Ma
Francinette, je l’adore !
On se
comprend d’un regard. Regard qui parfois en dit long.
Ce ne fut
pas toujours le cas, je l’avoue bien humblement. Pensez, une vie commune de
près de quarante ans ce n’est pas tous les jours une sinécure.
Il y eut
la période rouge (oui, il faut s’y faire, j’aime mettre de la couleur dans mon
quotidien), rouge comme ma bagnole un peu sport, du moins je tentais de m’en
persuader. J’avais 25 ans et aux dires de ma Francinette chérie la pédale de gaz
était sollicitée plus que de raison.
-
Armand, voyons, lève le pied, tu
vas encore te choper une contravention carabinée et tu sais que notre budget
est serré.
Carabinée ?
Ha, ha, elle me faisait marrer avec cette expression d’un autre temps. Je
rigolais moins quand il me fallait ouvrir le portefeuille face à un gendarme
peu accommodant…
Du rouge,
je suis passé au grenat. Pas de grande nuance me direz-vous et pourtant ce
période grenat a laissé des traces, je suis devenu un expert en vins grâce à
mon job de représentant commercial d’une grande appellation dont je tairais le
nom.
La
semaine terminée, je ne pouvais m’empêcher de savourer l’un ou l’autre cru au
grand dam de ma Francinette chérie.
-
Tu lèves le coude plus que de
raison, Armand, ce n’est pas sérieux, répétait-elle.
Le grenat
me plaisait énormément, pourtant vint un matin où je fus las de parcourir le
pays en tous sens et je cherchais un autre boulot.
Période
jaune comme, hum, passons…
Ce
travail me dévorait, volait ma jeunesse, je n’avais plus le temps de voir ma
vie s’écouler tellement je consacrais du temps à faire du chiffre d’affaires.
Je ne voyais quasi plus Francine (oui, à l’époque jaune, ce n’était plus ma
Francinette chérie) et parfois quand une journée de travail interminable
s’achevait enfin, je n’avais pas le cœur de rejoindre notre foyer. Jaune !
Cocue, elle l’était ma pauvre compagne et je n’en suis pas fier.
-
Je t’en supplie, Armand, lève le
pied, ce boulot te dévore, nous dévore. A quoi bon continuer à vivre ensemble
si l’on ne se voit plus ?
Un
évènement inattendu changea alors notre triste destin. Un matin, alors que
l’aube pointait à l’horizon et que j’étais déjà sur le départ pour rejoindre
mon bureau je découvris un chiot tremblant de froid ou de désarroi devant la
porte du garage. Moi qui avais toujours rêvé d’un chien je n’y fus pas
insensible et je l’embarquais dans la voiture recouvert d’un plaid. Il jappait
de bonheur et je n’étais pas loin d’en faire pareil.
Francine
à son tour fut ravie de cette compagnie au pelage soyeux. Elle ne cessait de le
caresser, de le cajoler et enfin, ensemble, nous trouvions le temps de faire,
en compagnie de Noisette, de longues promenades dans les bois.
Fini le
jaune funeste, la période noisette avait commencé et elle perdure encore à
l’heure qu’il est.
Ma
Francinette chérie, fine mouche, m’avait suggéré de postuler pour un emploi au
plein air où Noisette pourrait m’accompagner. Je ne me fis pas prier et c’est
avec bonheur que je suis devenu garde – homme à tout faire dans un domaine
privé où j’ai coulé des jours heureux.
Noisette
a vécu une belle vie à nos côtés. D’autres chiens lui ont succédé mais la
période noisette est toujours de mise à l’heure où sonne ma retraite.
Ma
Francinette, je l’adore ! On se comprend d’un regard… ou d’un geste. Il me
suffit de lever le pied et elle devine que je veux prendre du bon temps et me
reposer un peu.
Pourvu
que cette période noisette se prolonge encore et encore !
Et vous
avez-vous également une période de prédilection ?
Le blog de Mony