Affichage des articles dont le libellé est ours. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est ours. Afficher tous les articles

dimanche 27 juillet 2008

Surimpressions d'Afrique


Avis : ce billet est basé sur une particularité propre à Internet Explorer (sur PC) et les images subliminales présentées ne seront pas visibles sur d'autres navigateurs. Comme de plus leur affichage sous Blogger nécessite une petite manipulation, je donne une version plus pratique ici (mais qui nécessite toujours Explorer sur PC).
Image

LES TOURNESOLS

J'ai évoqué dans deux billets l'onomométrie, procédé consistant à établir un portrait en pondérant les secteurs du dessin selon les valeurs des lettres du nom de la personne concernée.
Les artistes de l'Oupeinpo ont égalementImage appliqué le procédé à des photos, ci-contre Raymond Queneau, illustration de nouveau extraite de l'essentiel Oupeinpo (Seuil, 2005).
J'avais fait quelques essais, essentiellement à partir du portrait de Raymond Roussel en couverture de la biographie réalisée par François Caradec (édition 1997), et n'avais pas jugé indispensable de les livrer ici, jusqu'à ce que mes recherches sur les tournesols m'amènent à la curieuse magie d'une image d'un champ de tournesols, se transformant après sélection (par le jeu des touches Ctrl A) en une demoiselle très très peu vêtue.
Cette curiosité est hélas spécifique d'une fonction propre aux logiciels Microsoft. Ceux qui n'ont pas Internet Explorer auront l'ultime ressource d'exporter cette page sur Outlook ou Windows Mail, mais les allergiques définitifs à Bill Gates ne seront pas gâtés.
Appartenant encore à l'actuelle majorité du troupeau internautique qui utilise Explorer, et voyant la possibilité TOURNESOLS = NOT ROUSSEL, j'ai alerté mon ami Alain, infographiste de génie, qui a pondu aussitôt un petit prodigiciel permettant de créer ses propres images, ce qui m'a permis de recycler mes onomométries. Il faut donc afficher chaque image dans son format d'origine en cliquant dessus, avec la touche Shift (Maj) enfoncée si on veut l'ouvrir dans une nouvelle fenêtre, puis sélectionner l'image en appuyant les touches Ctrl A, et Les Tournesols deviennent STOLEN ROUSSEL, ou ROUSSEL, TON SEL, en pensant aux vers des Nouvelles (sur)Impressions :
Combien mettraient des jours, sans aide, à voir le sel
Dont sont sursaturés un mot, une anecdote !
Puis flèche retour en haut à gauche de la barre d'Explorer pour revenir à la page initiale (mais on peut s'épargner ces tracas avec l'autre version ici).
Peut-être ai-je choisi ces Tournesols de Van Gogh à cause de la scatologie de quelques proses de Roussel.
Image

LES OURS (roussel)


Si la photo d'origine de Roussel se dissimulait derrière les Tournesols, c'est une première variation onomométrique qui est cachée derrière ces ours.
La photo a donc été divisée en 7 bandes horizontales égales, et chaque bande a été déformée selon un coefficient proportionnel aux rangs des lettres R-O-U-S-S-E-L.
Sur ces deux premières images la photo cachée reste perceptible, parce que les images masquantes n'avaient pas assez de détails et de contrastes. Pour mon onomométrie finale, où l'image précédente a été déformée verticalement selon les valeurs des lettres R-A-Y-M-O-N-D, j'ai choisi une image très complexe, issue de la BD de Dominique Hé, Le Faucon de Mû :
Image

Mû : les rayons d'or (raymond roussel)

L'image cachée peut encore être perceptible en jouant avec l'angle de vision, car un écran couleur est formé de 3 couches superposées de pixels RVB, mais il devient difficile de deviner ce dont il s'agit.
J'ai d'abord pensé à l'anagramme Rayons de l'ormus, et c'est sous le signe de l'Ormus que j'ai rencontré Alain, mais je ne voyais guère comment illustrer ce thème bizarroïde, alors que le Faucon de Mû me permettait d'amener l'Egypte, soit l'Afrique des Nouvelles impressions rousseliennes.
Il est amusant que l'exemple donné par le logiciel d'Alain, lequel ignorait ce que j'allais en faire, cache Indiana Jones, dont la première aventure se passait essentiellement en Egypte aussi :
Image
Enfin, puisque certains lecteurs de ce billet n'auront pas accès aux images cachées, les voici en clair :
Image

samedi 5 juillet 2008

dans tous les sens

Lors de mon dernier séjour parisien, j'ai Imageremarqué le titre d'un livre d'occasion, Sens interdits, de Stona Fitch (ci-contre la couverture de l'édition allemande).
Le dernier volet de la chronique du 1er septembre 2001 d'Antoine Tanguay, Détours et sens uniques, mentionnée à diverses reprises, était intitulé Sens interdit. Il y avançait l'idée que le point commun des deux premiers romans de Percy Kemp, Musc et Moore le Maure, était la perte d'un sens, l'odorat et le toucher en l'occurrence, et, après avoir lu les 3 autres romans publiés ensuite par Kemp, de 2002 à 2005, il me semble que cette analyse était plutôt fine, puisque Le muezzin de Kit Kat (04) concernerait immédiatement l'ouïe, et que Le système Boone (02) et Et le coucou... (05) peuvent être reliés au goût et à la vue.
Je n'y insiste pas, me bornant à constater le silence éditorial de Kemp depuis 3 ans, comme s'il tenait à séparer ces 5 premiers romans d'une suite éventuelle de son oeuvre.
Je note encore une belle communauté d'idée entre Tanguay et la traduction de Senseless, qui n'est paru en VO aux USA que fin 2001, et en 2002 en France, sous le titre Sens interdits. La 4e de couverture précise que le livre a été écrit avant le 11 septembre 2001.

Il s'agit de la prise en otage à Bruxelles d'un économiste américain, séquestré par un groupe de terroristes aux motivations peu claires. Sa captivité est filmée et diffusée sur Internet, avec en points forts l'élimination successive des 5 sens de l'otage.
Peut-être, le livre étant ensuite paru en poche, avais-je déjà vu ce résumé, qui n'aurait eu alors rien pour m'inspirer, mais le roman ne relève absolument pas du gore et laisse deviner une grande subtilité de l'auteur.

Le nom de l'otage est Eliott Gast, or hostage, "otage" en anglais, est dérivé du mot host, "hôte", et c'est exactement le sens de l'allemand Gast.
Le prénom est peut-être aussi savamment choisi, l'une des traductions de The Waste Land de TS Eliot étant La Terre Gaste...
Les noms anglais des 5 sens, Imagedans l'ordre où ils sont "hôtés" à Gast, sont Taste Smell Touch Hearing Sight, leurs initiales étant les 3 consonnes du mot HoST. Le français OTAGE pourrait être encore plus adéquat, Odorat Toucher Audition Goût..., Et l'otage découvrira après sa dernière opération, une énucléation au cours de laquelle il s'est évanoui, que ses ravisseurs lui ont laissé un oeil, ce dont il tirera une satisfaction indicible.

Eliott Gast n'a pas été enlevé au hasard. Il est secrètement le commis d'une "agence gouvernementale", chargé de distribuer des subsides à diverses personnalités vues favorablement outre-Atlantique. Gast n'a rien d'un héros, aussi, voyant son activité connue de ses ravisseurs, n'a-t-il aucun scrupule à leur assurer qu'il n'est qu'un pion, et qu'un bien meilleur otage serait son patron, Alec Moore.
Un nom apparemment plus quelconque qu'Eliott Gast, mais qui me frappe particulièrement. Leslie Moore est le personnage principal de Moore le Maure, le second roman de Percy Kemp. C'est également un agent secret, mais surtout quelqu'un qui perd progressivement le sens du toucher. Le roman s'achève sur cette phrase:
Il était devenu, dans le sens premier du mot, un être insensé.
C'est un détournement de sens absolument identique que Stona Fitch a commis avec son Senseless. Si Moore le Maure était traduit en anglais, ce serait évidemment le mot senseless qui rendrait cet "insensé".

Alec m'évoque immédiatement un polar atypique que j'ai apprécié, Abel Brigand, de JM Villemot. Une jeune fille est supposée assassinée, on découvre une à une d'anciennes lettres d'elle, donnant d'étranges rendez-vous à un oncle qui peut être soit le chirurgien Alec Cooper, soit le peintre Alain Vogt. On s'aperçoit que les lieux des rendez-vous épellent un prénom, Aéroport, Lac... Ce n'est pas suffisant pour déterminer le bon candidat, et le lieu suivant ne permet toujours pas de départager ALEc et ALAin car c'est l'Eglise d'une Abbaye...
Enfin le Cirque du 4e RV désigne ALEC, mais le curé-détective découvre un autre mode de lecture des rendez-vous, qui privilégient chacun l'un des sens, la Vue, l'Odorat, le Goût, le Toucher, et c'est VOGT que ces autres indices accablent...
Il y a là bien des échos avec l'OTAGe de Sens interdits, qui ne peuvent être des emprunts puisque Abel Brigand, publié en décembre 01, devait être écrit bien avant la parution américaine de Senseless en octobre.
Et Moore le Maure était paru en juillet.

Ainsi en 2001 sont parus trois livres où les sens sont au premier plan, deux en France avec un MOORE et un ALEC, et un aux USA avec un ALEC MOORE.
J'ai quelque part un livre titré 5,Image ni plus ni moins, recueil de nouvelles sur les 5 sens, 5 dues à des auteurs connus, 5 autres lauréates d'un concours sur ce thème.
Je le retrouve et ne suis pas surpris de voir qu'il a été imprimé en novembre 2001.
Je relis, et suis frappé par la qualité littéraire d'une nouvelle primée, Little green apples de Sébastien Fevry, que je me rappelle avoir aussi remarquée à l'époque, mais j'avais alors manqué d'attention.
Elle concerne l'odorat, et se présente comme le journal du gardien Henri d'une décharge privée, pendant 8 jours consécutifs, du Dimanche 8 avril au Dimanche 15 avril.
En 2001, l'année du concours, le 8 et le 15 avril étaient bien des dimanches, et pas n'importe lesquels, celui des Rameaux et celui de Pâques, en conséquence le journal d'Henri couvre exactement la Semaine sainte, mais ce n'est en rien explicite dans le texte, et le savoir n'aide pas immédiatement à comprendre les aspects intrigants de la nouvelle.
Je connais un roman en huit chapitres intitulés de Dimanche 2 avril à Dimanche 9 avril, qui se passe en 1944 où on peut vérifier qu'il s'agit aussi de la Semaine sainte, et Et le huitième jour... d'Ellery Queen (1964) se révèle sans ambiguïté une parodie pascale, même si ses intentions ne sont pas absolument claires.
Il m'est apparu que ce texte se référait abondamment aux Manuscrits de la mer morte, de M Burrows, avec des détails très précis comme le nombre sacré 50 des Esséniens de Qumran se retrouvant à l'identique chez les Quenanites de Queen.
Le mercredi le gardien de Fevry veut chasser un couple qui s'est introduit dans la décharge, mais les choses tournent mal et il tue les jeunes gens.Image Des idées de pureté le poussent le lendemain à refuser l'accès aux camions apportant de nouvelles immondices sur "sa décharge", qu'il veut transformer en un lieu agréable et parfumé, et il y plante 50 pommiers. Son patron vient lui demander des comptes le vendredi, Henri le tue lorsqu'il essaie d'arracher ses pommiers... Evidemment ça finit mal pour Henri le dimanche.
Chez Queen le Maître de la communauté de Quenan est condamné et mis à mort par les siens, le Vendredi (saint). Il y a aussi un Adam et une Eve.
Il existe dans la tradition chrétienne de multiples correspondances entre la Semaine de la création et la Semaine pascale, entre le pommier de la désobéissance et la croix du Christ, qui aurait été faite de son bois.
Mes connaissances en théologie sont limitées, et j'ai contacté Fevry, qui enseigne à l'Université de Louvain, pour lui demander quelques éclaircissements.
Il a été plutôt surpris. Bien qu'ayant effectivement voulu donner un côté édénique à sa décharge, il n'avait pas pensé à tout ça, notamment à la symbolique du pommier, Little green apples lui ayant été inspiré par la chanson homonyme de Tom Jones. S'il avait bien lu jadis Et le huitième jour..., il n'en avait pas vu toute la profondeur, et n'y pensait en aucune façon lors de l'écriture de son texte...

Je n'ai pas eu de peine à le croire, car j'ai jadis aussi lu innocemment ce Queen, et c'est dans des circonstances stupéfiantes que j'en ai entrevu le secret.
Autre curiosité, le judaïsme fête lui aussi une période pascale de 8 jours, laquelle commence le jour de Pessah, le 15 Nissan qui est une fois sur 7 un dimanche, alors que la semaine chrétienne s'achève le jour de Pâques, obligatoirement un dimanche. En principe, la Pâque chrétienne étant censée indexée sur la fête juive, elle devrait tomber le jour de Pessah lorsque celui-ci est un dimanche, mais les modes de calcul sont indépendants, si bien que c'est rarement le cas. Aussi, environ une fois tous les 10 ans en moyenne, la semaine Sainte chrétienne coïncide exactement avec les 8 jours de Pessah, du 15 au 22 Nissan, et c'était le cas en 2001.

Le fait que Pâques soit tombé un 15 avril, le même quantième que le 15 Nissan, peut être remarqué, mais il y a plus frappant.
La date importante de Abel Brigand est aussi le 15 avril, celle de la disparition de la jeune Alice supposée assassinée, en fait séquestrée, et qui réapparaît bien vivante à la fin du roman. Rien ne permet cependant d'affirmer que l'action se déroule en 2001, l'année de parution.
Je considère ce qui vient comme proprement ahurissant, peut-être parce que je suis intimement concerné. J'ai participé deux fois à des concours de nouvelles, et ai été primé une fois, en 2001 précisément, comme Fevry, pour le concours Les nouveaux Arsène Lupin, les textes primés ayant été édités dans un recueil paru en juin 01.
Or ma nouvelle, qu'on peut lire ici, s'inspirait d'une aventure de Lupin dont la date clé était le 15 avril, le 15-4 plus exactement, ce que j'avais transposé en 15 Rabi, 4e mois du calendrier musulman, dans mon histoire se passant en Arabie.
En jouant avec le sens des mots, il pouvait être question de sens dans mon texte, où le héros avait pris l'identité Nipulen-Esra, Arsène Lupin lu dans l'autre sens, mais il y a mieux.
J'ai signé cette nouvelle Annette Devi, en partie parce que je comptais publier prochainement un roman sous ce pseudonyme, Indécente (L'), construit autour d'un roman dans le roman, La fin monsieur Win signé Enid Navette, où les 5 enfants Twenty, d'initiales OPQRS, mouraient dans de mystérieuses circonstances, privilégiant chacune l'un des 5 sens. Mais, sans assurance d'avoir un éditeur, je n'ai pas finalisé ce projet qui n'a donc été publié ni en 2001 ni plus tard.

Alors que je n'imaginais d'autre lien entre ce billet et le précédent qu'Ellery Queen, j'ai appris en l'écrivant que Senseless vient d'être adapté au ciné, avec dans le rôle d'Eliott Gast l'acteur Jason Behr, dont le nom est étymologiquement l'ours germanique, et dont le prénom est comme il l'a été vu l'anagramme de la colombe hébraïque.

vendredi 4 juillet 2008

Jonas, story of a fallen King

J'ai trouvé le 1er juin un Laurie King d'occasion, Hantises, dont je n'avais pas repéré la parution en 2003, chez Ramsay, alors que son premier éditeur était Albin Michel.
J'apprécie les romans de Laurie King, pour leur qualité psychologique, et aussi parce que son premier roman était si riche en coïncidences que j'avais pensé que Laurie King ("laurier roi") était un nom calqué sur celui de mon auteur favori, Ellery Queen ("aulne reine").

Dans Un talent mortel (1996 en France), la peintre Vonnie Adams est assassinée dans une petite communauté en dehors du monde, un de ses tableaux représentant son cousin en train de scier du bois est mentionné.
Dans Le village de verre (1954), d'Ellery Queen, la peintre Fanny Adams est assassinée dans une petite communauté en dehors du monde, un de ses tableaux montrant un tas de bûches constitue l'indice désignant le coupable, son neveu.
J'ai alors écrit à Laurie King, qui m'a gentiment répondu qu'elle s'appelait bien ainsi, et qu'elle n'avait jamais lu d'Ellery Queen...

Depuis, j'essaie de lire tous les Laurie King traduits en français, avec parfois du retard puisque Hantises (A Darker Place) date en VO de 1999.
C'est un roman à part, inaugurant une nouvelle héroïne, Anne Waverly, professeur de théologie, travaillant occasionnellement pour le FBI en infiltrant des sectes suspectées d'activités dangereuses.
Anne est donc devenue Ana Wakefield pour entrer dans la secte Change, et sa couverture est si bonne qu'elle devient Ana dans la narration, ce qui ne peut que me séduire puisque "ANA" est pour moi un mot clé, notamment à cause du Domaine d'Ana de ImageLahougue, et des multiples coïncidences en rapport avec ce roman, essentiellement sur les noms Ana, Théo et Jonas des personnages ajoutés par Lahougue à l'intrigue originale du Voyage au centre de la terre. J'ai évoqué ici ma sidération en voyant les noms des deux principaux personnages du roman de Verne, Otto et Axel, être devenus Theo(dore) et Jonas dans une adaptation TV.

Ana est prof de théo..., c'est un peu léger, d'accord, mais quel va être le personnage satanique auquel elle va être confrontée ? Jonas !
Il s'agit de Jonas Seraph, le leader de la branche anglaise de la secte, là où il se passe les choses les plus suspectes, là où Ana se fait transférer après avoir réussi son entrée dans la branche américaine.
Après quelques jours dans la secte, elle rencontre Jonas, qui lui évoque aussitôt un ours:
ImageAprès cette page 302 de la rencontre, la comparaison ursine apparaît plusieurs fois, or Jonas est la forme grécisée de l'hébreu iona, "colombe", et je me suis intéressé ici à l'omniprésence des ours dans le voisinage des saints colombins, notamment saint Colomba d'Iona, évangélisateur de l'Ecosse. J'y remarquais que le nom hébreu de l'ours, dov, est homophone de la colombe anglaise, dove.
Il se trouve qu'il y a aussi un Dov dans cette histoire ! C'est certes un personnage de modeste importance, Dov Levinski, professeur dans la branche américaine de la secte, dont le prénom est mentionné une dizaine de fois, qui prononce quatre phrases entre les pages 176-181 pour ensuite disparaître totalement, après ces derniers mots:
Au milieu de la visite, Ana se glissa jusqu'à Dov:
– Surveillez les gosses sans moi pendant un moment, il faut que j'aille aux toilettes.
– Ça ne peut pas attendre cinq minutes ? répondit Dov agacé.
– Ce n'est pas pour faire pipi, chuchota-t-elle gaiement. A l'approche de la ménopause, on a des pertes importantes aux moments les plus inattendus.
Dov devint écarlate et s'éloigna d'elle comme si elle avait la peste. Ana fila à grandes enjambées vers les toilettes pour dames.
(Il s'agit d'un subterfuge, permettant à Ana de contacter un agent du FBI.)
Je ne crois pas qu'il y ait plus d'une trentaine de personnages dans ce roman, et parmi eux donc Jonas et Dov, la colombe et l'ours hébraïques.

Il y a aussi un Jason, bien plus important. C'est un adolescent extrêmement prometteur dont les dirigeants de la secte ont perçu les potentialités.
C'est de fait le 3e personnage important du roman. Jonas est engagé dans une entreprise suicidaire, la transformation alchimique de son corps, folie qu'il entend partager avec quelqu'un, Jason ou Ana. Ana parvient à sauver Jason, et sort grièvement blessée d'un duel à mort avec Jonas.
Jonas a fait remarquer à Jason que leurs prénoms sont composés des mêmes lettres, dans un ordre différent (le mot anagramme n'est pas mentionné). Ceci a une signification implicite évidente, puisque Jason conquérant de la Toison d'or est emblématique pour les alchimistes, mais je vois d'autres possibilités.
Ainsi divers auteurs ontImage soulevé l'idée que le livre biblique de Jonas ait été en partie inspiré par le mythe de Jason, pour d'autres raisons que l'anagramme qui ne s'est révélée que plus tard. Ci-contre une coupe grecque montrant Jason avalé par un monstre, comme plus tard Jonas par la baleine. Il est frappant que le nom grec Jason soit lui-même anagramme de celui-de son père, le roi Eson (Ἰάσων et Αἰσων en grec, soit IASON et AISON). Le jeune Jason de King, n'ayant pas de père, est particulièrement disposé à subir l'influence d'un adulte comme Jonas.

Jonas Fairweather a choisi de devenir Jonas Seraph. S'interrogeant sur les raisonsImage de ce changement, Ana (alors encore Anne Waverly) note sur son carnet les différentes acceptions de la racine hébraïque saraph (ou tsaraf, selon les tranlittérations).
Comme d'autres documents donnés en tête de chapitres, celui-ci n'est pas traduit, et le contenu du chapitre ne rend pas compte de toutes les pistes envisagées.
Ni de celles qui ne l'ont pas été, ainsi, si le sens qui s'imposera de seraph-tsaraf est celui de "purifier par le feu", Anne ne semble pas connaître un terme kabbalistique dérivé, le tserouf, qui désigne précisément l'anagramme.
C'est plus exactement une technique de permutation généralisée des lettres, spécialement associée à Abraham Aboulafia, kabbaliste espagnol du 13e siècle, et il est donc amusant de trouver ce Seraph "serouphant" son propre prénom.

A propos de la traduction, je vois page 321 Jonas citer "Arnold de Villanova", qui doit rendre l'anglais Arnold of Villanova, alors que "Arnaud de Villeneuve" serait mieux venu. Je n'accablerai pas ici un traducteur peut-être sous-payé, et je dois à des circonstances exceptionnelles de connaître Arnaud de Villeneuve, nomen mysticum de Rohmer selon le sieur Parvulesco...
Je ne vais pas revenir sur cette affaire, préférant constater que l'alchimiste Villeneuve est un exact contemporain d'Aboulafia, né en 1240. Deux anecdotes les concernant ont de curieux échos.
En 1280, Aboulafia prit le chemin de Rome pour sommer le pape d'améliorer le sort des Juifs. Nicolas III ordonna qu'on le brûlât dès son arrivée, mais ce fut lui qui mourut le jour même où Aboulafia arrivait à Rome...
Condamné pour sorcellerie, Arnaud de Villeneuve fut sauvé du bûcher par le pape Boniface VIII, qu’il avait guéri. Son successeur Clément V malade l'appela pour le soigner, mais Villeneuve mourut en 1317 sur le chemin de Rome...
Puisqu'il est question de tserouf ou d'anagramme, ARNOLD est un prénom de choix pour un LARDON puisqu'il se décline en ROLAND, RONALD, ROLDAN, LORAND, de quoi ravir les amateurs de la sextine inventée par Arnaut Daniel.

J'ai déjà mentionné ici le tserouf et sa racine tsaraf, à propos de Perec, dont le nom d'origine hébraïque a pour racine parats, "briser", exact renversement de tsaraf, "purifier". Or Perec était le champion du palindrome et de l'anagramme.
Ana-Anne signale sur son carnet le nom Tsarfat d'une petite ville entre Tyr et Sidon, mais ne semble pas savoir que c'est aussi le nom de la France dans la tradition juive. Le renversement de tsarfat donne le verbe parats à la seconde personne du singulier : "tu briseras".
J'ai trouvé Hantises le 1er juinImage dernier dans une solderie. Le lendemain, dans une bibliothèque, j'ai consulté le recueil Les dix Paroles (1995), pour son étude finale Lechon Haqodech (La Langue Sainte) de Joseph Elkouby. J'ai pris un cliché de ce tableau montrant les sens apparentés de 20 verbes trilittères débutant tous par les lettres PR. Je n'avais pas encore étudié le tableau de Laurie King où, pour transcrire le nom Seraph, 4 lettres hébraïques sont envisagées pour l'initiale S (samek-sadeh-sin-shin), les deux autres lettres RP ne permettant aucune équivoque. Les 4 inversions correspondant à ces 4 formes sont présentes dans le tableau d'Elqouby.

Le titre de ce billet fait référence au livre de Michel Pastoureau qui avait motivé mon billet ours-colombes, L'ours, histoire d'un roi déchu, en pensant aussi au père de Jason, également roi déchu, mais en ne souhaitant pas la chute de Laurie King...

lundi 16 juin 2008

aix-ode

14 juin, Flâneries d'Aix, organisées par Andréa Ferréol qui a invité Sébastien Orry, architecte paysagiste et compagnon de notre fille Aurélie.
Voici Andréa et Sébastien, entre ses créations Iseut-Rose et Tristan-Tournesol:
Image
Parmi les premiers visiteurs de l'expo, uneImage dame Haury venue exprès de Marseille pour voir l'ours en gazon que son homonyme Orry avait réalisé pour la ville de Digne il y a deux ans. Il figurait en illustration de l'article de La Provence annonçant les Flâneries, mais l'expo présente est consacrée aux créations florales en résine de Sébastien.
Ses autres fleurs magnifient le cloître des Oblats, espace inattendu dans la ville,
aimable cour sur
le cours Mirabeau
comme l'a anagrammatisé le poète:
Image
La famille s'était jointe à l'exposition, ci-dessus un ensemble triangulaire de Dina, notre autre fille, et une toile carrée d'Anne, ma compagne, reprenant le motif du quilt ci-dessous:
ImageCe quilt est dérivé du patch-quilt présenté en Imageavril. Le motif original a été déformé en courbe, toujours avec le nombre d'or en paramètre, et les couleurs limitées à deux, plus l'orange des centre et fond.
Nous l'avons nommé Fiorenacci, et la toile acrylique complémentaire Fiorepolis, en hommage aux variations symétriques de Danielewski sur les mots Viabibonacci et Viabibopolis, dans Only Revolutions.

A propos de Fibonacci, en route vers Aix Imagece 14 juin, nous avons fait une pause à la maison Nombre d'or, concernée par de multiples coincidences. A l'origine, en route vers Aix avec mon ami Le Goff, je venais de lui parler du nombre d'or dans un poème de Perec lorsqu'il me signala qu'il venait de voir ce panneau en bordure de la route.
Nous apprîmes ensuite que ce panneau venait d'être placé par les Prins, nouveaux propriétaires d'une maison cachée dans les arbres, construite par un éleveur de chèvres selon le nombre d'or. J'avais fait la connaissance d'Anette Prins, qui n'en savait pas plus sur la question du nombre d'or, Imageet je voulais lui montrer notre quilt, exemple de réalisation dorée. Seul son mari était là, de retour d'une expo de peinture dans le Loiret, où il était satisfait d'avoir vendu 21 toiles sur les 55 exposées.
Je lui ai appris que cette opération illustrait parfaitement le nombre d'or, 21, 34 et 55 étant des nombres de la fameuse suite de Fibonacci. Ne voulant pas abuser, j'ai gardé pour moi que l'harmonie dorée la plus remarquable du poème de Perec dont je parlais à mon ami se traduisait par un partage de 55 en 21 et 34, marqué précisément par les mots "mon nombre d'or".
J'ai su tardivement que Perec avait griffonné sur les premiers brouillons de ce poème les 10 premiers nombres de Fibonacci, soit 1-1-2-3-5-8-13-21-34-55, comme s'il avait envisagé une telle contrainte numérique, mais la suite des brouillons démontre qu'il n'a procédé à aucun comptage lors de la réalisation effective !

Ce n'est qu'en écrivant ce billet que je vois l'écho possible entre le nom de l'éminent érudit qui m'a communiqué ces brouillons, Alain Chevrier, rédacteur en chef de Formules, et le chevrier qui a construit la maison Nombre d'or... Et cette journée aixoise avait connu une première coïncidence onomastique animalière avec l'amatrice d'ours Haury venue voir l'ours Orry...
Page 1 de Only Revolutions (côté Sam, en respectant au mieux la typo originale) :
_Golden Bears bow at my knee:
___Go ahead Lieutenant General.

Le site de Sébastien Orry est ici.

mercredi 12 mars 2008

code Anar

Le 5/3 dernier, où j'avais Santa Ana de Dick en tête, et où j'ai emprunté à la médiathèque de Digne le n° 408 de La Recherche avec la solution du problème Leroy des aulnes, ainsi que le roman de Brigitte Aubert où figurait l'expression kojh ito anah, j'ai eu l'idée de regarder la cote ANA dans les romans: il n'y avait qu'un titre, Atlas des continents brumeux, premier roman du turc Ihsan Oktay Anar (1995, traduit en français en 2001).

Image J'ai un peu tardé à le lire, d'abord frappé par cette cote R - ANA, lue Rana, la grenouille latine. Dans La Race à venir de Bulwer-Lytton, le mot Ana désignant cette race est dit se prononcer "arna", or selon la mythologie des "arna" ils descendraient des grenouilles.

Le roman se lit bien, malgré un certain foisonnement. J'y ai trouvé un petit écho à mes préoccupations "Ana", mais la principale curiosité retenue est un code utilisant pour clé les 666 premières décimales de Pi, ce qui me rappelle fortement le film Pi d'Aronofsky, tournant autour d'un nombre divin secret composé de 216 chiffres, 216 étant le cube de 6, soit 6.6.6.
La connaissance de ce nombre devient un enfer pour le héros Max Cohen, quiImage se trouve contraint, pour échapper à tous ceux qui veulent la lui extorquer, de s'autolobotomiser. On voit plusieurs séquences de 216 chiffres dans le film, dont celle-ci, copiée peut-être à dessein sur un tract indiquant

86% d'exactitude
(Seul Dieu est Parfait)

Le film contient diverses allusions à la gématrie, technique attribuant des valeurs numériques aux mots hébreux, selon laquelle le mot Dieu, Elohim, a pour valeur 86. Par ailleurs il s'achève sur deux opérations dont Max est incapable de donner le résultat, une multiplication donnant 46665 (avec la séquence 666), et une division donnant 3,14..., l'approximation courante de Pi.
J'avais déjà vu un curieux réseau de coïncidences entre les oeuvres d'Aronofsky, Werber, Danielewski, à propos de ces nombres 666 et 216, et voici que ce cher Anar s'y joindrait, par un nouveau hasard puisqu'il est peu probable qu'Aronofsky ait connu le roman turc de 1995.

Je n'ai trouvé qu'un article en ligne sur le roman d'Anar, ou plutôt sur sa 4e de couverture car rien dans l'article n'indique que son auteur ait ouvert le livre (il ne serait pas le seul critique dans ce cas). Ce canadien utilise la citation de Camus "Ce sont les rêveurs qui changent le monde, les autres n'en ont pas le temps.", figurant sur la 4e de couverture, pour parler d'autres livres sur les mondes virtuels qu'il a l'air de mieux connaître, notamment Internet, où Nicolas Bonnal compare le fameux www (world wide web) au 666 de l'Apocalypse, parce que le waw, à l'origine de notre w, est la 6e lettre de l'alphabet hébreu. Incidemment, cette interprétation a déjà été donnée à propos du 666 original, qui aurait désigné Hérode, dont l'orthographe grecque Hôrôdôs s'écrit exceptionnellement avec 3 omégas, correspondant à 3 waw hébreux.
Quoi qu'il en soit, si j'ai bien raison de supposer que ce critique n'a pas lu l'ami Anar, c'est une belle curiosité de trouver dans cette courte chronique la mention d'un autre 666.

J'ai éprouvé un frisson au début de Atlas des continents brumeux en découvrant qu'une traduction en turc du Discours de la méthode y joue un rôle important. J'avais une bonne chance de trouver un cogito dans cet Anar emprunté en même temps que le kojh ito anah dans le roman exotique d'Aubert... Ce ne fut pas le cas, et la seule allusion à la formule de Descartes est donnée sous la forme "Je pense, donc ils sont", car le roman exploite le thème du monde rêvé par un unique individu réel.

Il y eut toutefois un écho deux jours après ma lecture d'Anar. Feuilletant (par hasard dirai-je) Coïncidences - Hasard ou Destin, livre dont le titre m'horripile (ou face) tant qu'il est caché dans un coin peu accessible, j'y trouve de son coauteur Michel Granger un essai sur la synchronicité où il utilise l'expression "J'y pense, donc ça suit".
Belle expression, et surtout bel écho au kojh ito anah de B. Aubert. Malgré le titre calamiteux le livre recense des tas d'anecdotes intéressantes, quoique souvent invérifiables. Je suis particulièrement frappé par le cas page 34 de Yves Bertin, tiré du Invitation au château de l'étrange, de Claude Seignolle.
Ce Bertin a donc remarqué 3 fois le même jour des voitures immatriculées 3411, son matricule dans la marine. Y voyant un bon augure, il a alors joué le tiercé 3-4-11, qui n'a pas été gagnant, alors que la même page de journal donnait les résultats du tirage de la Loterie Nationale, attribuant 500 F aux billets se terminant par 3411.
Ceci m'a rappelé mes messages de février, sur les nombres fétiches (ou supposés) de Perec et Truffaut, 1143 et 813. Je citais le cas de Truffaut composant en 70 l'unique tiercé de sa vie, 8-1-3, pour voir gagner le 4-5-1, alors qu'il avait fait dire à Julie Christie en 1966 "451, pourquoi pas 813 ?"
On aura remarqué que 3411 constitue le renversement du 1143 de Perec, et, de fait, il est supposé que ces formes étaient équivalentes pour ce champion du palindrome. S'il ne s'est pas exprimé directement sur cette question du 11-43 qui n'a été découverte qu'après sa mort, il a révélé explicitement l'expression de sa date de naissance le 7 mars par les combinaisons 73 et 37.
Bertin est cité pour deux séries de coïncidences, sur 3411 et sur le 17 janvier, date revenant dramatiquement dans sa vie. Certains exégètes de Perec ont proposé de retenir également 17 comme nombre réglant son oeuvre, à cause du 17 janvier 43, jour où sa mère a été raflée, avant d'être envoyée vers Auschwitz le 11 février 43.
Quatre des 17 janvier de Bertin concernent des morts dans son entourage, mais son 17 janvier 66 concerne un événement célèbre: alors que le navire qu'il commandait croisait au large de Palomares, un avion US s'abîma dans la mer avec ses quatre bombes A. C'est en 1966 qu'est sorti Fahrenheit 451 de Truffaut, ainsi que Quel petit vélo à guidon chromé au fond de la cour, le second roman de Perec, où apparaît le 11-43 le plus immédiat de son oeuvre, avec 11 psychocolonels associés à 43 cm de sonde javellisée...
Palomares (écrit Polomares dans ce livre bourré de coquilles) signifie "colombiers" en espagnol, ce qui m'évoque l'affaire ours-colombe, d'autant que les noms Bertin et Aubert contiennent la syllabe ber (Bär = "ours" en allemand, bien qu'il s'agisse ici d'une autre étymologie).
Une autre coquille du livre coécrit par Michel Granger a retenu mon attention. Trois semaines avant l'attentat de l'IRA qui coûta la vie en 79 à Lord Mountbatten, paraissait "une nouvelle écrite par l'Américain Bill Granter, The November Man", où était déjoué un attentat très similaire contre un Lord cousin de la Reine. Il se trouve que j'ai lu ce roman, écrit par Bill Granger, portant donc le même patronyme que Michel Granger. Vérifiant la chose avec la requête "Bill Granger Mountbatten", le premier résultat est un article du Chicago Sun-Times du 11 février 86, évoquant une nouvelle prédiction dans le sixième roman de Granger, à propos de Haïti reconnaissable dans l'île des Caraïbes St-Michel du roman. Et voici Michel chez Granger!, et un autre 11 février, 43 ans après celui de 43.

samedi 28 juillet 2007

blanches colombes & vilains ours

Je viens de lire L'ours, Histoire d'un roi déchu de Michel Pastoureau.
L'auteur s'y interroge page 151 sur l'insistance des ours au voisinage des saints colombins, ainsi Ste Colombe, au 3e siècle, aurait été sauvée des tourments de ses persécuteurs par une ourse.
St Colomban de Bobbio, qui vécut de 543 à 615, aurait apprivoisé plusieurs ours, les faisant par exemple labourer.
Aucune légende ursine ne concerne St Colomba d'Iona, qui vécut de 521 à 597, cependant l'ours fait partie des attributs permettant d'identifier le saint. Pastoureau s'en étonne: "Peut-être est-ce dû à un jeu de mots - mais dans quelle langue ?- entre le nom du saint et celui de l'animal."
J'aurais une petite idée, car en hébreu "ours" se dit dov, parfait homonyme de dove, "colombe" en anglais. Ma science s'arrête là, et je ne fais aucune hypothèse sur l'existence du mot anglais dès le 6e siècle, ou sur les connaissances hébraïques de Colomba, mais ceci vient souligner une curiosité remarquée depuis longtemps.
Colomba a quitté son Irlande natale pour aller évangéliser l'Ecosse. La légende veut qu'il ait alors fait naufrage et ait échappé à la noyade grâce à l'île d'Iona, où il a construit ensuite son premier monastère, or iona signifie "colombe" en hébreu (ou ionah). Rien ne semble indiquer une relation entre les deux faits, et Iona est un nom gaélique crédible (entrant dans la composition de divers mots en gaélique, où notamment "île" se dit inis). Sur cette page, il semblerait que le nom ancien de l'île ait été le celtique Ithona, "île des vagues", qui aurait été contaminé par I-na-Dhruidhheachna, "île des druides"...
Pourtant un Colomba manquant d'être noyé en allant évangéliser les païens ressemble à une réécriture du Livre de Jonas, qui se nomme bel et bien Iona en hébreu, le nom même de la colombe. Les lecteurs attentifs de la Vulgate ne pouvaient l'ignorer car Jérôme donne en index la signification de tous les noms hébraïques:
Ionas, Columba (Colombe, Colomba et Colomban sont des graphies actuelles)
Ce Jonas biblique s'était embarqué pour fuir l'injonction divine d'aller prophétiser à Ninive, mais Dieu se rappela à son souvenir en soumettant son bateau à de continuelles tempêtes, jusqu'à ce que l'équipage jetât à la mer ce porte-poisse. Puis ce fut le "grand poisson" qui le sauva de la noyade en l'avalant, et le déposa trois jours plus tard à terre, docile et résigné à accomplir sa mission à Ninive.
Curieusement Ninive s'écrit en hébreu NINOA, avec les mêmes lettres composant IONA (en suivant la même translitération). Le N ou noun supplémentaire aurait pour signification originelle le Poisson (noun signifie effectivement "poisson" en araméen).
On sait que le Signe de Jonas des Evangiles fait allusion aux trois jours passés par Jonas dans les entrailles du poisson, avant sa "résurrection". Le symbole du poisson sera utilisé par les premiers chrétiens, essentiellement à cause de IChThUS ("poisson" en grec, acrostiche de "Jésus Christ Fils de Dieu Sauveur").
Peut-être moins curieusement, la vie de l'autre Colomba(n) a été écrite par Jonas, un moine italien de l'abbaye de Bobbio, vers 643. En effet le nom de ce moine a pu être choisi en hommage au fondateur de l'abbaye, et/ou cette homonymie a pu le faire choisir comme son historiographe.
Mais je reviens à l'ours. Une recherche sur une concordance ne livre que 8 occurrences du mot dans l'Ancien Testament, l'une d'elles l'associant à la colombe dans ce verset 59,11 d'Isaïe:
Nous rugissons tous comme les ours, et nous ne cessons de gémir comme les colombes : nous attendons le juste jugement, et il n'y en a pas ; le salut, [et] il est loin de nous.
Mon amie dp me signale un air des Noces de Figaro, où Figaro se plaint des femmes:
Son rose spinose,
Son volpi vezzose,
Son orse benigne,
Colombe maligne...
"Ce sont des roses avec des épines, des renardes rouées, des ourses bien intentionnées, des colombes perverses..."
Ma première réaction a été de me souvenir que le librettiste de Mozart, Lorenzo Da Ponte, était juif de naissance (son père s'est converti au christianisme lorsqu'il avait 14 ans). Je ne sais s'il connaissait l'hébreu, ni s'il était adepte du rabbin cabaliste Dov-Ber, mort en 1772, successeur du célèbre Baal Shem-Tov. Le nom de ce rabbin est "ours" en hébreu suivi de sa traduction en yiddish (pour Bär en allemand).
Je ne crois pas que Da Ponte ait été un juif religieux, du moins était-il franc-maçon comme Mozart, et ce milieu était friand d'hébraïsme et de cabale.
Ma seconde réaction a été de repérer l'anagramme rose-orse, "roses-ourses", qui peut suggérer Eros. C'est avant tout Suzanne qui a provoqué la tirade misogyne de Figaro, or Suzanne vient de l'hébreu shoshana souvent traduit par "rose" (Jérôme donnait "lis"et "rose").
Ceci n'est qu'une première approche. J'ai déjà écrit des choses sur le chien Jonas d'un roman de Lahougue, et sur les ours dans l'oeuvre de Perec, aussi j'espère pouvoir approfondir.