Enfants d'Espagne

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6.7.23

LA VIOLENCE FAITE AUX ENFANTS

 

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À l’issue du comité interministériel le 20 novembre 2022, la première ministre déclarait que la lutte contre les violences faites aux enfants serait une priorité.

 

Des enfants subissent quotidiennement brimades et violences et en quelques occasions sont tués. C’est arrivé récemment.  

 

Frappés collectivement (un est tous et tous est un), ils  ont tiré le signal d’alarme. Comme ils ont pu, n’importe comment jusqu’à l’absurde, de rage, avec les moyens du bord ébréché. Ils ont tiré le signal d’alarme pour d’autres enfants qui bientôt crèveront de chaleur, de faim ou de désespoir.

 

Qui a miné le présent jusqu’à ne plus pouvoir marcher sans qu’il n’explose ?

 

Les fanatiques de l’ordre, pardon de l’ordre républicain (il faut toujours ajouter « républicain » derrière les mots, ça fait tout passer), après une petite trouille passagère (des enfants en colère face à l’état), s’en sont donnés à corps perdus (cœur joie ne figurent plus au répertoire économico-sécuritaire), faisant glisser leurs doigts fébriles sur les écrans  de tous les catalogues des bienpensances, des répressions, des économies punitives, des racismes libérés. Les idées fusent (vous reconnaitrez probablement les auteurs et autrices mêmes si les pensées semblent trop souvent interchangeables) :

 

- Les promoteurs du tout numérique reprochent soudain aux réseaux sociaux de « jouer un rôle considérable (...) par l’organisation de rassemblements violents (...) et une forme de mimétisme de la violence »,  envisagent « la suspension de fonctionnalités » avant de jurer par Jupiter qu’il n’en est pas question tout en annonçant qu’un groupe de travail.« transpartisan » (ça rassure) allait se pencher sur le sujet

- « On a le sentiment que certains vivent dans la rue les jeux vidéo qui les ont intoxiqués »

- « Tsunami de soutien aux forces de l’ordre »

- « Disposer de la reconnaissance faciale et de l’intelligence artificielle (...) faire usage de drônes »

- « C’est deux claques et au lit ! » (deux claques républicaines  ?)

- « Je vais vous surprendre, peut-être vous choquer : je pense qu'on n'utilise pas suffisamment les courtes peines de prison pour des mineurs »

- « Je suis déterminée à ce qu’il n’y ait aucune impunité pour les auteurs de ces violences »

- « Il faut pourrir leurs vacances »

- « On connaît les causes. Bien sûr que si, il y a un lien avec l'immigration (...) pour la deuxième, la troisième génération, il y a comme une sorte de régression vers les origines ethniques »

- « Que les parents qui ne remplissent pas leurs obligations sachent que la solidarité nationale va s’arrêter si leurs enfants commettent des délits aussi graves que ceux qui ont été commis »

- « Responsabiliser les familles de ceux qui mettent le souk »

- « Lorsque votre enfant vole, abîme ou détruit quelque chose (…), c’est vous, parents, qui serez condamnés à payer les réparations » (là on se pince lorsqu’on sait que le fils de l’auteur de ce document officiel est mis en examen pour violences conjugales.)

- « Il faut baisser la majorité pénale à 16 ans, responsabiliser les familles sur les allocations familiales et le logement social. »

etc. etc.

 

(Tiens on aimerait bien réunir les parents de ces professionnels de la politique pour comprendre ce qui ne va pas chez leurs progénitures, leur demander des comptes pour ce qu’ils nous infligent).

 

« L’inexcusable » devient vite excusé et voilà le frais souvenir de l’enfant assassiné coulé dans le béton de l’oubli, d’empoisonneuses cagnottes, avant le retour à la normale de tous les symboles « républicains » et  l’on reparlera enfin du climat, en parler seulement bien sûr. Le vert est dans le mot, c’est tellement chic. Les souffrances climatiques, ce sera pour les enfants, dans longtemps (croit-on).

 

Comme les enfants noyés en Méditerranée, l’enfant assassiné subit sa deuxième mort. Tant de sacrifices pour nous éveiller enfin... et nous dormons encore.

 

Où sommes-nous, prétendus professionnels du changement avec garantie et service après vente ? Faisons-nous seulement mine de comprendre, malmenés aux entournures, et nous contentons-nous de nous poser en sachants critiques car « ce n’est pas comme ça qu’il faut faire la révolution », « ça n’avance à rien » et lors de l’immanquable question « vous condamnez ? », gênés, irions jusqu’à hocher la tête. Allez, un de ces jours on votera. Ça ira bien, on a cette liberté-là, ce précipice choisi. Spécialistes des jours meilleurs qui ne viennent jamais, nous n’allons pas faire confiance à des gamins tout de même. Quand tant de menteurs assassins des futurs, détrousseurs de millions en cols blancs, obtiennent, au pire, garantie de tranquillité, nous contenterons-nous de voir partir en prison des enfants dont le crime est la colère, dont le crime est la misère, et sans trop rien dire, les voir subir de lourdes peines pour nous avoir alertés d’un cri déchirant, avoir dessiné une boussole dans un feu d’artifice et une loupe dans des pillages d’objets confectionnés par d’autres enfants de misère, au bout du monde. Au bout du même monde.

 

La violence faite aux enfants est effectivement devenue une priorité.

 

 

4.7.23

CONTE EXPRESS

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Au pays des Souratous, où règne l'église de la Marche en Diz Sacrée, l'enfant qui a dérobé une paire de chaussures est jugé plus rapidement (beaucoup plus rapidement) et plus sévèrement (beaucoup plus sévèrement) que le meurtrier uniformisé d'un enfant, à qui l'on offre même de fort gavée cagnotte. 
 
Interrogé sur cette question, l'aruspice de l'arrêt publique, bien connu pour son imperturbable logique, a répondu, le plastron gonflé : "en les enfermant tous, on ne risquera plus de les tuer".

 

2.7.23

ÉCOUTE RADIOPHONIQUE
(EN TROIS PHRASES)

 

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... Et l'on entend le porte parole du royaume nous servant jusqu'à vomir des "notre pays", des "nos policiers", des "nos élus", de si abstraits "nos symboles de la république", des "nos" tout ce qui l'arrange lui et ses maîtres, et qui n'est jamais nous, à tous bouts de champs étriqués, incapable de percevoir la moindre question, d'écouter, de s'interroger, d'interroger, nous déversant des fariboles de "Force de reconquête républicaine" dont le but (illusoire) serait une "intégration par le travail", nous indisposant de sa fierté des "bons résultats dans les quartiers populaires" depuis 2017 (que sont les quartiers non populaires ?), nous saoulant, lui même saoulé de ses propres mots d'"ordre" et de "sécurité des biens et des personnes", nous exaspérant lorsqu'il fustige par ses mots de jeunes enfants sans avenir et leurs parents qu'il tance en se donnant pour modèle, nous écœurant de sa jouissance répressive et de son dégonflage devant un communiqué monstrueux de deux syndicats argousins (authentiques "symboles républicains"), qu'il minimise avec une soudaine "compréhension" dont il se montre incapable pour le reste des vivants. 
Même les autruches collationnent...
Il n'est plus jamais question de bonheur.

 
 
• Peinture : "Le Cri" d'Edvard Munch (1893)

31.3.21

SOUFFLÉ EST LE JOUET

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Une petite place dans le 19e arrondissement de Paris (capitale de France) : tous les commerces y sont ouverts (boulangerie, droguerie, boucherie, épicerie, librairie, agence immobilière, téléphones portables, vins, lunettes, traiteur, articles pour animaux) sauf le magasin de jouets "fermé pour raison sanitaire". De toutes ces boutiques, il est celui où l'on se précipite le moins, où l'on se presse et se serre le moins. Peu importe, il n'est pas classé "essentiel" ; il n'existe pas de ministère du jouet, ni de l'enfance, seulement un sinistre ministre de l'éducation nationale pour qui la (sa) machinerie de l'école est essentielle, mais pas les enfants

 

• Peinture : Fernand Pelez (1843 - 1913)

8.2.20

ENFANTS, HÉROS DE CONDUITE

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Images d'enfants allant passer leur bac entourés de cordons de CRS, enfants frappés par ces mêmes policiers lorsqu'ils exercent leur esprit critique, enfants durement sanctionnés, humiliés, par l'institution pour les mêmes raisons.

La levée des enfants est d'une grande beauté, sa répression féroce est une horreur.
Être muets, laisser faire = devenir complices.


Photo © L'Humanité



4.9.18

NEUF ET MINGUS

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Le futur, ou plus exactement les résistances (au sens électrique) du présent, ne seraient-ils compatibles qu'avec les placards de l'histoire. D'autres lost tapes (forcément intéressantes) surgissent : cette fois-ci Charles Mingus (dans sa période sans Dannie Richmond - avec Roy Brooks). À l'heure où, pour une majorité d'êtres, le téléphone est un des membres intégré du corps humain, n'oublions pas tout de même de composer le neuf.


"Laissez mes enfants avoir de la musique!" Mingus, 1971

26.5.18

LA MACHINE À RAGOTS CONTRE L'ÉVEIL

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ImageLa répression et l'intoxication sont montées d'un cran après la brève occupation du lycée Arago le 22 mai (au moment des résultats de Parcoursup - quel nom !!!).  
Le nouveau Thiers et ses colons tentent d'étouffer la jeunesse véritable, celle qui vibre aux rythmes libres et indispensables et non aux mortifères canons de l'économie autoritaire.

5.11.17

LES COLONISATEURS
DES TERRITOIRES ENFANTINS

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Le simulacre démocratique en est rendu là : prendre en otage les enfants, kidnapper ces sources vivifiantes de la révolte en les déguisant au passage en repères adultes de la société présumée pour qu'ils nous prennent à leur tour, ainsi modifiés en tristes nous, en otage.


Même triste sujet : se rappeler aussi des propos de Geneviève Fioraso, ministre française de l'Enseignement supérieur et de la Recherche (5 février 2014 in Les Échos) 

12.3.17

AUX ÉLÈVES DES QUATRE MOULINS
ET DE KERZOUAR


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Chers et chères amiEs d'une région d'un bout du monde,

À l'invitation des associations Nautilis et Penn Ar Jazz, de vos professeurs et proviseurs, nous nous étions rendus avec Tony Hymas et Christophe Rocher dans vos classes le 6 décembre 2016. Ce jour-là, Tony Hymas avait joué une pièce dédiée au chef Comanche Quanah Parker puis, avec Christophe Rocher, un morceau fraîchement créé ce jour même : "Standing Rock 2016", qui allait être joué sur scène au Vauban le dimanche suivant avec Hélène Labarrière et Beñat Achiary. Nous avions ensemble échangé à propos de la musique comme langage et des différentes expériences qu'elle reflète, commente ou stimule. 

Standing Rock est le nom d'une réserve indienne à cheval entre les états américains du Dakota du Nord et du Dakota du Sud où vivent les Lakotas (communément appelés Sioux). Cette réserve, la sixième des États-Unis d'Amérique en superficie, est aussi célèbre car elle fut la terre de Sitting Bull, qui y fut tué par la police en 1890, ce qui précipita les événements qui allaient se conclure tragiquement par le massacre de Wounded Knee où furent décimés entre 300 et 400 Lakotas par le 7e de Cavalerie. Cette réserve est également celle de Vine Deloria jr, activiste, historien et écrivain indien dont l'ouvrage Custer died for your sins, publié en 1969, eut une influence considérable sur la naissance de l'American Indian Movement et le renouveau indien. L'an passé, cet endroit qui compte à peine 10 000 habitants vivant souvent dans la pauvreté fut le théâtre d'une lutte exemplaire pour la vie, pour la nature, pour l'histoire et pour l'espoir.

Début avril, les habitants de Standing Rock ont commencé un combat pour empêcher la proximité de la traversée d'un oléoduc nommé Dakota Access Pipe Line (DAPL), entreprise de la société texane Energy Transfer Partners financée par 17 banques (dont 4 françaises). Le DAPL traverserait quatre états sur 1 900 km avant d’être raccordé à un autre oléoduc afin d'alimenter les raffineries du golfe du Mexique. Le trajet initial prévoyait de passer près de la ville de Bismarck, mais au vu de l'inquiétude provoquée (les risques de pollutions étant très élevés), il a été révisé pour passer à proximité (moins d'un kilomètre) de la réserve indienne. Son coût initial est estimé à 3 700 000 dollars.

Conscient du danger écologique majeur (il s'agit du transport d'un peu moins de 600 000 barils de pétrole par jour - les précédents accidentels sont nombreux), de la violation de sites ancestraux (les limites de la réserve sont par traité bien plus larges que celles effectives par confiscations successives), les membres de la tribu ont invité les représentants d'une centaine d'autres tribus indiennes de tous les Etats-Unis. Des milliers d'indiens, mais aussi de soutiens se sont ainsi retrouvés pour s'opposer aux travaux en cours. Cette lutte est rapidement devenue synonyme de la défense absolue de l'eau indispensable et d'une autre façon de partager nos vécus. Black Lives Matter, nouveau mouvement noir fondé après le meurtre de Michael Brown par la police de Ferguson, se montra également un soutien actif. Malgré la répression très violente (de la police et des services de sécurités privés) et les arrestations nombreuses, un gigantesque campement fut installé pour plusieurs mois. Le 5 décembre, alors que le camp devait être évacué par la force et que 2000 vétérans indiens avaient afflué à Standing Rock comme bouclier des opposants au DAPL, l'administration retirait in extremis le permis de forer. La nouvelle était d'importance mais provoqua une joie mesurée. On savait bien que le nouveau président élu, était forcément favorable au projet puisqu'y ayant des intérêts personnels. Une amertume aussi : cette décision prise quelques années auparavant aurait eu une issue toute autre. Ce n'est pas nouveau : le monde politique et ses relations vivent en un autre temps.
 
Le 6 décembre, jour de répit à Standing Rock, nous étions ensemble en pays de Brest à échanger sur tout cela, sur la relation que des gens de musique pouvaient avoir à ce type d'événement, ce qu'ils pouvaient modestement un peu éclairer. Nous avons tous appris les uns des autres ce jour-là, plus que par nos paroles. J'y ai souvent pensé.

"Ils nous faisaient beaucoup de promesses, plus que je ne peux me rappeler, mais ils n’en ont jamais tenu qu’une seule ; ils ont promis de prendre nos terres, et ils les ont prises."
Mah’piua Luta (Red Cloud - chef lakota oglala)


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Le nouveau président, dès sa prise de fonction, ordonna la reprise des travaux et le camp fut évacué le 23 février 2017. Les occupants, encerclés par la police en surnombre, mirent le feu au camp avant de se retirer pour ne pas voir les bulldozers le détruire. Refus de cette humiliation-là après ces mois de vie exemplaire, ces mois de solidarité où la vie prenait un nouveau sens.

C'est naturellement que j'ai pensé à vous lors de ces récents épisodes. À cette journée où s'était doucement inscrite votre essentielle jeunesse, cette journée où même si j'étais le plus bavard, c'est vous qui m'avez appris, ce type de journée que l'on n'oublie pas car la vie est faite de ces moments d'échanges inattendus où se mêlent les souvenirs, les métaphores du réel, une altération salutaire, une douce insurrection naturelle. En quelques instants et toutes proportions gardées quelque chose de parallèle au camp de Standing Rock, qui nous laisse espérer la vie. La vie nôtre lorsque nous le voulons.

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Cette semaine, les Lakotas et leurs amis ont marché sur Washington, ils y ont manifesté et planté quelques tipis à deux pas de l'arrogante Maison Blanche sur le National Mall. Façon de continuer l'action, façon aussi de ne pas faire taire l'histoire populaire.




Nous avons tant à faire ensemble.

Amitiés fraternelles,

Jean

Un grand merci aux professeurs d'anglais Marine Carval, Stéphanie Cohier, Lydie Le Lann et aux principaux Pascal Coignec, Olivier Hureau et Eric Salaun, aux collèges des Quatre Moulins à Brest et à celui de Kerzouar à Saint Renan ainsi qu'aux équipes de Nautilis et Penn Ar Jazz.

Photo : DR et B. Zon

3.3.17

ENFANTS CONTRE L'INFÂME

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Au moment où l'imbu monde adulte opte pour l'extinction du simple sentiment de justice, où il parade avec des sacs de soldes de l'expérience humaine (énième démarque), où il encourage l'étouffement léthargique et la disparition des couleurs, au moment où des hommes exhibent la pire mistoufle intellectuelle dans le feuilleton d'un intolérable vaudeville électoral, il est des enfants comme ceux que l'on voit depuis quelques semaines dans les rues de Paris, de sa banlieue et d'autres villes de France, qui se lèvent vigoureusement pour la justice et pour la vie, avec bonheur. Comment ne pas saluer et accueillir pleinement ces sauveteurs véritables, embrasser ce qu'ils nous offrent ?






Peinture : George Demetrescu-Mirea

19.12.16

NOS HISTOIRES

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 On nous demande parfois (souvent) : "Mais pourquoi faire (encore) des disques ?". Pour parler du monde, de son histoire, de ses êtres et de ses détails, pour approcher en un peu d'espoir, cette unité de la rivière.       

Chaque album a une histoire, jamais finie. Ci-ou-là, à certains moments de rencontres, s'ouvrent quelques portes, quelques fenêtres, esquisses de la vie fragile, figuration discrète de la perspective.
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10.12.16

LE JOUEUR DE PERCUSSIONS DE BREST

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L'enfance est magique, on le sait bien. Dans l'adulte torrent de déraison qui nous assomme, il faut donc reprendre le contact avec les enfants. C'est ce qu'a fait ce matin à 11h le percussionniste Philippe Foch au Quartz à Brest et le résultat fut plein d'éclairs vivifiants.

Photo B. Zon

19.7.15

SCIENCE-FICTION

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La science fiction * au secours du monde politique azimuté et des électeurs, électrices et électriciens en déroute : l'un d'eux (de gauche suivant l'expression consacrée) déclarait récemment "finalement, Alain Juppé ne serait pas la plus mauvaise solution !"

* au demeurant archi formidable disque d'Ornette Coleman

30.4.15

LE PRÉSIDENT ET SES SOLDATS

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« (…) et aucune tache ne doit écorner leur uniforme », conclusion de Mr François Hollande, président de la république française au terme de sa déclaration concernant les viols d’enfants à Bangui par les soldats de son armée française au moment où est, pour la dite armée, consenti un effort budgétaire annoncé comme "considérable".

On l'aura compris, le problème principal n'est pas la vie d'enfants d'ex-colonies exposées à toutes les souffrances, mais bien le prestige de l’uniforme qui ne saurait être "écorné".

5.12.14

DESDAMONA CHEZ LES ENFANTS DE SUZANNE VALADON ET THÉRÈSE MENOT
LETTRES DE CHRONIQUES DE RÉSISTANCE

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Suzanne Valadon, après avoir été acrobate, devint modèle pour les peintres Renoir, Degas ou Toulouse Lautrec. Forte de l'observation de ceux qui la dessinait, elle en acquit certaines qualités et, encouragée par Degas, changea de côté et devint peintre elle-même, une des figures majeures de cette époque. Elle fut la première femme "admise" à la Société nationale des beaux-arts. Erik Satie en était fou d'amour. Parmi ses amis, elle comptait quelques adeptes de la vie de bohème de la Butte Montmartre à Paris, le militant anarchiste Miguel Almeyreda (père de Jean Vigo), les peintres Pablo Picasso, André Derain et Georges Braque et bien sûr André Utter (son deuxième mari). Elle mis au monde un autre peintre de renom : Maurice Utrillo. Suzanne Valadon, native de Haute-Vienne, a donné son nom à un Lycée public de Limoges.

Thérèse Menot, jeune comptable, rejoignit la Résistance en 1943 à 20 ans au sein du réseau Combat (dont était membre son père cheminot) après avoir dès 1940 activement montré son opposition au régime de Vichy. Arrêtée en janvier 1944 par la Gestapo, suite à une dénonciation, elle fut déportée au camp de Ravensbrück puis dans celui d'Holleischen en Tchécoslovaquie et libérée le 5 mai 1945 par les résistants tchèques et polonais. Thérèse Menot, native de Corrèze, a donné son nom à une salle du Lycée Suzanne Valadon. 

C'est sous cette sorte de tutelle d'une splendide et féminine regimbance, que Desdamona entre dans la salle Thérèse Menot du Lycée Suzanne Valadon le 6 novembre à 10 heures du matin pour rencontrer deux classes d'anglais de terminale (L). La rappeuse minnesotanne, à Limoges pour le projet Chroniques de résistance de Tony Hymas, joué le lendemain à la Salle Jean Gagnant, interprète seule son "Siren Song", frappant sa poitrine pour cadence. Ce chant des sirènes a le côté tragique des véhicules hurleurs, saletés de boîtes de pandores. Elle entonne ensuite sa "Letter to the women" extraite des Chroniques de résistance, où, comme David Miller ou John Holloway dans le même album, elle s'adresse aux résistantes des années 40 à partir d'un point de vue actuel, une interrogation sur le sens du mot aujourd'hui. 

Après un petit échange où les timidités initiales se dissolvent cordialement, Desdamona propose de créer quatre groupes avec l'idée que chacun d'eux écrive (en anglais) une lettre dans l'esprit de celles de Chroniques de résistance. Elle inscrit les quelques questions qu'elle s'est posé en écrivant sa "Letter to the women" : "Vous sentez-vous reliés au passé ?", "Que serait la vie si d'autres n'avaient pas autant risqué la leur ?", "Qu'aimeriez-vous leur dire ?", "Vous sentez-vous une responsabilité pour votre communauté ?", "Iriez-vous jusqu'à risquer votre vie pour vos convictions ?". Les groupes se forment et les conversations vont bon train. Ce qui frappe de suite, c'est la sagacité des élèves, la profondeur de leur relation au monde, la finesse de leurs interrogations. Les préjugés sur une jeunesse absente, démobilisée se font remonter les bretelles in situ. Les jeunes gens présents témoignent de ces sauts difficiles entre destin et liberté, désarroi et exigence, en une conscience de l'absurde, un désir d'ailleurs, de vivre autrement et une inestimable sincérité face aux brutalités de l'époque. D'une lettre de Sophie Scholl à ses parents ("Even if my actions are not really big. I hope they will stay in mind for a longtime") à une déclaration à Jean Moulin ("Thanks for your secret"), d'une missive à Rosa Parks parce que le racisme reste une préoccupation majeure ("The struggle continues today") à une autre, avec rythme rappé sur les corps, directement adressée aux pouvoirs suffisants et imbéciles avec leurs bras armés ("Fuck the governement.") et dédiée aux indiens Guaranis, lorsqu'en fin de poème, la forêt change de continent, le sang aussi, et apparaît Rémi Fraisse ; histoires funestes de luttes pour les arbres contre les barrages, ("People are standing up in the street", "But you king of the world decided to kill them all", "Who is protecting us from the police ?"). Une mort que ces lycéens identifient cette semaine-là comme celle d'un très proche, la leur peut-être, une invitation aussi à se lever, à vivre entièrement. 

Alors que Desdamona estime avoir beaucoup appris ce jour, salle Thérèse Menot du Lycée Suzanne Valadon, c'est bien un îlot d'expression libre que les jeunes Limougeauds ont mis en jeu, leur propre vie qu'ils ont peintes plutôt que d'en être les modèles, l'indication de forces vives et résistantes.

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Merci à Malachi, aux professeurs qui avaient préparé la rencontre, à l'accueil du Lycée, au Musée de la Résistance de Limoges et à Catherine Meyraud du centre Jean Gagnant.

Photos : B. Zon

27.8.14

CHRONIQUES DE RÉSISTANCE 1
PRÉSENTATION PAR JEAN-JACQUES BIRGÉ

ImageCe matin la radiodiffusion française a invité une toute fraîche ministre de l'Éducation Nationale. Au mieux les mots sont creux, au pire ils font peur lorsqu'apparaît une fois encore l'imbécile mot "compétitivité" dans ses missions. L'enseignement, le savoir, l'éducation relèvent d'une transmission indispensable pour que les gestes précédents, importants, puissent permettre au présent de préparer l'instant suivant au mieux du respect de la vie (sans perdre les pédales qu'elle soient numériques ou pas). Les souffrances ne peuvent être ignorées, figées, masquées, la beauté non plus.

Dans sa présentation sur Mediapart de Chroniques de résistance de Tony Hymas, Jean-Jacques Birgé (qui a écrit pour ce projet les paroles d'une chanson dédiée à Germaine Tillion chantée par son enfant, Elsa) commence avec émotion par une adresse à sa fille et le souvenir d'un père. L'enseignement, le savoir, l'éducation pour atteindre quelque destinée forte relèvent surtout de l'amour.

L'ensemble du texte est disponible sur le site Mediapart ici


Chroniques de résistance de Tony Hymas avec Nathalie Richard, Frédéric Pierrot, Elsa Birgé, Desdamona, Sylvain Bardiau, Matthias Mahler, Frédéric Gastard (Journal Intime), François Corneloup, Peter Hennig sort le 1er septembre (diffusion : l'Autre Distribution)

27.4.14

CHEVAL DE TRACE

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L'enfant sauvage est vivant, mais demeure invisible à l'entrepreneur de spectacle.


Photo : B. Zon