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04 décembre 2024

Au Français

 
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Place Colette


L'air vif de décembre piquait mes joues en sortant du cinéma, l'autre soir. Des joues humides de quelques larmes, je venais de voir l'émouvant film « En Fanfare », avec Benjamin Lavernhe, de la Comédie Française.
Il est merveilleux ce Benjamin Lavernhe. Vraiment. Comment ça, j'abuse des superlatifs ? Je vous dis qu'il est merveilleux, fondant et confondant. Je pourrais parler de la même façon de Laurent Lafitte, formidable dans chacun de ses rôles, même s'il a quitté le fabuleux théâtre pour d'autres aventures. Ou de Léonie Simaga, moins connue mais tout aussi talentueuse. 

A quinze ans, j'adorais le jeu de Georges Descrières dans Arsène Lupin, tout en désinvolture et avec une classe folle, celui de Jean Piat tout en force et regard d'acier, de Francis Huster, en émotion contenue et l'oeil étincelant, de Danielle Lebrun en perfide ingénue dans Vidocq, ou encore de Catherine Samie, à la carrière-fleuve impressionnante. Ayant joué tous les rôles du répertoire, de Molière à Beckett. 
Et combien d'autres acteurs, fougueux, drôles, tendres, convaincants.
Bref, sociétaire (ou pensionnaire) de la Comédie Française, ce n'est pas juste pour de la mousse. C'est un vrai pedigree de talent hors norme. Toujours accolé au nom de l'acteur dans les génériques de cinéma ou de télévision. Comme le poulet de Bresse, le métier d'acteur a son « Label Rouge ».
En classe de première, avec ma chère Amadéi, je découvris  Tartuffe ou l'imposteur joué par Robert Hirsch. J'en sortis éblouie. Et je m'inscrivis à l'activité théâtre du foyer.
 
Bien plus tard, j'ai eu la chance de pénétrer dans ce saint des saints du théâtre, ce lieu mythique que les initiés appellent simplement Le Français. Au bras d'un prince de hasard, l'une de ces rencontres éphémères et que l'on n'oublie pourtant jamais. On jouait Cyrano, ce joyau absolu de la littérature française. Ah ! Cyrano... Entendit-on jamais pièce aussi bien troussée ? Deux mille six cents vers, pas un seul de médiocre, de loupé, de moins bien. Comme autant de diamants qui forment un collier scintillant et unique. Frénétique et fulminant, comme dit son héros (Scène 7 Acte I) 
Le panache, quoi... La beauté de cette langue que j'ai défendue toute ma vie auprès des têtes blondes.
Le prince avait, en m'en parlant, de minuscules étoiles d'or dans les yeux.
Dans le rôle-titre, un Michel Vuillermoz époustouflant. Didier Sandre était De Guiche, Hervé Pierre, Ragueneau. Mais peu importe le nom des comédiens, le spectacle était parfait.
D'une perfection rarement égalée : pas un souffle mal placé,  une hésitation,  un trébuchement sur un vers, un écorchement de syllabe. 
Une mécanique céleste. Une quintessence, sublimée par ce lieu empreint d'histoire.

Tout cela pour vous dire que j'ai gardé mes yeux d'enfant, le talent m'émerveille toujours.

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Il n'est pas merveilleux,
avec sa petite tête de gendre idéal ?

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12 février 2023

J'aurais pu...

 
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J'aurais pu vous conter le ciel bleu sur la Seine
Velum à la Sisley tendu sur l'horizon
Un de ces bleus nimbé de nuages légers
Mêlant les touches de cobalt et de lin blanc
Les gigantesques grues déchirant Notre-Dame
De leurs longs bras d'acier écarlate et safran.

J'aurais pu raconter l'odeur des croissants frais
La fumée du café, l'air froid de la Cité
Et les reflets changeants des quais
Et nos sourires

J'aurais pu aussi bien écrire le velours
Des fauteuils, du rideau rouge de la Gaité
Et les lèvres carmin de la belle Carmen
Ses jambes comme des compas donnant au monde
Son équilibre, et la musique de Bizet.

J'aurais pu dire aussi mes émerveillements
Dans ce musée qui fut une ancienne gare
Ses horloges géantes, 
Ses corridors feutrés recelant des merveilles
Mon coeur battant devant Van Gogh, devant Gauguin.

J'aurais pu vous décrire le coutumier bazar
De la Place du Tertre au coeur du Sacré-Coeur
Les attrape-touristes et les attrape-coeur
Et l'ombre et la lumière de la Butte éternelle
Et tant de souvenirs enfuis

J'aurais pu vous parler de cette Coulée Verte
Comme un trait de nature au milieu du béton
Les premiers amandiers en fleurs
Et les mollets fourbus d'arpenter le bitume
De Vincennes à Wagram et d'Anvers à Raspail

J'aurais pu tracer l'épopée
De l'immense vaisseau tout de verre et d'acier
dressant ses voiles majestueuses
Au jardin d'acclimatation
Et qui m'a laissée bouche bée

J'aurais pu simplement vous raconter Paris
Celui d'Heure-Bleue, celui du Goût, 
Notre rencontre, et le café, et les gâteaux
Le parfum âcre et doux des bistrots parisiens
Le trottoir de nos amitiés

J'aurais pu, mais je n'en ferai rien, quoi qu'on dise
J'ai tout gardé sous mes paupières
comme des éclats de diamant
Le goût de tes baisers comme une Bastille à la menthe
Et ce je-ne-sais-quoi qui flotte et qui nous dit
Revenez-y ! Revenez-y !


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21 novembre 2022

Paris s'éveille

 

“Dans le silence des rues et du black-out qui tombait en hiver vers cinq heures du soir et pendant lequel la moindre lumière aux fenêtres était interdite, cette ville semblait absente à elle-même.”
Patrick Modiano





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 Et on voudrait que je sourie... Et pourquoi pas éclater de rire pendant que vous y êtes ? Vous souririez, vous, dans ma position ? Remisée à gratter un trottoir à la raclette, pour que les petits vieux du quartier ne s'escampent pas la gargoulette sur le verglas ?
 Même pas eu le temps de me changer après ma nuit au Pink Paradise, à me déloquer devant des michetons exophtalmés pour un salaire à peine plus décent que ma tenue. Et je ne vous explique pas la panne de chauffage. A croire qu'ils ne savent pas ce que c'est que de se retrouver en tenue d'Eve dans les courants d'air de l'arrière-scène d'un cabaret miteux, j'avais les miches surgelées, les roberts comme deux petits icebergs émergeant de la fumée artificielle...Paradise...Tu parles ! L'enfer oui.
Les escarpins à boucles, c'est pas vraiment la tenue idéale pour déneiger. Attention, virez vos meules, messieurs-dames, la reine déneige ! La reine des pommes, oui. Qu'est-ce qui est passé dans la tête de mon psychopathe de patron, de m'envoyer sitôt arrivée me geler sur le bitume ? J'ai juste eu le temps d'enfiler le bonnet de Suzy, un affreux bonnet à oreilles qui me donne une tête de mouton égaré du troupeau. Faut dire, il est moche, mais bien chaud. Manquait plus que la neige. Enfin, ce qu'on appelle neige à Paris,  un infâme mélange d'eau glacée, de boue et d'hydrocarbures puants. Soi-disant que le climat se réchauffe...
Ça va être encore une belle journée de mince, comme dit un ami à moi qui adore les litotes. Et qui déteste avoir froid.

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Pour l'atelier du Goût, qui aime nous faire raconter des histoires.



29 août 2022

Un gamin d'Paris

« Ce terrain faisait l’angle de deux rues. Il y poussait un magnifique cerisier qui donnait, chaque année en abondance, des cerises un peu aigrelettes que l’on nomme ici Montmorency, ailleurs c’est peut-être bien des guignes. C’est bon la Montmorency quand, après une chaude journée d’été, encore gorgée de soleil, vous la faites craquer sous la dent, puis en faisant la bouche en cul de poule, vous envoyez valdinguer le noyau dans la tronche du copain ! »
Jean-Louis Ferrera 

(extrait de « Un Gamin de 39 » éditions Librinova-Autres Mondes, 129 p.)






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Au cours d'une de mes nombreuses et passionnantes vies, j'ai connu une joyeuse bande de drilles qui sévissaient sur un navire nommé « Blogborygmes ». J'en avais touché deux mots ici. C'était un temps déraisonnable où j'étais sans doute plus Troussecotte que Célestine. 
Dans cet espace irrévérencieux et sulfureux,  je pouvais laisser aller ma plume à des débordements tant sémantiques que lexicaux. Le ton général de l'équipe était léger et souvent coquin, ce qui n'empêchait pas en même temps une belle profondeur, et pas seulement de bonnets.
Tiens en m'y baladant j'ai retrouvé cet article « méridional » que j'avais écrit avec une certaine délectation. 
Bref, c'est à cette époque que je rencontrai Andiamo, vieux loup de mer menant le rafiot avec assurance vers des contrées toujours plus incertaines et infestées de pièges.
Il se trouve que ledit Andiamo, en collaboration étroite avec Françoise Simpère, une auteure talentueuse, vient de rédiger ses mémoires de titi parisien, un petit tour d'horizon savoureux de la vie d'un enfant au lendemain de la guerre. 
Le tout forme un opuscule agréable à lire, que vous trouverez facilement en trois clics adroits, pour la somme astronomique de 4,49 €. Bien situé, le prix, entre un kawa bien serré et une binouze bien fraîche. A vot' bon coeur, m'sieurs dames.
Eh oui, mon poteau fait dans le numérique, comme quoi, on peut dater de l'an quarante et naviguer moderne. Sauf ton respect, mon capitaine ! 
Alors, je compte sur vous, répandez la bonne nouvelle, et mouillez votre chemise, noble aréopage de mes lecteurs chéris, afin de propulser Andiamo sous les feux de la rentrée littéraire. Son livre est drôle et truffé d'anecdotes, il se déguste comme un vieil album photo dégotté dans un grenier.
Même s'il ne vise pas forcément la Pléiade, ce serait dommage de le laisser dans la panade...

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24 juillet 2022

Le Baiser






Toute ressemblance...etc...etc




 
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Vous ai-je dit que, du temps de ma jeune splendeur, j'ai eu une histoire avec un garçon, étudiant comme moi aux beaux-Arts ? Le jour où je l'ai rencontré, il hantait le Quartier Latin à la recherche d'inspiration. Il avait les yeux sombres, et beaucoup de charme, bien que semblant assez myope. Il n'avait pas ce côté agaçant des blancs-becs qui croisaient souvent ma route. Il avait quelque chose de lunaire, non, de stellaire qui me plut immédiatement. Une étoile dans le regard.
Moi, il me trouvait solaire, éblouissante avec ma peau laiteuse et mes cheveux roux attachés en chignon. 
Tant de coïncidences cosmiques auraient sans doute révulsé un esprit cartésien. Mais nous voguions dans ces sphères étudiantes douteuses, sulfureuses, mêlant philosophie, peinture et mal de vivre, dans ce pittoresque microcosme de sorbonnards et de quat'zarts souhaitant refaire le monde entre deux cigarettes, sur fond de new-jazz. Notre rapprochement allait donc de soi.
Il avait beaucoup de culture, de conversation, et d'humour, un humour caustique qui me jeta dans ses bras comme de la limaille sur un aimant.  Nous devînmes rapidement amants. C'était une époque libre et insouciante.
Dans la semaine qui suivit notre rencontre, il me donna rendez-vous au Musée Marmottan. On y donnait une intéressante rétrospective Klimt. Devant le splendide Baiser, ce kaléidoscope émotionnel d'or et de fleurs qui fit la gloire du peintre,  il me jura soudain, tout de go, n'aimer que moi et vouloir m'épouser. 
Etais-je assez imprudente pour succomber à ce genre de belle parole ? Que nenni. Je le rendis à sa liberté, non sans un léger regret tout de même. 
Mais j'avais eu bien raison de rompre, en fin de compte. Quelque temps après, je l'aperçus, rue Lepic, au bras d'une autre ravissante rousse, qui allait devenir la Lumière de ses Jours. 
Aux dernières nouvelles, il paraîtrait qu'ils soient toujours ensemble, tels les Bonnie and Clyde de la Blogosphère. Heure Bleue et Le Goût des Autres, ils se font appeler.

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Pour l'atelier du Goût, il fallait placer les mots suivants :

Attacher.- Sombre.- Éblouissant.- Kaléïdoscope.- Agaçant.- Douteux.- Imprudent.- Succomber.- Révulser. -Stellaire.



20 décembre 2021

La sorcière de la rue d'Orchampt

 

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C'était une rue pleine de rêve. L'âme des poètes y errait, comme partout à Montmartre. Monsieur Martin, notre professeur d'art à l'Ecole Normale, y avait habité, et se vantait souvent d'y avoir croisé Rubinstein, Stephane Grappeli et quelques autres artistes parisiens. 
Un jour, il nous montra la litho d'Utrillo représentant, en quelques traits de crayon nerveux et précis, sa célèbre rue d'Orchampt. 
Je fus aussitôt transportée des années en arrière, chez une de nos vieilles voisines, à laquelle ma mère avait eu la drôle d'idée de me confier pour une après midi. Elle possédait une reproduction de ce tableau. Au-dessus d'une cheminée dont l'odeur âcre brûlait la gorge. Je savais bien que j'avais déjà vu quelque part ces silhouettes à faux-culs et la funeste perspective cavalière des bâtiments la bordant. Je ne sais plus par quelle mauvaise magie je m'étais retrouvée dans cette maison cafardeuse, près de cette femme revêche, et abandonnée des miens.
Le noir du tableau s'accordait bien au noir général qui régnait chez cette sorcière. Noir comme sa longue jupe de vieille Corse et son fichu. Noir comme ses yeux de corbeau qui m'effrayaient. C'est fou comme la mémoire affective, sensible, olfactive reste ancrée en soi. dans les replis de l'âme. Surtout quand on a vécu une telle frayeur, à seulement cinq ans. Je passai la pire après-midi de ma vie, à me demander à quelle sauce elle allait m'accommoder dans son chaudron. Et je m'imaginai avec un haut-le-coeur mâchée par sa bouche sans dents. 

-Observez les lignes de fuite, enchaîna monsieur Martin, me ramenant dans le présent.
Mais ce jour-là, la seule ligne de fuite que je pus observer fut la mienne. Je quittai le cours, oppressée par ce souvenir d'enfance.
Aujourd'hui, quarante ans après ce cours de peinture cathartique, la rue d'Orchampt a enfin pris des couleurs. Le guide tend la main pour qu'on ne l'oublie pas. Un pâle vent d'automne secoue les micocouliers. La maison de la chanteuse semble garder la rue comme un sémaphore en hommage à son talent.
Les ombres noires de l'enfance ont été absorbée par un ciel plein de promesse. Plus Sisley qu'Utrillo, au passage.
Si ça se trouve, devant la maison de briques rouges, je croiserai peut-être le Goût et sa Lumière. Ou le Passe-Muraille de Marcel Aymé.
C'est une rue pleine de rêves.




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Pour l'atelier du Goût.

19 novembre 2021

Citadine intermittente

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 Je t'ai dit mon rapport quasi amoureux à la ville ? Les petits matins brumeux sur Paris, ma mégapole préférée, avec juste un léger rayon floconneux et timide pour illuminer la cime des platanes... L'odeur du café et des croissants dans les petits bars de quartier...Les reflets des lumières sur les pavés mouillés, le soir. Le ballet incessant de cette foule de gens si divers, si colorés, si attachants dans leurs différences mêmes,  comme on peut en voir fleurir les trottoirs un jour de printemps. 
Et cette surprenante rencontre d'époques qui te saisit parfois au détour d'une place, d'une avenue...
Et les toits...La canopée géante des toits d'une ville, sur lesquels il se passe tant de choses...
J'ai toujours des yeux littéraires pour me repaître de ces amoncellements de bâtiments, de ces entrelacs de rues, de murs, de réverbères dans lesquels toute âme poète sent battre le coeur des villes. Un peu d'Hemingway, un peu de Modiano, un peu d'Anaïs Nin. J'ai adoré, à une époque, laisser traîner mon coeur entre béton et bitume juchée sur mon Chappy, enivrée des plaisirs adolescents qui firent de moi pour longtemps une citadine. 
Et depuis quelque temps, pour autant, je vis à la campagne. Je l'ai choisie en pleine conscience. J'aime cet écrin de chênes et d'écureuils dont je t'ai parlé souvent. J'en ai besoin. Je m'y sens moi-même.
La ville, ses théâtres, ses musées, ses ponts, sa foule, sa fièvre, m'attirent toujours, mais comme ces amants que l'on voit par intermittence, qui nous exaltent de plaisirs, mais dont on ne saurait partager la vie en permanence. 
C'est vrai, parfois, la grande ville me manque. Mais juste comme une amie qu'on ne voit plus, parce que nos chemins ont divergé. 

15 février 2021

Paris fou

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« Il semble que ce qui vous pousse brusquement à la fugue, ce soit un jour de froid et de grisaille qui vous rend encore plus vive la solitude et vous fait sentir encore plus fort qu’un étau se resserre. »
Le bouquin commençait comme ça. C'est Judith qui me l'avait prêté. Autant vous dire que je l'ai lâché avant qu'il me tombe des mains. Modiano, ce joyeux drille à ne lire qu'en cas d'extrême urgence...
Heureusement, et c'est un gros avantage de l'âge adulte, on n 'est pas obligé de rendre une fiche de lecture à Mme Bertrand pour mardi prochain, prenez vos cahiers de textes, vous dégagerez les axes principaux du roman et, en traçant un rapide portrait des personnages, vous insisterez sur les intentions littéraires de l'auteur. 
Aucun étau en vue. Pas de grisaille. Un petit air frondeur passait par la fenêtre, se faufilant sur un rayon de soleil tout étoilé de grains de poussière.

Alors je suis sortie faire un tour sur les quais. Les premiers frémissements printaniers donnaient à Paris un air de fête. Ma jupe de soie sauvage batifolait comme une voile autour de mes jambes, j'avais le vent en croupe. De ces moments excitants où l'on a envie de croquer dans tous les fruits.
Il y avait ce tableau de Pissaro,  en accroche-coeur sur l'étal d'un bouquiniste. Je me suis dit que mon Paris finalement n'avait pas trop changé en un siècle, du moins à cet endroit. L'imposante masse du Louvre, figée dans son histoire empesée, l'aérienne passerelle des Arts propice aux baisers amoureux, enfin libérée de ses cadenas... La Seine, la Seine éternelle roulant ses eaux grises sous ses ponts...Et les parapets d'Arthur.

J'ai revu les endroits que j'ai aimés, et ceux où j'ai aimé. Montmartre, Saint-Michel, la Place Colette, la galerie Vivienne. Un peu, beaucoup, passionnément. Romantiquement. Torridement. Assaillie par une bouffée se souvenirs, j'ai repensé à mes folles romances, mes aventures d'un soir, prise dans une frénésie adolescente, ivre du parfum des tilleuls en fleurs et des cafés brûlants. Ma vie parisienne a toujours eu le goût d'un air de jazz au saxo. 
Le bel inconnu de l'Opéra avec sa barbe de trois jours, et l'étudiant de la Bastille aux prunelles enflammées. L'Italien du métro et ses dents si blanches... Celui de la Chaussée d'Antin qui me déclamait du Baudelaire. J'ai la mémoire qui flanche.
Un vieil ami m'avait donné un jour de mes quinze ans, ce conseil de belle sagesse : « Pour ne pas avoir d'états d'âme, ayez des tas d'hommes... » Et le vieux Georges  avec son « Embrasse-les tous », ne me dites pas qu'il ne pousse pas un peu à la bagatelle, l'air de rien...Je me suis un peu perdue dans des relations pas toujours reluisantes, prenant la proie pour l’ombre de moi-même...
Et puis toi. Il n'y a plus d'avant. Le passé s’est enfui, enfoui. Il n'y a plus d'après à Saint Germain des Prés. Juste toi qui es là. Chaud. Doux. Fort. Tu m'attends, je le sais. Sur un banc du parc Montceau ou devant un verre,  à la guinguette de la Javelle. On ira dans ta chambre mansardée et on écoutera Paris nous parler d'amour. Parce que tu sais bien que j'ai toujours seize ans quand je te vois.
Il faudrait que je terminasse vite cet estirgouillage temporel pour te rejoindre. A toute hâte.
Je suis certaine que vous comprendrez pourquoi je vais laisser ma lettre en suspens... 

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Pour l'atelier du Goût et ses imbitables consignes. Mais que ne ferait-on pour quelqu'un qu'on aime, à part de l'embrasser bien sûr,  pour ne pas risquer de se faire arracher les yeux par la Lumière de ses Jours.

02 novembre 2020

Retrouvailles

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Ils sont tous venus au rendez-vous. Tous. Même Laurence, toujours en retard, le cheveu en bataille.
Tous ceux de ma bande de copains de la terminale A2 du Lycée Des Moulins. Quarante ans après. 
J'étais arrivée la première. J'ai toujours aimé arriver en avance. M'asseoir. Observer le monde avec cette calme attitude de ceux qui voient loin. J'ai toujours aimé observer le monde, oui, et ça ne m'a pas quittée. Surtout en ce moment. Mais je m'égare.
Je n'ai pas de mal à voir loin. Mes parents m'ont affublée d'une paire de cannes ressemblant aux échasses d'un berger landais. Mes yeux de lynx nécessitent désormais une paire de carreaux pour presbytes, mais je n'en ai pas perdu mon incomparable acuité intellectuelle. Comment ça, je me vante ? Parfaitement, je me vante avant d'être complètement éventée. C'est une question d'hygiène mentale. Y a pas de mal à se faire du bien comme disait Dany à vingt-cinq ans.

Je portais mes vieilles clarks et mon sac en mouton retourné. Comme au temps du lycée.
Je me suis assise en haut des marches, sous les imposantes colonnes doriques du Panthéon.
 Et l'ombre des grands hommes est venue me caresser l'âme. Zola, Hugo, Jaurès, Jean Moulin, Simone Veil et les autres. Que diriez-vous de notre époque, messieurs-dames, de cette machine qui s'emballe, de ces étranges échos ? En ririez-vous ? En pleureriez-vous ?

Puis ils sont arrivés. Séverine, Eric, Marco, François, Gégé, Marion, Bruno, Evelyne... Il ne manquait que Patrick, retenu à Las Vegas. Le lâcheur. On a comparé nos vies depuis la dernière fois, il y a trente ans. 
T'as pas changé ! t'as une petite-fille ? Moi j'en ai deux...Ils m'ont demandé si je me marrais toujours pour rien. J'ai dit oui. Même que ça m'a plutôt réussi, jusque là. 
On s'est redonné rendez-vous en 2030. Même jour, même heure, même pommes.
On y sera.
Enfin, si on ne s'est pas tous fait covicider avant.



Pour l"atelier du Goût, il fallait s'asseoir sur des marches.



26 octobre 2020

L'inconnu du métro

 

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Je l'ai croisé pour la première fois en descendant les escaliers de Saint-Michel. Plutôt beau gosse, mais son regard clair et perçant contenait une détresse imperceptible. Ou une fatigue existentielle. A Réaumur Sébastopol je l'ai revu. Cette fois, ce sont ses lèvres minces et son menton volontaire qui m'ont attiré l'oeil. J'ai changé pour Opéra. 
Il était encore là, avec son air qui pour le coup me fit l'effet d'un pauvre chien battu. Je n'avais pas, jusqu'ici, prêté attention à sa chemise élimée aux coutures douteuses. Les longs couloirs fouettés de courants d'air, parfois glacés, parfois suffocants de remugles, résonnaient de la musique d'un violoneux qui emplissait l'espace avec Debussy. 
Les quidames et les quimessieurs ont l'air moins pressés, et moins cons, quand, au fond du métro, le bruit de leurs pas se mélange à des notes. Surtout si elles sont de Debussy. Je me suis arrêtée un moment.
J'ai regardé dans les yeux le sombre inconnu : que voulait-il me dire ? Ses mâchoires carrées semblaient serrées sur un secret. J'ai noté un léger strabisme divergent. Annonçait-il la prochaine reprise d'une pièce de Becket au théâtre de l'Athénée ? Ou l'éventuel concert d'un émule de Thiéfaine ou de Noir Désir ?
Moi, j'ai repris la 3 jusqu'à Villiers. Décidément il me suivait, semblant se multiplier à l'infini comme dans un jeu de miroirs fous. Lui, avec sa barbe de trois jours et son col de chemise mal fagoté, trop échancré, enfilé à la six-quatre-deux. Il était partout.
J'étais certaine de le retrouver à Pigalle, et où que j'aille ce jour-là, mais je n'ai pas poussé jusque là-bas. Je suis descendue Place de Clichy, où un aveugle m'a tendu sa sébile juste sous son nez. Je n'ai pas su dire pourquoi, d'un seul coup, je ne l'ai plus trouvé si beau que ça. Comme si son absence d'identité, son mystère, et les questions que sa présence posait me gênaient, exhumaient de vieux malaises ou révélaient le tréfonds de son âme. Noire. Celle d'un être de douleur. 
Amnesty international ? Les restos du coeur ?
J'ai eu envie de soleil. Mais le Paris d'octobre s'était enrubanné de brume. Une brume de corbeaux et de pavés glissants. Les colliers de feux rouges et de phares scintillaient dans un flou artistique de myope astigmate.
Je suis rentrée par Champs-Elysées et Palais Royal. 
Lui aussi. Dans ma rue, il trônait sur une colonne Morris, et semblait m'attendre. Une nouvelle version posthume des Misérables ou de Germinal tournée par Agnès Varda ?

Une semaine plus tard le pot aux roses s'éventa. Ce n'était qu'un coup prétendu fumant d'une agence de pub pour un parfum, encore un, pur produit de marketing frelaté de l'industrie du luxe. Je fus saisie de déception. 
Ce monde manque cruellement de hauteur, me dis-je in petto.




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Pour l'atelier de Lakévio du Goût, il fallait broder sur une photo de Walker Evans



23 décembre 2018

Les marges d'enfance






Si errer est humain, flâner est parisien.
Victor Hugo



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 Le vieil Hugo savait de quoi il parlait...
Pour Balzac, flâner était la « gastronomie de l'oeil ». Les éloges de la flânerie ne manquent pas. 
J'aime bien le « Sans elle, on fane » de Sylvain Tesson.
J'aime me laisser emporter par mes pensées vagabondes, dans cette captation du monde si particulière. Un peu mystique, n'ayons pas peur des mots. J'aime repérer au coin des rues tous ces signes qui semblent s'adresser à moi directement. Un langage parallèle, mutin, subversif. 
J'ai pensé à ces dessins que nous griffonnions dans la marge de nos cahiers d'enfants. Des clins d'oeil subtils. Des révoltes, des sagesses inconnues, des aphorismes. 
L'expression muette d'une part immergée de nous-mêmes. Un autre coeur qui bat comme une réminiscence.
Je dédie ce dernier volet de ma petite série parigote à un vrai amoureux de Paris et à la Lumière de ses jours.
A mon oncle Joe, maître incontesté de l'insolite pris sur le vif.
Et à tous ceux et celles qui ont aimé mes flâneries.


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Toutes les photos sont de moi, y compris celle de moi. ;-)
Musique : Bill Evans, peace piece.