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03 janvier 2026

Le corridor des neuf chambres/Marie Sylvie

 Le corridor des neuf chambres


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Je suis entrée par hasard dans la maison aux volets clos, poussée par une fatigue ancienne, celle qui ne vient ni du corps ni du cœur mais de l'âme qui cherche un lieu pour se reposer.

Une  * Atourneuse m'a accueilli sans un mot, ses gestes précis effaçant les plis de mes pensées.
Elle m'a tendu une robe faite de souvenirs et j'ai compris que je ne pourrais ressortir indemne.

Dans la première chambre, une *Péronnelle chantait à tue-tête, tournant sur elle-même comme une girouette ivre.
Elle m'a parlé de tout et de rien, des amours en papier, de ses colères en sucre.
J'ai ri malgré moi et déjà je ne savais plus ce que je venais chercher.

La deuxième chambre était un atelier.
Un tournevier y façonnait des spirales de bois mais je voyais bien qu'il tournait surtout les regrets, les remords, les mots que l'on n'a pas dits.
Il m'a offert une bobine vide,
 -" pour y enrouler ce que tu ne veux plus porter".

Dans la troisième chambre, une femme se tenait droite, immobile.
Elle m'a dit :
-" Je suis *Légitime"
Et son regard m'a traversée comme une lame douce.
Elle ne demandait rien, elle était.
Et moi, je vacillais.

Un homme m'a suivi dans la quatrième. Le * Patelineur.
Il m'a parlé bas, m'a promis des éclaircies, des issues, des tendresses.
Mais ses mains étaient trop lisse, ses phrares trop rondes.
J'ai fui avant qu'il ne me tienne.

La cinquième chambre était vide mais une odeur de fauve flottait dans l'air.
La * tigrerie avait laissé ses griffes sur les murs.
J'ai senti en moi une rage ancienne, une danse qui voulait éclore.
J'ai hurlé sans bruit.

Puis la * Turlutaine s'est mise à jouer.
Une boîte à musique oubliée tournait seule dans la sixième pièce.
La mélodie était bancale mais elle me rappelait l'enfance, les jours où l'on croit que tout est possible.
J'ai pleuré doucement.

Le * Grimaud m'attendait dans la septième.
Il lisait à voix haute des pages qu'il ne comprenait pas.
Mais dans sa voix, il y avait une sincérité brute, une soif d'apprendre qui m'a émue.
J'ai écouté jusqu'à la fin.

Dans la huitième, rien que des mets posés sur une table basse.
Des fruits, des douceurs, des miettes de désir.
J'ai commencé à * Gourmandiller, à goûter sans faim, à savourer sans honte.
Le plaisir était là, simple, offert.

Et dans la neuvième chambre, il n'y avait que moi.
Moi et le silence.
Moi et la robe que l'atourneuse m'avait donnée.
Je me suis assise.
J'ai fermé les yeux.
Et j'ai compris que chaque mot, chaque figure, chaque détour, était une part de moi que je venais retrouver.

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Folle de lui/Jill Bill

 Folle de lui 

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Atourneuse pour me parer

Si je deviens sa légitime

Je sais, je fais ma turlutaine

Quand va t'il me demander ma main... !?


Crois-tu qu'il veuille d'une péronnelle

D'ailleurs il ne fait pas son patelineur...

Ta mère le trouve même grimaud !


Si je le vois tournevirer auprès d'une autre

Aaaah je serais capable de tigrerie !!

Je ne me contenterai pas de gourmandiller !!


Bon qui vivra verra

Tu as de vues sur lui, mais lui........ !!

J'oubliais te dire........

Oui, quoi donc.... !?


Oooh rien, enfin, il est gay Ziggy ma Céline...................



20 décembre 2025

le potentiel érotique du boulanger/ Lilou

 Le potentiel érotique du boulanger


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Comme la pâte sous la paume,
mais jamais sans douceur.

Il y a chez le boulanger
ce pouvoir discret :
des mains qui savent attendre,
presser sans brutalité,
sentir le moment juste
où la matière cède.

Il se lève avant le désir des autres,
réveille la chaleur,
fait gonfler ce qui semblait inerte.
Dans la farine, il blanchit le monde,
dans le four, il provoque la métamorphose.

Son corps penché parle d’effort,
son tablier cache mal
la lente chorégraphie du quotidien.
Rien n’est montré, tout est suggéré :
le croustillant promis,
la mie encore tiède,
l’odeur qui reste sur les doigts.

Érotisme modeste,
à hauteur de comptoir.
Pas celui qui brûle —
celui qui nourrit.

Pas facile d'être boulanger/François

 Pas facile d'être boulanger


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Pas facile d'être boulanger,

Je suis debout quand tout le monde dort.

Je me lève sans déranger

Ma femme qui s'endort.

 

Ma pâte préalablement travaillée,

Je la façonne sans arrêt pour faire,

Votre pain, s'il vous plaît.

Il mérite d'être bien préparé.

 

Parfois, des clients veulent me rouler dans la farine,

Pain trop cuit ou pas assez,

Avec toutes les réflexions qu'on imagine,

Ils me cherchent des miches et j'en ai assez.

 

Les idées noires fermentent en moi comme la levure,

Je ne suis pas un bâtard que l'on emmure,

Toutes les nuits de chaleur, je ruisselle.

Pour me consoler, je pense à ma belle.

 

Je ne veux pas être cet artisan mené à la baguette,

Toutes les ficelles, je les connais.

Aux râleurs je dis flûte et j'arrête.

Auprès de ma belle, je retourne me coucher.

 

Sa femme pour calmer ses suppliques,

Lui offrit une fin de nuit érotique.

Pain au miel/Marie Sylvie

  PAIN AU MIEL

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Dans l'ombre tiède du fournil
Le pain lève comme un souffle ancien.
La mie s'ouvre 
Offerte
Dans une attente  *érotique
Non de chair mais de lumière.

Le miel coule lentement
Dorant les silences
Liant les gestes au désir de nourrir
De créer
De faire lever l'instant.

Le corps du pain 
Encore chaud
Épouse la main qui le cueille
Tel un poème épouse le souffle qui le lit.

Et dans ce ballet de farine et de feu 
Quelque chose s'élève
Une tendresse brute
Une sensualité cachée
Dans la simplicité du pain partagé.

Résistance/JLibert

Résistance

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Jusque là , Luigui, bon comme du bon pain, avait du pain sur la planche. Son pain se vendait comme
des petits pains. Pour lui, faire du pain, c’était du pain bénit même s’il devait gagner son pain à la sueur de
son front.
Mais, la société qui voulait du pain et des jeux, lui ôta son gagne pain, lui ôta le pain de la bouche en lui
demandant de faire copain copain avec son nouveau système de vente : cela ne mangerait pas de pain !
C’était, en quelque sorte, vouloir lui faire passer le goût du pain.
Luigui refusa de manger de ce pain là. Alors, il vendit son fournil pour une bouchée de pain et se
retrouva au pain sec et à l’eau. Ses jours devenaient longs comme un jour sans pain. Durement, il réalisa
qu’il avait mangé son pain blanc avant son pain noir et qu’il n’était plus près à rompre son pain, sinon un
pauvre quignon de pain dur. A vrai dire, toute cette histoire ne favorisait pas son potentiel érotique !

Y a du pain sur la planche !/Jill Bill

Y a du pain sur la planche !

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Félicien aime les belles miches
Fada de miches, son métier, boulanger !

Mais qui le trouve érotique...... !?

Allez, sois érotique ça ne mange pas d'pain
Tu vas en vendre comme des p'tits pains
Lui souffle son maire
Avec les femmes du village....

Tu l'as regardé la fille de l'épicier, dis Félicien,
Belle comme nos cigales du Midi....

Eh ouais, je la vois depuis ma boutique
Mais qui voudrait d'un gars toujours au boulot
A faire des bâtards.... !!!!

Cesse donc de te sous-estimer
Certes tu n'es pas un cacou
Mais à force d'être un arrousec
Elle te passera sous le tarin...
Va lui tcharer, elle ne sera pas contre un poutou !

Tu tu tu crois....
Té, aujourd'hui peut-être, ou alors demain....

Suffit Félicien ! Je connais la chanson :
Tu n'es pas un Sardou que je sache....

 

13 décembre 2025

Le pacte des cinq/Marie Sylvie

Le pacte des cinq



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Ils sont cinq.
Cinq visages 
Cinq cous tendus vers le centre.
Cinq présences reliées comme les doigts d'une même main
Ouverte vers le monde
Refermée sur un secret.

Au cœur le marionnettiste.
Il ne commande pas
Il révèle.
Dans ses paumes un pantin fragile
Symbole d'un lien
D'un pacte
D'un *poison partagé.

Le poison n'est pas toujours venin.
Il peut être douleur commune
Épreuve traversée ensemble
Ombre qui soude plus fort que la lumière.

Ils sont cinq et ils savent.
Que l'un vacille 
Tous tremblent.
Que l'un espère 
Tous s'élèvent.
Ils sont cinq 
Pour le pire et le meilleur.

Et dans le silence de la toile
Où les couleurs murmurent plus que les mots
Ils forment une main.
Une image.
L'image.

Trahison et poison/Tarval

 Trahison et poison


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Les intrigues sont légions autour de la reine,

Elle suscite l’amour chez son peuple,

Mais aussi envie et haine de la part de ses courtisans.

Dans cette pièce secrète, se trame un odieux dessein,

La première dame de la reine veut la couronne,

Elle sait qu’elle plaît au roi,

Et entourée de certains amis peu scrupuleux,

Elle se prépare à empoisonner la reine.

Le poison lui a été apporté par l’apothicaire,

Aussi sorcier à ses heures,

Ces personnages au teint pâle passent leur temps à fomenter des stratégies mortelles,

Afin de parvenir à leurs fins et obtenir des faveurs de la future reine.

Mais peut-être devraient-ils faire attention,

La première dame n’a aucuns scrupules,

Et n’hésitera pas à faire disparaître les témoins de sa vile action.

La trahison est de mise à la cour,

Et la méfiance est omniprésente.

Tout est apparence, manipulations, pouvoir.


Expérience/Fredaine

Expérience


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L’expérience n’avait pas eu l’effet escompté.

- Quel gâchis ! En voilà une demi-douzaine de perdue.

- Nous aurions peut-être dû faire l’essai avec un seul pour commencer.

- Regardez-moi ça, il n’y a plus un seul qui bouge.

- Pourtant, j’ai surveillé la température.

- Et moi l’humidité !

- Moi, j’ai veillé à ne pas dépasser la puissance conseillée.

- Il va falloir recommencer. Heureusement qu’on nous les fournit gratuitement.

Moi, je veillais derrière eux ; ils ne me voyaient pas vraiment, trop occupés à leur expérience, trop centrés sur eux-mêmes. Leur suffisance était un poison qui rongeait leurs âmes. Quand ils auraient fini de se lamenter, ils les jetteraient et recommenceraient sans même se douter que j’avais modifié la formule. Ils les voulaient vivants pour les exploiter, je les voulais morts pour les dévorer.

Conciliabule/Jill Bill

 Conciliabule


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Il se mijote, il se mijote
Entre gens d'une cour
D'une cour dont ne veut plus le roi...
 
Avoir recours, avoir recours, au poison
Un, deux, trois, quatre
Lilliputiens venimeux
Dans sa coupe... arme à gauche garantie !
 
Voilà
Dame Catherine
Contre écus, bien entendu...
 
Et vous les moines maudits, bénissez notre geste
Demain nous en serons délivrés, libérés.......
 
Et toi le fakir
Tu le divertiras, il ne verra que du feu ;
Entre deux bouffonneries et cochonnaille......
 
Ainsi fut dit, ainsi fut fait........
 
On sonna un trépas, on sonna, mais
Celui du goûteur du roi !!
 

Un groupuscule de comploteurs/François

 Nous acceptons les excuses de François qui fut victime d'une panne d'internet et qui nous confie son texte avec un peu de retard. 

Un groupuscule de comploteurs

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Les voilà rassemblés,

Dans une pièce obscure,

En toute complicité,

Entretenant des haines qui durent.

 

Le regard est posé sur un étrange objet,

Sur lequel ils ont prêté serment,

Ils veulent pouvoir désormais s'engager

Dans des attitudes qui créent des tourments.

 

L'intrigue est omniprésente,

Les regards sont ambigus,

L'ambiance est lourde et pesante,

Le mystère nait dans ce lieu exigu.

 

Ce petit monde veut user du poison,

Pour en venir au bout du pouvoir.

Ténébreuses sont leurs raisons,

Il ne semble qu'ils ne peuvent plus surseoir.

 

Il est là, le poids du secret,

Derrière ces bouches fermées,

Et ces visages pâles.

Se feront-ils prendre dans leurs dédales ?

06 décembre 2025

Par l'hiver affamées/François

 

Par l'hiver affamées


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Par ce jour de printemps,

Où poussent les pâquerettes,

On vit courir dans l'herbe, un instant,

Deux corneilles venues faire leurs emplettes.

 

Par l'hiver, affamées

Elles avaient besoin de reprendre des forces,

Bien plus qu’à l'accoutumée,

Sans chercher à se nourrir d’écorces.

 

Elles se posent dans ce champ,

Une d'entre elle, a vu des aliments,

Elle s'avance à pas vaillant,

Pour les charger dans son bec, goulûment.

 

En oubliant de partager,

La nourriture à manger,

Sa compagne devient enragée.

Comme un corbeau, elle va le dénoncer.

Les corbeaux/J.Libert

 LES CORBEAUX

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Les corbeaux se sont donnés rendez vous sur les branches les plus hautes des grands chênes.

Les uns après les autres, ils arrivent à tire d’ailes et s’installent en douceur, toute voilure repliée. Dès que le soleil sort des nuages, ils commencent à croasser, à voleter d’un rameau à l’autre cherchant leur équilibre. Ils n’ont guère d’égards pour les couples de tourterelles cendrées qui y avaient élu domicile, pas plus que pour l’écureuil pensionnaire dans une échancrure d’arbre feuillu. Ceux ci, effarouchés, n’ont pas l’air d’apprécier cette arrivée bruyante et vont se réfugier sur les branches voisines.

Il est difficile de savoir leur nombre tant ils vont et viennent, claquent des ailes pour indiquer leur présence. L’habitant, indisposé, a bien essayé de les déloger mais, ils s’enhardissent jour après jour, envahissant tous les jardins des alentours. De leur démarche un peu pataude et maladroite, ils arpentent, souvent à plusieurs en même temps, prairies et pâturages, picorent insectes, vers de terre. Ils se disputent, parfois, quelques déchets dont ils s’en barbouillent bec et plumage. Vite effrayés par les bruits environnants, ils retournent dans les hauteurs d’un coup d’ailes.

Tout l’hiver, ils ne cessent leur bavardage puissant et rauque. Il n’y a plus guère de place que pour eux. Pour saisir le chant des autres oiseaux, il faut prêter l’oreille. Et puis, un matin, se fait un silence impressionnant. Les corbeaux se sont envolés croasser ailleurs. À nouveau, on entend roucouler les tourterelles. Le printemps est revenu!





Essai comparatif/Galet

Essai comparatif


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 - J’en peux plus ! Je vais emporter le reste, je terminerai ce soir. Vraiment, Pierre, tu connais

les bonnes adresses !

- L’arrière de ce Mc Do est réputé pour ses poubelles, mais je préfère de loin la pelouse le

long du parking, la table est plus joliment décorée, non ?

- Sûr ! J’en viendrais presque à aimer les enfants, et même leurs parents ! Les uns renversent

leur boîte, les autres les empêchent de ramasser, et c’est nous qui en profitons ! Tu as d’autres

coins comme ça à me recommander, pour les frites ?

- J’avais cru trouver un coin super en Bretagne, l’été dernier, quand j’ai rendu visite à mes

cousins Le Bec : une grande plage très fréquentée, avec des restaurants en front de mer, et il

n’y avait pas que des frites, crois-moi !

- Pourquoi dis-tu « j’avais cru » ? Qu’est-ce qui clochait ?

- La concurrence, mon vieux ! Les mouettes ! Et pas du genre à chercher les restes ou à

attendre que ça tombe, comme nous, non ! Du vol à l’arraché en bande organisée, la terreur

sur les terrasses, et en plus il faut entendre comme elles se marrent… Des pillardes qui

déshonorent la gent ailée ! Ça m’a dégoûté, du coup je suis remonté vers le nord, jusqu’à

Amsterdam. Très belle ville. Et toi qui a une jolie voix, Corneille, ça te plairait : dans le port,

y a des marins qui chantent, mais question atmosphère ça sent la morue jusque dans l’cœur

des frites ! Alors je suis redescendu jusqu’à Bruxelles, chez mon copain Corbecke.

- Et c’était bien ?

- Plus que bien mec ! La Belgique, c’est le royaume de la frite ! Ils maîtrisent si bien l’art de

la double cuisson que leurs frites sont croustillantes même froides ! Derrière les baraques, je

m’en suis mis plein le gésier ! En plus, parfois, ils les trempent dans la mayonnaise… Miam !

- Ah non, pas pour moi ! La mayonnaise, ça me barbouille ! Mais… En t’écoutant, j’ai fini de

tout manger ! Reste plus qu’à trouver une branche accueillante pour faire une petite sieste

avant de m’envoler vers chez moi. Et encore merci Pierre, toi au moins tu as la frite !

Ha..ha..ha !

Sur l'herbe des jours/Marie Sylvie

  SUR L'HERBE DES JOURS

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Ils sont là, les corbeaux, les corneilles noirs comme la mémoire des jours pleins.
Ils ne crient pas
Ils ne chantent pas
Ils inspectent.
Leur regard est celui du silence qui sait.
Ils ne viennent pas mendier
Ils viennent ramasser.

Sur l'herbe souillée de frites 
De miettes
De papiers froissés
Ils avancent comme des ombres en mission.

Leur bec n'est pas un outil de faim
C'est un balai
Une pince
Une réprimande.
Ils ne mangent pas
Ils nettoient.

Et nous les festoyeurs distraits 
Nous avons quitté la scène sans saluer
Laissant derrière nous les restes d'un banquet sans gratitude.

Les corneilles elles 
Elles restent.
Elles ne jugent pas avec des mots 
Mais avec leur présence.
Elles disent :
《 Regarde ce que tu laisses derrière toi.》
Elles disent :
《 Chaque souillure est une mémoire.》
Elles disent :
《 Nous sommes les gardiens de ce que tu oublies.

Leur vol est lent presque cérémoniel.
Elles tournent autour de nos oublis
Comme des prêtresses d'un culte ancien
Celui du respect pour ce qui fut vivant
Pour ce qui fut offert
Pour ce qui aurait pu nourrir autrement.

Et dans leur bec les déchets deviennent des reliques
Non pas des gourmandises
Mais des preuves.
Des preuves que nous avons trop
Que nous jetons trop
Que nous oublions trop vite.

La *barbouille sur l'herbe n'est pas une tache
C'est une signature.
Celle de notre passage sans égard
Celle de notre abondance sans conscience .
Et les corneilles dans ce ballet discret 
Viennent effacer ce que nous avons écrit sans penser.

Elles sont les poétesses du rébut
Les archivistes du déchet
Les prophètes du trop-plein.
Elles ne réclament rien
Elles rappellent tout.

Et moi assise dans ce champs de pâquerettes piétinées
Je les regarde comme on regarde un miroir.

Je vois dans leur bec maculé
Le reflet de mes propres oublis.
Je vois dans leur démarche
La sagesse d'un monde qui ne gaspille rien.

Et je me dis que peut-être 
Le vrai luxe n'est pas de posséder
Mais de respecter.
Que le vrai festin est celui qui ne laisse pas de détritus
Celui qui honore chaque miette 
Chaque instant
Chaque vie.