Enfants d'Espagne

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14.6.25

ÉVIDENCE

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Reconsidérer les évidences, repartir d'elles, profondément.  

• Photo extraite d'une vidéo prise le 9 juin à San Francisco



27.9.24

PETIT TRAITÉ DE COSMOANARCHISME de
JOSEP RAFANELL I ORRA


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"Vous êtes ici" nous intime le point rouge sur la carte géographique sur le panneau de ville, là où la foule mécontente chante "On est là". Toutes les étagères de la "société" qui s'est prise pour le monde ne suffisent plus à la cruelle illusion du délabrement comme quotidien. Le Livre de Josep Rafanell i Orra Petit traité de cosmoanarchisme publié l'an passé d'avenir (éditions divergences), n'est pas un guide, mais l'indication de quelques boussoles de "l'inépuisable virtuosité des modes d'existence relationnels" sensibles de toutes sortes de loisibles à (re)découvrir où "la bifurcation importe davantage que la signification qui invite à une 'prise de conscience' de ce qui est".
 
 

21.8.24

LA LUTTE PAS TRÈS CLASSE
PAR DAVID SNUG

 

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Les temps que nous vivons, aussi absurdes que souffreteux, sont évidemment un sujet de pointe pour David Snug, épastrouillant commentateur par ses dessins et BD. Son opuscule La lutte pas très classe paru chez nada (éditeur fort recommandable) revient sur cette lutte des classes qui semble diablement gommée, oubliée même (pourtant fondatrice, disait-on il y a plus d'un siècle, pour parvenir à la véritable société sans classe). On y apprend par exemple, dessins à l'appui, que "Le socialisme sans lutte des classes, c'est le parti socialiste" ou bien que "Alexandre Marius Jacob sans lutte des classes, c'est Arsène Lupin" ou encore que "Les musiciens de rue sans lutte des classes, c'est les pianos dans les halls de gare" et bien d'autres qu'on se fera un plaisir de poursuivre pour se mettre à jour à la rentrée (de la lutte) des classes (c'est quand déjà ?).

 

 

7.6.24

ÉRIC HAZAN

 

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Le sous titre du fameux livre d'Éric Hazan L'invention de Paris est : "Il n'y a pas de pas perdus". Le constat est vital dans l'évidente proposition de déploiement de la géographie de nos imaginations. Éric Hazan, chirurgien remarquable, éditeur faramineux, auteur sensible, et figure à l'engagement lumineux en toutes sortes d'escales communes, nous a quittés le 6 juin 2024.

 

 

21.1.24

QUI AVANCE ?

 

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"Ils tentent leur chance, ils misent sur l'alliance hâtive
De ceux pour qui depuis toujours, le France doit rester la France.
Leur idéal est pure machination, leur discours de la science fiction."
Extrait (résonnant) des paroles de Spike dans "Qui avance" in l'album d'Ursus Minor Zugzwang sorti en 2005 (avec aussi Boots Riley, D'de Kabal, M1, Umi, Ada Dyer, Jeff Beck)

18.11.23

ÉTRANGER DE KARINE PARROT

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En temps de sinistre mise en forme de nouvelle "loi immigration" avec, en avant plan, de funestes calculs politiques piétinant les notions les plus élémentaires des échanges humains, il est urgemment sain de comprendre l'histoire de nos rapports - ou des rapports de cette récente invention de l'état-nation, avec ceux que l'on nomme "étrangers". Le livre de Karine Parrot sobrement intitulé Étranger - paru dans la collection Le mot est faible des éditions Anamosa - éclaire cette histoire en 112 pages de grande précision, tant juridique qu'humaine, en revenant sur les points essentiels, dont le moindre n'est pas le fait que "la nationalité française" est une création de la fin du XIXe siècle, avec les conséquences que l'on sait (se répartissant entre la bêtise crasse du rabâché lieu commun "On ne peut pas accueillir toute la misère du monde", les besoins de main d'œuvre à bas prix, et toutes les formes de racismes). 

 
• Karine Parrot, Étranger - Anamosa, 2023, 9€
 

29.8.23

CORINNE ET MARC BOULANGERS
À SAINT-JEAN D'ANGÉLY

 

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Si vous vous trouvez à Saint-Jean d'Angély, que vous cherchez du véritable bon pain (ce qui n'est plus si fréquent de nos jours où les doigts glissent plus facilement sur les écran que dans la farine) et que vous êtes bien renseignés, vous aurez toutes les chances de vous rendre chez Corinne et Marc, boulangers merveilleusement artisans, qui savent où mener la baguette. Mais en regardant sur la vitrine et sur le comptoir, on peut lire un article paru dans L'Angérien du 23 mars 2023 qui raconte l'histoire récente et dramatique de Corinne et Marc. Un de ces drames que l'on pense ordinaire, de rêve brisé, de recherche impossible d'une vie simple et heureuse, de plaisir à l'ouvrage, d'une véritable idée de qualité humaine, un de ces drames comme on en a entendu lorsqu'une partie de la population, exsangue, a revêtu des Gilets Jaunes. Corinne et Marc portent quelque chose du monde réel (toutes les vies) à sauver. On leur souhaite le meilleur. Et si vous êtes par là, goûtez leur pain...

NB : En cliquant sur l'image, l'article de Simon Moreau est parfaitement lisible

• Chez Corinne et Marc, 44 Fbg Taillebourg, 17400 Saint-Jean-d'Angély

2.5.23

AUJOURD'HUI, ALORS QUE REPREND LE TRAVAIL AUX USINES WONDER...

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La publication ce jour (dans ce triste média) d'une photographie extraite de La Reprise du travail aux usines Wonder, film de Pierre Bonneau et Jacques Willemont (alors - 1968 - à l'IDHEC), n'est pas fortuite. Ce métrage de 10 minutes (qui a servi en 1996 d'argument au film de 3h12 d'Hervé Le Roux Reprise) est un des films immensément forts de l'histoire du cinéma, un film exact, et sa parole, celle de la vie manifeste.

1.5.23

DÉSORDRES DE CYRIL SCHÄUBLIN

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La question pourrait bien être actuelle : "Quel concept sera gagnant ? L'anarchisme ou le nationalisme ?" demande une des cousines de Kropotkine conversant dans la séquence pré-générique du film de Cyril Schäublin Désordres (titre original Unrueh). Après cette introduction en Russie, l'action non brusquée se passe dans le Jura suisse à Saint-Imier dans les années 1870. On y retrouve Kropotkine, alors jeune cartographe en pleine découverte. L'industrie horlogère se développe dans le temps forcé que le capitalisme industriel installe. Il existe alors encore quatre temps : le temps de la commune, le temps de l'église, le temps de la fabrique et le temps de la gare de chemin de fer. Question d'horloges, Désordres montre plus que démontre et si le son (les dialogues) est très centré, l'image se joue du cadre et laisse une grande place au décor et décentre volontiers les personnages ; tantôt elle s'attache au minutieux détails de la fabrication des montres. Malgré les injonctions des gendarmes, les personnages entreront dans l'image ou bien sortiront des limites fixées à mesure qu'oppresse de plus en plus le contrôle de la productivité des ouvrières. La photographie naissante occupe une grande place. Les ouvrières s'échangent des images de Louise Michel à la sortie du travail. La géographie a son importance et la carte devient commune. On est à l'échelle d'un village plurilinguiste et on ressent le monde, les ouvrières et ouvriers collectent pour les grévistes de Baltimore aux USA. Aucune lourdeur militante, aucune démonstration appuyée, rien ne s'impose à voir, tout est méticuleusement présent, jusqu'à la forêt, tout impressionne comme dans les tableaux qui donnent les clés de la lumière. Dans le cadre champêtre de Saint-Imier se joue alors une partie de ce qui va tenir le monde en éveil et en lutte contre l'insatiable ravage d'un système menant l'humanité à sa ruine, et Cyril Schäublin, avec Désordres, offre un film unique, de la plus profonde singularité, où le passé prend ses présentes allures, où le futur trouve une respiration.

Désordres (Unrueh) -  Suisse 2022 - Réalisation, montage et scénario : Cyril Schäublin, image : Silvan Hillmann costumes : Linda Harper, son : Miguel Cabral, interprétation : Clara Gostynski (Joséphine Gräbli), Alexei Evstratov (Piotr Kropotkine), Valentin Merz (Monsieur Roulet), Monika Stradler (Mireille Paratte), Li Tavor (Mila Fuchs)... Date de sortie : 12 avril 2023 Durée : 1h33

21.3.23

REVOLUTION 9

Et l'on entendit dans l'hémicycle retourné, le souvenir d'une voix entêtante « Number Nine, Number Nine » (comme un numéro de révolution ?) à laquelle répondit l'écho « There ain't no rule for the company freaks! ».
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8.3.23

MANIFESTE À SON

 

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Le 7 mars 2023 à Paris, une veste jaune avec une pensée (une recommandation ? un dernier conseil amical ? une alerte ?) à faire mieux que méditer... Elle ne touchera évidemment pas les ultras cols blancs (ils aiment bien le terme "ultra") et leurs gardes armés, qui n'écoutent plus rien, mais il serait heureux que les organisations syndicales et partisanes prenant part aux manifestations en tiennent compte pour remplacer leurs abominables sonorisations et leurs playlists irréfléchies se substituant autoritairement aux véritables sons des corps et des désirs.

 

Photo : Z. Ulma

4.3.23

L'APPEAU DE L'OURCQ

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Sous le Pont du Canal de l'Ourcq coule la sève ... 

Photo : B. Zon

13.2.23

TRADUCTEURS, TRADUISEZ*

 

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"La France renoue avec une tradition, non pas millénaire mais ancestrale, qui consiste à être capable de manifester dans le calme, sans débordement et sans violence. Donc  je tire mon chapeau, à la fois je le dis, aux syndicats, aux services d'ordre des syndicats, mais à la fois au préfet Laurent Nunez, au ministre de l'intérieur, qui ont fait en sorte que ça ne dégénère pas. C'est l'image d'une France qui manifeste dans le calme, avec sa détermination, mais dans le calme, ça je pense que c'est fondamental. (...) Là on est dans le cadre le plus, pardonnez moi l'expression, classique dans l'histoire de la Ve République, avec un projet de loi qui est sur la table. Donc, on est dans l'écoute et dans le dialogue partagé, ça veut pas dire qu'on tombe d'accord avec tout le monde, mais ça veut dire que du côté des syndicats, des forces politiques et des français qui se mobilisent, ils voient qu'il y a du répondant en face et qu'on a été capable déjà de changer pas mal de fois notre projet."

Le porte parole du gouvernement de la République Française qui révise ses "classiques" et l'histoire "ancestrale" (France Inter, 12 février 2023).  

Traduction possible :"Fabuleux vos petites manifs tranquilles dont on a rien à foutre, ça donne un petit air de démocratie pas dégueu... non seulement on vous la fera bouffer notre loi, mais en plus on aura rétabli le calme et tout le monde retournera au boulot jusqu'à plus d'âge dans une parfaite distribution des rôles."

* Titre emprunté à Brigitte Fontaine in "Comme à la radio" (Saravah 1970)

5.2.23

ERNEST ET CÉLESTINE :
VOYAGE EN CHARABIE

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Encore visible en salles, Ernest et Célestine : Voyage en Charabie (sortie 14 décembre 2022) traite, avec ferme tendresse et douce beauté, des questions relatives à nos libertés vis à vis du travail, de la famille ou de la patrie. Et la devise charabienne : "C'est comme ça et pas autrement", nous rappelle réponses et discours obtus, frénétiques et médiocrement infernaux de l'actuel roi de France et sa garde rapprochée.

 Remarquable aussi : la musique de Vincent Courtois en ingénieuse harmonie, tant avec les personnages (qu'elle sait généreusement personnifier), l'histoire du film ou sa forme. De plus l'idée de liberté, dans ce dessin animé, est liée à celle de musique. Ernest et Célestine vivent avec Vincent Courtois comme ça et bien autrement.

3.8.22

LA VALEUR TRAVAIL (TWIST)


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De tous côtés on n'entend plus que ça
Un air ranci qui nous vient de bien bas
Un air ranci qui nous fait du dégât
Comme tous les pauvres il vous tuera
 

5.7.22

ONE ANOTHER ORCHESTRA
ET BILLIE BRELOK AU VAUBAN LE 30 JUIN
vus par Éric Legret

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Eric Legret est un photographe de la vie, il aime la musique qu'il photographie comme la vie. Heureux de la retrouver au Vauban de Brest pour le premier concert de One Another Orchestra, avec invitation à Billie Brelok, le 30 juin, organisé par Cécile Even et ses camarades. La préparation a été fortement aidée par Perrine Lagrue et son équipe avec la complicité de Jacky Molard. Heureux de voir comment Eric Legret a vu ce qu'il a entendu. Le poète William Blake, mentionné plusieurs fois les jours précédents le concert, a écrit "La vie se délecte de la vie" et a commenté les émeutes londoniennes de 1780 avec ce très complémentaire : "la route des excès mène au palais de la sagesse". Alors hey ! comme dirait le bel Albert (aussi évoqué souvent) : "Music is the healing force of the universe". Au Vauban, le 30 juin, un bout de chemin.

Site Eric Legret 

La soirée vue par Eric Legret

One Another Orchestra : Catherine Delaunay, Nathan Hanson, François Corneloup, Tony Hymas, Hélène Labarrière, Davu Seru - invitée : Billie Brelok (dans le souffle de Lorca)

 

19.5.22

JEAN-LOUIS COMOLLI

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 "Alors que la musique renvoie le drame à l'intérieur des corps et des âmes, entre des forces invisibles, la mise en scène balance tout à l'extérieur, dans le trop-plein du visible."*

Jean-Louis Comolli, on l'aura rencontré par le cinéma, par la musique (le jazz) ou par l'engagement, scrutant, la tête la première, ce qui se loge dans les parois du réel. Avec Jean Narboni aux Cahiers du Cinéma, il porte loin la critique cinématographique fraîchement héritière d'une nouvelle vague encore naissante. Il apparait dans Les Carabiniers ou Alphaville de Jean-Luc Godard. Par mouvements multiples d'une conscience engagée sans doute, la musique le saisit, par écoute aiguisée, par regard. La musique le persuade. Avec Philippe Carles, il co-écrit Free Jazz Black Power, ouvrage ressenti nécessaire par tant d'entre nous en quête de questions lucides sur une musique explorant immédiatement le sentiment du monde. Cinéaste à la recherche d'une pertinence aguerrie consciente de ses entourages, il signe la très documentaire fiction La Cecilia comme le si naturellement fictionnel documentaire Marseille contre Marseille. Une sorte d'axiome manifeste de la chose juste au moment juste. Avec Carles, il a aussi co-écrit un texte dit par ce dernier pour le disque Buenaventura Durruti, ce qui l'a conduit à réaliser avec la très fidèle Ginette Lavigne Durruti, portrait d'un anarchiste. Abel Paz est le lien. Frédéric Goldbronn aussi, qui a réalisé Diego à propos d'Abel Paz, conseiller du film. Goldbronn écrit des tracts avec Comolli pour soutenir les sans-papiers. Les musiques des films de Comolli sont de Michel Portal (souvent), mais aussi d'André Jaume, de Jimmy Giuffre, de Louis Sclavis, de Chicho Sánchez Ferlosio. Les livres, Cinéma contre spectacle, Daech, le cinéma et la mort, Cinéma, numérique, survie, sont autant d'avertissements tellement clairvoyants... Halte à l'abrutissement. Les bribes précitées ne sont que les extraits furtifs d'un tout, tendu vers les brèches d'une luminosité nouvelle, par le cinéma, par la musique, par l'engagement. Jean-Louis Comolli plaidait "pour une transformation de ce spectateur en spectateur actif et non passif". * Après la mort d'Eric Dolphy, il avait titré à son propos "Le passeur"** un article de Jazz Magazine ; aujourd'hui, alors qu'il vient de nous quitter, on réalise à quel point, aussi, ce titre va bien à Jean-Louis Comolli. 


* Jean-Louis Comolli, Une certaine tendance du cinéma documentaire (Verdier - 2021)

** Jazz Magazine, juin 1965

 

 

 


4.4.22

LE PREMIER AVRIL DE CATHERINE DELAUNAY, JEAN-FRANÇOIS PAUVROS ET AnTi ruBbEr brAiN FacToRy

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Ça commence par un coup de fil animé d'amène urgence, Yoram Rosilio du Fondeur de Son invite nato pour une soirée commune à Anis Gras - le Lieu de l'Autre à Arcueil. C'est ravissant et comme on aime autant les ravisseurs que les vis-à-vis, on est ravi. Excités même par l'idée de cette petite fête impromptue. Partage immédiat : Le Fondeur de Son convie AnTi ruBbEr brAiN FacToRy, et nato Catherine Delaunay et Jean-François Pauvros. Les amitiés n'ont pas d'automatismes. Intitulé de ces jeux d'un soir, de cette idée de lendemains à chanter : Les démesures Commune du Fondeur de Son et de nato. Pierre Tenne du Fondeur de Son raconte la première partie proposée par nato et Jean Rochard de nato la seconde proposée par le Fondeur de Son

Catherine Delaunay et Jean-François Pauvros

Raspail n'est pas simplement une station de métro faisant référence à un boulevard parisien nommé en l'honneur d'un homme politique d'un autre temps. Et vice-versa. Il y eut longtemps un élixir nommé Raspail, commercialisé par ce même François-Vincent – l'élixir était en fait une liqueur et connut un petit succès jusqu'à sa disparition dans les années 60. On en vendit tant qu'il fallut bien transformer la droguerie originelle de l'avenue Laplace d'Arcueil en distillerie, avant qu'elle soit vendue aux établissements Bols, qui eux-mêmes la revendront aux frères Gras – la famille avait fondé une entreprise d'anisette à Alger en 1872. C'est en 1962 que la famille Gras, quittant Alger avec les « Européens » que la colonisation isolaient des indigènes musulmans, racheta l'ancienne bâtisse des Raspail. En 1994, la ville d'Arcueil rachète à son tour le site avant de le confier en 2005 à l'association Écarts. Depuis, et ça lui colle à la peau, l'Anis Gras est le lieu de l'autre. C'est donc tout naturellement que l'autre rencontra l'autre. 

La maison des disques nato décida, ce soir de neige et de 1er avril, que ces deux autres seraient Catherine Delaunay et Jean-François Pauvros, qui jamais auparavant n'avaient ensemble improvisé. L'improvisation libre ne l'est pas si souvent que ça. De la même manière que les événements et les corps qui réunissent sur quelques mètres carrés le camphre, le chimiste, l'anisette coloniale et la commune d'Arcueil. Ce qui vraiment s'installe parmi nous, pour un instant même ou pour deux siècles, se tisse d'une liberté qu'on ne peut pas raisonner parce qu'elle n'est pas raisonnable. En ce lieu déraisonnable donc, deux musiciens se découvrent et déraisonnent. On les laisse libre, très bien, mais le plus intéressant est ce qu'ils en font de cette liberté. Ils se tournent autour et à tâtons cherchent une entente commune. Ça démarre comme ça, Catherine Delaunay ferme les yeux. L'entente commune est parfois un grouillonnement de guitare saturée qu'accoste une clarinette poussée au bout de son expression. Qui comme cette clarinettiste sait aujourd'hui pousser, si absolue, sa voix ? C'est parfois une rupture violente, comme Jean-François Pauvros qui crie dans le micro de sa guitare pendant que la ritournelle d'une clarinette obsessionnelle emporte la séquence jusqu'à l'épuisement, jusqu'au fin bout du sens. C'est encore les rires du chaos et de l'harmonie. La réunion des éléments fulgure comme le camphre dans l'Erlenmeyer de Raspail. L'autre qui rencontre l'autre, et plus que l'improvisation et la liberté, tout ce qui se passe sous et sur les sens, les raisons, les mots, les notes. Des histoires aussi, qui se boutent sur toutes les autres et depuis lesquelles on repart. Plus que jamais.

                                                                                          Pierre Tenne

AnTi ruBbEr brAiN FacToRy 

Yoram Rosilio et Jean-François Pauvros avaient interrogé l'assistance (féminin de public) sur le genre du mot Entracte. Erik Satie, habitant d'Arcueil, en avait, avec Francis Picabia et René Clair, représenté l'épaisseur en 1924. Il est encore temps. Les entractes sont des régulateurs, des moments d'échanges, de respirations partagées, on y touche des disques, on y fume la pipe ou bien discute de la situation du monde, de cette étrange neige qui tombe un premier avril. Ce soir il y a autant de sourires que de flocons. Et vient naturellement le moment d'entendre AnTi ruBbEr brAiN FacToRy, sextet réuni par le contrebassiste Yoram Rosilio avec les saxophonistes Jean-Michel Couchet, Benoit Guenoun, Florent Dupuit, le soubassophoniste François Mellan et le batteur Érick Borelva. AnTi ruBbEr brAiN FacToRy a le bas de casse qui danse avec les majuscules ; le titre d'un album de cet ensemble à géographie gourmande Serious stuff & Lots of lightness pourrait bien être son mot de passe. Première indication qui ne se dément pas :  la musique opère par glissements de plans plus que par ruptures. Les musiciens abouchent les petits manifestes collectés dans l'histoire comme œuvre dansée : le jazz est une musique de responsabilités assumées, la fécondation d'un ensemble de caractères et de corps subtils. Et dans la musique de ce soir, l'ensemble laisse apparaitre un corps qui rejoint l'ensemble qui génère un autre corps qui rejoint... L'image sans cesse s'agrandit en proportions judicieuses. Le jeu rythmique de la très intéressante paire (on pourrait dire ça dans un journal de jazz) Rosilio-Borelva, paire d'espérance tenace, paire en état de voyance, libère les états d'esprits des captivants soufflants, sans jamais sacrifier à un trop aisé plein-pied (quel qu'il soit). On peut bien considérer d'un seul tenant les histoires complexes, leurs états d'esprits. Alors on ne sera pas surpris dans une perspective de rayon lumineux qu'un dernier morceau soit dédié à Eric Dolphy. Le passeur. *

Vivement la prochaine démesure Commune !

                                                                                             Jean Rochard

Photographies : Z.Ulma

* Titre d'un article, devenu célèbre, de Jean-Louis Comolli à propos d'Eric Dolphy dans Jazz Magazine juin 1965