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vendredi 2 janvier 2026

famille (18)

 un blablacar de Saint-Sébastien à Bilbao, elle roule tendue, une colère rentrée, les yeux fixés sur  la route, quarante-et-un ans disait l’annonce, là-bas à Bilbao un cours groupe de Capoeira, Les enfants, j’ai fait ma part un garçon et une fille, douze et quatorze ans, t’as pas idée, c’est horrible, obligée de me je me taire tout le temps, elle fait le geste de se bâillonner, mais je note et pour leurs dix-huit ans, s’ils ont besoin de moi je les aiderai , mais je les pousserai vers la sortie, avant de partir le petit au foot, bien sûr il a fallu l’aider à préparer ses affaires et l’accompagner, l’autre à la danse, là c’est mon moment, je respire, et demain je les accompagne à Madrid pour Noël, une semaine, j’aime autant ne pas y être et ça tombe bien je travaille, mes sœurs, elles savent pas ce que c’est, elles les attendent comme de petits dieux, ils en font ce qu’ils veulent. elles voient même pas qu’ils ont grandi, leur préparent des activités, ils n’en veulent pas, c’est simple, ils ne veulent rien, puis elles m’appellent à la rescousse pour que j’arbitre, je mettrai mon téléphone en mode avion 

jeudi 1 janvier 2026

par les sous-bois (16)


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un friselis de mousse, 

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un berceau pour les feuilles mortes, 

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et oublié là,

un coeur, 

vieille cicatrice

mercredi 31 décembre 2025

vieillir (83)

c’est dans une petite vallée des Pyrénées, 

la vallée d’Ossau,

dans un gros village,

Arudy,

une toute petite librairie, 

La Curieuse, 

un peu de monde à l’intérieur cet après-midi-là, quelqu’un à la caisse, de jeunes mamans et leurs enfants tout juste sortis de la à la crèche, deux adolescents dans le rayon à eux dédié et  un vieil homme frêle appuyé sur sa canne, suivre son avancée du coin de l’œil, observer sa mise soignée, chemise de trappeur, doudoune sans manches, pantalons de velours côtelé, quatre-vingt-quinze ans vous dira-t-on plus tard, il furète au rayon nouveautés, puis soudain vers la libraire Ce poète chilien, Pedro… comment il s’appelait déjà ? Neruda, vous voulez parler de Pablo Neruda ? ah ! Pablo, oui, Pablo, c’est ça, et ce prénom martelé encore, Pablo, Pablo, fichue mémoire, la libraire à son secours, Allez, allez, vous nous direz bien un poème, lui, la voix ferme, arcbouté à sa canne, sans faillir, sans faiblir, un extrait du Chant Général de Pablo Nerudà,

Je prends congé, je rentre 

chez moi, dedans mes rêves, 

je retourne à cette Patagonie 

où le vent frappe les étables 

et où l'Océan disperse la glace.

Je ne suis qu'un poète et je vous aime tous, 

je vais errant par le monde que j'aime : 

dans ma patrie on emprisonne les mineurs 

et le soldat commande au juge.

Mais j'aime, moi, jusqu'aux racines 

de mon petit pays si froid.

Si je devais mourir cent fois, c'est là, oui, que je veux mourir, 

si je devais naître cent fois, c'est là aussi que je veux naître, 

près de l'araucaria sauvage, 

des bourrasques du vent du Sud, 

des cloches depuis peu acquises.

Qu'aucun ne pense à moi. 

Pensons à toute la terre, 

frappons amoureusement sur la table.

Je ne veux pas revoir le sang 

imbiber le pain, les haricots noirs, 

la musique : je veux que viennent avec moi 

le mineur, la fillette, l'avocat, le marin 

et le fabricant de poupées, 

que nous allions au cinéma, que nous sortions  

boire le plus rouge des vins.


Je ne viens rien solutionner.


Je suis venu ici chanter, je suis venu 

afin que tu chantes avec moi.


ensuite un blanc, l’émotion partagée, la densité d’un silence, son épaisseur, puis des applaudissements, sans doute est-ce cela, une épiphanie, 


le sourire modeste et rassuré, encore une fois il est allé au bout, sa commande Les Misérables pour un de ses petits-fils, la nuit vient, il ne s’attarde pas, la libraire le raccompagne, une marche traîtresse à la sortie, l’instant d’après le voir passer au volant de sa Clio, des enfants pas loin mais il vit seul dans un village à flanc de montagne

mardi 30 décembre 2025

vieillir (82)

pousser le portail du cimetière et avant de s’engager parfois se retourner vers la grande maison aux volets entrebâillés de l’autre côté de la place, sentiment d’une présence, derrière son rideau Clémentine, un ouvrage sur les genoux, suit les allées et venues, une voisine Elle me fait tout encore, raccourcir un pantalon, repriser des chaussettes, mettre une pièce, elle cuisine et va jusqu’à garder ses épluchures de pommes et les met au congélo  pour en faire de la gelée,  bien sûr qu’elle m’a donné des pots et tu peux croire que j’ai apprécié quand j’ai eu mes ennuis de santé, la pectine c’était bon pour ce que j’avais, Clémentine vit seule, elle a quatre-vingt-onze ans 

lundi 29 décembre 2025

conversation (57) entre amies

un café, pas des gamines, elles se font face Mais si tu es très bien, je ne le dirais pas sinon, moue dubitative de l’autre, silence, tu es, elle cherche, mignonne, oui, tu es mignonne, dans sa voix sa physionomie une restriction légère, un temps encore, examen sérieux et approfondi, mais tu devrais te maquiller, un sourire radieux, comme moi ! juste un peu de ricils, rien d’autre, je vais te montrer, tu veux que je te le fasse ? 

dimanche 28 décembre 2025

Lu et vu (170)

 Lu 

Le paradoxe de l’abondance de Hugo Clément, Vincent Ravalec et Dominique Mermoux

Vu

Le cinquième plan de la jetée de Dominique Cabrera

Father Mother Sister Brother de Jim Jarmusch 

Le retour du projectionniste de Orkhan Aghazadeh

vendredi 26 décembre 2025

au marché (34) de Noël de la place Clémenceau

il a promis d’apporter le petit colis demandé, des savonnettes, du lait pour le corps, passer au petit chalet, son employée Nicolas ne devrait pas tarder, les ânesses se sont échappées, qu’est-ce que vous voulez, quand il fait doux comme ça, le foin elles n’en veulent plus, c’est comme nous par ce temps à la soupe et raclette, on préfère les salades

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Journal La République des Pyrénées, 26 décembre 2017