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mardi 31 janvier 2023

janvier tire sa révérence

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vache en galet au Grand Bornand

Dernier jour de Janvier, et vingt septième billet. Je m'étais dit que si je voulais vraiment reprendre le chemin de mon blog, il faudrait que le mois de janvier soit plus prolifique que toute l'année dernière réunie, soit plus de quinze billets, c'est fait, et je compte bien ne pas repartir sur la pointe des pieds en refermant la porte. Evidemment je ne vais pas tenir avec un billet quasiment quotidien, je n'ai pas une vie assez trépidante pour cela, mais je vais garder une certaine régularité pour raconter quelques instants de deux mille vingt trois.

Depuis quelques jours j'ai un virus fatiguant, pas au point de rester au lit, mais écourtant mes nuits de façon assez drastique. Toute l'agence le traîne, visages brouillés, mouchoirs à porté de main, nuits chamboulées, nous tenons, la plupart, il n'y a pas lieu de prendre des arrêts mais les mines sont un peu chafouines.

J'ai enfin pu lancer les travaux de réfection de mon immeuble brûlé, d'abord la dalle qui doit être renforcée, puis l'électricité et peinture. Les portes fenêtres sont commandées et il manque encore la porte du local dans lequel le feu a pris, à changer. Je fais les comptes, les assurances ont taillé sévèrement dans certains devis et je dois voir ce qui peut ou non être fait sans que le budget explose. Une des entreprises ayant perdu un jeu de clef, j'ai eu la surprise de découvrir qu'un squatteur s'était tranquillement installé dans la chaufferie, avec télévision, matelas, sacs à dos remplis de babioles vraisemblablement volés. Evidemment il a fallut immédiatement changer le cylindre pour éviter qu'il fasse une connerie, mais il a encore le trousseau et s'est installé dans les caves, en faisant la nuit des fêtes avec je ne sais qui. Je dois faire changer le cylindre d'accès aux caves pour éviter maintenant qu'il fasse des dégâts, mette le feu, utilise les caves comme toilettes. J'ai hâte que tout soit remis en ordre, que la porte d'immeuble ferme enfin, et je vais faire poser des caméras pour ne pas avoir à revivre ce truc.

Janvier c'est aussi l'anniversaire d'Hervé qui aurait eu soixante neuf ans le 24, celui de ma nuit de cauchemar il y a quarante ans et le violent rejet de la greffe de G même jour mais dix ans plus tard.

Et aujourd'hui je croise les doigts pour que la mobilisation contre la réforme des retraites soit encore plus importante que celle du 19.


mercredi 4 janvier 2023

Le cadeau

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Lorsque j'ai ouvert le cadeau de mes parents, une émotion violente m'a envahie. Ce poisson en céramique emballé dans une serviette en papier épaisse et douce, que ma mère m'offrait, était à l'origine un cadeau d'Hervé. Ce frère que je retrouve chaque jour dans mille petits signes, et dont le poisson matérialisait à cet instant la présence.
Ma mère se séparant de ce cadeau, auquel elle tenait tant, disait aussi qu'un jour, que j'espère lointain,  elle s'en irait. Et qu'avant de partir, elle me transmettait la mémoire de ce frère aimé. 

Je suis allée l'embrasser, très émue. Nous nous sommes serrées dans les bras, elle m'a sourit, quelques mots, nous savions toutes les deux l'importance de cette céramique qu'un jour à mon tour je transmettrai pour que jamais nous n'oubliions cet aîné si violemment enlevé à notre amour.

dimanche 22 novembre 2020

Les gens qu'on aime #21

 quelqu'un d'unique, original ou un peu spécial 

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Il aura toujours, éternellement, vingt neuf ans, et pourtant cela fait plus de trente sept ans qu'une nuit, loin de nous, il est mort seul sous sa tente, emporté par une pneumonie fulminante, laissé à l'abandon par les responsables de la secte dans laquelle, malheureusement, il avait été entrainé par son professeur de maths.

Il est né en juin 54, c'était l'ainé, adoré, le premier d'une fratrie de cinq. Je l'ai donc connu dès ma naissance, trois ans après lui. Il fait partie de mon enfance, chaque jour, chaque jeu, et lorsqu'il est mort, mon monde s'est écroulé.

Petits, nous avons tous pris des cours de musique et de solfège, mais lui seul était vraiment musicien, totalement. Et jusqu'à sa mort, il a joué du hautbois, magnifiquement. Artiste accompli, il en avait l'originalité, dans un monde à part, perché dans les nuages. 

Je ne sais plus quand il est allé s'installer dans une chambre de bonne, deux étages au dessus de notre appartement. Bien sûr il continuait à vivre avec nous, mais il devait avoir un peu moins de vingt ans, et il voulait un peu d'indépendance. Comme cela il pouvait faire du hautbois tant qu'il voulait, il habitait cette grande chambre dans laquelle il avait de la place pour son immense aquarium. Un jour, passant par le marché, il avait craqué pour deux canetons qu'il avait rapportés, la haut, dans son antre, Musette et Galoubet. Sa chambre était devenue un véritable crottoir, et les deux canards, bien gras, avaient dû trouver refuge dans notre maison d'Alsace. Apprivoisés, ils nous piquaient nos tartines lorsque nous déjeunions dehors. Un jour ils sont partis, envolés...

De lui je garde aussi le souvenir de sa démarche chaloupée, comme s'il ne posait pas vraiment les pieds sur le sol, les cheveux, qu'il avait longs et bouclés, voletant telle une vague légère. 

Un jour il trouva une maison (l'avait-il achetée ?), totalement en ruine, dans un patelin perdu. Je me souviens de son enthousiasme à nous la présenter. Lui ne voyait que l'histoire qui en sourdait dans la vieille cuisinière à bois, les restes de décorations accrochés aux pierres descellées, le matériel abandonné dans la cour, nous ne voyions qu'une masure difficilement réparable. 

Un peu avant, il s'était mis en tête de construire des tandems, le premier, et le seul, qu'il construisit lui permis de faire un long périple avec sa compagne, mais il avait acheté du matériel pour en construire au moins une dizaine, et longtemps nous avons gardé, au fond de la cave, le stock inutile de ce qui restera à jamais un souvenir de lui. 

Et si nous avons cette maison familiale dans les Vosges alsaciennes, c'est uniquement grâce à lui. Il a tant insisté pour que mes parents aillent la voir, alors qu'elle était bien loin de Mulhouse, qu'ils y sont allés un week-end, alors que la plupart de nous n'étions pas encore rentrés de vacances, . 
Il en était tombé amoureux, l'auge en grès, les épicéas, la cave en pierre voutée, le four à pain. 
Après sa mort,  longtemps nous avons retrouvé, accrochés à la vanne du radiateur de séjour, sous la fenêtre, les petits fils rouges et blancs qu'il enroulait autour des roseaux lorsqu'il fabriquait les anches de son hautbois en regardant les oiseaux voleter dehors. 

Eternellement lorsque s'élève le son du hautbois, mes yeux se noient de larmes...


mercredi 6 novembre 2019

photo n°6

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Hervé - Eté 1966
Mon grand frère, au regard si bleu, qui menait notre troupe de cinq enfants joyeusement vers l'avenir. 

Où passions-nous ces vacances ? En Bretagne sans doute, avec ses plages de sable pour s'enterrer, bâtir nos châteaux aux multiples tourelles, pêcher les petits crabes au risque d'un doigts pincé, courir, encore et encore et plonger dans l'eau délicieusement froide.
Nous partions tous les sept, entassés dans l'Ariane de papa, bleue, aux ailes acérées, remplie à ras bord. Il fallait une journée complète pour que la tente soit montée, avec ses chambres individuelles et le "hall" où nous pouvions nous réfugier en cas de pluie. Nous prenions nos repas dehors, autour d'une table, assis sur les chaises pliantes, grosse casserole de rizotto et glaces en dessert dont nous gardions les petites cuillères en plastique coloré. 
Maman nous tartinait d'huile d'olive, notre peau dorait chaque jour un peu plus, et le soir, après la douche, nous nous enfoncions dans nos sacs de couchage et rêvions de soleil, de vagues emportées par les marées, de lendemains magnifiques.

Il avait douze ans, il était immortel.


dimanche 1 octobre 2017

Le Perille de Nankin Pourpre

Ou Shiso pourpre, agrémente les jardinières de la ville et, devant celle du Tribunal, un jour que je passais là, y ai vu une belle mante religieuse se prélassant dans les feuilles délicieuses.

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la mante du tribunal
J'en ai planté un au début du printemps dans ma grande jardinière sur pied, jamais une mante ne s'y est posée, mais elle a tout de même été grignotée par un insecte et n'a guère poussée. Heureusement, j'ai pu apprécier la saveur des feuilles et re tenterais l'année prochaine l'essai.

Hier soir, devant ce même Tribunal, trois jeunes gens d'à peine seize ans, semblaient bavarder tranquillement. Il pleuvait, je sortais de chez le coiffeur, abritée sous mon parapluie. La jeune fille du groupe se détacha, s'avança vers moi Zut, encore une demande de clope ou d'argent...
Madame ! Je suis chrétienne ! Jésus vous aime ! Parfait répondé-je,  Je m'en fou !
Elle insiste. D'un cinglant "Laissez moi tranquille, mon frère est mort dans une secte." Elle s'accroche, en trottinant à reculons passe devant moi "AH mais justement ! Nous ne sommes pas une secte".
Alors brusquement je m'arrête, pose ma main sur son épaule, la regarde dans les yeux "Retournez là bas vers vos amis". Sans un mot elle repart, un léger voile de tristesse m'enveloppe quelques secondes.

Ce Tribunal attirerait-il les religieux ?

samedi 27 mai 2017

douceur

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A Pâques, j'ai planté, là où reposent les cendres de mon frère, trois plants de pivoine. 

Ce matin, un des boutons s'est ouvert, un rayon de soleil caressant sa couleur rose orangée.

mardi 24 janvier 2017

des nouvelles

Il y a cet espèce de machin orange qui éructe les trois mots qu'il connait et qui est maintenant le président des états unis, et je me demande comment on a pu en arriver là.

Dimanche nous sommes allés nous perdre dans un quartier désert et un peu angoissant pour voter à la primaire de gauche. Des bulletins en pagaille, une pile de blanc et les piles de ceux qui se présentaient. Sans grand conviction j'en ai choisi un et mon enveloppe est venue rejoindre les 140 reposant au fond de l'urne, il était près de dix sept heures...
Puis nous sommes allés nous offrir une trentaine de tulipes rose et parme pour le joli vase trouvé chez Botanic et soldé moitié prix.

Il fait froid, la neige ne fond pas vraiment, j'ai trouvé des beaux gants en cuir doublés cachemire qui me protègent un peu mieux de l'onglée lorsque je fais du vélo. L'hiver est moins terrible lorsqu'on l'affronte en pédalant. Je vois le jour naitre, le soir est encore bien noir en sortant de l'agence, mais au moins je profite des saisons.

Le gros rush du début d'année s'est calmé, même si je suis entrain de remplir la première semaine de février, je sais maintenant que j'aurai aussi des journées un peu moins rudes où je pourrai rester au bureau pour faire ce que j'aime.

Ne me reste plus qu'à reprendre le yoga et à JP de défaire le sapin.

Aujourd'hui, Hervé aurait eu soixante trois ans...


vendredi 27 mai 2016

Sous les pins

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Elles dormaient depuis la mort d'Hervé, dans des cartons planqués sous les lits de la chambre d'enfant. Avant ce grand malheur, le rituel, institué par mon père lors des fêtes de Noël et nouvel an, comportait au moins une sortie du projecteur dans lequel papa faisait défiler les casiers remplis de notre petite enfance. Et nous nous extasions, riions, pinaillions, rêvions devant ces moments de grâce familiale.
Et puis cela est devenu trop douloureux de revoir certaines diapos, maman doucement pleurait, papa stoppait la projection, nous avons refermé la porte.

C'est en ressortant de vieilles boites à photos pour revoir un ami de Beaux Arts, mort en ce début d'année, que JP a pensé à s'offrir un appareil pour numériser les diapos. Mon vieux rêve de ressusciter l'enfance disparue était enfin imaginable. Et JP patiemment a commencé, lors de notre semaine alsacienne, à numériser une à une ces diapositives recelant des trésors.

Me voilà à Ravenne, discutant avec Maman, le petit déjeuner terminé, sous les pins, la mer si proche.
Je peux même sentir le bois craquer et le soleil chauffer la résine odorante.

lundi 21 septembre 2015

Eternité

Hier cela faisait trente deux ans qu'il est mort, trente deux ans et en marchant sous le soleil, regardant les nuages qui doucement filaient sous le vent léger, je me disais qu'il était peut être là, peut être ailleurs, mais dans nos coeurs toujours, éternellement. 
En rentrant, j'ai appelé ma mère, pour lui dire que j'étais avec eux, que j'avais pensé à lui. Je l'ai entendu sourire, c'est une journée qui restera toujours triste, le 20 septembre, mais sans pleurs, triste simplement, parce que pour eux c'est leur aîné qui est mort ce jour là, pour nous c'est notre grand frère qui est maintenant pour tous, plus jeune bien plus jeune que notre petit frère. 
J'avais cette image d'un autre enfant, un jeune homme qui tombe pour avoir voulu se rapprocher du ciel, qui tombe sous le regard de dizaine de smartphone, et qui tombera en pirouettant, éternellement pour une mère, un père et peut être aussi des frères et soeurs. 
Il faisait beau hier, très beau, et ce jour est pour toujours celui où un bout de mon enfance, de mes souvenirs, est parti rejoindre les nuées... pour l'éternité.

samedi 21 septembre 2013

dernier jour de l'Eté

Elle est passée déposer son chèque de loyer, a demandé à me voir, son interphone était en panne. Comme toujours j'ai dit deux trois mots, était-elle toujours bien dans son studio meublé ? Ses voisins étaient-ils agréables ? 
Oui très, jamais ils ne se plaignent lorsque je fais de la musique. Et de quel instrument jouez-vous ? Du hautbois... 
Je lui ai souri, combien cela me touchait en ce jour de souvenir, oui elle faisait bien comme tout hautboïste, ses anches, choisissait ses roseaux avec soin... quelques mots encore et nous nous sommes quittées. 

Dehors le soleil brillait follement, le vent faisait jouer les feuilles encore vertes et un chat effronté profitait de la porte grande ouverte de l'agence pour venir fureter autour de nos bureaux.

Bien sûr nous nous sommes faits agonir par quelques aigris,  avons ri maintes et maintes fois, chanté des âneries, couru à droite et à gauche...

Et puis le jour est tombé, emportant cet anniversaire dans les nuées, là où dit-on, nos morts s'envolent.

jeudi 19 septembre 2013

Trente ans

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Il est donc mort plus longtemps qu'il n'aura été vivant...

Lundi 19 septembre 1983, trente ans... très peu de photos, aucune vidéo, seul le son du hautbois qui ne peut résonner sans me mettre des larmes dans le cœur... 

Edit : en vérité il est mort dans la nuit du 19 au 20 septembre. Il est donc officiellement décédé le 20, c'est pourquoi paraît aujourd'hui dans Le Monde, un rappel à sa mémoire.

dimanche 10 juin 2012

Porte à porte

Nous nous sommes ouvert une bouteille de mousseux, du mousseux brut de Frontignan, assis au salon nous dégustons cette fin de semaine, un rayon de soleil, Chamade nonchalamment vautrée sur son grattoir neuf.
Brusquement elle lève ses oreilles, aux aguets prête à fuir sous le canapé proche, ding-dong, sonnette de l'entrée.
Je pense fort, tout comme JP j'en suis sûre " Merde qui cela peut-il être "
Lui ne bouge pas, plus un mouvement, le temps suspendu, j'hésite, me lève lourdement.
J'ouvre la porte et j'ai devant moi une jeune et une vieille femme, habillées de noir, cheveux gris tirés pour l'une, noirs défait sans chichi pour l'autre. Dans ma tête : Témoins de Jéhovah.
Mon " Oui ? " limite aboyé, doit leur faire comprendre mon rejet absolu. Leurs sourires se figent, regards compatissants, je suis hérissée à l'intérieur, prête à claquer la porte sans autre mot.
Rapidement la vieille s'avance d'un pas et dit "Vous savez que dimanche on vote pour les législatives ? "
Oups quasi instantanément je pense FN ! à moins que UMP ?
Ton sec et sans appel " Oui,  je vote à gauche ! "
Justement me disent-elles timidement, nous voulions vous parler... du programme du PS.
Eh  là... je me suis sentie... conne !

mercredi 26 octobre 2011

popopopopopopo...

Vers cinq heures il pleuvait encore puis l'asphalte a repris sa couleur mat, je me suis enfoncée sous les draps, et malgré une envie de pipi à la limite du supportable, j'ai attendu que le réveil sonne, que Chamade vienne faire sa ronronnante salutation. Il était temps de me lever, suspendre la petite lessive oubliée dans le tambour et faire le rituel café matinal.
Demain je serai une fois de plus seule au bureau, pour trois semaines. Samuel se fait à nouveau opérer, toujours ce problème de tendinite. A moi donc les états des lieux et tout l'administratif, mais le gros coup de blues de la semaine dernière a été bénéfique, j'ai lâché du lest. Je m'autorise des retards, j'éloigne l'écouteur de l'oreille lorsque les mots deviennent trop durs, je prends quelques secondes pour souffler lentement, yeux fermés, respirant des souvenirs d'embruns, de ressac, d'herbes folles couchées par la brise. Ce qui n'est pas fait à l'instant le sera rapidement, mais je quitte l'agence vide de tout stress, oubliant dès la porte fermée ce qui de toute façon ne pourrait se faire avant le lendemain.

Quatre jours de liberté se profilent et l'envie de revoir mon père se fait si insistante que je crois que j'irai faire un saut en Alsace, seule, laissant JP et Chamade profiter de leur liberté. C'est le temps pour aller fleurir l'oiseau, préparer le bois pour les vacances de Noël.

Depuis cinq jours maintenant j'ai une nouvelle cuisinière. Un bijou, dont la porte s'ouvre comme un tiroir, avec des plaques à induction et une incroyable fonction Sabbat. Mes brioches ne sont plus brûlées, les légumes cuisent à la vitesse de la lumière, je me sens reine aux fourneaux !

Mes deux enfants se sont "croutés" en vélo et scooter. Les deux ont le genou en vrac, G. sagement est allé montrer cela à l'hôpital, C. se soigne seule, et retarde d'autant son premier bain dans le lagon, après l'hiver très rude qu'elle vient de quitter. Heureusement, nous lui avions apporté des pulls qui lui ont permis de survivre à des températures avoisinant les 25°.

Migros a sorti la collection 2011 de massepains de la st Nicolas, les rayons de jouets sont en place à Géant, ne manquent plus que les guirlandes dans les rues. Et chaque jour un sondage, un nouveau scandale dsk, de nouvelles vociférations d'un membre du gouvernement.
Ainsi va la vie, je me plonge dans un bouquin, j'éteins la télévision, écoute Bashung... un jour je parlerai moins, jusqu'au jour où je ne parlerai plus...

lundi 20 septembre 2010

Fils rouges

Longtemps après nous retrouvions encore des fils rouges accrochés négligemment autour des vannes des radiateurs. Rouges, moulinés, d'une dizaine de centimètres, frissonnants légèrement à notre passage.
C'était dans la grande salle de séjour, donnant sur le chemin, à l'ombre des sapins. Fenêtre ouverte, au loin parfois le beuglement d'une vache, les glouglous d'un dindon, il était assis là, sur le banc, coude sur la table, sérieux, ailleurs, il construisait ses anches.
Dans le verre reposaient les roseaux. Juste avant il avait coupé, un à un, même longueur, ces fils rouges que nous retrouverions après sa mort, comme un ultime adieu, et dont il entourerait, avec délicatesse, deux tronçons de roseaux taillés et grattés lentement, lentement, le regard presque flou.
L'image figée, ses cheveux blonds, légers, longs et bouclés, que le soleil faisait briller comme auréole. Il penchait la tête, sifflotant, de ses longs doigts de hautboïste il tricotait ses anches, et les posait l'une après l'autre, sur le velours vert de la petite boite recouverte de cuir.
La boîte pleine, il rangeait ses roseaux, son fil, ses instruments, un à un, dans une autre boîte en cuir, noire élimée, qui ne le quittait jamais. Puis il assemblait son hautbois, morceau par morceau, l'instrument se créait, à chaque fois, chaque jour. Il commençait ses gammes, non sans avoir choisi, longuement, en la tétant doucement, concentré,  l'anche parfaite qu'il venait de créer.
Dans le rayon de soleil, éclairant le plancher, rasant le bouquet posé dans l'encadrement d'une fenêtre, il devenait hautbois, dansait dans le son qui naissait de ses lèvres, Cimarosa enchantait nos dimanches.

Cette nuit encore et encore, il est mort depuis vingt sept ans.


vendredi 18 septembre 2009

intemporel

Il est venu payer son loyer.

Il voudrait à cette occasion rencontrer quelqu'un de la gérance... il y a moi et puis... personne d'autre... à moi donc, lâchant tout, de répondre à sa demande.

C'est lui qui, un dimanche soir, s'était trouvé devant une masse mouvante d'asticots ayant recouvert le sol de l'entrée de l'immeuble. Il avait alors courageusement, attaqué le problème de front et lutté pour évacuer cette vermine... les asticots étaient de retour le lendemain.

Et depuis, me dit-il, malgré des traitements répétés, on les retrouve se tordant dans les coins, sous les marches, près des boîtes aux lettres... une abomination !

Je croyais l'histoire ancienne, étant même passée samedi dernier pour vérifier que tout était maintenant en ordre. Je lui explique ce qui a été fait, les produits utilisés, mes contacts réguliers avec la responsable de l'entreprise, nous parlons longuement... Je le regarde... vertige...

... il se penche légèrement en me parlant... je détourne les yeux un instant, ce regard si doux, ces cheveux aériens... me recule, trouve le mur en soutien...

26 ans... 26 ans dimanche qu'il est parti, et je l'ai devant moi... les larmes menacent, il me faut abréger ce dialogue, me réfugier dans mon bureau...

Et seule enfin, une fois la porte refermée, accepter l'improbable présent, offrande du néant !

vendredi 19 septembre 2008

...

De cette journée que me reste t-il ?

Un long ruban d'asphalte dont la surface à l'horizon vibrait, transparence chaude. Le soleil de septembre qui donnait encore aux champs desséchés l'éclat métallique d'une belle fin d'été.

Nous allions à Orange, nous y avions rendez-vous, tous ensemble, pour l'accompagner vers cet ailleurs.

Garés sur le gravier gris clair, à l'ombre des ifs caressant l'azur.
Une toute petite chapelle blanche adossée au crématorium, le concert des cigales... nous étions entrés en silence, ce qui restait de la famille, un père, une mère, deux frères, deux soeurs... l'aîné reposant dans son cercueil en chêne blond.

Je me souviens de l'attente, impression de flotter, de mon père, perdu, ne sachant plus comment utilisé un distributeur d'eau.

Et puis l'instant où la porte s'ouvre, où le cercueil plonge dans les flammes... ce déchirement silencieux.

Cette nuit cela fait vingt cinq ans que mon frère agonisait, seul.

samedi 15 décembre 2007

20 septembre 1983

...En ce temps là, lorsque l'on voulait se porter partie civile dans un procès il n'y avait pas d'aide juridictionnelle, le plaignant payait l'avocat et éventuellement se faisait rembourser avec les dommages et intérêts....

J'avais reçu le courrier de l'avocat le matin même, il demandait une avance de cinq mille francs. Nous ne les avions pas et je devais appeler mon père pour qu'il m'avance une partie de la somme... Toute la journée j'avais reculé cet appel, tournant dans tous les sens ma demande, première fois de ma vie que j'allais emprunter à mes parents... la nuit tombait... il travaillait tard mais là je ne pouvais plus reculer... courage...

Faire le numéro... première sonnerie... deuxième, il décroche
- Dr B.
- Papa c'est moi
- Bonsoir Valérie
- Ecoute Papa je te dis tout de suite pourquoi je t'appelle... le dire tout de suite, pendant que j'en ai le courage... J'ai eu un courrier de l'avocat qui me demande de le régler cette semaine, est ce que c'est possible que tu m'avances trois mille francs, on te les remboursera le plus vite possible... ouf c'est dit
- Oui pas de problème je t'envoie ça demain... il a une drôle de voix
- Je te dérange ? Tu es encore en consultation ? Tu as une drôle de voix !
...un temps...
- Il y a de quoi !... J'ai eu un coup de fil de Fréjus... il est arrivé un malheur... Je suis loin, si loin de comprendre, si loin... A Fréjus habite ma cousine... un de ses enfants ?
Il prend son souffle...
Hervé est décédé.

Le sol se dérobe, je serre à le briser le combiné... comment est ce possible ? De l'autre côté il se tait et c'est insupportable de le savoir seul dans sa douleur... je n'ai pas de larme, pas encore, elles viendront plus tard débordant sans retenue, mais là je suis juste stupéfiée...

Il savait depuis ce matin, mais il avait gardé cela pour lui, pour que nous ayons encore une journée heureuse et puis mon petit frère ce jour là avait eu le permis et il était si heureux, il ne voulait pas lui briser sa joie...

Il venait de raccompagner un de ses patients, il avait décroché le téléphone, un médecin faisant partie de la secte lui avait froidement annoncé que l'on avait retrouvé Hervé mort dans la nuit, seul sous sa tente... Il avait raccroché... comment avait-il trouvé la force de se lever, de recevoir son patient suivant ? Comment ? Jusqu'au soir il avait gardé cette douleur en silence, ensuite il avait bien fallu le dire, puisqu'étonnamment l'un après l'autre ce soir là nous l'avions appelé sans savoir, l'un après l'autre...

Combien de temps sommes-nous restés ainsi ? ... je savais qu'en raccrochant je perdrais pied !



jeudi 13 décembre 2007

retour

Il commence à faire nuit, j'allume mes codes, la radio ronronne doucement.
Je reviens d'Annecy où j'ai déjeuné avec mon amie, les montagnes tout à l'heure étaient roses sous le soleil déclinant, la neige parsemée comme du sucre glace... Juste avant Cruseilles la radio crachote et je change de station... France bleue Savoie... Jacques à dit cours... je laisse, je suis bien... Feu rouge... vert... Chuck Berry... quel plaisir, souvenir de ma découverte du rock... La route est souple, la nuit est là... quelques infos... musique, premières notes, mon dieu que c'est loin... incapable de me rappeler qui chante ça mais j'aimais... monte le son d'un instrument à vent, basson, cor anglais, hautbois ? C'est brutal, incontrôlable, ma gorge se serre, mes yeux se mouillent, mordre les lèvres... trop tard tout se trouble.


Guérit-on un jour de l'absence ?

jeudi 20 septembre 2007

...

ImageNous étions cinq enfants, il était l'aîné. Il jouait merveilleusement du hautbois.
Il restera l'éternel rêveur, mort il y a 24 ans à l'aurore naissante.

dimanche 15 juillet 2007

nuit

Je me réveille le cœur affolé, il fait nuit... quelle heure ? Il me reste les dernières images de ce cauchemar si réaliste. Et je replonge dans mon sommeil et poursuit autrement ce mirage. Je raconte à mon fils cette histoire vécue lorsqu'il était petit, lui décrit par le menu le cauchemar qui m'a réveillé il y a quelques minutes. Je me réveille à nouveau...

Il y avait ce bruit, cette lumière d'apocalypse. Je regarde à travers les volets distordus, la rue est ravagée, des camions squelettes brûlent encore... personne. Les arbres, sous le souffle de l'explosion, sont projetés sur nos fenêtres et cela explique la boursoufflure que je sens sous mes mains. Ils se sont imbriqués dans les volets, imprimés. Et l'intérieur de l'appartement est en chaos. JP dort et je le réveille. G. est dans son lit de bébé mais doit avoir deux ou trois ans... c'est cela que je lui raconterais dans ma suite de rêve.

Evidemment ce rêve n'est pas gratuit, il ne m'aurait pas réveillée de la sorte, et cette sensation d'étouffer que j'ai ressenti pendant un long moment à mon réveil me rappelle un rêve fait il y a très longtemps, alors qu'à cet instant mon frère mourait réellement d'étouffement.


Il fait très beau, déjà chaud... bientôt je partirais avec G. et son cousin nous plonger dans l'océan.