Malgré tout le bien que je pense du Domaine d'Ana de Lahougue, au centre du billet précédent, j'ai à chaque fois que je le relis le regret que la seconde partie n'ait pas été écrite avec une parfaite connaissance de l'oeuvre de Dick, le grand spécialiste des mondes virtuels.
Un "génie" ardemment appliqué derrière le "moi" semble ajouter beaucoup du sien afin que "je" perçoive et imagine. Un génie irrespectueux sans doute, pour qui la logique d'identité, la séparation du corps d'avec l'esprit ou les balivernes du "bien" et du "mal" sont tout au plus matière à plaisanteries et qui ne chante de tout cœur que la gloire de l'improbable, de l'erreur et du hasard. (Petite anatomie de l'image)Bref, après ces quelques réflexions intimes sur Dick et Santa Ana, je suis passé à la médiathèque de Digne où j'ai notamment emprunté le n° 408 de La Recherche, que je lis régulièrement. Plus tard, j'ai regardé ce qui m'intéressait, notamment la rubrique des jeux mathématiques, et suis tombé en arrêt devant la solution des jeux du mois précédent, du n° 407 d'avril 07 donc. Alors que mon billet du 11 février dernier concernait un 1143 vu dans un film adapté de Dick, Paycheck, ce qui m'avait amené à évoquer l'aune anglaise de 11,43 dm, le premier problème intitulé Leroy des aulnes avait pour solution 11,43 ha.
Si je ne peux deviner ce que les aulnes venaient y faire, je suppose du moins qu'il s'agissait des arbres, mais je suis payé pour savoir (enfin c'est une façon de parler) que jadis "aune" comme "aulne" désignaient aussi bien l'arbre que la mesure, ainsi au chapitre VIII du Gargantua apprend-on que "Pour son pourpoinct furent levées huyt cens treize aulnes de satin blanc (...)"; 813, tiens donc, mais c'est une autre histoire...
Les échos vont bien plus loin pour moi puisque j'avais en ce jour le Santa Ana de Dick en tête, et que mon premier billet mentionnant Dick avait été motivé par la vision de deux nombres faisant sens (pour moi) dans deux adaptations de son oeuvre, le taxi 1143 de Paycheck, et le commissariat 5236 de A Scanner darkly. Or j'ai jusqu'ici cité une fois et une seule la rubrique des jeux de La Recherche, pour son n° 352 d'avril 02, à propos de la coudée de 52,36 cm. Les responsables de la rubrique y citaient sans commentaire un courrier de lecteur signalant les connaissances mathématiques des Egyptiens:
Un autre lien est immédiat, admis que ana signifiait "marais", comme en témoigne le Glossaire d'Endlicher, manuscrit du 10e siècle: les noms bretons du marais, gwan et gwern, sont évidemment liés à l'aune-verne, l'arbre des marais.
Il est cependant fort possible que Aun-Arbor résulte d'une coquille très répandue, les minuscules "u" et "n" se confondant aisément dans les casiers de l'imprimerie, ce qu'on pourra vérifier en googlant "aune de bretagne" ou "aune de montmorency", les résultats venant essentiellement du service Google Recherche de Livres, et donc de livres scannés avec leurs coquilles d'origine. J'ai retenu l'un des premiers résultats faisant apparaître un 1er avril:
MONTMORENCY DE DANVILLE (Henri I" de), maréchal et connétable de France, second fils d'Aune de Montmorency, mort à Agde le 1" avril 1614, âgé de 70 ans.
Ce 5/3 où j'ai emprunté le n° 408 de La Recherche, j'ai aussi emprunté un roman de Brigitte Aubert, Rapports brefs et étranges avec l'ombre d'un ange. Drôle de titre et drôle de bouquin, polar expérimental auquel j'avoue ne guère adhérer, mais au moins l'esprit d'inventivité de Brigitte Aubert ne s'y dément pas. Il s'agit d'une aventure dans une Asie imaginaire, accumulant les stéréotypes en les détournant, bref j'ai pensé à Roussel, à Lahougue aussi... Toujours est-il que je suis arrivé, au bas de la page 21, à cette question dans une langue exotique:

it is worthy of notice that the term ÏTO anah, afflict, here used...
University of Michigan Library
Ann Arbor, MI 48109 United States
aujourd'hui c'est jour de fête pour Elle & Lui :26 juillet, Sainte-Anne & Saint-Joachim…
Le 24 février dernier, j'ai regardé avec attention un épisode de Barnaby intitulé La course au trésor, qui est aussi le titre d'une nouvelle d'Ellery Queen, parce qu'il y apparaissait un personnage nommé Hilary King, ce qui est encore le pseudo que prend le personnage Ellery Queen dans un roman d'Ellery Queen, The Devil to pay. Malgré ces prémices, Ste Chronicité n'était guère au rendez-vous ce soir-là.
Le n° 408 de La Recherche fait écho dans ses actualités à une nouvelle démonstration d'une splendide formule concernant le nombre π, page 29:
1/12+1/22+1/32+... = π2/6
Autrement dit la somme des inverses de carrés des nombres entiers, de 1 à l'infini, est égale au sixième du carré de π. Le n° 352 mentionnait l'approximation π/6 = 0,5236, la démonstration utilise un triangle d'aire π2/6, le problème Leroy des aulnes concerne les entiers et un triangle d'aire approximative 11,43 (dans le désordre les 4 premiers chiffres de π, 3,141...) Il y a tant d'échos que je me suis demandé s'il y avait moyen de modifier la formule ci-dessus, et effectivement, en divisant les deux membres de l'équation par π:
1/π.12+1/π.22+1/π.32+... = π/6 (= environ 0,5236)
Le premier membre correspond à la somme des inverses des aires de tous les cercles de rayon entier (ou de diamètre pair), le second correspond au volume d'une sphère de diamètre 1. J'ignore ce qu'un vrai matheux en penserait, pour ma part je visualise mieux le vertige de cette formule ainsi.
L'inverse des cercles infinis est fini comme une orange (Santa Ana fait partie du comté d'Orange, en Californie)
