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24 novembre 2024

Ces tâches que l'on dit ingrates

 
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Un beau merle brillant est venu se poser sur le bord de la bassine en fer blanc, sous les chênes. Après quelques gorgées d'eau fraîche, il a sauté tout entier pour s'ébrouer à grandes éclaboussures joyeuses.
Nous en discutions récemment, avec Françoise, les animaux passent de longues heures à leur toilette. Ils s'épouillent, se lissent, se lavent, s'aspergent, barbotent, s'enrobent de boue, comme dans les cures de thalasso, comme si la nature pourvoyait intelligemment à sa propre hygiène.
 Ils arrangent aussi leurs antres, nids, terriers, tanières, de façon à ce qu'ils soient confortables, et propres. A l'abri de l'eau, du vent, du froid... Réservant un endroit à part pour leurs excréments, les seuls déchets qu'ils produisent... Qu'ils sont ingénieux, nos amis que l'on appelle les bêtes ! Et écologistes pour de vrai, de surcroît. 
Le merle a terminé ses ablutions. Je le regarde s'envoler, pensive. Calme. Ravie. Ce matin, je suis restée en tenue de nuit, pour être à l'aise, et sexy, parce que j'aime bien lier l'agréable à l'utile, et que ça ne déplaît pas à qui de droit... Avec un peu de musique, et en se partageant le travail,  nous avons mis du bonheur dans nos gestes, de la joie à nettoyer, à ranger, à briquer, à faire étinceler la maison de la colline.  
Les purs esprits, ceux qui sont au-dessus de ces basses contingences,  ne font sans doute jamais le ménage, mais dans la vraie vie, la poussière, les microbes se nichent avec ténacité dans les moindres recoins (de l'espace). C'est leur rôle de poussière et de microbes. Le nôtre est de les déloger. 
Tâche ingrate ? Revenons à l'étymologie du mot, que diable !
 In-grat, « signifie littéralement privé de gratitude, se dit d'une chose qui ne dédommage guère de la peine qu'elle donne, de l'effort qu'elle coûte. »
Mais c'est tout le contraire ! Ce contentement que l'on éprouve quand on a entretenu son lieu de vie, rendu aux vitres leur transparence, tendu des draps frais et parfumés, chassé les transhumances de moutons sous les meubles, et joué les soubrettes un plumeau à la main, ce contentement béat nous remplit de gratitude. 
Je repense au film « Perfect Days » dans lequel un Japonais trouve sa sérénité et son équilibre dans l'entretien quotidien des toilettes publiques. Quelle leçon ! J'ai adoré.
Je propose que désormais, l'on parle plutôt de tâches gratifiantes. C'est important, la couleur que l'on donne aux choses.

J'ai remis mes chaussures à brides. L'air est doux pour une fin novembre, je vais faire un tour dans le jardin, avec ce sentiment du devoir accompli qui donne la banane. Puis je rentrerai trinquer à l'amour, à la vie, et au balai à franges.

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Pour l'atelier du Goût.


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18 novembre 2024

Eternelle impermanence

 
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Cette statue du Square Nadar m'a rappelé (s'il en était besoin) que l'on a plusieurs vies. Dans une de mes nombreuses anciennes vies aventureuses, le Chevalier de la Barre fut le témoin muet de quelques délicieux égarements. Dans les bras d'une personne du sexe opposé, c'qu'on était bien ! C'était un jour où j'avais grimpé les escaliers de la Butte d'un pas léger de gazelle, le coeur gonflé à l'hélium, sous un ciel baignant Montmartre d'une sublime lumière à peindre. 
Les peintres, justement, étaient serrés comme des oiseaux sur un fil autour de la Place du Tertre. Une foule compacte, touffue, se pressait partout. Nous nous réfugiâmes, pour un moment hors du temps, sur un banc, peut-être même celui de la photo, je ne sais plus.
J'ai toujours aimé les bancs. Je ne sais pas non plus si le pigeonnier était déjà là, ou pas encore. 
La vie floute un peu les souvenirs, comme sur un vieux cliché du fameux Nadar. Mais les plus beaux n'en restent pas moins vifs, scintillant dans une jolie boîte en organdi. Avec de petits compartiments secrets, tendus de velours. Et des rubans. 
Ce passage-là était bien.
Durant toute notre existence,  c'est en vivant intensément le présent que l'on se fabrique des souvenirs bijoux, des souvenirs bonbons. Sans remords ni regrets.
A quoi sert de regretter ce qui n'est plus ? Tout peut tellement basculer en un instant... et le bonbon prendre soudain un goût de fiel.
Dans le village de mes parents, ravagé par la tempête Alex, des pans entiers de mon enfance se sont engloutis dans les flots furieux et boueux de la rivière. Le stade où mon frère passait la tondeuse (il est jardinier municipal), les courts de tennis où j'allais la bouche en coeur voir jouer mon amour transi de quinze ans, ( il en avait 27) la scierie et son enivrante odeur de bois, le pont du cimetière, et le chalet d'Edmée, l'amie d'enfance de ma mère. Le Clos Joli, une maison ravissante datant des années 20. Et le grand immeuble appelé l'Ecureuil, avec ses balcons en mélèze et sa jolie vue sur la rivière... Tout a disparu. Tout a été broyé, laminé, recouvert.
Bien sûr, la première fois que j'ai marché dans ce chaos désolé de pierres et de ferrailles, à l'emplacement exact où quelques semaines auparavant se trouvait encore la maison de ma cousine, j'étais si bouleversée que j'ai trébuché dans les cailloux, m'écorchant (ou devrais-je dire m'épluchant ?) tout le côté gauche, de la cheville à l'épaule. L'effet papillon de la tempête Alex venait de prendre un tour cuisant et inattendu sur mon épiderme. 
Mais cette mésaventure m'a appris, une fois de plus, à relativiser, et qu'il ne sert à rien de s'attacher aux choses. Accepter cela, ce n'est pas se résigner, c'est vivre. 
Non, ce n'était pas mieux avant. C'était juste différent. Ce n'est jamais la même eau qui coule dans la rivière. 

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Pour la 200ème de l'atelier du Goût

11 septembre 2024

Encaustique et vieilles dentelles

 
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Ce qui m'attire l'oeil dans ce tableau, c'est la chaise. Que fait-elle là, au bord de l'eau ? Il est pourtant bien plus agréable de se poser le cul dans l'herbe tendre comme dit la chanson. Et pourquoi une seule chaise ? La fille reste debout pour pêcher, quand le gars est assis. Il se la joue, avec sa gaule deux fois plus grosse. Une représentation des rapports homme-femme qui sent un peu la naphtaline, n'est-il pas ?
Certains tableaux impressionnistes ont gardé un charme puissant à travers les âges, j'en suis la première émue. Celui-là ne me procure aucune émotion. La chaise m'obnubile. Comme si elle était en réalité le personnage central du tableau.
Enfin, tout cela pour dire que cette chaise, sans aucun doute, a dû se retrouver un jour ou l'autre dans un bric-à-brac de vieilles choses, pieds vermoulus et cannage percé. 
Je dois vous avouer, lecteurs chéris, que j'ai toujours eu une aversion prononcée pour les magasins d'antiquités, et les brocantes.  Les Puces me donnent des démangeaisons, et chiner est pour moi un supplice chinois.
 L'odeur de ces vieux meubles, généralement marron foncé, mélange de cire à la térébenthine et de moisissures dues à des séjours prolongés dans de sombres caves ou greniers, cette odeur m'est insupportable. En les voyant, je me prends à imaginer systématiquement leur donner un coup de peinture, un coup de moderne. Un bon relooking, comme on dit maintenant au grand dam des adorateurs de l'armoire normande en orme massif. (Qui, soit dit en passant, ne vaut plus tripette, selon l'implacable loi de l'offre et de la demande)
Il reste que les livres jaunis, les tissus élimés des sofas, les tentures miteuses, les parquets qui craquent, les pots en étain, les napperons, les lampes à huile, tout cet attirail suranné et empesé des siècles passés me donne la nausée. Je ne m'explique pas (si ce n'est par cette hypersensibilité olfactive à l'odeur de renfermé) ce dégoût pour les vieux objets. Peut-être faudrait-il remuer le tréfonds de mes souvenirs enfouis, et même refoulés, pour trouver réponse. L'enfance est le creuset bouillonnant de nos émotions d'adultes. Il s'y forge nos goûts et nos dégoûts, aussi forts les uns que les autres.
Les bestioles empaillées des musées d'histoire naturelle me provoquent le même sentiment de malaise. Comment s'extasier devant des dépouilles de bêtes mortes, je vous le demande ? 
Moi ce que j'aime, c'est le parfum subtil des cahiers et des livres neufs, des tissus bien blancs, de la peinture fraîche, de la lessive qui a séché au grand vent. J'aime les meubles clairs, les plantes vertes, les carnets encore vierges d'écriture, qui sont comme des pages ouvertes sur l'infini de l'avenir. Et les tableaux qui m'émeuvent. Dans mes propos, aucun jeunisme ou racisme anti-vieux. Je serais mal placée, moi qui balance entre deux âges au point de basculer bientôt dans le suivant...
A plus de quatre-vingt-dix ans, ma grand-mère avait la télé en couleur, « parce que la vie, c'est la couleur, et que le noir et blanc c'est vieillot » Elle aima jusqu'au bout s'apprêter, se coiffer, s'acheter des vêtements neufs et vivre dans un intérieur propre et clair. Elle disait que c'était un respect qu'elle devait aux autres comme à elle-même. Ses cheveux de neige sentaient l'ambre et ses joues la poudre de rose. Et elle n'aimait pas les vieilleries. « Déjà que je suis une vieillerie moi-même » disait-elle avec un éclair d'humour dans son oeil toujours vif.
Elle était à part, ma grand-mère.


Pour l'atelier du Goût.





26 novembre 2023

Art

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- Tu vas vraiment accrocher ce tableau dans ton salon, au-dessus de ton canapé ?
- C'est un Tuschman.
- Et alors ?
- Tu ne comprends rien à l'art, mon pauvre Serge. Un Tuschman, tu réalises ?
- Vois pas. Inconnu au bataillon.
- Ton inculture me navre, mon pauvre ami.
- D'abord, je ne suis pas ton pauvre Serge, ni ton pauvre ami. Mon compte en banque se porte très bien, je te remercie. Et puis je te le dis tout net : ce serait un Gauguin, un Renoir ou même un Antrios...Je te dirai la même chose. Ce tableau me fiche le cafard. Les deux, là...M'est avis que la nuit n'a pas été folichonne. Ça sent le couple qui se délite. Le petit matin glauque.
- Mais pas du tout, mon vieux. La fille est sublime. Et le gars a bien de la chance.
- Sublime...je ne dis pas non. Mais d'une tristesse ! Regarde ses épaules : elle porte la lourdeur du monde, cette fille, ça me plombe.
-Tout au contraire : elle reste rêveuse, encore sous le charme de cette délicieuse nuit d'amour...
-Tu as toujours été d'une naïveté, mon cher Marc ! C'est incroyable de ne pas sentir ces choses-là. Ton Tuschman, là, laisse clairement deviner son message : la vie est un tue-l'amour. Voilà un gars qui a dû avoir une vie sentimentale désastreuse.
- Pourquoi es-tu toujours aussi cynique, Serge ?
- Mais non, regarde le type : il porte un marcel blanc, et un falzar de mauvaise coupe. Je suis sûr que sa ceinture est en simili. C'est un loser, elle va le quitter. Ça ne fait pas un pli, contrairement aux draps...Quel mauvais goût, ce lit froissé ! D'ailleurs tout dans cette chambre respire le vulgaire. Jusqu'à la cuvette des...
- La fille a de la classe, admets-le. Sa peau diaphane, sa chevelure rousse...Un certain port de tête un peu alangui...
- Tu veux mon avis : tu aurais aussi bien pu te payer un poster de Deborah Kerr...Tu as acheté ce tableau juste pour elle, aie l'honnêteté de l'avouer...
- Oui, en partie. J'ai toujours aimé les rousses flamboyantes. Mais pas seulement. L'étude de la lumière est intéressante, non ? 
- Je te l'accorde mollement. Le soleil levant à travers les vitres sales d'un hôtel sordide est bien rendu...Pas de quoi crier au génie, néanmoins. On est loin des maîtres flamands. Et tu l'as payé combien, ce Rembrandt de monoprix ?
- Deux cent mille.
- Deux cent mille ? Haha ! Marc, ce n'est pas vrai ?!
- Deux cent mille, mon cher Serge. C'est un Tuschman.
- Tu as payé cette croûte deux cent mille ?
- Pourquoi dis-tu « cette croûte » avec ce petit air méprisant que tu prends quand tu montes sur ton piédestal ? De quel droit te permets-tu de parler de croûte avec ce rire sardonique ? Tu me blesses profondément !
- Du droit que j'ai d'être ton ami et de te parler franchement. Ce Tuschman est un barbouilleur, un peintre de seconde zone, qui imite Hopper, et qui plus est, l'imite mal. 
- Ah parce que tu connais Hopper, maintenant ? Soudain, je te découvre un goût pour la peinture...c'est fort de café.
- Eh bien oui, mon vieux, au risque de te décevoir, j'ai un peu de culture, quand même.
- Peut-être. Mais tu manques sérieusement d'ouverture d'esprit, c'est désolant.
- Ah ?  parce que ce pauvre huis-clos de fin de liaison fétide, dans un appartement minable sur la soixante-douzième avenue, ça t'ouvre l'esprit ? Ça t'a ouvert le portefeuille, ça, c'est certain. Un trou béant. Pour le reste...
- Pour le reste, nous demanderons à Yvan ce qu'il en pense...
- Il sera d'accord avec moi. 
- Je n'en suis pas si sûr...

***

Chuuuut ! Laissons-les continuer à se chamailler. En matière d'art, le consensus est une vue de l'esprit, mais n'est-ce pas mieux comme cela ? Les goûts et les couleurs disait ma grand-mère...
Yvan ne se sortira pas de cet impossible arbitrage entre ses deux meilleurs amis...
Toute ressemblance avec des personnages que vous connaissez peut-être, n'est pas du tout fortuite et complètement voulue.
Pardon à Yasmina Reza de m'être librement inspirée de sa célèbre pièce pour ce devoir du Goût. 
Et si vous ne la connaissez pas, c'est un pur moment de théâtre.
Vous avez 1h27 devant vous ? Foncez ! C'est ICI. Avec l'interprétation de trois géants, Vaneck, Arditi, Lucchini.



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18 septembre 2023

L'admiration



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Quand je te sens sortir du lit, dans la pénombre, tu es nu. Vêtu de ta seule probité candide. Je ne puis empêcher mes yeux de s'attarder sur les courbes de ton corps. Tes fossettes secrètes, la plaine de ton dos, le velouté de ta peau. C'est un voyage du regard, étonnant à chaque fois. Comme si je te découvrais.  Je te trouve beau. Beau à tracer des coeurs sur la buée des miroirs, beau à me tordre le cou pour continuer à t'apercevoir même quand tu disparais à moitié dans la salle de bains. Ta peau est attirante, caramel, tentante, douce amère sucrée, comme tu es fondant de naturel quand tu te balades sans pudeur dans le plus simple appareil ! Puis, pour descendre sur la terrasse,  tu daignes enfiler un de tes caleçons qui te vont si bien, et je te trouve beau. 
Quand tu verses le café tout frais et tout chaud pourtant, tu me fais rire dès le matin, par une de tes facéties qui brillent comme de petits grains de sel mouillés de rosée. Et là, je vais t'étonner, je te trouve beau.
Soudain tu réapparais avec la chemise que je t'ai offerte, celle avec le liseré bleu pâle, et ce pantalon de toile beige à la coupe parfaite. Ça y est, tu es habillé, tu sens bon, et si tu rajoutes la veste italienne avec sa pochette de satin, celles que nous avons achetées à Côme, je vais te trouver encore plus beau.
Quand tu souris, quand tu es sérieux, quand tu pleures ou quand tu dors, je te trouve beau dedans comme dehors. Quant tu m'emmènes, quand tu m'envoles, ou quand je pointe les étoiles de l'âme et du doigt. Tu abolis les heures, et je tiens la lumière entre mes mains.
Mais je t'aime aussi en bûcheron, de la sciure plein les poils des bras, en cuisinier, la sueur perlant au front devant le four, ou les mains barbouillées de boue, ou quand tu rentres du tennis, essoré et ravi, précédé d'une odeur de fauve. Je te trouve beau quand même. 
L'admiration, c'est le berceau de l'amour.


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Pour l'atelier du Goût

27 mars 2023

Sombres héros et mantilles

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Ici aujourd'hui, c'est Paris. Trottoirs mouillés. 
Le temps comme un crachin d'automne égaré en avril. 
Le jazz gris des rues écorche l'âme de sa plainte. Un vieux saxophone usé essaie de nous tirer vers hier. C'est fou, cet attachement viscéral au passé, aux choses anciennes.
Moi, les yeux rivés sur demain, je rêve de ciels nouveaux. 
Dans ma tête déjà se dessine le trajet, Aguilar, Quéribus, et Lastour, et Saissac, au bord de l'autoroute quand le soir descend. Histoire de vérifier si les Chevaliers Cathares pleurent doucement. Jusqu’au au coeur de la Montagne Noire, là où les arbres et le ciel se rejoignent, aux rives du lac des Montagnès.
Plus loin, Toulouse et sa brique rose, ses Minimes, et Claude, qui boxe et percute mon coeur, travelling panorama sur mes hanches. Je danse. Adieu, la petite fille en pleurs dans cette ville en pluie, mon horizon déjà arrive à Perpignan. Mon horloge s'affole. Sa gare est le centre du monde, déclare un peintre célèbre. Suivons ses traces, Elne, Argelès, Collioure, l'air sent la mer, les embruns, les emblonds, sans ambages, et le sable en avalanche. Le sourire de mon amie Flo. Une amie de longtemps.
Tiens, soudain, l'air sonne différent, tout chargé de sardane et de fandango. C'est là que j'ai passé la frontière, sans m'en apercevoir. 
Cerbère, Figueiras, Gerone, Lloret de Mar et enfin Barcelone, la ville aux cent visages. A moi, Gaudi, deux mots !
Poussons encore au sud. J’imagine l'éclat pur d'un ciel baigné d'ailleurs. Une surprise des sens. Un petit port qui tangue au bout des champs d'oliviers. Une amie qui m'attend, bras ouverts, pour me faire visiter son paradis. 
Je vous laisse un moment les amis. L'Espagne m'appelle. Je pars demain.
On est passé à l'heure d'été, mais pour moi, c'est l'heure d'Ibère.

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Pour l'atelier du Goût.
Merci à Francis, Georges, Claude, Salvador, Antonio et quelques autres.


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19 mars 2023

Où l'on fait apparaître une analogie entre un tableau et un célèbre roman du XIX° siècle. Et les réflexions qui s'ensuivent.

 


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Ce sont sans doute mes lointaines affinités génétiques avec les Grands Bretons (même s'ils nous ont fait perdre le Tournoi) qui m'ont tout de suite fait penser, en regardant ce tableau de Spitzweg, à ce roman extraordinaire de Charles Dickens que j'ai dévoré vers l'âge de douze ans. (Je m'en souviens, j'étais en quatrième) 
Une histoire protéiforme et picaresque intitulée « Les Aventures de Monsieur Pickwick ».
Les rouflaquettes, le haut-de-forme, la canne et surtout l'embonpoint du personnage contribuent évidemment à cette évocation. 
Dans le tableau, les personnages féminins, mère et fille, semblent, elles, tout droit sorties d'un roman de Jane Austen... Ah...Jane Austen, ses capelines enrubannées de satin et ses célèbres « Orgueil et Préjugés », j'en aurais tant à dire...mais je ne voudrais pas me disperser.

Cette panse, donc,  magnifiquement rebondie sous la culotte de soie, empêchant le gilet de se fermer, telle était la caractéristique physique première de Monsieur Pickwick. Il est bien possible qu'Alfred Hitchcock eût nourri, pour cette bedaine, par mimétisme abdominal, une admiration secrète...
Quant à son caractère, sur la toile on peut lire à son propos : 

« Paradoxe vivant, cet homme d'affaires à la retraite, donc en principe averti, qui plus est observateur scientifique, se posant en représentant sincère de l'expérience et de la sagesse vécues, possède en réalité l'innocence et la naïveté d'un enfant que  sa bonté innée rend incapable de voir le monde autrement qu'en termes bienveillants et optimistes à l'extrême. » 

Voilà sans doute ce qui me plut d'emblée dans ce Don Quichotte so british,  rubicond et débonnaire. Un personnage sans aucune méchanceté. Ça n'est pas si souvent en littérature.
Ses aventures ébouriffantes sont impossibles à résumer. Elles entraînent le lecteur dans un étourdissant périple, brouillant les pistes, rajoutant des histoires et contes secondaires au fil de l'imagination foisonnante de leur jeune auteur. Un de ces livres que l'on lit avec le plan des personnages à portée de main. Pour s'y retrouver.
Il faut dire qu'avant de devenir officiellement son premier roman, ce fut une sorte de feuilleton (on ne disait pas encore série) publié dans un journal, un peu comme pour Eugène Sue et ses Mystères de Paris. Dickens acquit à l'âge de vingt-cinq ans une maîtrise littéraire et une notoriété sans faille. 
En relisant quelques pages des « Papiers posthumes du Pickwick Club » , qui est le titre  anglais, je suis encore impressionnée par le niveau de langage, la richesse du vocabulaire, les tournures de phrases. Et la poésie aussi. 

« Le soleil, ce ponctuel factotum de l’univers, venait de se lever et commençait à éclairer le matin du 13 mai 1831, quand M. Samuël Pickwick, semblable à cet astre radieux, sortit des bras du sommeil, ouvrit la croisée de sa chambre, et laissa tomber ses regards sur le monde, qui s’agitait au-dessous de lui. » 


Je me demande quel enfant de douze ans pourrait encore lire Dickens, même dans une version expurgée. Je n'en tire pas de gloire exagérée (même si j'avais quelques facilités, aux dires de mes professeurs) : la lecture était notre youtube, notre netflix, notre instagram. Le livre notre laptop, notre tablette, notre smartphone. 
Lire, c'était l'Alpha et l'Omega.

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J'ai même retrouvé l'édition de mon enfance.




Pour ceux qui voudraient le (re)lire, c'est ICI. Et
Pour l'atelier du Goût, que je remercie de nous faire le cadeau de ne pas arrêter.








23 janvier 2023

Petit matin

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Huit heures. Dans une odeur de lavande et de nuit, elle s'extirpe lentement du lit. Le jour vient de la cueillir au saut de son dernier rêve.
La couette vibre et se soulève du sommeil de l'Autre. Elle ressemble à un gros ours blanc qui hiberne, roulé en boule sur la banquise du matelas.
La matinée s'annonce claire, dehors la gouttière a sous le nez des chandelles de glace. En bas, sur l'herbe frisée de neige, des boules d'oiseaux gonflent leurs plumes pour lutter contre le vent d'hiver. Ils sont si mignons avec leurs petits yeux noirs résignés. Deux grains brillants de réglisse piqués dans une touffe de duvet orange ou bleu.
Elle s'observe dans le miroir. Chaque petit morceau de son corps est parcouru de frissons qui ondulent sous l'air frais de la chambre. Elle caresse ses hanches, son ventre. Elle s'étire en ronronnant, les bras en couronne vers le plafond.
Elle a mis du temps à apprivoiser ses formes. Depuis que son quotidien ne grince plus comme un vélo rouillé, chaque matin lui met du baume aux lèvres. Elle sourit. Elle a appris à aimer ce corps, ses déchirures, son histoire de vie. 
Sur le tapis, la couverture d'un magazine vante « les bienfaits de dormir nu ».  Elle sourit encore. C'est vrai que la peau est plus douce quand on la frotte à une autre peau.
Là comme ça, dans la pénombre de cette aurore hivernale, elle trouve qu'elle ressemble à un tableau naturaliste de la belle époque. Du style d'Emile Friant. 
Friant... Avec un nom pareil, elle imagine un gourmand, un épicurien de belles choses, un type « friant » de vie, quoi...
Elle descend en tenue d'Eve préparer le café, faire griller le pain. La vie est là, toute entière, dans ces deux bols qui luisent sur la nappe, dans ces gestes simples. Les bols attendront cinq minutes, sagement posés au clair de la table. Peut-être même dix minutes, ils se raconteront leurs vies de bols.
Elle retourne se glisser dans son igloo de plumes, pour dix minutes. Ou un peu plus...

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Pour l'atelier du Goût



19 décembre 2022

Hiberner




« Rome ne s'est pas faite en un jour »
        Luca Manzoli (1331- 1411)





 
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Je n'ai rien oublié de mon voyage à Rome, il y a un an. Serrée contre toi sur notre vespa d'occasion, cheveux au vent, je sentais couler sur moi des millénaires d'histoire, chargés de drames, de conspirations et de beauté figée. Je sentais ton amour se mêler à celui de ces vieilles pierres étonnées.
L'air doux du Lazio, la transparence céruléenne de ce ciel incroyable, m'accompagnent agréablement,  en ce jour où le plomb qui bouchait l'horizon de décembre fait place à un rayon de soleil, et où le givre sur mon coeur fond peu à peu. Je me surprends même à sourire aux anges.
Il en faut du temps, pour avaler, digérer et que se tiennent à carreau les as de trèfle qui piquent notre coeur.
Ma délicieuse prof de yoga, petit bout de femme souple au-dehors comme au-dedans, fait entrer la sagesse chinoise au coeur de ses cours. Je l'adore. C'est elle qui nous a parlé de la vertu de l'hibernation. Ce moment où le yin prime sur le yang, cette période où l'on a crucialement besoin de chaleur, de moelleux, de calme et de clémence envers soi-même. 
Notre folie occidentale oublie que notre corps doit se poser, annuellement, et n'être point trop sollicité. Or, au solstice d'hiver, on court en tout sens, on s'agite, on se frite, on s'étripe le coeur au nom de la tradition...On se maltraite. C'est pas bon, tout ça.
Et bizarrement, on prend des vacances en été, le moment où le corps serait le plus apte à l'action, et à l'entreprise d'un renouveau...
J'ai la chance de savoir rebondir sur les difficultés, et une belle aptitude à prendre du recul. Ce temps hiémal s'y prête. La nature donne l'exemple. Mon âme est comme le jardin, ce matin : en sommeil. Mais riche de promesses d'un printemps qui reviendra. 
Et je repense à la belle maturité de ma fille qui, du haut de ses treize ans, me dit un jour avec une bouleversante candeur : 
« Mon plus beau cadeau de Noël, c'est de regarder un dessin animé de princesses avec toi, sous un plaid, avec un chocolat chaud et le sapin qui clignote ». 
Tout est dit en quelques mots. Cette belle jeune femme que j'ai enfantée a dû être un bonze dans une autre vie.


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Pour l'atelier du Goût.

21 novembre 2022

Paris s'éveille

 

“Dans le silence des rues et du black-out qui tombait en hiver vers cinq heures du soir et pendant lequel la moindre lumière aux fenêtres était interdite, cette ville semblait absente à elle-même.”
Patrick Modiano





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 Et on voudrait que je sourie... Et pourquoi pas éclater de rire pendant que vous y êtes ? Vous souririez, vous, dans ma position ? Remisée à gratter un trottoir à la raclette, pour que les petits vieux du quartier ne s'escampent pas la gargoulette sur le verglas ?
 Même pas eu le temps de me changer après ma nuit au Pink Paradise, à me déloquer devant des michetons exophtalmés pour un salaire à peine plus décent que ma tenue. Et je ne vous explique pas la panne de chauffage. A croire qu'ils ne savent pas ce que c'est que de se retrouver en tenue d'Eve dans les courants d'air de l'arrière-scène d'un cabaret miteux, j'avais les miches surgelées, les roberts comme deux petits icebergs émergeant de la fumée artificielle...Paradise...Tu parles ! L'enfer oui.
Les escarpins à boucles, c'est pas vraiment la tenue idéale pour déneiger. Attention, virez vos meules, messieurs-dames, la reine déneige ! La reine des pommes, oui. Qu'est-ce qui est passé dans la tête de mon psychopathe de patron, de m'envoyer sitôt arrivée me geler sur le bitume ? J'ai juste eu le temps d'enfiler le bonnet de Suzy, un affreux bonnet à oreilles qui me donne une tête de mouton égaré du troupeau. Faut dire, il est moche, mais bien chaud. Manquait plus que la neige. Enfin, ce qu'on appelle neige à Paris,  un infâme mélange d'eau glacée, de boue et d'hydrocarbures puants. Soi-disant que le climat se réchauffe...
Ça va être encore une belle journée de mince, comme dit un ami à moi qui adore les litotes. Et qui déteste avoir froid.

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Pour l'atelier du Goût, qui aime nous faire raconter des histoires.



23 octobre 2022

Aujourd'hui, à Angers

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Ma lointaine tante Rose habitait à Gigaro, une incroyable maison environnée de pins parasols géants. Leurs troncs noueux et leurs larges ramures semblaient la protéger de tout, telles des mains gigantesques.
La maison de Rose n'était pas au bord de la mer, non, elle était comme posée dessus. Les flots venaient lécher sa façade de granit blanc, et il n'était pas rare, par gros temps, que Rose dût s'armer d'un balai brosse pour refouler les laisses de mer jonchant le carrelage de l'entrée. Rose aimait la lumière, surtout le soir quand le ciel du couchant nimbait de pourpre les Iles du Levant. Elle ouvrait alors en grand la « porte de la mer ». Rose avait l'immensité pour jardin.

La vie m'a légué un peu de Rose au fond de moi. Comme elle, il me faut de l'espace, du vent, croiser le chemin fougueux des éléments, et me relier à la nature.
Comme elle j'aime la mer, et les fenêtres largement ouvertes sur un bel ailleurs. Les rêves sans limites et la force des soleils intérieurs. Ces feux qui nous rendent ardents et espérants. 
Voilà pourquoi ce tableau me parle. Surtout aujourd'hui, dans le cocon tissé-serré de ma famille retrouvée pour les vacances. Autour de ce besoin urgent de reconstruire la joie après le drame.
La ronde des jours cavalcade autour de nos têtes étourdies, le temps déroule son ruban imperturbable, et rien ne ressemble à demain. Puisque l'on ne sait rien.
Tout ce que l'on sait, dans ce manège, c'est que tout passe, tout change, tout virevolte et nous échappe. Il faut s'agripper au bastingage des bons moments, pour supporter les coups de vents force dix. Et puis le calme revient,  comme si rien, jamais, ne s'était passé d'inquiétant ou de tragique.
J'aime ce côté changeant de la vie, qui souffle, tel un ciel de traîne, des nuages noirs et des embellies radieuses.
Je les entends étaler les cartes d'un jeu de société, avec des rires de connivence, cependant que j'écris, un peu à l'écart de leurs joutes. Il y a mes fils, deux de leurs cousines, leur père et ma belle-fille. Les petites sont couchées. Le vent de l'océan bat aux carreaux, plein de fougue et de fraîcheur.
Toi, tu es loin, là-bas, dans ton lagon bleuté aux franges de corail.
Mais je sais que tu es là, tout près, dans l'infinie respiration du ressac. Et que dans l'air chargé d'écume, par la magie des ondes, une merveilleuse nouvelle a déjà franchi les huit mille kilomètres qui nous séparent. J'en suis toute estransinée : une petite graine de bonheur supplémentaire éclora en avril, plume d'ange en son berceau. 
Souvent, il suffit d'ouvrir les bras pour redessiner l'horizon et le ciel.


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Pour l'atelier du Goût.

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24 juillet 2022

Le Baiser






Toute ressemblance...etc...etc




 
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Vous ai-je dit que, du temps de ma jeune splendeur, j'ai eu une histoire avec un garçon, étudiant comme moi aux beaux-Arts ? Le jour où je l'ai rencontré, il hantait le Quartier Latin à la recherche d'inspiration. Il avait les yeux sombres, et beaucoup de charme, bien que semblant assez myope. Il n'avait pas ce côté agaçant des blancs-becs qui croisaient souvent ma route. Il avait quelque chose de lunaire, non, de stellaire qui me plut immédiatement. Une étoile dans le regard.
Moi, il me trouvait solaire, éblouissante avec ma peau laiteuse et mes cheveux roux attachés en chignon. 
Tant de coïncidences cosmiques auraient sans doute révulsé un esprit cartésien. Mais nous voguions dans ces sphères étudiantes douteuses, sulfureuses, mêlant philosophie, peinture et mal de vivre, dans ce pittoresque microcosme de sorbonnards et de quat'zarts souhaitant refaire le monde entre deux cigarettes, sur fond de new-jazz. Notre rapprochement allait donc de soi.
Il avait beaucoup de culture, de conversation, et d'humour, un humour caustique qui me jeta dans ses bras comme de la limaille sur un aimant.  Nous devînmes rapidement amants. C'était une époque libre et insouciante.
Dans la semaine qui suivit notre rencontre, il me donna rendez-vous au Musée Marmottan. On y donnait une intéressante rétrospective Klimt. Devant le splendide Baiser, ce kaléidoscope émotionnel d'or et de fleurs qui fit la gloire du peintre,  il me jura soudain, tout de go, n'aimer que moi et vouloir m'épouser. 
Etais-je assez imprudente pour succomber à ce genre de belle parole ? Que nenni. Je le rendis à sa liberté, non sans un léger regret tout de même. 
Mais j'avais eu bien raison de rompre, en fin de compte. Quelque temps après, je l'aperçus, rue Lepic, au bras d'une autre ravissante rousse, qui allait devenir la Lumière de ses Jours. 
Aux dernières nouvelles, il paraîtrait qu'ils soient toujours ensemble, tels les Bonnie and Clyde de la Blogosphère. Heure Bleue et Le Goût des Autres, ils se font appeler.

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Pour l'atelier du Goût, il fallait placer les mots suivants :

Attacher.- Sombre.- Éblouissant.- Kaléïdoscope.- Agaçant.- Douteux.- Imprudent.- Succomber.- Révulser. -Stellaire.



04 avril 2022

Partie de campagne

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Le ciel serait azur, d'un bleu de joie, très pur, avec ce qu'il faudrait de nuages nacrés pour draper le soleil dans une majesté. De fin d'été. Ou même de début d'automne, à cause des coucourdes et des potimarrons. 

- Oh oui, nous garnirions illico un panier d'un bon jambon de Parme et d'un vin d'Italie. 
- Je mettrais, à coup sûr, ma belle robe blanche...
- Moi mes éternels knickerbockers à carreaux. Et surtout, s'il faisait aussi beau que cela, je t'offrirais des roses. 
- Des roses ? Ah mais alors, ce serait plutôt mai. Le joli mois de mai. C'est bien connu, je l'aime. Evidemment, j'aime Paris au mois de mai. 
- C'est encore une de tes fichues citations... tu en vois des blés mûrs à Paris, ma chérie ? Et des coucourdes grosses comme la porte d'Aix, ça court la capitale ? Je te demande un peu...
- Et toi, tu vois des blés mûrs ou des potirons, au mois de mai joli, non mais quelle folie ?
- N' importe. Il ferait chaud, et voilà l'essentiel. Et si tu n'aimais pas les roses de la vie, je  cueillerais pour toi de grands coquelicots.
- Quand on les a coupés, ils s'écroulent, tu sais. C'est une fleur farouche aimant sa liberté...
- Laissons-les dans le champ, alors, tu as raison. Nous trouverions un coin, silencieux, bien à nous,  juste pour nous poser le cul dans l'herbe tendre. Ne sois pas horrifiée, c'est une citation. Tu n'as pas, tout de même, je suis bien informé, l'exclusif monopole de l'extrait musical. Il ferait très beau voir, comme dirait Simone. 
- Laissons-là ces broutilles et ces calembredaines. J'aurais l'âme lyrique à contempler tes muscles, dessous le fin tissu de ta chemise neuve. Celle que je t'aurais achetée chez Prisu. A moins que chez Harrod's ils n'aient prévu des soldes. Une chemise blanche, d'un blanc immaculé, profond, comme tu aimes...
- J'aime surtout, en sus de ton âme lyrique,  découvrir ton corps fou sous ton fougueux corsage...
- Héros de mes nuits blanches et de mes jours de feu, j'humerais ton parfum de paille et de benjoin, de serpolet, de musc... Ah ! Quelle volupté !
- Je te renverserais dans le sainfoin, ma chère, in naturalibus, pour un peu d'escalade sur ton mont de Vénus. 
- Ta chemise si blanche, vite, je la verrais aller faire de l'ombre aux grillons ensuqués, découvrant ton beau torse au bout de mes doigts fous.
- J'effeuillerais  tous tes jupons l'un après l'autre, jusqu'à ton Graal, ta source, ton trésor, ton joyau...
- Le panier volerait sous nos ébats sauvages...
- Ah non ! Perdre un bon vin, n'y pense même pas ! Plutôt le boire, enfin, pour sublimer l'ardeur que donnerait la fièvre à nos coeurs enivrés...Et, les flancs tout piqués de luzerne et de roses, gémissant, ahanant, dans une apothéose...
- ...Enfin ! tu cueillerais ma suave pâquerette, et moi ton doux pistil.
- Alors j'exploserais, sous ce ciel moucheté de rêves z'et d'insectes, épuisé mais heureux...
- Et moi, épanouie, ruisselante et ravie, je viendrais te rejoindre en ce feu d'artifice, ondulant, tels les blés, sur ton corps tout tremblant...


-Oui mais il neige, amour. Il fait un temps de gueux.
Le thermomètre flirte avec les négatives.
Remets du bois dans le foyer, j'étends la couette.
La partie de campagne va attendre un peu.

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Pour l'atelier du Goût