année a vu paraître deux livres reliés au Voyage au centre... de Verne, lequel débute un dimanche 24 mai, et ces deux livres débutent un samedi 23 mai et un lundi 25 mai, alors qu'il s'agit d'erreurs dans les années concernées !
L'édition originale illustrée du Voyage au centre..., offrant donc pour la première fois les illustrations de Riou, est datée du 13 mai 1867 !

Voilà donc pour ce qui concernait la coïncidence entre les 3 livres.
Un nouveau parcours du Voyage au centre... m'a permis de relier ce billet au précédent de ce blog, et à Quaternité, née justement après ce billet sur le mandala, caractérisé par l'île ronde Théra, dont l'ancien nom est Strongyle.
Les explorateurs reviennent à la surface du globe à la faveur d'une éruption du Stromboli, à 1200 lieues de l'Islande où ils avaient entamé leur périple. Or l'île Stromboli, rappelle Verne, c'est
l'ancienne Strongyle, où Eole tenait à la chaîne les vents et les tempêtes.

Il y a ainsi Imagedeux antiques Strongyle, l'une rebaptisée Théra, ayant perdu sa rondeur après le cataclysme, et Stromboli, dont le nom s'est déformé au cours des âges. Des abîmes encore plus vertigineux que les cavernes de Jules s'ouvrent encore, car :
- je donnais dans le billet précédent les anagrammes THERA-HEART-EARTH, or on arrive ici à l'autre Strongyle après un voyage au "coeur", HEART, de la "terre", EARTH.
- cette autre Strongyle est selon la mythologie le coeur d'un modèle "crucial" de quaternité, les 4 vents, équivalents dans maintes traditions aux 4 directions.
- je reliais dans divers billets les mots Ana et Anar, or cette page indique que Tolkien aurait désigné dans son Seigneur des Anneaux le Stromboli par l'expression Emyn Anar (qui signifierait "montagne du destin").

mardi 9 septembre 2008

sur la route du mandala

Sinoué
J'ai lu le 31/8 Des jours et des nuits de Gilbert Sinoué (2001), basé sur inconscient collectif et synchronicité jungiens.
Succinctement : 1930, en Argentine, Ricardo rêve d'une femme qu'il baptise Sara, avec laquelle il aurait dans deux existences antérieures connu un merveilleux amour interrompu par une catastrophe. Une analyste jungienne identifie dans ses rêves des contenus mythiques qu'en principe il ne pouvait connaître.
Admettant après maintes hésitations rationelles la réalité actuelle d'une nouvelle incarnation de "Sara" dans une des Cyclades, il annule ses fiançailles et se rend en Grèce.
Tout ce qu'il sait de l'île ravagée vue dans ses rêves est qu'elle est "ronde", et il y a plus de 2000 îles... Un érudit se souvient qu'un nom ancien de Théra, dévastée par un cataclysme antique, est Strongylé (La Ronde), Ricardo s'y rend, s'y reconnaît, et les renseignements acquis sur place l'envoient en Crète, où il trouve l'objet de sa quête, l'archéologue Dora. Celle-ci est troubléeImage par son histoire, et bascule lorsqu'il lui révèle un détail à propos du disque de Phaistos, non encore publié.
Grand amour... Avant de s'installer définitivement en Crète avec Dora, Ricardo va avec elle à Théra, où en visitant les ruines reconnues par Ricardo ils trébuchent sur un morceau de bois, les restes d'une poupée que Dora sait être celle que lui a sculptée son père dans sa vie antérieure.
Puis ils prennent le paquebot Doria pour que Ricardo lui montre son pays, mais le navire heurte une mine oubliée, pas de survivants au naufrage.

Halter
Le spécialiste français de l'énigme en chambre close, Paul Halter, a écrit 3 dichronies imitées de son maître ès polar JD Carr, en situant dans la civilisation minoenne chaque récit parallèle à la fiction actuelle.
Dans Le géant de pierre (1998), Patrick rencontre une étrange jeune fille qui a des réminiscences dans un état second d'une vie antérieure sur une île "ronde", ravagée par un cataclysme, qu'il identifie ensuite à Strongylé-Théra. Le "géant de pierre" est un disque de terre cuite, symbolisant pour les habitants de Théra son volcan :
C'est notre île, Imageelle est ronde comme ce disque et possède une montagne, pas tout à fait au milieu... C'est elle le Géant de pierre.

plus loin :
Le début du texte, qui s'ouvrait avec "J'aime mon île, c'est la plus belle, elle est ronde comme le soleil...", n'évoquait que trop clairement les anciens noms grecs donnés à Théra, respectivement Kalliste et Strongyllé.

A Théra, sur un chantier de fouilles, Hélène se dirige sans hésitation vers un coffre contenant les tessons du Géant de pierre...
Toute l'affaire était une machination d'Hélène, qui avait ses raisons de se venger de Patrick. Ils meurent tous deux dans une grotte sous-marine où elle l'a attiré.

Le Chemin de la lumière (2000) est moins rationnel. Michel a soumis sa candidature pour un chantier archéologique en Crète, qu'il a eu la surprise de voir acceptée. Dans l'avion qui l'emmène, les mots chemin de la lumière s'inscrivent en lettres dorées dans son esprit, sans qu'il s'explique exactement pourquoi.
Puis il pense à son amour d'adolescent pour Andrée, les hasards de la vie les ayant séparés 4 ans plus tôt. Ni l'un ni l'autre n'avaient alors de rapport avec l'archéologie.
A l'arrivée en Crète, c'est Andrée qui l'attend ! et qui lui parle d'un disque de cornaline récemment découvert par son équipe, qu'Andrée elle-même a nommé chemin de la lumière, précisément...
Ils renouent, non sans problème puisque Andrée est fiancée à l'archéologue en chef, alors parti faire un tour à Théra... Le Chemin Imageserait un objet magique, réplique miniature du Kernos à 34 cupules de Milia ci-contre, qu'Andrée expérimente sur un lieu sacré minoen, au-dessus de la mer. Elle disparaît de ce monde, tandis qu'une Andrea surgit mystérieusement 3500 ans plus tôt chez les Crètois, qui s'apprêtaient à lever une expédition vers l'Egypte, justement pour aller y chercher le Chemin... Les circonstances miraculeuses de l'irruption d'Andrea la font choisir parmi les dix élus, et le voyage en Egypte sera un remake de 10 petits Nègres, l'un des 10 éliminant un à un les petits Crètois (Sinoué a écrit en 2003 sa propre parodie métaphysique de 10 petits Nègres, Les silences de Dieu).
Parallèlement à cette épopée antique Michel continue dans le présent son enquête et retrouve Andrée, fortement diminuée, qui n'a que de brefs instants de conscience, perdue dans des rêves extraordinaires en Egypte antique... Andrée persuade Michel d'utiliser avec elle le Chemin, ils sautent ensemble dans l'abîme au-dessus de la mer... Dans l'autre récit, un être se matérialise au moment où l'assassin caché parmi les 10 allait assassiner sa 9e victime, Andrea...

Quelques mots du Crime de Dédale (1997), la première Imagedichronie de Halter. En 1937, on découvre en Crète une tablette d'argile avec des dessins rappelant les pictogrammes du disque de Phaistos. A côté de la tablette, deux jarres scellées contiennent des rouleaux de peau manuscrits, c'est le récit par le roi Minos lui-même de la construction du labyrinthe de Dédale, qui permettra de déchiffrer les signes de la tablette.
Dans Des jours et des nuits Image, Dora montre à Ricardo le disque de Phaistos (ci-contre son autre face), ce qui provoque en lui une transe au cours de laquelle il répète un mot dont il ne connaît pas le sens, pithos. Or on vient (dans le roman) de découvrir en Lycie une jarre, pithos, sur le flanc de laquelle est gravé le signe 24 du disque, dit de la hutte rupestre (aujourd'hui ruche).

Mandala
Sans avoir besoin d'interroger Sinoué, Le chemin de la lumière me semble paru trop peu de temps avant Des jours et des nuits pour avoir pu l'influencer. Il est particulièrement curieux que ce dernier roman donne lui-même des exemples de coïncidences réelles, tirés de l'oeuvre de Jung.
Sans doute peut-on atténuer l'impact des ressemblances entre les romans de Halter et de Sinoué en les versant au compte de la communauté d'intention. Lorsque deux auteurs traitent d'un même sujet, avec probablement les mêmes sources, il est plutôt normal qu'ils en exploitent les aspects les plus romanesques, mais ceci ne peut expliquer certaines coïncidences extrêmement précises, comme le gars qui va en Crète et qui y rencontre la fille de ses rêves, archéologue dans les deux cas !
Si Théra est le second haut-lieu de la civilisation minoenne, il n'était pas obligatoire que les deux intrigues utilisent l'énigme de l'"île ronde", et je constate une nette surabondance d'objets ronds, notamment les deux disques imaginés par Halter, donnant leurs noms à deux de ses romans.
Ces disques talismaniques sont des mandalas, Imagemot clé dans l'oeuvre de Jung. Le mandala, "cercle" en sanskrit, peut désigner toute construction géométrique centrée, qu'elle soit ou non conçue comme représentation de l'univers.
Jung indique que toutes ses expériences l'ont mené au mandala, qu'il voit essentiellement comme une quaternité, l'unité du quaternaire, la possibilité d'accéder au centre, au Soi, lorsqu'on est parvenu à faire coïncider les contraires:
Je savais que j'avais atteint, avec le mandala, l'expression du Soi, la découverte ultime à laquelle il me serait donné de parvenir.
Ci-dessus un mandala peint par Jung à la suite d'un rêve de 1927, qu'il a intitulé La fenêtre sur l'éternité...
Cet autre mandala peint par Jung en 1928 a une histoire :
L'année d'après, je peignisImage une seconde image, également un mandala, qui représente au centre un château en or. Lorsqu'il fut terminé, je me demandai : "Pourquoi cela est-il si chinois d'allure ?" Ce fut une étrange coïncidence de recevoir peu après une lettre de Richard Wilhelm : il m'envoyait le manuscrit d'un traité alchimique chinois taoïste dont il me priait de faire un commentaire. Je dévorai aussitôt le manuscrit, car ce texte m'apportait une confirmation insoupçonnée en ce qui concerne le mandala et la déambulation autour du centre.

Ainsi cet exemple de synchronicité touche-t-il le mandala, et une bonne part des coïncidences entre Sinoué et Halter le font-elles intervenir également. Troublant.

Je relève une coïncidence extérieure unissant deux des romans, où l'aimée Andrée-Andrea ou Sara-Dora meurt en mer avec son aimé : la dernière grande catastrophe maritime transatlantique est le naufrage de l'Andrea Doria le 25 juillet 1956 (c'est le Doria qui tue Dora chez Sinoué, ce que l'analyste apprend en Argentine par El Diario !) L'anecdote marquante de ce naufrage réel est la présence à bord de l'actrice Ruth Roman et de son garçon de 4 ans, séparés pendant le sauvetage, si bien que l'actrice a été plusieurs heures ignorante du sort de son fils, rôle qu'elle avait joué dans Three Secrets de Robert Wise (1950), avec son garçon de 5 ans passager d'un avion écrasé...
Réalité dépassant Roman... je la connais pour son rôle dans Strangers on a train, dont le titre français L'inconnu du Nord-Express m'a interpellé face à celui de My official wife (1891), L'inconnue du Nord-Express., avec de multiples rebondissements...

Carl de 4 à 5
J'ai appris le 4 septembre que Ruth Roman est morte le 9/9/99, une date qui m'est doublement évocatrice, ce qui m'a conduit à débuter ce billet ce 9/9, 9 ans jour pour jour plus tard. C'est d'abord la date où j'ai achevé le premier jet de Sous les pans du bizarre (qui était le centenaire du verdict du procès de Rennes où Dreyfus a incroyablement été à nouveau jugé coupable).
Ensuite une autre date du siècle dernier, pareillement redondante, me fascine, le 4/4/44 que Jung indique dans Ma Vie être celle où, conformément aux visions qu'il avait eues dans l'état comateux ayant suivi son infarctus, il est revenu dans le monde des vivants, tandis que ce même jour, le médecin qui l'avait soigné était alité et ne se relèverait plus.
Hier 8 septembre j'ai eu au réveil une intuition qui s'est vérifiée, mais il s'agit d'un résultat si important que je l'expose en détail ici. Jung est le chantre du mandala, de la quaternité, de la quintessence, ce qui se traduit linéairement par le motif 4-1, or les 4/5es de sa vie sont tombés exactement le 4/4/44 à midi, au centre du jour idéalement quaternaire où il aurait pu mourir mais où sa destinée a été en quelque sorte échangée contre celle de son médecin, lui accordant une tranche de vie supplémentaire dans le "système des caissettes"Image (ses visions lui ont montré ce monde limité à trois dimensions, où chaque personne occupe un volume rigoureusement délimité par cette contrainte spatiale, alors que l'autre monde ignore cette rigidité).
Ci-contre l'une des faces de la pierre que Jung a lui-même gravée pour fêter ses 75 ans, en 1950. On y voit Télesphore, dieu de la guérison, figure essentielle pour Jung, au centre d'un cercle divisé en 4 parties, lui-même inscrit dans un carré.

La requête Google 'mandala jung' me fournit parmi les premières réponses un post récent sur le blog Mandala, cette unique citation de Jung :
Ce qu’on appelle la vie n’est qu’un bref épisode entre deux grands mystères, qui n’en font en fait qu’un seul.

Et le mystère de la vie de Jung en quatre plus un, pourrait-il être aussi lié à ce grand mystère ?

POSER en REPOS
L'édition originale de ImageDes jours et des nuits a pour illustration de couverture une photo d'Emmanuel Sougez, Repos. Puisque la rotondité est le mot clé de ce billet, je me permets d'isoler ce détail de la photo, aux courbes particulièrement harmonieuses, en indiquant qu'il s'agit de la raison pour laquelle l'un des libellés de ce billet est anagramme.
A propos, je remarque que THERA se prononce comme Terra, EARTH en anglais, également anagramme de HEART, "coeur", ce qui me fait proposer :
Théra est blanche comme un coeur
paraphrase d'Eluard auteur du poème d'où sont extraits les mots des jours et des nuits.
Sur un blog consacré au roman et à son adaptation, l'auteur a réagi ainsi:
Bizarrement aussi, c'est peut-être mon livre le plus proche de mon coeur. La vie est curieuse...
Gilbert Sinoué

Théra-pi, phi raté
Jung est natif du 26 juillet, la Sainte Anne, ou Santa Ana qui est pour moi la Sainte Chronicité d'Etienne Perrot, patronne des coincoins.
Il ne manque plus que le nombre d'or dans l'affaire, or j'ai jadis été interpellé par les 55 chapitres du Chemin de la lumière, lequel est un disque dont le pourtour compte 34 cupules, d'autant que Michel retrouve la trace d'Andrée au monastère de Chryssoskalitissa, dont une légende assure qu'une de ses 90 marches serait en or pur, mais visible seulement par qui n'aurait jamais péché...
Il y aurait donc 89 marches de pierre, et 1 d'or, deux nombres de ImageFibonacci, comme 34 et 55. Andrée voit la cupule spéciale parmi les 34 cupules du Chemin de la lumière correspondre au soleil... Cet autre soleil compte 34 spirales en sens inverse des aiguilles de la montre, parmi lesquelles une semble avoir attiré cette abeille...
En fait Halter n'a inventé ni les 34 cupules du Kernos (de Milia), ni la légende du monastère de la Marche d'Or, et je pense après relecture attentive que ses 55 chapitres sont une nouvelle coïncidence, qui offre de plus un curieux écho avec le 44 rencontré aux 4/5es de la vie de Jung, découverte que je n'aurais probablement pas faite sans mon étude sur Halter et Sinoué.
Par contre ce dernier a effectivement écrit peu après un polar où le nombre d'or est explicitement au premier plan, Les Silences de Dieu (2003), dont je signalais plus haut qu'il parodie Dix petits Nègres, comme Le Chemin de la lumière.

dimanche 10 août 2008

surimpressions hébraïques

aux Hannah-Anne-Ana-Annick-Anaïs etc.

Un autre message que j'ai mis beaucoup de temps à terminer, car il nécessitait la publication préalable de celui sur The Fountain.

Dimanche 10 août. Je suis en train de rédiger une page sur les 620 lettres du Décalogue, en relation avec mon billet du 26 juillet et la chambre 620 dans The fountain.
Je pense tout à coup que j'ai un livre, Les dix commandements précisément, où Maurice Grinberg donne le texte sous différentes formes, notamment dans sa traduction araméenne du Targum d'Onqelos. J'ai envie de l'étudier, sors le livre, et m'aperçois que le premier mot du texte araméen est ANA (pour anokhi en hébreu, "je"),Image ce qui me ravit rapport aux ANA et SANTA ANA rencontrés récemment. Ci-contre le premier verset du Décalogue araméen, qui se lit Ana adonaï elahaka di afeterak mehareaa demitseraïm mibeit avedouta.
Je n'ai pas minuté cette découverte, qui a dû survenir vers 9:30, toujours est-il que vers 9:50 j'ai regardé mes mèls, et que j'en avais un de mon amie Anna, envoyé à 9:39, qui me signalait l'émission sur l'Aleph de Josy Eisenberg à la TV.
Ce n'était pas tout à fait fini. C'était une rediffusion d'une émission vue jadis, avec Adin Steinsaltz. J'ai d'emblée Imagerepéré le Keter Tora sur le mur derrière la tête du rabbin, le dessin des deux tables de la Loi avec les premiers mots de chacun des commandements, commençant Imagepar anokhi, le mot que je découvrais traduit par ana quelques minutes plus tôt.
Je savais qu'une émission sur l'Aleph ne pouvait manquer de signaler le midrash des lettres de Rabbi Akiba, où les lettres défilent à l'envers devant Dieu, pour solliciter l'honneur de débuter la Tora. Les 20 premières (ou dernières) sont écartées pour divers motifs, et Dieu agrée enfin le Bet. C'est alors que le pauvre Aleph se présente timidement, "Et moi alors ?", et que Dieu lui dit "Toi, tu auras l'honneur de commencer mes Dix Paroles".
Je comptais demander à Anna s'il en avait bien été question, mais ceci avait été gardé pour la fin, Imageet j'ai eu la chance de pouvoir capturer cette image, où le texte des Dix Paroles apparaît en surimpression, par-dessus le rabbin et le mur derrière où il y a toujours la première Table et le mot anokhi.
ImageMieux, le début du Décalogue apparaît au centre du passage biblique affiché, et le mot anokhi semble sortir de la bouche (ou de la barbe) du rabbin.

Cette surimpression me rappelle mon dernier billet, Surimpressions d'Afrique, publié le 28 juillet. J'avais alors voulu faire partager immédiatement mon enthousiasme après la découverte de ces images cachées, alors que je comptais faire suivre mon billet du 20 juillet par un billet sur The fountain, où la couronne Keter = 620 intervenait aussi; je n'y étais pas encore prêt, aussi j'ai débuté un brouillon le 26, laissé en attente (la date de publication d'un billet sur Blogger est celle où a été débuté son brouillon).

Je n'ai donc pas choisi la date du 26 juillet pour elle-même, or je m'avise que c'est la Sainte-Anne, et que j'ai donc débuté ce message où il était question du Décalogue débutant par ana en araméen le jour de la Santa-Ana.
Bien plus tard, en octobre, un hasard me fera tomber sur le quotidien La Provence de ce samedi 26 juillet, où il y avait précisément un entrefilet en provençal sur la Santa-Ana.
Il s'agit d'une chronique hebdomadaire, ne paraissant donc que le samedi. Elle ne concerne le saint du jour qu'une fois sur quatre environ.

Il se trouve que j'ai quelque chose en train avec Sainte-Anne-Ana, et que ça concerne le Décalogue, la Genèse, l'arche...
Au plus bref, on sait que je me suis intéressé au Clos Ana, prétendu centre du monde localisé par un ésotériste illuminé dans un coin de montagne de ma région, esquinté par de vaines fougues excavatrices...
Ce bavard impénitent a vu d'autres trésors ésotériques cachés dans le Haut-Var, ainsi a-t-il effleuré une piste continuée par Guy Tarade : la chapelle Ste-Philomène de ImageComps-sur-Artuby contiendrait le secret recherché par IndiANA Jones, l'emplacement de l'arche perdue...
A moins que les éléments que Tarade garde pour lui soient décisifs, les arguments avancés me semblent un peu naïfs. La chapelle a une décoration récente, du 19e siècle, et Tarade s'étonne de ne pas voir les Tables de la Loi dans cette Arche ouverte.
ImageIl en trouve une entre les mains de cette Sainte Anne, qu'elle montrerait à sa fille Marie. Or c'est une représentation tout à fait classique d'Anne, enseignant les Saintes Ecritures à Marie.
Si le support est le plus souvent un livre, parfois écrit en français comme ci-dessous dans la cathédrale de Coutances (on y lit : Le trôneImage du Seigneur est au plus haut des Cieux), certains artistes ont eu à coeur de proposer une vision plus historique, avec des textes en grec ou hébreu, sur parchemin ou sur rouleau, comme la Tora. La tablette ci-dessus me semble procéder du même esprit, et ce n'est pas le Décalogue qui y est écrit, mais les deux premiers versets de Berechit, le livre de la Genèse, début de la Tora.

Ceci éveille des échos avec mes recherches récentes sur 813, qui serait selon cette page, le nombre structurant le premier jour de la création...
Voici les 4 premiers versets de la Genèse (traduction Louis Segond):

1 Au commencement Dieu créa le ciel et la terre.
2 La terre était informe et vide; il y avait des ténèbres à la surface de l'abîme, et l'esprit de Dieu se mouvait au-dessus des eaux.
3 Dieu dit: Que la lumière soit! Et la lumière fut.
4 Dieu vit que la lumière était bonne; et Dieu sépara la lumière d'avec les ténèbres.

En hébreu, la valeur du premier verset et du début du second (en gras) est de 4878, soit 6 fois 813.
La valeur du 3e verset est 813.
La valeur de la fin du 4e verset est encore 813.

Je laisse à l'auteur du site, chrétien convaincu, la responsabilité de ses interprétations, mais j'ai vérifié ces relations qui sont effectives, et la première d'entre elles offre une curiosité que je n'aurais vraisemblablement jamais remarquée sans les allégations de Guy Tarade.
La Image tablette tenue par Sainte Anne porte donc le titre du premier livre de la Tora, Berechit, puis son premier verset et les 7 premiers mots de son second verset.
Il n'y manque que le 8e mot, tehom, "abîme", pour avoir les 15 mots de valeur 6 x 813, or ce mot tehom a pour valeur 451...
Je rappelle ce sur quoi j'ai déjà lourdement insisté, par exemple ici, parce que c'est tout de même énorme : Truffaut, selon ses propres dires, aurait composé pour pouvoir acquérir les droits de Une belle fille comme moi l'unique tiercé de sa vie, 8-1-3, pour voir gagner le 4-5-1, alors qu'il avait fait dire à Julie Christie en 1966 "451, pourquoi pas 813 ?"
Et voici donc qu'il manque un "451" dans les mains de Sainte Anne pour obtenir le "813" (x 6) récurrent dans ces premiers versets, alors que j'envisageais il y a peu de renommer le facteur synchronistique Sainte Anne, ou Santa Ana.
Et cette Anne est dans le Verdon, alors qu'une Anna Verdon joue un rôle dans cette ahurissante série de coïncidences.
Etrange circularité, d'autant que Truffaut a donné son premier rôle a une Anne dans Une belle fille comme moi, Anne Kreis (Kreis, "cercle" allemand) qui interprète la secrétaire Hélène, Mae Hytte dans le roman, parfois dite "MH" (les lettres de rangs 13-8).

Je finis cette page le 21 juillet 09, près d'un an après l'avoir commencée, et il est fort possible que j'aie oublié des développements envisagés alors. J'envisageais notamment de commenter la date hébraïque correspondant à la rediffusion de l'émission évoquant les Tables, le 10 août 2008 qui était un 9 av, date funeste dans la tradition juive assignée à plusieurs événements tragiques, notamment l'histoire du Veau d'or et du bris des premières Tables.

vendredi 4 juillet 2008

Jonas, story of a fallen King

J'ai trouvé le 1er juin un Laurie King d'occasion, Hantises, dont je n'avais pas repéré la parution en 2003, chez Ramsay, alors que son premier éditeur était Albin Michel.
J'apprécie les romans de Laurie King, pour leur qualité psychologique, et aussi parce que son premier roman était si riche en coïncidences que j'avais pensé que Laurie King ("laurier roi") était un nom calqué sur celui de mon auteur favori, Ellery Queen ("aulne reine").

Dans Un talent mortel (1996 en France), la peintre Vonnie Adams est assassinée dans une petite communauté en dehors du monde, un de ses tableaux représentant son cousin en train de scier du bois est mentionné.
Dans Le village de verre (1954), d'Ellery Queen, la peintre Fanny Adams est assassinée dans une petite communauté en dehors du monde, un de ses tableaux montrant un tas de bûches constitue l'indice désignant le coupable, son neveu.
J'ai alors écrit à Laurie King, qui m'a gentiment répondu qu'elle s'appelait bien ainsi, et qu'elle n'avait jamais lu d'Ellery Queen...

Depuis, j'essaie de lire tous les Laurie King traduits en français, avec parfois du retard puisque Hantises (A Darker Place) date en VO de 1999.
C'est un roman à part, inaugurant une nouvelle héroïne, Anne Waverly, professeur de théologie, travaillant occasionnellement pour le FBI en infiltrant des sectes suspectées d'activités dangereuses.
Anne est donc devenue Ana Wakefield pour entrer dans la secte Change, et sa couverture est si bonne qu'elle devient Ana dans la narration, ce qui ne peut que me séduire puisque "ANA" est pour moi un mot clé, notamment à cause du Domaine d'Ana de ImageLahougue, et des multiples coïncidences en rapport avec ce roman, essentiellement sur les noms Ana, Théo et Jonas des personnages ajoutés par Lahougue à l'intrigue originale du Voyage au centre de la terre. J'ai évoqué ici ma sidération en voyant les noms des deux principaux personnages du roman de Verne, Otto et Axel, être devenus Theo(dore) et Jonas dans une adaptation TV.

Ana est prof de théo..., c'est un peu léger, d'accord, mais quel va être le personnage satanique auquel elle va être confrontée ? Jonas !
Il s'agit de Jonas Seraph, le leader de la branche anglaise de la secte, là où il se passe les choses les plus suspectes, là où Ana se fait transférer après avoir réussi son entrée dans la branche américaine.
Après quelques jours dans la secte, elle rencontre Jonas, qui lui évoque aussitôt un ours:
ImageAprès cette page 302 de la rencontre, la comparaison ursine apparaît plusieurs fois, or Jonas est la forme grécisée de l'hébreu iona, "colombe", et je me suis intéressé ici à l'omniprésence des ours dans le voisinage des saints colombins, notamment saint Colomba d'Iona, évangélisateur de l'Ecosse. J'y remarquais que le nom hébreu de l'ours, dov, est homophone de la colombe anglaise, dove.
Il se trouve qu'il y a aussi un Dov dans cette histoire ! C'est certes un personnage de modeste importance, Dov Levinski, professeur dans la branche américaine de la secte, dont le prénom est mentionné une dizaine de fois, qui prononce quatre phrases entre les pages 176-181 pour ensuite disparaître totalement, après ces derniers mots:
Au milieu de la visite, Ana se glissa jusqu'à Dov:
– Surveillez les gosses sans moi pendant un moment, il faut que j'aille aux toilettes.
– Ça ne peut pas attendre cinq minutes ? répondit Dov agacé.
– Ce n'est pas pour faire pipi, chuchota-t-elle gaiement. A l'approche de la ménopause, on a des pertes importantes aux moments les plus inattendus.
Dov devint écarlate et s'éloigna d'elle comme si elle avait la peste. Ana fila à grandes enjambées vers les toilettes pour dames.
(Il s'agit d'un subterfuge, permettant à Ana de contacter un agent du FBI.)
Je ne crois pas qu'il y ait plus d'une trentaine de personnages dans ce roman, et parmi eux donc Jonas et Dov, la colombe et l'ours hébraïques.

Il y a aussi un Jason, bien plus important. C'est un adolescent extrêmement prometteur dont les dirigeants de la secte ont perçu les potentialités.
C'est de fait le 3e personnage important du roman. Jonas est engagé dans une entreprise suicidaire, la transformation alchimique de son corps, folie qu'il entend partager avec quelqu'un, Jason ou Ana. Ana parvient à sauver Jason, et sort grièvement blessée d'un duel à mort avec Jonas.
Jonas a fait remarquer à Jason que leurs prénoms sont composés des mêmes lettres, dans un ordre différent (le mot anagramme n'est pas mentionné). Ceci a une signification implicite évidente, puisque Jason conquérant de la Toison d'or est emblématique pour les alchimistes, mais je vois d'autres possibilités.
Ainsi divers auteurs ontImage soulevé l'idée que le livre biblique de Jonas ait été en partie inspiré par le mythe de Jason, pour d'autres raisons que l'anagramme qui ne s'est révélée que plus tard. Ci-contre une coupe grecque montrant Jason avalé par un monstre, comme plus tard Jonas par la baleine. Il est frappant que le nom grec Jason soit lui-même anagramme de celui-de son père, le roi Eson (Ἰάσων et Αἰσων en grec, soit IASON et AISON). Le jeune Jason de King, n'ayant pas de père, est particulièrement disposé à subir l'influence d'un adulte comme Jonas.

Jonas Fairweather a choisi de devenir Jonas Seraph. S'interrogeant sur les raisonsImage de ce changement, Ana (alors encore Anne Waverly) note sur son carnet les différentes acceptions de la racine hébraïque saraph (ou tsaraf, selon les tranlittérations).
Comme d'autres documents donnés en tête de chapitres, celui-ci n'est pas traduit, et le contenu du chapitre ne rend pas compte de toutes les pistes envisagées.
Ni de celles qui ne l'ont pas été, ainsi, si le sens qui s'imposera de seraph-tsaraf est celui de "purifier par le feu", Anne ne semble pas connaître un terme kabbalistique dérivé, le tserouf, qui désigne précisément l'anagramme.
C'est plus exactement une technique de permutation généralisée des lettres, spécialement associée à Abraham Aboulafia, kabbaliste espagnol du 13e siècle, et il est donc amusant de trouver ce Seraph "serouphant" son propre prénom.

A propos de la traduction, je vois page 321 Jonas citer "Arnold de Villanova", qui doit rendre l'anglais Arnold of Villanova, alors que "Arnaud de Villeneuve" serait mieux venu. Je n'accablerai pas ici un traducteur peut-être sous-payé, et je dois à des circonstances exceptionnelles de connaître Arnaud de Villeneuve, nomen mysticum de Rohmer selon le sieur Parvulesco...
Je ne vais pas revenir sur cette affaire, préférant constater que l'alchimiste Villeneuve est un exact contemporain d'Aboulafia, né en 1240. Deux anecdotes les concernant ont de curieux échos.
En 1280, Aboulafia prit le chemin de Rome pour sommer le pape d'améliorer le sort des Juifs. Nicolas III ordonna qu'on le brûlât dès son arrivée, mais ce fut lui qui mourut le jour même où Aboulafia arrivait à Rome...
Condamné pour sorcellerie, Arnaud de Villeneuve fut sauvé du bûcher par le pape Boniface VIII, qu’il avait guéri. Son successeur Clément V malade l'appela pour le soigner, mais Villeneuve mourut en 1317 sur le chemin de Rome...
Puisqu'il est question de tserouf ou d'anagramme, ARNOLD est un prénom de choix pour un LARDON puisqu'il se décline en ROLAND, RONALD, ROLDAN, LORAND, de quoi ravir les amateurs de la sextine inventée par Arnaut Daniel.

J'ai déjà mentionné ici le tserouf et sa racine tsaraf, à propos de Perec, dont le nom d'origine hébraïque a pour racine parats, "briser", exact renversement de tsaraf, "purifier". Or Perec était le champion du palindrome et de l'anagramme.
Ana-Anne signale sur son carnet le nom Tsarfat d'une petite ville entre Tyr et Sidon, mais ne semble pas savoir que c'est aussi le nom de la France dans la tradition juive. Le renversement de tsarfat donne le verbe parats à la seconde personne du singulier : "tu briseras".
J'ai trouvé Hantises le 1er juinImage dernier dans une solderie. Le lendemain, dans une bibliothèque, j'ai consulté le recueil Les dix Paroles (1995), pour son étude finale Lechon Haqodech (La Langue Sainte) de Joseph Elkouby. J'ai pris un cliché de ce tableau montrant les sens apparentés de 20 verbes trilittères débutant tous par les lettres PR. Je n'avais pas encore étudié le tableau de Laurie King où, pour transcrire le nom Seraph, 4 lettres hébraïques sont envisagées pour l'initiale S (samek-sadeh-sin-shin), les deux autres lettres RP ne permettant aucune équivoque. Les 4 inversions correspondant à ces 4 formes sont présentes dans le tableau d'Elqouby.

Le titre de ce billet fait référence au livre de Michel Pastoureau qui avait motivé mon billet ours-colombes, L'ours, histoire d'un roi déchu, en pensant aussi au père de Jason, également roi déchu, mais en ne souhaitant pas la chute de Laurie King...

mardi 1 avril 2008

à contre-courant

J'ai conté comment le mot "ana" m'a conduit à la cote ANA de ma médiathèque, à lire le roman du turc Ihsan Oktay Anar, à en chercher des commentaires sur la toile, et à ne trouver qu'un douteux écho au Canada, puisque Antoine Tanguay, l'auteur de la chronique Détours et sens uniques, ne semblait pas avoir lu le roman... Cette chronique m'avait néanmoins intéressé, et à mon prochain passage à la médiathèque j'ai cherché les livres qu'elle citait.
Rien de Nicolas Bonnal, mais un Percy Kemp, non Moore le Maure de 2001 cité dans la chronique, mais Le Muezzin de Kit Kat (2004).
Intrigue originale : le muezzin de la mosquée de l'île de Zamalek, au coeur du Caire, appelle tous les croyants monothéistes à une marche vers Jérusalem, ce qui inquiète fort les barbouzes de tout poil, surtout lorsque les problèmes d'intendance de l'entreprise se trouvent résolus grâce à la décision de l'Arabie Saoudite d'accorder aux pèlerins le dixième de ses revenus pétroliers. C'est l'occasion page 224 d'une première curiosité:

Image Ce 10e des revenus pétroliers représente 666 millions de dollars par mois, or j'avais été surpris par le nombre diabolique 666 mentionné dans la chronique de Tanguay, citant son 2e auteur étudié, Nicolas Bonnal, alors qu'il apparaissait dans le roman d'Anar un curieux code de 666 chiffres... Et voici un autre 666 chez le 3e et dernier auteur étudié dans la chronique, mais pas pour le titre cité, et pour cause puisque le Muezzin n'était pas encore paru.
Cette double coïncidence est assez difficile à évaluer, sans enquête approfondie. Je remarque que l'apparition de 666 chez Kemp est curieuse, résultant d'une démarche inverse de celle présentée. Il est en effet clair que les calculs sont basés sur les 8 milliards par an donnés en dernier; par mois, 8 milliards divisé par 12 donne effectivement 666 millions, en arrondissant; enfin 666 divisé par 30 donne 22, toujours en arrondissant.

Et alors? Le roman de Kemp est divisé en 3 parties de respectivement 12, 9, et 14 chapitres (numérotés de 1 à 35, non titrés), or 12-9-14 correspondent dans l'alphabet aux rangs des lettres L-I-N, soit NIL à l'envers. Kemp, qui écrit en français, indique en page 43 que pour contrôler l'Egypte il faut contrôler le Nil, et que pour contrôler le Nil il faut contrôler Le Caire. Il semble y avoir un autre degré pour son espion de héros, lequel entend contrôler le Caire à partir de "son île" sur le Nil, qu'il appelle la Forteresse, l'île où le muezzin à la voix d'or menace l'équilibre mondial.
Est-ce intentionnel ? Seul Percy Kemp pourrait répondre, toujours est-il que la lecture à rebours L-I-N se justifierait par l'écriture arabe de droite à gauche, et plus particulièrement par la remontée à contre-courant du Nil par le héros, pour éclaircir les mystères autour de la naissance du muezzin à Assiout.

La forme d'une oeuvre codant l'épellation du nom de son sujet, voilà qui a tout pour me séduire. A ma connaissance, Imagela seule utilisation ouvertement revendiquée de ce procédé est le "portrait onomométrique", imaginé par l'OuPeinPo (Ouvroir de Peinture Potentielle), ci-contre le portrait de Raymond Queneau en coordonnées onomométriques réalisé par Stanley Chapman (également membre de l'OuLiPo).
Il pourrait y avoir des exemples antérieurs, en architecture, avec notamment le fameux cas de la forteresse de Khorsabad, dont selon une inscription d'époque le mur aurait eu une longueur correspondant à la valeur du nom du roi Sargon II; en musique avec par exemple les nombres de mesures ou de notes 21 et 38 qui reviennent avec insistance dans l'oeuvre de Bach.
En littérature, j'ai vu des cas qui ont titillé mon attention, comme les 26 chapitres de "Z" (rien à voir avec le film homonyme, c'est un polar des années 30 de JJ Farjeon), mais je ne connaissais jusqu'ici rien approchant cette possibilité du NIL (je précise bien qu'il faut trouver toutes les lettres d'un mot codées numériquement, sinon les valeurs numériques totales ont été diversement utilisées).

Si je ne sais donc rien des intentions effectives de Percy Kemp, je peux témoigner des curieuses circonstances dans lesquelles j'ai entrevu la possibilité du NIL (voir ici pourquoi ce jeu me séduit, en relation avec le "Z" vu plus haut).
Je rappelle que c'est la lecture de la chronique Détours et sens uniques qui m'a amené à chercher des livres de Kemp à la médiathèque, laquelle n'avait en rayons que Le Système Boone, que j'avais emprunté jadis et peu apprécié, et Le Muezzin de Kit Kat, qui m'a aussitôt inspiré un titre alternatif, La Tactique Kit Kat (taktik dans l'autre sens). Et puis j'ai découvert comme relaté plus haut un 666 dans ce livre, résultant d'opérations présentées à contre-courant (et à compte peu courant puisque je me contenterais bien des $666,666 par mois égarés dans l'approximation des calculs).
Mieux, ces opérations font intervenir implicitement le nombre de jours de l'année, or, si 666 a suscité d'innombrables déferlements exégétiques prétendant expliquer la signification de ce "nombre d'homme" dans l'Apocalypse, un nombre plus universellement offert aux supputations diverses est 365, à l'origine du nom d'un dieu, Abraxas, composé par les gnostiques grecs pour offrir cette valeur mythique. Au panthéon solaire a été inscrit aussi le Nil, car son appellation grecque Neilos (Νειλος) présente également la valeur 365. Une autre expression grecque de valeur 365 souvent citée est hagion onoma (αγιον ονομα), "saint nom", qui décidément ramène à l'onomométrie.

Antoine Tanguay achevait sa chronique Détours et sens uniques sur ces phrases:

Soumis aux diktats d’une société régie par un despotisme absurde, les protagonistes des œuvres évoquées ici cherchent un sens interdit, un sens unique qui leur permettrait, ne serait-ce qu’un instant, de percer la mécanique de l’univers qui les entoure. Il ne reste donc, en dernier recours, qu’à s’abîmer dans le rêve.

Le sens le plus immédiatement interdit est l'envers, le revers, et je rappelle que c'est le mot palindrome ANA qui m'a mené au roman d'Anar. Rêver est encore une activité palindrome, qui s'accommode particulièrement bien du rever(s).
Curieusement encore, cet écrivain turc est prénommé Ihsan, comme son personnage principal Ihsan l'Arabe, le rêveur, l'auteur au 17e siècle d'un Atlas des continents brumeux qui est encore le titre du roman d'Anar..., or le vrai prénom du muezzin de Kit Kat est aussi Ihsan, ce qui se révèlera le ressort principal de l'action.

Je suis retourné à la médiathèque où un autre Kemp était disponible, Et le coucou, dans l'arbre, se rit de l'époux (2005, son dernier roman semble-t-il). J'ai d'abord examiné sa structure, 3 parties de 15 chapitres chacune, ce qui ne ressemble pas à un hasard et pourrait étayer l'hypothèse que la structure de son roman précédent était intentionnelle.
Je connais beaucoup de romans pareillement divisés en parties de même nombre de chapitres, par exemple Les Barricades mystérieuses, de Sébastien Lapaque (1998), divisé en 3 parties de 6 chapitres chacune, pour donner un 6-6-6 clairement assumé.
Il me semble plus immédiat de parler de Only Revolutions, de Danielewski, publié en 2006 mais dont une première version a été proposée à un panel de ses lecteurs en 2005. C'est un romanImage à double lecture et double couverture, de 360 pages de 360 mots chacune, réparti en deux récits (Sam et Hailey) eux-mêmes divisés en 45 sections, lesquelles répètent 3 fois un acrostiche de 15 lettres (Hailey and Sam and... d'une part, Sam and Hailey and... d'autre part).
Ci-contre la première page côté Hailey.
J'avoue avoir été incapable d'accrocher à ce texte, du moins à la version française que j'ai seule eue entre les mains. Une autre de ses particularités est que tous les 'o' du livre sont imprimés en couleur, en vert côté Hailey, en or côté Sam. Je me suis dit que 'o' était la 15e lettre, et que donc 3 'o' donnaient la valeur 45, or il y avait 3 'o' dans le titre.
Si cette remarque peut avoir une certaine pertinence vis-à-vis de Danielewski, elle ne concerne a priori en rien le roman de Kemp où la lettre 'o' n'est en rien distinguée des autres, cependant il y a également 3 'o' dans son titre... Sans doute faudrait-il connaître tous les romans de 3 fois 15 sections ou chapitres parus en 2005-6 pour apprécier la coïncidence, mais je rappelle que c'est l'idée, exprimée dans la chronique de Tanguay, de 666 correspondant à 3 'o' (ou 3 waw hébraïques), qui m'a amené aux romans de Kemp.

L'un des membres de l'Oupeinpo est Olivier O. Olivier, qui signe OOO !

Note ultérieure : j'oubliais que DaNIeLewski est aussi l'auteur de House Of Leaves, dont il code l'acronyme HOL par le numéro 081512 d'un document annexe (08-15-12 rangs des lettres H-O-L, de somme 35 comme NIL).

Queneau, onomométré plus haut, a aussi produit plusieurs romans structurés très rigoureusement, tel son premier, Le Chiendent, divisé en 7 parties de 13 sections chacune. Le beau livre Oupeinpo Du potentiel dans l'artImage (Seuil 2005) donne quelques autres portraits onomométriques, dont celui de cet autre oulipien, Harry Mathews, vu par Thieri Foulc.
Mathews a publié en 1986 Le Verger, suite de Je Me Souviens se rapportant tous à Perec. J'ignore si c'est voulu, mais le nombre de ces Je Me Souviens, non numérotés, est 123, ce qui correspond à la valeur de Georges Perec (76+47).

Si Georges Perec = 123, Kemp = 45, mais je n'ai pas plus vu dans les 45 chapitres de Et le coucou... d'indice soulignant ces possibilités que dans les 123 Je Me Souviens du Verger.

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PS. Les deux seuls portraits onomométriques d'écrivains donnés dans Oupeinpo sont ceux de Queneau et de Mathews, les autres exemples concernant des peintres. Je me suis avisé que les valeurs numériques complètes des deux auteurs donnent le total 333:
RAYMOND QUENEAU HARRY MATHEWS = 90+84+70+89 = 333
Si, comme l'a fait Stanley Chapman, on prend soin d'inscrire deux fois les noms et prénoms traités, on obtient le fatidique 666.
Queneau et Mathews ont un point commun très particulier : ce sont les seuls auteurs qui figurent au Cahier des charges de La Vie mode d'emploi à la fois dans les catégories citations d'auteurs et allusions livresques.
Dans un commentaire quelque peu nébuleux, Perec suggère avoir supprimé le chapitre originellement numéroté 66 de La Vie mode d'emploi parce que 6 est le chiffre du diable. Des éléments de ce chapitre perdu semblent apparaître au chapitre 65 où il est question des Diables de l'Enfer, au nombre de "6 légions comprenant chacune 66 cohortes comprenant chacune 666 compagnies comprenant chacune 6666 Diables."

mercredi 12 mars 2008

code Anar

Le 5/3 dernier, où j'avais Santa Ana de Dick en tête, et où j'ai emprunté à la médiathèque de Digne le n° 408 de La Recherche avec la solution du problème Leroy des aulnes, ainsi que le roman de Brigitte Aubert où figurait l'expression kojh ito anah, j'ai eu l'idée de regarder la cote ANA dans les romans: il n'y avait qu'un titre, Atlas des continents brumeux, premier roman du turc Ihsan Oktay Anar (1995, traduit en français en 2001).

Image J'ai un peu tardé à le lire, d'abord frappé par cette cote R - ANA, lue Rana, la grenouille latine. Dans La Race à venir de Bulwer-Lytton, le mot Ana désignant cette race est dit se prononcer "arna", or selon la mythologie des "arna" ils descendraient des grenouilles.

Le roman se lit bien, malgré un certain foisonnement. J'y ai trouvé un petit écho à mes préoccupations "Ana", mais la principale curiosité retenue est un code utilisant pour clé les 666 premières décimales de Pi, ce qui me rappelle fortement le film Pi d'Aronofsky, tournant autour d'un nombre divin secret composé de 216 chiffres, 216 étant le cube de 6, soit 6.6.6.
La connaissance de ce nombre devient un enfer pour le héros Max Cohen, quiImage se trouve contraint, pour échapper à tous ceux qui veulent la lui extorquer, de s'autolobotomiser. On voit plusieurs séquences de 216 chiffres dans le film, dont celle-ci, copiée peut-être à dessein sur un tract indiquant

86% d'exactitude
(Seul Dieu est Parfait)

Le film contient diverses allusions à la gématrie, technique attribuant des valeurs numériques aux mots hébreux, selon laquelle le mot Dieu, Elohim, a pour valeur 86. Par ailleurs il s'achève sur deux opérations dont Max est incapable de donner le résultat, une multiplication donnant 46665 (avec la séquence 666), et une division donnant 3,14..., l'approximation courante de Pi.
J'avais déjà vu un curieux réseau de coïncidences entre les oeuvres d'Aronofsky, Werber, Danielewski, à propos de ces nombres 666 et 216, et voici que ce cher Anar s'y joindrait, par un nouveau hasard puisqu'il est peu probable qu'Aronofsky ait connu le roman turc de 1995.

Je n'ai trouvé qu'un article en ligne sur le roman d'Anar, ou plutôt sur sa 4e de couverture car rien dans l'article n'indique que son auteur ait ouvert le livre (il ne serait pas le seul critique dans ce cas). Ce canadien utilise la citation de Camus "Ce sont les rêveurs qui changent le monde, les autres n'en ont pas le temps.", figurant sur la 4e de couverture, pour parler d'autres livres sur les mondes virtuels qu'il a l'air de mieux connaître, notamment Internet, où Nicolas Bonnal compare le fameux www (world wide web) au 666 de l'Apocalypse, parce que le waw, à l'origine de notre w, est la 6e lettre de l'alphabet hébreu. Incidemment, cette interprétation a déjà été donnée à propos du 666 original, qui aurait désigné Hérode, dont l'orthographe grecque Hôrôdôs s'écrit exceptionnellement avec 3 omégas, correspondant à 3 waw hébreux.
Quoi qu'il en soit, si j'ai bien raison de supposer que ce critique n'a pas lu l'ami Anar, c'est une belle curiosité de trouver dans cette courte chronique la mention d'un autre 666.

J'ai éprouvé un frisson au début de Atlas des continents brumeux en découvrant qu'une traduction en turc du Discours de la méthode y joue un rôle important. J'avais une bonne chance de trouver un cogito dans cet Anar emprunté en même temps que le kojh ito anah dans le roman exotique d'Aubert... Ce ne fut pas le cas, et la seule allusion à la formule de Descartes est donnée sous la forme "Je pense, donc ils sont", car le roman exploite le thème du monde rêvé par un unique individu réel.

Il y eut toutefois un écho deux jours après ma lecture d'Anar. Feuilletant (par hasard dirai-je) Coïncidences - Hasard ou Destin, livre dont le titre m'horripile (ou face) tant qu'il est caché dans un coin peu accessible, j'y trouve de son coauteur Michel Granger un essai sur la synchronicité où il utilise l'expression "J'y pense, donc ça suit".
Belle expression, et surtout bel écho au kojh ito anah de B. Aubert. Malgré le titre calamiteux le livre recense des tas d'anecdotes intéressantes, quoique souvent invérifiables. Je suis particulièrement frappé par le cas page 34 de Yves Bertin, tiré du Invitation au château de l'étrange, de Claude Seignolle.
Ce Bertin a donc remarqué 3 fois le même jour des voitures immatriculées 3411, son matricule dans la marine. Y voyant un bon augure, il a alors joué le tiercé 3-4-11, qui n'a pas été gagnant, alors que la même page de journal donnait les résultats du tirage de la Loterie Nationale, attribuant 500 F aux billets se terminant par 3411.
Ceci m'a rappelé mes messages de février, sur les nombres fétiches (ou supposés) de Perec et Truffaut, 1143 et 813. Je citais le cas de Truffaut composant en 70 l'unique tiercé de sa vie, 8-1-3, pour voir gagner le 4-5-1, alors qu'il avait fait dire à Julie Christie en 1966 "451, pourquoi pas 813 ?"
On aura remarqué que 3411 constitue le renversement du 1143 de Perec, et, de fait, il est supposé que ces formes étaient équivalentes pour ce champion du palindrome. S'il ne s'est pas exprimé directement sur cette question du 11-43 qui n'a été découverte qu'après sa mort, il a révélé explicitement l'expression de sa date de naissance le 7 mars par les combinaisons 73 et 37.
Bertin est cité pour deux séries de coïncidences, sur 3411 et sur le 17 janvier, date revenant dramatiquement dans sa vie. Certains exégètes de Perec ont proposé de retenir également 17 comme nombre réglant son oeuvre, à cause du 17 janvier 43, jour où sa mère a été raflée, avant d'être envoyée vers Auschwitz le 11 février 43.
Quatre des 17 janvier de Bertin concernent des morts dans son entourage, mais son 17 janvier 66 concerne un événement célèbre: alors que le navire qu'il commandait croisait au large de Palomares, un avion US s'abîma dans la mer avec ses quatre bombes A. C'est en 1966 qu'est sorti Fahrenheit 451 de Truffaut, ainsi que Quel petit vélo à guidon chromé au fond de la cour, le second roman de Perec, où apparaît le 11-43 le plus immédiat de son oeuvre, avec 11 psychocolonels associés à 43 cm de sonde javellisée...
Palomares (écrit Polomares dans ce livre bourré de coquilles) signifie "colombiers" en espagnol, ce qui m'évoque l'affaire ours-colombe, d'autant que les noms Bertin et Aubert contiennent la syllabe ber (Bär = "ours" en allemand, bien qu'il s'agisse ici d'une autre étymologie).
Une autre coquille du livre coécrit par Michel Granger a retenu mon attention. Trois semaines avant l'attentat de l'IRA qui coûta la vie en 79 à Lord Mountbatten, paraissait "une nouvelle écrite par l'Américain Bill Granter, The November Man", où était déjoué un attentat très similaire contre un Lord cousin de la Reine. Il se trouve que j'ai lu ce roman, écrit par Bill Granger, portant donc le même patronyme que Michel Granger. Vérifiant la chose avec la requête "Bill Granger Mountbatten", le premier résultat est un article du Chicago Sun-Times du 11 février 86, évoquant une nouvelle prédiction dans le sixième roman de Granger, à propos de Haïti reconnaissable dans l'île des Caraïbes St-Michel du roman. Et voici Michel chez Granger!, et un autre 11 février, 43 ans après celui de 43.

mercredi 5 mars 2008

Santa Ana

Ce 5 mars, je pensais en me rendant à Digne à rédiger le billet précédent, Ana chronique, et il me traversa l'esprit que PK Dick avait passé la fin de sa vie à Santa Ana, où il était mort dans des circonstances dickiennes, débranché, le 2 mars 82.
Malgré tout le bien que je pense du Domaine d'Ana de Lahougue, au centre du billet précédent, j'ai à chaque fois que je le relis le regret que la seconde partie n'ait pas été écrite avec une parfaite connaissance de l'oeuvre de Dick, le grand spécialiste des mondes virtuels.
J'ai pensé que "Santa Ana" pourrait être une façon de désigner le phénomène des coïncidences en série, apparenté à ce que Jung avait nommé "synchronicité", transformé par son traducteur Etienne Perrot en "Sainte Chronicité"... Dick semble avoir bien connu le phénomène, même si une récente interview, de sa nièce Anne précisément, tend à relativiser certaines déclarations de Dick qui s'amusait à imaginer les anecdotes les plus saugrenues pour nourrir sa légende.
Je n'essaierai pas d'expliquer pourquoi j'ai jadis personnifié en "éon Napol" le phénomène, et citerai cette approche de Hans Bellmer, à laquelle j'adhère mot pour mot :
Un "génie" ardemment appliqué derrière le "moi" semble ajouter beaucoup du sien afin que "je" perçoive et imagine. Un génie irrespectueux sans doute, pour qui la logique d'identité, la séparation du corps d'avec l'esprit ou les balivernes du "bien" et du "mal" sont tout au plus matière à plaisanteries et qui ne chante de tout cœur que la gloire de l'improbable, de l'erreur et du hasard. (Petite anatomie de l'image)
Bref, après ces quelques réflexions intimes sur Dick et Santa Ana, je suis passé à la médiathèque de Digne où j'ai notamment emprunté le n° 408 de La Recherche, que je lis régulièrement. Plus tard, j'ai regardé ce qui m'intéressait, notamment la rubrique des jeux mathématiques, et suis tombé en arrêt devant la solution des jeux du mois précédent, du n° 407 d'avril 07 donc. Alors que mon billet du 11 février dernier concernait un 1143 vu dans un film adapté de Dick, Paycheck, ce qui m'avait amené à évoquer l'aune anglaise de 11,43 dm, le premier problème intitulé Leroy des aulnes avait pour solution 11,43 ha.
Image
Je peux reconstituer à partir de la solution l'énoncé du problème : trouver un triangle dont un côté mesure 40 dm et les deux autres côtés sont des entiers (en dm), sachant que l'un des angles du triangle est 60° et que sa surface est supérieure à 10 ha.
Si je ne peux deviner ce que les aulnes venaient y faire, je suppose du moins qu'il s'agissait des arbres, mais je suis payé pour savoir (enfin c'est une façon de parler) que jadis "aune" comme "aulne" désignaient aussi bien l'arbre que la mesure, ainsi au chapitre VIII du Gargantua apprend-on que "Pour son pourpoinct furent levées huyt cens treize aulnes de satin blanc (...)"; 813, tiens donc, mais c'est une autre histoire...
C'est donc une curiosité intrinsèque de trouver un problème d'aulne dont la solution soit 11,43 ha (ou 1143 dam2), et il est peu probable que cette rencontre ait été désirée car, d'une part tout le monde ne sait pas qu'aulne et aune sont synonymes dans toutes leurs acceptions, d'autre part ce problème n'a pu être créé pour obtenir la solution 11,43 (c'est évident pour les matheux, et serait très ennuyeux à expliquer pour les autres).
Les échos vont bien plus loin pour moi puisque j'avais en ce jour le Santa Ana de Dick en tête, et que mon premier billet mentionnant Dick avait été motivé par la vision de deux nombres faisant sens (pour moi) dans deux adaptations de son oeuvre, le taxi 1143 de Paycheck, et le commissariat 5236 de A Scanner darkly. Or j'ai jusqu'ici cité une fois et une seule la rubrique des jeux de La Recherche, pour son n° 352 d'avril 02, à propos de la coudée de 52,36 cm. Les responsables de la rubrique y citaient sans commentaire un courrier de lecteur signalant les connaissances mathématiques des Egyptiens:
« Ceux-ci, nous dit-il, constituaient un cercle à l’aide d’une ficelle de 6 coudées royales (environ 0,5236 mètres), ce qui porte son périmètre à 6 x 0,5236, soit 3,1416. »
Ce serait bien le cas de parler de péri-mètre, la circonférence d'un cercle d'un mètre de diamètre étant de 3,1416 m, le problème étant tout de même qu'on ne voit pas ce qu'auraient pu en faire ces braves Egyptiens, lesquels en principe ne connaissaient pas le mètre... Ceci ne mériterait guère d'attention s'il n'existait toute une mythologie fantasmatique autour de cette coudée royale, laquelle n'avait pas besoin de la caution implicite de la plus prestigieuse revue de vulgarisation scientifique.
Enfin je me sens enclin à pardonner aujourd'hui où il est clair que les acteurs de cette affaire ont suivi une trame imposée par Sainte Chronicité, de la coudée royale à l'aulne de Leroy, d'autant que les deux numéros concernés sont d'avril, mois des canulars que respectent encore certains périodiques, dont La Recherche. Incidemment, le premier exemple de synchronicité donné par Jung concerne les poissons d'avril.
Sainte Chronicité ou Santa Ana ? Il peut exister un rapport entre l'aune et le prénom Anne, rapport lui aussi possiblement issu d'une synchronicité. Le premier chapitre de toutes les éditions de Robur-le-Conquérant, de Jules Verne, mentionne l'observatoire de Aun-Arbor. Il s'agit évidemment de Ann Arbor, ville universitaire du Michigan, port (harbor) baptisé par son fondateur selon un prénom chéri, et la déformation en Aun-Arbor est jugée par certains intentionnelle car aun laisse entendre "aune", synonyme de "verne", et arbor est aussi le latin "arbre".
Un autre lien est immédiat, admis que ana signifiait "marais", comme en témoigne le Glossaire d'Endlicher, manuscrit du 10e siècle: les noms bretons du marais, gwan et gwern, sont évidemment liés à l'aune-verne, l'arbre des marais.
Il est cependant fort possible que Aun-Arbor résulte d'une coquille très répandue, les minuscules "u" et "n" se confondant aisément dans les casiers de l'imprimerie, ce qu'on pourra vérifier en googlant "aune de bretagne" ou "aune de montmorency", les résultats venant essentiellement du service Google Recherche de Livres, et donc de livres scannés avec leurs coquilles d'origine. J'ai retenu l'un des premiers résultats faisant apparaître un 1er avril:
MONTMORENCY DE DANVILLE (Henri I" de), maréchal et connétable de France, second fils d'Aune de Montmorency, mort à Agde le 1" avril 1614, âgé de 70 ans.
J'ai hésité à livrer ce qui va suivre, tant ce me semble peu crédible, mais tout n'y repose pas uniquement sur ma parole, alors voici.
Ce 5/3 où j'ai emprunté le n° 408 de La Recherche, j'ai aussi emprunté un roman de Brigitte Aubert, Rapports brefs et étranges avec l'ombre d'un ange. Drôle de titre et drôle de bouquin, polar expérimental auquel j'avoue ne guère adhérer, mais au moins l'esprit d'inventivité de Brigitte Aubert ne s'y dément pas. Il s'agit d'une aventure dans une Asie imaginaire, accumulant les stéréotypes en les détournant, bref j'ai pensé à Roussel, à Lahougue aussi... Toujours est-il que je suis arrivé, au bas de la page 21, à cette question dans une langue exotique:
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Sans espérer être cru, je certifie m'être dit "Tiens, on pourrait bien trouver ANA dans cette langue",et j'ai tourné la page:
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C'était la première apparition de cette langue qui semble inventée, témoin "kojh ito" vraisemblablement calqué sur cogito, et qui n'est utilisée qu'à une autre occasion, page 38. J'ai néanmoins consulté Google, et obtenu un résultat pour "ito anah":
it is worthy of notice that the term ÏTO anah, afflict, here used...

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Il s'agit encore d'un résultat GoogleBooks, et aller y voir de près montre que ce "ito anah" est purement virtuel. GoogleBooks propose des milliers de livres scannés page par page, et le service Recherche de Livres utilise leur texte numérisé par des logiciels qui ne sont pas toujours appropriés à la variété des cas, notamment celui de ce livre incluant de nombreuses citations en grec et hébreu. Ici le logiciel a reconnu ÏTO dans les lettres hébraïques correspondant au verbe transcrit par ailleurs anah.
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Curiosité, ce livre de 1852 est dû à un certain George Bush, mais je suis surtout effaré de sa provenance. L'exemplaire scanné le 17 février 06 vient de
University of Michigan Library
Ann Arbor, MI 48109 United States
Ito anah vient donc de Ann Arbor, l'exemple que j'avais choisi pour "valider" le lien aune-Ana, en ignorant alors ce développement ébouriffant.
Sainte Chronicité, tu es bien Santa Ana!
Google livre assez peu de Sainte-Chronicité (26 résultats effectifs le 6/3), j'ai retenu ce résultat parce que Sainte-Anne y est directement associée:
en voilà encore une belle de sainte-chronicité !
aujourd'hui c'est jour de fête pour Elle & Lui :26 juillet, Sainte-Anne & Saint-Joachim…
Je voulais encore mentionner ce que signifie pour moi le "Roi des aulnes", m'évoquant un autre de mes auteurs favoris, Frederic Dannay, plus connu sous le pseudo Ellery Queen. Selon ses propres dires, le prénom Ellery a été choisi d'après un ami de sa jeunesse, décédé. Il ignorait alors la signification de ce prénom, en rapport avec l'aulne. Puis lui et son cousin ont cherché un nom qui sonnerait bien avec Ellery, et se sont arrêtés à Queen.
Le 24 février dernier, j'ai regardé avec attention un épisode de Barnaby intitulé La course au trésor, qui est aussi le titre d'une nouvelle d'Ellery Queen, parce qu'il y apparaissait un personnage nommé Hilary King, ce qui est encore le pseudo que prend le personnage Ellery Queen dans un roman d'Ellery Queen, The Devil to pay. Malgré ces prémices, Ste Chronicité n'était guère au rendez-vous ce soir-là.
Et un petit développement matheux:
Le n° 408 de La Recherche fait écho dans ses actualités à une nouvelle démonstration d'une splendide formule concernant le nombre π, page 29:
1/12+1/22+1/32+... = π2/6
Autrement dit la somme des inverses de carrés des nombres entiers, de 1 à l'infini, est égale au sixième du carré de π. Le n° 352 mentionnait l'approximation π/6 = 0,5236, la démonstration utilise un triangle d'aire π2/6, le problème Leroy des aulnes concerne les entiers et un triangle d'aire approximative 11,43 (dans le désordre les 4 premiers chiffres de π, 3,141...) Il y a tant d'échos que je me suis demandé s'il y avait moyen de modifier la formule ci-dessus, et effectivement, en divisant les deux membres de l'équation par π:
1/π.12+1/π.22+1/π.32+... = π/6 (= environ 0,5236)
Le premier membre correspond à la somme des inverses des aires de tous les cercles de rayon entier (ou de diamètre pair), le second correspond au volume d'une sphère de diamètre 1. J'ignore ce qu'un vrai matheux en penserait, pour ma part je visualise mieux le vertige de cette formule ainsi.
L'inverse des cercles infinis est fini comme une orange (Santa Ana fait partie du comté d'Orange, en Californie)

Ana chronique

En 1998 est paru Le Domaine d'Ana, roman où Jean Lahougue calquait l'intrigue du Voyage au centre la terre de Jules Verne pour proposer un voyage au centre du langage, au sens "littéral" puisque le roman propose des lectures de multiples messages cachés dans les "centres", centres du livre, du chapitre, du paragraphe, de la phrase, du mot... et des illustrations réalisées par Lahougue lui-même. La seule liste des 38 contraintes que s'est imposées l'auteur provoque le vertige: quel fou a pu se lancer dans une telle entreprise? (un travail de 10 ans, mais pas à plein temps) Comment un livre aussi compliqué pourrait-il être lisible?

Pourtant le livre se lit agréablement, malgré (ou grâce à)Image un style quelque peu... anachronique, et il n'est pas nécessaire de se lancer dans une vaste entreprise de décryptage pour suivre le fil d'une amusante aventure.
Enfin l'aspect dingue de l'entreprise n'est pas à négliger, et j'y ai trouvé une nouvelle confirmation de la conjecture Blogruz: les créations dingues sont beaucoup plus dingues que ne l'imaginaient leurs créateurs. J'explore toutes les bizarreries repérées dans le Domaine sur cette page, ce qui est parfois complexe, aussi ai-je décidé de ne présenter ici que ce qui est lié au choix du prénom Ana par Lahougue.

En bref, Lahougue a remplacé les explorateurs de Verne, le professeur Lidenbrock et son neveu Axel, par le lexicologue Noé Brideuil et son aide et neveu Alex, frère de la jeune épouse et nièce Ana de Noé. Le frère de Noé, l'informaticien Théo, était aussi amoureux d'Ana, et le dépit l'a poussé à une monstrueuse vengeance, piéger le lexicologue dans un univers virtuel, le domaine d'Ana créé d'après les mots mêmes du récit du narrateur, Alex...
Lors du travail préparatoire à l'écriture du roman, Lahougue songeait à appeler son personnage féminin Anna, encore pour une raison "centrale": les aventuriers sont piégés au coeur des mots, or A débute l'alphabet et N est son centre (avec M ne permettant pas de forger un prénom usuel), aussi ce prénom palindrome porte-t-il en lui-même la notion d'enfermement comme celle de libération, puisque c'est en reprenant le récit à rebours que les héros échapperont du piège.
Lahougue en était donc à ce stade "Anna" du roman lorsqu'une étudiante espagnole prit contact avec lui: elle préparait une thèse sur son oeuvre et se nommait Ana Roman! Cette forme en 3 lettres lui parut bientôt éminemment préférable, notamment à cause du préfixe ana-(en arrière, à l'inverse de) et du suffixe -ana, lequel a donné naissance au substantif "ana", recueil de bons mots, ainsi Ana était l'épouse idéale du lexicologue attelé à un Dictionnaire pragmatique de la langue française.

Le choix du nom Ana est donc lié à une coïncidence qui a émerveillé Lahougue ("On finirait par croire en Dieu.", écrit-il), et ce mécréant (j'en suis un autre) a dû avoir fort à faire pour résister aux bizarreries qui vont suivre, dues à un "glanage" très peu systématique au coeur du "langage", si bien que de plus belles coïncidences sont-elles probablement encore à découvrir.

1- Ana est un nom de la déesse-mère des Gaulois, ce qui enImage soi est déjà intrigant puisque ana signifie "mère" en turc, mais offre encore un écho avec le Domaine d'Ana dont l'échappatoire réside dans le mystère de la féminité, lequel apparaît au centre de l'illustration centrale (cliquer pour agrandir), et est repris en anamorphose dans toutes les autres illustrations.
En celte, ana signifiait "marais", or Alex décrit le Domaine d'Ana comme "un arpent de caillasse, et de tristes marigots", s'ouvrant sur une "chaussée qui coupait au milieu des marais."
Du blog Le Vilain Petit Canard où j'ai appris les éléments ci-dessus, je cite intégralement ceci:

Le domaine d'Ana, c'est l'eau, celle trouble des marais. Les marais sont le lieu où la terre et l'eau sont intimement liées, c'est aussi le point de passage entre le monde visible et le monde invisible.

L'entrée du domaine d'Ana de Lahougue est précisément le point de passage entre le monde réel et un monde virtuel. Par ailleurs je découvre dans ma Toponymie celtique (JM Plonéis) qu'il y aurait une relation entre le celtique ancien *wag-na, "marais", d'une racine indo-européenne *wag, et le latin vagina, "gaine", à l'origine de "vagin". Ces rapprochements s'étendent au toponyme Jouanne/Jona, et un autre personnage important de Lahougue est le chien Jonas.

2- Ma région du Verdon a connu quelques bouleversements, un mythomane nommé Weysen y ayant reconnu le centre commun de tous les mystères planétaires. Le plus effarant est qu'il a été pris au sérieux, trompant son monde pendant plus de 30 ans en promettant des pourcentages sur les trésors qu'il allait découvrir...Image L'affaire s'acheva en 1994 après un scandale, alors qu'il dirigeait un programme de fouilles destiné à ouvrir l'accès au monde souterrain recelant tous ces trésors, en un lieu qui selon les documents cryptés en sa possession se nommait le Clos Ana !
La coïncidence avec le roman de Lahougue ne s'arrête pas au nom Ana de ce seuil vers un monde chimérique, car Weysen a recours également à l'image du sexe féminin pour l'évoquer, et son "Clos Ana" se situe entre les villages Le Bourguet et Jabron; le domaine d'Ana virtuel permet d'accéder aux doubles virtuels des villes où habitent les frères Brideuil, Bourgon et Hermet (réels toponymes de la région de Lahougue). Plus de détails ici.

3- Un ouvrage récent sur cette affaire du VerdonImage donne une explication plausible de l'origine du nom Ana, laquelle ne rend pas compte des autres collisions entre les mondes de Weysen et de Lahougue, et révéle en fait une nouvelle coïncidence renversante.
Le premier épigone du Voyage au centre de la terre, publié en 1864, a probablement été La Race à venir, de Edward Bulwer-Lytton (The Coming Race, 1870). Son héros y découvre un accès aux mondes souterrains, habités par une race plus évoluée que les hommes, et qui se nomme les Ana ! Je rappelle que le roman de Lahougue parodie explicitement le Voyage de Verne, dont cette première imitation aurait pu s'appeler Le Domaine des Ana.

4- Ces curiosités concernaient jusqu'ici des faits antérieurs à la publication du Domaine d'Ana (octobre 98), et il faut s'en remettre à Lahougue pour les accepter comme des hasards.Image Le cas qui vient n'a nul besoin de corroboration puisqu'il concerne un téléfilm diffusé pour la première fois en septembre 99, dont au moins le script devait être antérieur à la publication du Domaine d'Ana.
Dans cette nouvelle adaptation du roman de Verne, les héros Otto Lidenbrock et Axel sont devenus le professeur Theodore Lytton, parfois appelé Theo, et Jonas. Je rappelle que Lahougue a introduit le personnage de Théo, frère du professeur, Ana sa femme, et un troisième comparse d'importance puisqu'il guidera les explorateurs perdus vers la "fente salvatrice", le chien Jonas, remplaçant le guide Hans du roman de Verne. Ainsi les prénoms des deux principaux personnages du téléfilm sont-ils identiques à ceux de deux des trois personnages annexes imaginés par Lahougue, et leur nom Lytton renvoie probablement à dessein (sinon ce serait encore plus étonnant) à Bulwer-Lytton aussi nommé lord Lytton, le père des Ana, l'autre personnage de Lahougue... Ce téléfilm introduit des péripéties "lyttoniennes", confrontant les héros aux habitants du monde souterrain, et comme le héros de Lytton Jonas y tombe amoureux d'une cavernicole, Ralna.

5- En 2003 est paru Dreamericana,Image roman de SF dû à Fabrice Colin, lequel m’a certifié n’avoir jamais entendu parler de Lahougue, et a fortiori du Domaine d’Ana.
Or il y a une Ana dans son livre, et un Domaine, avec un D majuscule, nom d’un lieu plus ou moins virtuel où les dimensions d’espace et de temps sont inversées, où l’on accède en composant mentalement un code binaire de cent chiffres au cours d’un rapport orgasmique… La première personne accédant au Domaine dans le roman est Ana…

6- Je fais partie d'un petit groupe d'étude du code biblique. En juillet 2007, ce groupe fut perturbé par un certain Ross Kelly, auquel avait été révélé une clé permettant de retrouver l'influence divine dans chaque événement, et cette clé était le code ANA, série de 34 lettres réarrangeables à volonté.
Je crus bon d'informer les membres du groupe que je connaissais plusieurs personnes capables d'exprimer n'importe quelle idée, ou son contraire, avec une série de lettres imposée, et ce avec plus de talent que Kelly qui s'autorise quelques accommodements. J'eus la faiblesse de mentionner les Clos et Domaine d'Ana...
Ana eut vent de cette réponse, et entreprit de me convertir en ajoutant quelques nouvelles anagrammes aux milliers déjà données sur le site de Kelly, comme celle-ci:
THIS PERSONAL LINK TO REMI IS CODED BY ANA

Voilà, en attendant d'autres anagogies, analogies ou anamnèses...

On trouve sur GoogleBooks de larges extraits du Domaine d'Ana comme de Ecriverons Et Liserons donnant les clés du Domaine.

Je voulais ne parler que d'Ana, mais la possibilité d'une parenté étymologique entre Ana et Jona, via le marais *wag-na, me permet de relier ce billet au libellé "colombe": c'est le chien Jonas qui permet à Noé Brideuil de regagner le monde réel, or Lahougue m'a certifié avoir ignoré que Jonas était la forme grecque du nom Iona, "colombe" en hébreu, et c'est une iona qui a indiqué au Noé biblique le chemin de la terre sèche.