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05 septembre 2020

Hey Joe !

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Effet créatif sur le port de Sète







En arpentant les pelouses vert émeraude du parc du Thabor, à Rennes, sous les grands arbres centenaires agitant tendrement  leurs frondaisons tutélaires pour préserver du crachin les amoureux des bancs publics, je cherchais du regard la silhouette familière d'Oncle Joe.
Mais celui-ci avait mis la clé sous la porte pour aller respirer l'air marin breton. Autant dire que nous nous sommes croisés sans nous voir. D'aucuns y verront le doigt du destin...ou la main du hasard. J'y ai vu une occasion de lui rendre un hommage appuyé et néanmoins mérité.
Ah ce cher Joe ! 
S'il me fallait résumer le personnage en quelques mots je dirais... « concentré de bonne humeur ». Ou bien « remède contre la morosité ». A consommer sans modération. Il se présente lui même comme « poète à ses heures et photographe à seize heures trente »... Le ton est donné.
En réalité, je crois que, tel un Obélix moderne, il est tombé dans la marmite de la joie de vivre, à moins qu'il ne soit arrivé dans ce bas-monde nanti de son nez rouge de clown sur sa bouille réjouie. 

Joe est un touche-à-tout effervescent. Un amoureux de la photo, de l'aquarelle, de l'art décalé, un roi de l'oulipo, des jeux de mots, des logorallyes, des collages déjantés, des spectacles de rue. Un dessinateur doublé d'un poète friand de surréalisme : Queneau, Breton, Prévert, Magritte mangent à sa table presque chaque jour. Rimbaud est son pygmalion, son étoile à la Grande Ourse.
 Il traque la poésie dans le banal et le quotidien, les rues, les vitrines, les rassemblements divers ( et d'été) et ma foi il y réussit fort bien ! L'insolite surgit partout sous le regard aiguisé de lui-même et de son Nikon, et hop ! il met en petite boîte des milliers de clichés qu'il s'amuse parfois à modifier pour les rendre encore plus scintillants, fantasques, irisés, mordorés ou carrément psychédéliques...jusqu'à ressembler à des tableaux d'une beauté singulière.
Sa fièvre d'écriture le mène à échafauder des histoires foisonnantes, où les dragons dament le pion aux belles dames du temps jadis. Où des flics de série B style années cinquante croisent les plus étonnants héros de l'ultra moderne platitude, tels Jean-Emile Rabatjoie ou Augustin Traquenard.  

Et puis c'est aussi un fou d'échecs,  un mordu du gambit et de la diagonale, d'où son nom, Joe Krapov, en hommage anagrammatique à un fameux champion russe... Où va l'amour du jeu ? Jusqu'à avoir épousé une certaine Marina Bourgeoizovna. Quant à Isaure Chassériau, et Maïck la Conteuse, il me serait trop long d'expliquer le rôle qu'elles jouent (si ce n'est celui de fil rouge) dans la vie trépidante de cet oncle putatif (ce qui, comme aurait dit le grand et regretté Desproges, ne signifie pas que le susdit oncle entretienne un commerce un peu rapide avec des dames de petite vertu.)
Mais surtout, surtout, Oncle Joe est un musicien dilettante de la meilleure espèce : de ceux qui adorent gratter la guitare ou le ukulélé, juste pour le plaisir, les boeufs entre copains, le jazz, les impros, les montages audacieux sur youtube.. Quand je vous dis qu'il sait tout faire ! Et Brassens. Ah ! Brassens...
Bref, Joe est un énergumène qui ne se prend pas au sérieux. Un baladin, un saltimbanque des blogs. Je vais vous faire une confidence : je l'adore ce tonton sorti tout droit d'un imagier facétieux et plein d'irrévérence. Par l'étang qui court, ne pas se prendre au sérieux, je vous le dis, en un mot comme en cent, c'est une fortune.

Pour les curieux, les krapoveries, c'est ICI.
Sinon, on l'aperçoit quelque part dans cette video, à laquelle il m'aurait tellement plu de participer...


17 avril 2020

Road trip



Toute ressemblance avec la vraie vie est parfaitement plausible.





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En ces temps troublés comme une anisette par de l'eau d'Evian, où le mot d'ordre est de rester chez soi, on en est réduit à voyager par procuration, en s'inventant des roads trips de calebasse. 
En un sens, c'est pas plus mal : on a l'hydrocarburogramme plat, ça nous coûte peanuts, et les piafs nous disent merci. Les voilà qui réinvestissent les parcs, faisant frétiller les frondaisons de leurs trilles guillerettes. Tu m'étonnes ! Cinquante ans au moins que le ciel n'avait pas été si bleu.
Guillerette, je le suis tout autant quand, profitant d'un petit zeph printanier, je décide de troquer mes pelures d'hiver contre la seule chose qui tourne sur terre : une robe légère version Souchon. J'ai un rencard de première, à ne pas louper. La lumière du soir est plus rasante qu'un discours électoral.
Soudain, apparaît en pétaradant comme de juste, une splendide torpedo Panhard et Levassor, magnifiquement surmontée d'un bel homme tirant sur le blond et sur une cibiche qui volute comme dans les films des années 50. Je reconnais Bleck. 
- Allons boire le dernier de la journée, je crève de soif depuis le temps que je m’aiguise la menteuse sans mouiller la meule ! lui dis-je en souriant.
Attends, ma libellule, attends, j’ai des projets plus ambidextres pour toi, qu'il me répond.
Et nous voilà embarqués sur la route de Madison, via le boulevard du Rhum. 
- Il me faut faire Allemande honorable, dit-il en souriant. Ça fait cinq ans que je te dois un resto, alors cette fois, je me suis dit ne reculons plus, sautons. Enfin si je puis me permettre cette expression hardie autant qu'osée... Ça fait cinq ans que je me dis que je vais franchir des Himalayas de réprobation, et annapurniser dans le désenchantement... Alors aujourd'hui : alinéa jacte à l'aise ! je t'emmène chez Eugène manger des frites.

Au carrefour des Etoiles, deux clampins traversent devant lui sans regarder. Il pile. 
- Toujours pareil, quand on algarade en ville, les badauds pullulent comme cellules en tumeur ! s'écrie-t-il. 
Et je vois bien que ça le met furinx. Il émet quelques bouts de râle, il ferre de lance, il abordage...puis reprend son sourire ultra brite. Tout en gouaillant, je fais gaffe parce que si cet olibrius prenait la fantaisie de m’aligner un taquet, sûr et certain que ça ferait travailler mon dentiste.
Je pourrais avoir peur, s'il s'agissait de Jojo la défouraille, un loustic pas fréquentable, condamné à mort par accoutumance qu’on m’avait dit espadrillé en Amérique latoche.
Mais là, il s'agit du type le plus réglo de la blogosphère. Un chic type du genre de mon oncle Joe Krapov, qui dit toujours que « quand le respect de la gonzesse s'effiloche dans une nation, la débâcle n'est pas loin.» 
Et c'est ainsi que, de fil en conversation, nous sommes arrivés chez Eugène, après une cinquantaine de bornes de décoiffage décapoté. (Contrairement aux films des années 50 où pas un cheveu ne bouge malgré la vitesse) 
Il passe ses mains sur ma chevelure, blêmit, rougit, jaunit, verdit, violit, marronit (comme Saint-Laurent du), orangit, arc-en-ciélit puis reprend tant bien que mal sa couleur initiale.
- Bon on se le fait ce resto ? demande-t-il d'une voix gris clair.
- Vamos, amigo ! réponds-je, le palpitant en capilotade. Et je franchis le seuil de la caverne alibabesque, en pensant au pont de Noirmoutier.

•.¸¸.•*`*•.¸¸


A Bleck.


Quelques explications.
La consigne de l'atelier de Villejean aimablement proposée par le susdit Joe Krapov qui a peur qu’on s’ennuie pendant le confinement, se trouve ici. J'y ai découvert les oeuvres de Hopper croisées avec les personnages d'Hergé par un artiste talentueux nommé Xavier Marabout. Formidables !
Mon texte est émaillé de citations du grand Michel Audiard, en italique dans le texte.
Pour la petite histoire, mon ami Bleck avait organisé en janvier 2015, un concours dont le prix était un repas au restaurant. Il s'agissait de reconnaître un pont célèbre sur une photo.
Et j'ai gagné, grâce à ma suréminente perspicacité. Depuis, j'attends mon prix avec une impatience non dissimulée. Voilà, voilà. Vous savez tout  ;-)