Enfants d'Espagne

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21.2.12

« AMIBE ENTENDS-TU ? »
OU LES CHAUDES AVENTURES D’UN ECHOTIER AU CONCERT DE JAZZ

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« AMIBE ENTENDS-TU ? »
... OU LES CHAUDES AVENTURES D'UN ECHOTIER AU CONCERT DE JAZZ
(MAC-CRÉTEIL - samedi 18 février 2012)



Grosse affluence pour le dernier concert de l’édition 2012 du festival Sons d’hiver.  Comme à son habitude, l’affiche ne démérite pas qui présente en deux parties le duo de vétérans Archie Shepp – Joachim Kühn puis Joseph Bowie (ancien du Black Artists Group, du Human Arts Ensemble) dans une actualisation de son fameux  projet Defunkt.
 Événement donc puisque la revue de connaisseurs Jazz Magazine-Jazzman a dépêché l’un de ses plus illustres et fidèles journalistes en la personne de Thierry Quénum.
La lecture de sa chronique parue le lendemain à l’aube sur le blog de Jazz Magazine-Jazzman renseigne. Blog simplement nommé Jazz Magazine d’ailleurs (sans épithète Jazzman), en souvenir peut-être d’un autre Jazz Magazine, revue d’influence certaine au XXème siècle, sachant compter alors quelques unes des plus pertinentes plumes et des yeux les plus sensibles pour écrire et photographier le jazz, en saisir les urgences politiques, les contradictions et les interrogations.
Plutôt que de raconter le concert à notre tour lorsque tel expert est dans la place, contentons-nous d’interroger son poulet, écrit probablement en direct, comme en attesta la petite lumière numérique jaillissant de son siège comme l’étoile de la crèche.
 Le concert Shepp-Kühn, on le sent, fait partie de ses particularités. D’ailleurs il l’a déjà vu à Strasbourg nous dit-il. Il en parle donc en coutumier. Après que « Shepp fut dans l'ensemble égal à lui-même »  et que Kühn « par contre, sembla parfois en retrait, dans un rôle d'accompagnateur qui n'est pas usuel dans son cas »  pour finalement qu’« on retrouve le Joachim Kühn de toujours », la conclusion revient au fait que le concert fut « passionnant et profondément… musical ».
Voilà ! Les musiciens produisirent un concert « … musical ». Pour qui n’a pas l’habitude, on se dit « ben oui ! euh, c’est logique tout de même ! ». Lors du concert, Shepp prit le soin de présenter les morceaux dont la plupart avaient pour point commun d’être dédiées aux femmes, y compris sa grand-mère. Lorsque l’on sait certains engagements politiques de Shepp et l’influence de sa grand-mère qu’il a parfois décrite dans des interviews,  il y avait peut-être eu là quelque chose à creuser, à relever, quelque chose qui passait aussi dans ce concert, qui aurait fait que le récital ne fut pas que « … musical », que le but de la musique n’était pas seulement le« trois petits points »« musical ». Pour le savant, ce qui compte c’est de déceler l’objet bien à sa place.
Mais c’est surtout son analyse rapide (méthode Flunch) de la prestation de Joseph Bowie qui retient l’attention. Voici l’intégralité du texte : « Un peu difficile, après cela, de parler du Defunkt Millenium de Joseph Bowie, machine à funk d'une efficacité aussi redoutable que sa configuration rythmique, harmonique et mélodique est rudimentaire. Une amibe musicale, en quelque sorte, avec la puissance de feu d'une division blindée. Or il fait déjà une telle chaleur dans cette salle que la torpeur me gagne. Dehors, en revanche, l'air est si doux en cette fin d'hiver qu'il serait criminel de lui préférer ces sons binaires… ».
 Essayons de comprendre :
« Un peu difficile, après cela, de parler du Defunkt Millenium de Joseph Bowie » soit : après un concert qui fut, parce que les musiciens furent « égaux à eux-mêmes »,  « passionnant et profondément… musical », le chroniqueur rassuré se trouvant en terrain connu (il connaît bien les protagonistes, leur valeur est confirmée), exprima quelques difficultés à écouter ce qui est décrit comme une « amibe musicale ». Ce qui signifie sans doute (vu la petitesse d’une amibe) que le « … musical » n’est pas le fort de Joseph Bowie, même si toutefois le microbe est décrit ici comme « musical » (Bowie peut il prétendre à être sauvé ?). Mais cette amibe a « la puissance de feu d'une division blindée ». Le protozoaire vit dans l’eau, ce qui en principe n’est pas l’endroit le plus aisé pour « la puissance de feu ». L’allusion à cette division blindée ne se veut pas flatteuse, ce n’est pas très mélodieux une unité militaire. Indication légèrement… blindée (et hop trois petits points !) que cette musique de danse ne sied guère à notre scientifique. Comme il fait chaud dans la salle, révèle celui qui a souffert du froid la semaine précédente (« après le gymkhana bien en-dessous de zéro dans le Val-de-Marne quelques jours plus tôt »), la puissance de feu va faire décoller l’écrivain de son siège. Pas pour danser. Un jazz cool aurait sans doute mieux fait l’affaire (personnellement, en simple amateur, j’ai trouvé le duo Shepp-Kühn plutôt chaleureux). Etonnant tout de même d’être « gagné par la torpeur » face à « une division blindée d’une puissance de feu » ! L’histoire a des exemples contraires.
 Alors il choisit donc de quitter le théâtre pour goûter dehors « l’air si doux » car il aurait été « criminel de lui préférer ces sons binaires… ». Il est resté un bon paquet de criminels dans la salle qui n’ont pas eu, par ce beau temps, la présence d’esprit d’organiser un pique-nique sur la place Salvador Allende de Créteil à minuit plutôt que de subir cette « machine à funk ».  Et le mot satanique est prononcé : « binaire » ! Car le binaire, c’est l’ennemi du noble amateur de musique, le signe de reconnaissance de la canaille. Le binaire ce fut le choix d’Archie Shepp lorsqu’en quelques albums (Cry of my people, Attica Blues, Things have got to change), il voulait toucher « son peuple ».
Le binaire c’est la plèbe, le prolétaire, le vulgaire. Normal donc que Thierry Quénum, qui se présentait ainsi dans le même blog de Jazz Magazine le  30 avril dernier : « Vénérable ancêtre du journalisme européen, invité chaque année par le Centre des Congrès (CdC) de Brème et logé — en tant que VIP (Very Important Plumitif) — dans un hôtel de luxe dont il honore le jacuzzi, le sauna et le luxueux buffet du petit déj’ de son humble présence, votre serviteur déambule comme chez lui dans les allées du grand hall du CdC », s’en méfie.
 Le jazz reste donc porteur de lutte des classes et c’est une bonne nouvelle, merci Thierry Quénum. La température ambiante, il n’y a que ça de vrai !

Jean Rochard (nouvelles de Grèce)

Image : Honoré Daumier

18.2.12

L’ABSTRACTION ORGANIQUE DE PHAROAH SANDERS
& THE UNDERGROUND SAO PAULO / CHICAGO UNDERGROUND

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L’abstraction organique de Pharoah Sanders & The Underground SãoPaulo / Chicago Underground







(MAC-Créteil - 17 février 2012)
 Sans crier gare l’espace est soudain occupé par une forme de transformation incessante, une lente emprise des esprits et des corps comme une piqûre rageusement expressionniste agissant si doucement, mais sans égards. Pharoah Sanders avec les Underground de São Paulo et de Chicago  ou comment faire exactement la même chose que ce que l’on a toujours fait en appuyant sur le contraire dans une sorte de volupté interdite : une véritable abstraction organique. Dans ce théâtre d’ombres, la danse est puissante, mais fantôme, elle n’invite pas, elle accuse. Elle souligne notre désemparement, affiche tour à tour le temps des lambeaux (rags time) puis les lambeaux du temps (rags of time). Cela saisit ! L’élévation réside dans la conjugaison destruction-construction, laisser la pensée hors de soi pour capter ce que l’on pense. Le créateur n’a plus de plan de maître, mais la danse subsiste, nue, orpheline. De face cachée en face cachée, on aperçoit l’espace d’un éclair, d’échardes colorées, les contours de la fin du temps, bribes nihilistes d’images chères, d’irrattrapable, d’énigmes allusives, de solitudes fragmentées, de tant d’abandons aussi. Où étions-nous ? Qu’avons-nous fait ? Où avions-nous laissé nos corps ? La musique fauve en larges aplats et effets d’optique, décèle l’étincelle des contraires. Jouer ensemble pour jouer en même temps ou jouer en même temps pour jouer ensemble ? On nous l’avait déjà dit, nous n’avions pas su entendre : la multiplicité défait toute réduction. Ce soir le rappel est cru, irréductible. Dans l’entrechat de ces profondeurs, scintillant brièvement, la conscience du devenir comme une dernière chance.

Jean Rochard (nouvelles de Grèce)

Photo : B. Zon

4.11.11

DE QUOI FLIPPER

ImageRichard O'Barry a été l'entraineur et confident de Flipper le Dauphin, la vedette de la série télévisée du même nom créée par Ricou Browning et Jack Cowden diffusé de 1964 à 1968 (musique Vars and Dunham) . Ou plus exactement des 5 femelles dauphins qui jouèrent le rôle du mamifère marin. La dernière actrice interprétant Flipper, Kathy, est morte de stress. O' Barry s'est alors engagé, de par le Monde, à œuvrer à la défense et la libération de ces cétacés qui figurent sur les plus anciennes fresques grecques connues à ce jour (la reine Knossos - 15ème siècle avant JC). En 1970, pris en flagrant délit de tentative d'évasion de Dauphins d'un dolphinarium aux Bahamas, il fut mis en prison. Depuis, il s'est employé à rééduquer les Dauphins captifs pour les rendre à leur élément naturel. Il s'est également illustré vigoureusement (le mot est faible) contre la chasse au dauphin à Taiji (Wakayama) au Japon (plus de 23000 dauphins tués en 2007).

On attend des nouvelles révolutionnaires des dresseurs de Saturnin, Monsieur Ed, Poly, Lassie, Flicka et Skippy. Celui de Monsieur Petros doit certainement être déjà rendu en Grèce où les Pélicans, autant que les dauphins, ont besoin d'un sacré coup de main.

Merci Dean

Image extraite de la série : un des cinq Flipper avec Brian Kelly, Luke Halpin, Tommy Norden

18.6.11

LE DICTON DU JOUR

ImageDON BYAS N'ÉTAIT PAS UN BOPPER*,
LES COLONELS NE SONT PLUS EN GRÈCE,
LE BOUT DE GRAS N'EST PLUS UNE COLONIE,
ET LE JAZZ N'EST PAS AFFAIRE DE MINISTRE

* Mais
un sublime musicien tragiquement oublié

4.12.10

MA RÉPONSE À nato
PAR GÉRARD ROUY


Gérard Rouy répond à l'article publié le 2 décembre sur ce blog.

Photographie : © Gérard Rouy


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Cher Jean,

J'ai lu avec attention ton texte orné d'un joli timbre vert-de-gris, que j'avais repéré sur Wikipedia, indiquant qu'Eisler a aussi composé l'hymne de la RDA.

D'abord, je bats ma coulpe. C’est très con d'avoir utilisé ce mot de "dégénérescence". Le Petit Robert en donne deux sens : le fait de perdre les qualités de sa race — sens dont les Nazis se sont évidemment emparé — et perte des qualités, état de ce qui se dégrade. J’avoue que je n’avais pas du tout pensé aux funestes ramifications fétides que le mot véhicule désormais. J'aurais mieux fait alors de parler de "dégradation" ou de quelque chose de ce genre. Mais cela t'aura au moins permis de développer avec la verve qu'on te connaît les rapports entre la musique et les Nazis, ce dont je me réjouis, je me régale, je suis "client". Je pourrais ajouter que le fait que les Nazis se soient appropriés tous les pans de la culture allemande, d'avant-garde ou populaire, explique sans doute pourquoi le free jazz allemand, joué par des musiciens nés pendant la guerre ou juste après, a été si violent et brutal et faisait tellement table rase de son passé. Peter Brötzmann me disait qu’ils avaient posé des questions à leurs pères, et qu’ils n’avaient jamais obtenu de réponse. Pour Peter Kowald, il a toujours été impossible de chanter ou de siffler de vieilles chansons allemandes, c’est probablement pourquoi il aimait tant la Grèce.

Tu me reproches d'autre part de confiner le rock à "l'empire du péché". Je fais partie d'une génération qui a découvert le jazz assez tôt (vers 15 ans), qui a grandi avec le jazz et s’est éclaté avec le jazz, ayant en parallèle une forte affinité intellectuelle et politique avec la lutte des Noirs aux Etats-Unis, etc. Même si, comme tout le monde à vingt ans, j'ai été fortement marqué par Hendrix, les Rolling Stones, la soul music..., au moment où j'écoutais avec avidité Coltrane et Ayler. De ce fait, j’ai toujours été étranger au rock and roll, et j’avais tendance à considérer que c’était une invention du capitalisme pour piller la musique des Noirs et en tirer le maximum de profit. Je me souviens même avoir été choqué à l’époque d’entendre Janis Joplin et un peu plus tard Joe Cocker chanter comme des Noirs. J’ai un peu changé d’avis depuis et je conçois aisément aujourd'hui que cette vision puisse sembler participer d'une sorte d'utopie romantique ridicule...

Non, je ne dis pas que "Jef Lee Johnson, Daniel Yvinec, Bernard Stuber et Marc Démereau n'ont pas d'identités propres", je trouve simplement que cette incessante "revisitation" des classiques (le fait que la plupart soient encore vivants ne change rien) — fussent-ils "rock" — ressemble à une béquille autour de laquelle il est "facile" de bâtir des arrangements et de nouvelles orchestrations. Les musiques des Armstrong, Ellington (même s'il a réorchestré "Casse Noisette"), Charlie Parker, Monk (même s'il reprenait "Tea for two" ou "There's danger in your eyes", "Cherie"), Django Reinhardt, Lee Konitz, Steve Lacy, Coltrane (qui n'a pas fait que jouer "My favorite things" ou "Chim Chim Cheree") étaient des jaillissements ininterrompus de bonheur et d'intelligence en rapport avec leur temps, qui n'avaient nullement besoin de béquilles. Ce qu'a fait Gil Evans autour d'Hendrix est différent car il était question, via Miles Davis je crois, que son orchestre enregistre avec le guitariste-chanteur himself. Las ! Mais je suis sans doute "has been"… Même Evan Parker, de nos jours, ne manque pas d'évoquer fugitivement dans ses solos des bribes de Monk ou de Coltrane... Il se dit même que Brötzmann n'est pas sans envisager d'enregistrer un album de standards. Comme Derek Bailey de son temps, sur les conseils de Zorn. Et j’avais beaucoup aimé La fête à Boby Lapointe par Jean-Marie Machado avec Dédé Minvielle l’an dernier à Nevers, justement. Pourquoi ? Va savoir, Max !

Contrairement à ce que tu écris, j'étais présent au concert de Jef Lee Johnson (dont je ne hais point la musique), un chauffeur m'ayant déposé au Café Charbon avec un léger retard. Comme je ne souhaitais pas rester debout au fond de la salle bondée (mes jambes n’ont plus vingt ans !), je me suis assis en face de l'écran à l'entrée (oui, je sais, comme devant la télé). Je n'ai pas pu constater que la musique de Dylan n'était que "furtivement" évoquée, pour la simple raison que je ne connais pas la musique de Dylan. Je me suis fié au programme.

Enfin, je suis heureux que tu pointes avec gentillesse mon "idée juste du monde" et que tu associes mon travail à Jazz Magazine à celui "d'autres plumes de grandes transmissions" comme Philippe Carles ou Francis Marmande. Un compliment que, en toute humilité, je trouve un peu exagéré.

Bien à toi, et vivent les allumés et les allumettes.

Gérard Rouy


***
Le 3 décembre

Cher Gérard,

D'abord ce que j'ai écris sur ce que je considère comme ton importance en tant que critique est vrai. Nombre de tes articles sur la free music ont été très inspirants pour moi. Je trouve peu cela dans la critique d'aujourd'hui. C'est très frustrant.

Ensuite merci pour ta photographie d'Albert Ayler, elle est superbe !

Lorsque j'ai lu ton article paru dans les Dernières Nouvelles du Jazz
dimanche, il m'a agacé et peiné à la fois. Cette histoire m'a occupé l'esprit ces derniers jours et c'est pourquoi j'y ai apporté une réponse hier, car je ne pouvais faire autrement.

Très rapidement :
- ce que tu dis du free jazz allemand et de sa violence est important, ça le rapproche aussi de certaines explosions de rock
- MC5, groupe de Detroit incarnant une certaine revanche de la classe ouvrière de la Motor City jouait un titre de Sun Râ en fin de ses concerts (en 1967)
- si tu as été fortement marqué par Hendrix, les Stones, la soul music, tu n'es donc pas étranger
- Janis Joplin est une grande chanteuse et le blues est partageable
- il existe ici (
Minneapolis) un magasin de disques punk-rock où l'on trouve tout Brötzmann, tout Sun Râ et tout Evan Parker pour seuls disques de jazz
- le rock n'est pas une invention du capitalisme, pas plus que la soul, le rythm'n'blues, le jazz ou le funk. Sa récupération ne fait néanmoins aucun doute, comme ne font aucun doute les récupérations de la soul, du rythm'n'blues, du jazz ou du funk. Il existe aussi tous types de récupérations, il y en a une belle pour la free music aussi.
- les rapports noirs américains-américains blancs, américains-européens sont forcément très complexes (comment ne le seraient-ils pas avec une histoire d'une telle violence) en matière de musique (je connais des musiciens noirs qui trouvent que le free jazz est une forme bourgeoise pour les blancs et des free jazzmen qui pensent la même chose de la free music européenne, il y a d'autres cas de figures inverses). Le rock n'est, par ailleurs, pas une forme exclusivement blanche, loin de là. Living Colour l'a rappelé à point nommé
- nous occupons nous tous d'une musique qui n'est pas la nôtre ?
- le jazz ne fut pas forcément la musique la mieux associée à la lutte pour les droits civiques. À un moment où il avait fait son extaordinaire révolution interne (free jazz), lorsque Miles Davis, Shepp, Ayler et une foultitude d'autres ont voulu donner de la voix dans ce sens, ils sont allés plutôt vers la soul, le rythm'n'blues, le rock ou le funk (et pas nécessairement pour des raisons mercantiles, ce fut souvent d'ailleurs une prise de risque à la hauteur de la plus vertigineuse improvisation)
- je n'ai pas dit que Coltrane n'avait joué que des chansons, simplement qu'il avait obsessionnellement cherché dans l'une d'entre elles. C'est exemplaire. La première fois que j'ai entendu "My Favorite Things" par Coltrane, je n'avais jamais vu
The Sound of Music (je ne l'ai vu qu'au début de ce siècle). Il peut en être ainsi !
- exemple personnel : la récente tournée française de Fantastic Merlins avec Kid Dakota a (en tous cas, ce fut ressenti par les auditeurs) montré une extension de leur projet partant des chansons de Léonard Cohen pour faire entendre aussi dans et hors des chansons, une musique improvisée, un jazz digne de la beauté réelle que tu appelles de tes voeux (comme Coltrane, ils ne jouent pas que des chansons... mais on peut aussi ne jouer que des chansons)
- tu mentionnes justement les chansons jouées par Monk (intéressant aussi d'entendre ce qu'il disait de la chanson), tous les gens que tu cites (Armstrong, Ellington, Charlie Parker, Lee Konitz, Coltrane) l'ont fait plus ou moins abondamment et Django Reinhardt a joué avec Mireille ou Jean Sablon. Il y a des milliers d'exemples dès les origines du jazz
- les concerts devant les écrans ne sont plus des concerts, mais de la télévision. Pour Jef Lee Johnson, tu aurais pu simplement relater ce que tu avais entendu et non le programme, surtout ayant l'avantage de ne pas connaître Bob Dylan
- "
le jaillissement ininterrompu de bonheur et d'intelligence en rapport avec leur temps" que tu mentionnes (j'aime la formule) n'est pas le seul apanage du jazz, loin de là. Je l'ai vécu et le vis aussi en d'autres endroits
- il y a beaucoup de problèmes en ce moment, mais ils sont (à mon sens) plus profonds que formels, beaucoup de confusion (dont on ne fait pas grand chose)
- ce que tu nommes la "revisitation" n'est pas forcément une affaire de répertoire, elle peut se loger partout et très souvent dans les formes dites libres qui ont leur lot de répétitions séquentielles. Je ne pense pas qu'il y ait plus de "revisitation" que par le passé
- ce qui est inquiétant est plutôt cette espèce de demande de
singularité banalisée permanente en toujours plus : "se faire remarquer sans déranger personne !"d'une pesanteur étouffante. Il faut voir ce que l'on (la presse, l'institution) nous demande (aux producteurs, aux musiciens, aux organisateurs...)
- on peut s'inquiéter sur le fait que les grands événements musicaux (occupant l'espace et de ce fait le confisquant) de ces deux dernières années soient : le remastering des disques des Beatles, la mort de Michael Jackson et la réédition de Bitches Brew

Nous gagnons (tous autant que nous sommes) à nous parler, je crois. Nous devrions le faire plus souvent.

Amitiés,

Jean


Référence : DE LA DÉGÉNÉRESCENCE DU JAZZ ÉVOQUÉE PAR GÉRARD ROUY DANS LES DERNIÈRES NOUVELLES DU JAZZ

9.4.09

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Le député UMP Didier Julia, en conformité avec sa vassale fonction qui consiste, comme pour l'ensemble de la gent politique, de créer des diversions lorsque le peuple approche de l'objet principal, a déposé le 8 avril (date anniversaire des accords d'Evian - mais ça n'a rien à voir... enfin... non... euh !) une proposition de loi visant à "interdire, comme en Allemagne, le port de cagoules et de tout autre moyen de masquer le visage lors de manifestations ou attroupements". Cela fait partie du programme contre les bandes violentes (sujet sur lequel il est important d'attirer l'attention du bon peuple pendant que l'on termine de le plumer). Ce qui est épatant, c'est aussi le "Comme en Allemagne" que la presse a repris à tour de bras. On attend les lois justifiées par un "Comme en Chine", "Comme en Grèce", "Comme en Russie", "Comme en Amérique", "Comme au Groënland" ...

Nous voilà certainement en zone de progrès pour mettre en place des lois d'interdiction de vêtements "Comme en Allemagne", la mode doit y être la même.

Sur les photos de Napoléon IV entouré de sa bande violente (parfois affublée de l'amusant sobriquet de Conseil de Ministre), sur la photo de la bande violente du G20 à Londres - dont les milices ont tué un homme, ou sur celle de la bande violente qui commande l'OTAN, effectivement on ne voit aucun masque en apparence. C'est bien foutu leur truc ! Mais en y regardant de très près (dans le détail) ou bien de très loin (dans l'autre grand détail collectif), ces visages sont loin de former une mosaïque de vérité. Ici les masques sont intégrés à la fonction. Ils sont de greffe. Leurs habitants qui se vautrent dans le pire en éclat-boue-sang les pauvres gens n'ont plus besoin de cache misère puisqu'ils sont l'incarnation du mensonge, du vol permanent, de la confiscation de toute dignité. Leurs troupes exécutantes de bourreaux, de flics, de matons et de gardes, elles, ont recours aux cagoules qui sont l'antithèse de ces masques nécessaires à l'expression de l'ingénuité vive que l'on trouve en face.

Et madame la Ministre de l'Intérieur de l'Empire fébrile de justifier "Ceux qui manifestent pour leurs idées jamais ne dissimulent leurs visages". L'histoire fait long feu. À l'heure où la France vivait sans choix "Comme en Allemagne", les résistants, aujourd'hui glorifiés des (re)fondations essentielles de notre belle république, étaient dénommés terroristes et accusés par l'occupant Nazi de "dissimuler leurs visages en mettant en danger la population française". L'ordure Nazi et ses collaborateurs forçaient d'ailleurs volontiers ceux qu'ils exécraient à se signaler facilement ; les juifs durent porter l'étoile jaune. Ils se seraient bien passés de cet empêchement à dissimulation. Le pouvoir est affaire de mensonge et de cruauté, l'innocence réveillée et active est question de masques temporaires.

Interdire les cagoules dans les manifestations ? Jean Royer, député maire de Tours et candidat à l'élection présidentielle de 1974, voulait interdire l'avortement, la pilule, les films pornographiques, les mini jupes, les classes mixtes, tous cause majeure de désordre public. Il a beaucoup fait rire.

L'état est si (peu) sûr de lui qu'il veut maintenant réglementer les costumes. À cette heure, il faut être sourd-aveugle-muet-insensible de l'olfactif et du tactile pour ne pas avoir compris à quel point point nos vies sont bradées, nos esprits momifiés et nos culs défoncés par de prétendus "élus du peuple" (en réalité des violeurs d'opinion aux parures d'imposture, vils quémandeurs de petits bulletins qui les portent si haut, là où leur postérieur empeste le monde entier).

Madame la Ministre (synonyme de Voix de son Maître), pourtant d'origine pyrénéenne semble tout ignorer de l'utilité du passe-montagne. L'escalade est en cours, dans les deux sens. Nombreux se transforment en flic, ces masques-là sont fournis gratuitement. On dénonce à tout va, on blâme dans l'espoir d'une caresse du Maître (bientôt l'intellectuel Philippe Val directeur de France Inter - sans cagoule ?), on livre les immigrés sans permis de séjour, on va même jusqu'à dresser des liste d'internautes indésirables. L'avenir de la crise, c'est la suspicion généralisée et cette belle ligne suffisamment large pour que tant s'y suicident, cette ligne qui sépare les pauvres des riches, les intellectuels trop gavés des gens de bon sens qui cherchent et les gens de gauche du peuple.

Une nouvelle loi bête de professeurs Shadokos endimanchés dont la seule valeur est d'afficher la peur des seigneurs.

A toutes les peintures de sinistres clown blancs, nous préférerons toujours les masques d'augustes des carnavals. En France, "Comme en Allemagne", il existe de très beaux carnavals.