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vendredi 11 juillet 2025

Revue de revue de revues de…

Peut-être vais-je finir par devenir un homme de revues ; un « moitié fou » dit (je cite de mémoire, ça ne doit pas être exactement ça) Morand (ou Chardonne?) à propos de Léautaud et de son travail au Mercure de France.
Il y a mes travaux sur 84 (je ne vais pas vous enserrer de liens ; allez voir, l’index, version ordinateur…), textes dans La Route inconnue…

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NB - Tallinn, 2018

Et voilà qu’un travail sur un étrange hebdomadaire, Sovjet-Estland, suite à un colloque auquel j’ai participé à l’INALCO en 2021 (déjà…) vient de paraître dans la revue numérique Nordiques (elle aussi en lien de ce blog…)

En voici le résumé : Sovjet-Estland, une revue soviétique pour les Suédois d’Estonie.

« Sovjet-Estland, édité à Tallinn d’octobre 1940 à août 1941, est un hebdomadaire en langue suédoise, à destination des Suédois d’Estonie (environ 8000 habitants) qui paraît pendant la première annexion de l’Estonie par l’URSS, jusqu’à l’arrivée des troupes allemandes du plan Barbarossa. Organe du parti communiste local (Läänemaa), il est particulier d’abord parce qu’il s’adresse à une petite minorité, et parce que cette minorité est a priori peu à même d’épouser son communisme militant. L’hebdomadaire doit donc s’adapter aux caractéristiques des Esto-Suédois, en reprenant en partie la tradition de leur revue précédente qu’était Kustbon, tout en menant une opération de communication politique, au long de ses 43 numéros. Sovjet-Estland pointe ainsi les efforts du gouvernement soviétique à destination des Esto-Suédois et tâche de les convaincre de renoncer à l’idée d’émigrer vers la Suède. En même temps, Sovjet-Estland peut apparaître comme une tribune pour développer l’image d’un contre-modèle à destination de l’Occident. »

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NB - Tallinn, 2018, vers l'ancienne prison Patarei 

Il se trouve que peu avant a paru le numéro 73 de La revue des revues (en lien de ce blog, cela aussi, en lien…) Celui-ci, je me le suis procuré (maintenant, je suis abonné…) à cause d’un de ses titres (je parlais récemment de mes dispersions… de Jules Roy aussi…) : « Henri Bosco, Aguedal ».
Pour être plus précis, c’est un article de Guy Dugas, « Henri Bosco au Maroc (1931-1955) et l’aventure d’Aguedal ». Seize pages (avec illustrations) sur un sujet (qui m’intéresse…) sur lequel on trouve peu de choses sur le net et ailleurs…
Résumé ? Résumé…

« C'est chose peu connue : l’écrivain provençal Henri Bosco (1888-1976) a passé près de 25 années au Maroc, entre 1931 et 1955. Outre la publication de plusieurs ouvrages importants, notamment Le Mas Théotime (éd. Charlot, 1945) prix Renaudot, il y dirigea durant cette période très compliquée la revue Aguedal (une vingtaine de numéros avec une suspension au début de la guerre, et quelques tirés-à-part).
Par sa longévité comme par la richesse de ses sommaires, son ancrage en milieu arabe et berbère sans équivalent parmi les revues nord-africaines de la période coloniale, Aguedal représente un élément majeur de l’histoire littéraire au Maghreb. Elle a été le creuset d’une réflexion, contrariée par la guerre, sur une « métaphysique orientale » inspirée de la Doctrine guénonienne qui irriguera une partie de la littérature marocaine contemporaine, de langue arabe ou française, grâce à des intellectuels tels que Mohamed-Aziz Lahbabi ou Ahmed Sefrioui. » (Guy Dugas.)

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Jules Roy et Henri Bosco ont entretenu une correspondance pendant la guerre. Jules Roy reçut les lettres d’abord en Afrique du Nord, puis en Angleterre, où il servait sur un équipage de bombardier – il en a parlé (notamment encore) dans La Vallée heureuse. Ou, voyez-vous ça, dans un livre évoqué récemment par Argoul, Le navigateur.– Puis à Paris…
Les lettres de Henri Bosco (1942 à 1969, mais en fait surtout jusqu’à 1946) ont été gardées par Jules Roy et publiées par l’Amitié Henri Bosco, dans le vingt-cinquième de leurs Cahiers Henri Bosco (1985).
Comme Jules Roy le note dans un texte introductif, l’amitié des deux hommes fut de quelques années, et semble-t-il surtout épistolaire. Il semble que ce soit Jules Roy qui écrivit d’abord à son aîné ; il se souvient : « Son âme sensible avait compris à quel point j’étais coincé entre mes devoirs et mes affections et combien j’avais peu d’espoir de m’en sortir. Durant cette longue période de nuit semée de feux et de terreur, il veilla sur moi. » (Cahiers Henri Bosco, 25, 1985, pages 89-90.)

On peut penser peut-être, même s’il semble que les drones ont remplacé en grande partie les bombardiers, à certains combattants d’Ukraine.


Nils Blanchard


Triche. Ajout d'étiquette du dernier billet : Garçon au poisson. 

jeudi 3 juillet 2025

Lieux, réels et numériques – manuels, mémoire, « réseaux »

Je reprends là une série de billets qui sont censés s’interroger sur la nécessité de poursuivre ce blog, sur son intérêt. Ce n’était peut-être pas très évident – c’est que c’est un peu l’ADN de ce blog que de tourbillonner en digressions, parenthèses…

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Juhan Raudsepp, 1935 - Capture d’écran


Au départ : articles de Thomas Nydahl, s’interrogeant sur son âge, sa maladie, sur la pertinence, dans ces conditions, de poursuivre son blog… Plusieurs fois, il a annoncé qu’il l’arrêtait, s’y est remis. Au moins, si j’ai bien compris, a-t-il quitté « Facebook » et autres « réseaux » « sociaux »…

Il écrivait le 3 septembre 2024 (début et fin de son article) :

« Det digitala livet kan vi varken fördriva eller bortse ifrån.
(...)
Digital på deltid som jag är, är sannerligen inget alternativ. Det är en form av koketteri mitt i pensionsynkedomen. »

« La vie numérique, nous ne pouvons ni la mettre de côté, ni l’ignorer.
(...)
Être connecté à mi-temps, comme moi, ce n’est vraisemblablement pas une alternative.C’est une forme de coquetterie de retraité. »

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Juhan Raudsepp, Chapelle de Kasmu - Capture d’écran

 
Plus sérieusement, peut-être, je m’interroge sur l’exercice même du blog. Évidemment, toutes les informations que je partage ont des sources précises et sérieuses ; mes opinions m’engagent et je les signe – je me permets d’en émettre après avoir publié aussi des travaux sur certains sujets. Ainsi (pour rappel), un article sur une revue de propagande (!) soviétique en 1940-1941, mon livre bien sûr sur le déporté Elmar Krusman. Différents textes, aussi, sur le monde littéraire d’après-guerre, notamment sur 84… Je ne cite pas tout cela pour me justifier de quoi que ce soit, c’est simplement qu’en voyant les errements dans lesquels tombent certaines personnes, groupes, aux manettes de sites internet plus ou moins glorieux… je ne peux m’empêcher de craindre de leur ressembler de près ou de loin…

Ainsi, tout récemment de ces gens (sur le site internet « malgre-nous.eu »), se vautrant en répliques d’uniformes de la Wehrmacht (un « article » du 23 juin 2025), pour « jouer le rôle » de résistants d’une photo localement célèbre…
Je songeais à eux car leur site que j’ai consulté parfois a fait état plusieurs fois de la nécessité de corriger selon leurs volontés les manuels d’histoire du secondaire.

Or je lisais dans le Göteborgs Posten – et on retrouve là étrangement des thèmes de Sovjet-Estland ! – un article sur un certain retour en grâce de la mémoire de Staline dans la Russie poutinienne, article dans lequel on parle, précisément, de manuels d’histoire corrigés…

« Parallellt har andra viktiga minnesmärken och museer försvunnit eller tagits bort, skriver SVT. Exempelvis fick Gulagmuseet i Moskva stänga ned i fjol när man hänvisade till säkerhetsskäl.
Förutom statyer och minnesmärken har studieböcker omarbetats och Stalins brott har tonats ned. Medförfattaren till de nya historieböckerna som används i ryska skolor är Vladimir Mdinskij, som även arbetar som president Putins rådgivare, enligt DW. »

« En parallèle [à la fièvre stalinienne], des repères mémoriels et des musées ont disparu ou ont été enlevés, écrit SVT [la télévision suédoise]. Par exemple, le Musée du Goulag à Moscou a fermé l’année dernière pour raisons de sécurité…
Outre les statues, les repères de mémoire, ce sont les livres scolaires qui ont été refaits, avec une atténuation des crimes du stalinisme. L’un des co-auteurs des nouveaux livres d’histoire utilisés dans les écoles russes est Vladimir Medinski, qui est aussi un conseiller du président Poutine, d’après DW [Deutsche Welle]. »

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Pour en revenir à quitter tel ou tel média, renoncer à telle ou telle façon de s’exprimer, toujours dans le Göteborgs Posten, Joel Arvidsson a écrit le 3 mars (2025) un article intitulé : « Efter bråket i Ovala rummet – många svenskar vill bojkotta varor från USA. » (« Après l’altercation dans le salon ovale – beaucoup de Suédois veulent boycotter des biens des États-Unis. »

« Allt fler svenskar vill bojkotta varor från USA. Sedan bråket mellan presidenterna Trump och Zelenskyj har en bojkottgrupp på Facebook lockat till sig över 33 000 medlemmar. »

« De plus en plus de Suédois veulent boycotter des biens des États-Unis. Depuis l’altercation entre les présidents Trump et Zelensky, un groupe favorable au boycott s’est créé sur Facebook et a dépassé les 33 000 membres. »

Sovjet-Estland, peut-on considérer qu’il a été boycotté par les lecteurs esto-suédois ? C’est peut-être un peu plus compliqué ; il est à peu près certain en tout cas que l’hebdomadaire ne fut quasiment pas lu. (Mais les gens « lisent »-ils vraiment des choses sur les « réseaux » « sociaux » ?
Bon, ces gens (de l’article de Joel Arvidsson) sont sans doute très bien intentionnés… Mais n’est-ce pas précisément par « Facebook », sur quoi ils fondent leur groupe, qu’il faudrait commencer ?


Nils Blanchard


P.-S. : Juhan Raudsepp est le sculpteur du garçon au poisson, emblème de ce blog (statue qui se trouve à Hapsal, sur la place de l’ancien marché suédois).

P.-S. 2 : J’avais à peu près la matière de ce petit billet quand je suis tombé sur ce texte de Terrestres (en lien indirect de ce blog, via Alluvions, ou ce lien…) « Quittons tous les réseaux sociaux ! », du 25 juin 2025. (Eh ! Et déjà : n’y entrons pas…) On y reviendra vraisemblablement.

Triche : ajout d’étiquettes d’un dernier billet : Julien Grainebis, Macintosh.

mercredi 5 juin 2024

De la tuberculose, I

On a parlé dans ces parages de La Montagne magique, où Hans Castorp, de Hambourg, rejoint un sanatorium à Davos (Suisse), et y séjourne – lors même qu’il y vint d’abord en visiteur – sept ans. (Au passage, chef-d’œuvre traduit en suédois par… Karin Boye.)

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On a parlé aussi d’Edith Södergran, qui visita très tôt les sanatorium de Nummela (Finlande), de Davos… avant de mourir à 31 ans, en 1923. Dans un éclair, Kerstin Söderholm – et on en reparlera.
Bien d'autres encore.
En dehors du monde suédophone, Kafka bien sûr, mort un 3 juin… 1924.

Bernur, le 3 juin dernier, à propos des dernières lettres de Kafka :

« Ja, han åker på rekreationsresor, tills tuberkulosen i struphuvudet gör honom stationär och leder till att han mot slutet får förmaningar att endast viska och tvingar honom till att kommunicera med lappar, och dessa lappar avslutar breven. »

« Oui, il voyage encore pour le plaisir, jusqu'à ce que la tuberculose atteigne le larynx, l’immobilisant, et à la fin sommé de chuchoter seulement, puis réduit à ne plus communiquer qu’avec des notes, qui concluent les lettres. »

On l’a compris : il s’agit ici d’évoquer la plaie des temps passés (à peu près avant la Seconde Guerre mondiale, mais ce n’est pas si net, Jacques Prevel est mort lui, de ce mal, en juin 1951, à la fin de l’aventure 84 à laquelle il avait participé...)

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On peut ici replacer les choses sur le plan historique... On pense que quand Koch en découvre le bacille en 1882, une personne sur sept en Europe mourait de la tuberculose. En France : environ 80 000 morts par an à la fin du XIXème siècle.
Puis en 1921 a lieu la première vaccination par le BCG ; 1921, voyez-vous ça !
1928 : Fleming découvre la pénicilline et à partir de 1939, des antibiotiques sont utiisés contre la tuberculose.
 
Mais bien sûr, on y reviendra, il y a plusieurs types de tuberculoses. Et le mal n'est pas éradiqué aujourd'hui, notamment dans ce qu'on appelle les "pays en développement".
 
Pour l'heure, je ne peux m'empêcher de faire un rapprochement entre, d'une part, l'"artificialisation" démente de notre environnement, de l'autre cette maladie qui progresse à l'intérieur d'un corps humain. 
Tenez, sur l'A 69 (son nom au moins est sympathique...)

Nils Blanchard


P.-S.: Rajouté les étiquettes Charles Trenet, Fontevraud, Nadia Khouri-Dagher de l'article précédent... 

vendredi 22 mars 2024

La passion de la vie était plus grande…

 Roland Frankart évoque Patrick Reumaux écrivant, à un auteur à qui il refusait un entretien, qu’ « en vieillissant j’ai de plus en plus tendance à me prendre pour le chat qui s’en va tout seul ».
C'est dans un texte disponible ici, et sur quoi il n’y a guère à redire.

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NB - février 2024

Mais il se trouve que j’ai revu récemment un chat de rue auquel je suis passablement attaché, et que je croyais disparu. Je le surnomme la panthère, à cause de sa démarche élancée. Je ne l’avais plus revu depuis mon retour des vacances de Noël – via Fontevraud et d’ailleurs de ça aussi on reparlera…

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NB - février 2024

Il est là – timide, aux aguets, même ronronnant sous les caresses… – depuis que je me suis installé à cet endroit et, sans être superstitieux, songeant à aller un jour peut être proche ailleurs, je me disais, bien malgré moi, que sa disparition serait un signe… Non. Je l’ai aperçu à nouveau en rentrant à la nuit, déboulant d’un bosquet.
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Couverture du bulletin de la Route inconnue

André Dhôtel (signant un livre) et Patrick Reumaux


Bon, mais les dates de Patrick Reumaux seront donc : 1942-2024 ; inversion des deux couples de derniers chiffres.
Je me faisais cette réflexion anodine, et me disais qu’il y avait le même type d’inversion avec 1948 et 1984, ou 48 et 84 – on y reviendra –, la revue, sur laquelle j’ai un peu travaillé récemment encore (chut… Je n’avais pas le temps), et dont il a été un peu question dans ce blog. (L’index… toujours l’index, à droite, version ordinateur : il suffit de cliquer sur les mots qui ont été « étiquetés » sur ce blog…)

Et voilà que farfouillant vaguement sur le net, je tombe sur cette trace de rediffusion sur France culture d’un texte de Patrick Reumaux, précisément. « Trois morts annoncées » (bigre!) (Réalisation : Laure Egoroff, conseillère littéraire : Laurence Courtois.) Et c’est présenté ainsi :

« "N'y a-t-il pas deux catégories d’écrivains, écrivait Charlotte Brontë en 1848, l’auteur et le faiseur de livres ? Et le dernier n’est-il pas plus prolifique ? N’est-il pas, en vérité, merveilleusement fécond ? Mais le public, et même l’éditeur, font-ils grand cas de ses productions ? Ne s’en lassent-il pas, tous les deux, avec le temps ?"
On entendra ici les voix des Brontë à l’instant le plus présent de la vie celui de la mort. Branwell, remontant pour la dernière fois vers le Presbytère, titubant et braillant une chanson à boire, Emily détournant à contrecœur ses yeux mourants de la lumière du soleil, Anne, la benjamine, se faisant transporter jusqu’à Scarborough pour s’éteindre devant la mer. (…) »

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NB - février 2024

1848, donc.
(Bon, par contre, l’émission n’est plus disponible à la réécoute. Sous le Sceau du Tabellion, à nouveau, on trouve en revanche une traduction, par Patrick Reumaux, d’Emily Brontë.)

130 ans plus tard, dans une émission donnée à la radio suisse de 1978, donc, André Dhôtel :

« (…) Il était impossible de dire, si vous voulez, que ce garçon [c’est de Patrick Reumaux qu’il est question] pouvait être écrivain mais je l’ai compris parce que justement il s’intéressait plus au sujet dont il parlait qu’à ce qu’il écrivait. Il s’intéressait lui-même au bois, à la chasse, au piégeage et évidemment aux jeunes filles mais on sentait que la passion de la vie, si vous voulez, était plus grande que celle de l’écriture. C’est ce qu’on oublie toujours. »

Bon (il faut que j’arrête avec ces « Bon... », faux-bonds…), mais je parlai en cours à l’université (eh : je ne dirai sûrement pas si souvent « Je parlai en cours à l’université » – du reste, Patrick Reumaux, évoquant sa carrière de maître de conférence : « Quel gâchis »…) des Pays-Bas qu’on pouvait, par certains aspects – mais pas tous… – inclure dans les pays nordiques… Et dans Maison noire, Patrick Reumaux évoque, entre autres, entre autres, la reine Christine, pas gentille avec Descartes. Et un personnage ne veut « pas voir de Hollandais dans la rue du Coq », non.
C'est dans une pièce étrange, à la fin du livre. Avant cela (pages 124-127),

« Pierre Moënne-Loccoz, qui fut un illustrateur hors-classe, n’écrira plus imprudemment : C’est Patrick Reumaux, sur sa petite moto rouge lancée à fond, qui part à l’assaut des moulins à vent scandinaves. »


Nils Blanchard

lundi 27 novembre 2023

Des requins aux bains de mer / Peintres suédois

Je reprends le fil de billets déjà (...) un peu anciens.  Icilà...
Quant aux bains de mer, on y revient, toujours avec Kristin Lagerkvist qui en parle régulièrement dans son blog, à toutes saisons… Ou avec deux autres blogs d’intérêt récemment découverts : Julia Eriksson et Ulrika Nettelblad – en som skriver.

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Gerda Roosval-Kallstenius - Capture d'écran

La première écrit le 7 novembre, au début d’un long article intitulé : « Novembers djupa andetag » – « La profonde inspiration de novembre » :

« Kalendern visar november. Årets elfte månad, den långa och gråa, men också det djupa andetaget innan. Före högtider och glitter, decembers hysteri.
(...)
En fördel med det stilla, gråa är det ännu inte blivit för kallt för att ses på bryggan på onsdagsmorgnarna för ett dopp. Kylan biter förvisso hårdare och stunden i vattnet blir kortare, men ruset efteråt finns fortfarande där. När kroppen skjutsar runt blodet och det liksom pirrar i bröstkorgen av energi och extas. »

« Novembre au calendrier. Le onzième mois, long et gris, mais aussi la profonde inspiration avant la suite. Avant les fêtes et les lumières, l’hystérie de décembre.
(...)
Un avantage avec ce calme, ce gris, est qu’il ne fait pas encore trop froid pour qu’on ne puisse se retrouver au ponton les mercredis matins pour un petit plongeon. Il fait froid cependant et le bain en est raccourci, mais l’ivresse, après, est bien là. Quand le corps propulse le sang en lui et qu’il y a comme ce picotement dans la cage thoracique – énergie et extase. »

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Anders Zorn - Capture d'écran

Cela est entremêlé de photos de Stockholm, du bain, où je retrouve mes lumières et ambiances de cette ville – à l’époque, Anne-Marie Berglund vivait toujours (souvent à Stockholm) et je l’ignorais totalement (on en reparlera…) J’avais d’autres chats à fouetter il est vrai.

Plus loin, elle affiche sa lecture d’Isabelle Ståhl (qui faillit remporter le prix du journal de Borås en 2018 ; et Wera von Essen l’a remporté en 2019…), un roman intitulé Eden. Or j’ai eu beaucoup affaire à la notion de paradis au cours de recherches et lectures récentes ; quelque chose qui me poursuit, sur quoi je n’arrive pas à mettre précisément le doigt.

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Birger Simonson (école des coloristes de Göteborg) - Capture d'écran

La seconde écrit d’Åland – photos en noir et blanc ; textes prisés ; et on en reparlera… ; dans un article du 27 septembre, on lit :

« En septemberkväll packar vi (…), åker till stranden och har vårt lördagsmys där. Det är indiansommar. Kvällen är ljum, men den kommer att svalna snart. Snart skymmer det. Vi simmar i havet. Säsongens sista bad. Jag har känt obehag för kallt vatten så länge nu, trots att jag förr älskade att bada. Som om stress och sorg tunnat ut huden. Som om minsta obehag, minsta motstånd inte gått att genomleva för belöningen som kommer strax därefter.
Men nu simmar jag mot vågorna, det doftar salt mot mitt ansikte, jag sänker mig under ytan, allt är svalt. »

« Un après-midi de septembre, on a fait nos sacs (…), puis on est allé à la plage pour notre détente du samedi. C’est l’été indien. La soirée est douce, mais il va bientôt faire plus frais. La nuit va commencer de tomber. Nous nageons dans la mer. Le dernier bain de la saison. Ça fait si longtemps que je n’aime plus l’eau froide, lors que j’adorais autrefois me baigner. Impression que le stress, la peine, s’exhalent de la peau. Comme si le moindre désagrément, la moindre contrariété ne pourraient survivre à la récompense, juste après.
Or maintenant je nage vers les vagues ; ça sent le sel sur mon visage ; je me laisse aller en profondeur, tout est fraîcheur. »

Fraîcheur, froid… Mais en même temps, quel plaisir d’entrer dans l’eau d’huile, noire d’un fjord et rencontrer quelque pingouin, plongeon… (je n’ai pu déterminer, cette fois-là, l’espèce exacte). Entrer comme en un autre monde, comme entrer dans une autre lumière.

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Ivar Kamke - Capture d'écran

Henri Thomas – que l’on rerouve bien sûr dans l’article de Bernard Baillaud sur 84, dans La Revue des revues – avait un grand goût pour les bains de mer. Cela se passait en Corse, en Bretagne… Il y avait les bains de sa « vie  réelle », ceux de ses romans. Ainsi dans La vie ensemble (Gallimard, 1945), il se baigne à plusieurs reprises – enfin, Souvrault – et notamment du côté de Porquerolles, vers la fin de ce roman riche et étrange ; une sorte de Paris-Méditerranée de guerre, sans guerre, ou…

Pendant l’Occupation, il fut privé de plage par le blocage des côtes par les Allemands. Se souvenait-on de ce genre de détail ? Où le diable se glisse…
Et voilà : retour à l’enfer ; du coup, retour au paradis.


Nils Blanchard


P..-S. : - Je parlais de feuilleton sur France Culture. En ce moment : Un ennemi du peuple, d’Ibsen.
C'est le soir à 20h30, en semaine.

- En lien de lien de ce blog, via Alluvions, le site de Jérôme Leroy: Feu sur le quartier général... Là, un très court texte, avec une photographie qui parlera aux promeneurs... Il y est question, entre autres, d'André Dhôtel, Jean-Claude Pirotte... Que demande le peuple?

samedi 18 novembre 2023

Trois points, plus ou moins en rapport avec la justice

Trois points sur des actualités ou parution récentes. Pour le deuxième, aussi, autour du KL Natzweiler et du bourreau Ehrmanntraut – qu’Elmar Krusman côtoie d’après un témoignage très singulier (voir mon petit livre).
Pas de lien à faire (hormis ce thème de la justice) entre les trois points.
 
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Karl Hoffer, Sybille - capture d'écran

¤ Michel Ciment, disparu très récemment, avait fait une mise au point très juste sur une certaine chasse aux sorcières, qui piétine (et s’en vante parfois) la présomption d’innocence qui est pourtant une des bases de toute bonne justice et, derrière, de l’état de droit.
 C'était dans l’émission de France inter « Le Masque et la plume », de Jérôme Garcin, le 24 septembre 2023 : 

« Moi, ça me gêne beaucoup, ces enquêtes, pseudo-enquêtes, sans preuve véritable, sans jugement (…) J’attends que la justice donne un verdict après une enquête approfondie. (…) Je suis gêné par cette chasse aux sorcières. »

 

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Karl Hofer, Mutter und Tochter - capture d'écran

¤ Deuxième point : il y a sur le site de l’ancien camp du Struthof (site au titre étrange : « Mémorial Struthof »…) des documents fort intéressants, régulièrement publiés notamment dans une chronique « L’archive du mois ».

(Appris incidemment par ailleurs que Michaël Landolt, dont il est question notamment ici et , a été nommé récemment à la tête du CERD (Centre européen du Résistant Déporté).)

Le document commenté en ce mois de novembre est la déposition du déporté NN Roger Leroy en mars 1949, pour le procès de Metz.

Il y est question du traitement effroyable du kommando de NN français, chargés de faire des travaux de gros œuvre de ce qu’on appellera la « cave à pommes de terre », sous la direction de Franz Ehrmanntraut.

« Par tous ses aspects, la Kartoffelkeller est devenue le symbole de l’oppression, de l’épuisement, de l’avilissement des déportés par le travail et les coups ; de la volonté ultime des nazis d’anéantir toute résistance et tout espoir. »

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Karl Hofer, Les prisonniers, 1933 - Capture d'écran

Maintenant, on me demandera ce que vient faire Karl Hofer en ce billet ?

J'ai simplement découvert très récemment ce peintre, allemand (1978-1955), proche des expressionnistes, considéré comme « dégénéré » sous le régime nazi.

¤ Troisième point, que je ne développerai pas beaucoup car il n’a pas grand intérêt : eu maille à partir à nouveau avec le Château. Notamment, voilà K mis en cause ; on l’accuse (sans l’accuser directement bien sûr – c’est pourquoi je dis que ce sujet a un intérêt limité : la sous-klamminette locale à qui j’ai affaire semblant par trop médiocre) d’avoir simulé la maladie pour manquer une journée de travail. (Est-il besoin de signaler que K est très rarement absent?)

Mais le lien avec la justice, plus exactement avec le droit, est le brouillard de règlements qui lévite autour de la sous-klamminette en question, à donner le tournis. Sans doute pourrait-on en trouver, de ces règlements, qui iraient dans le sens des arguments de K (si K, bien sûr, les avait développés ; il a préféré sortir son portefeuille, cela prenant bien moins de temps ; K se ressent toujours d’un gros rhume, et il a bien autre chose à faire que d’aller farfouiller là-dedans. Et que de discuter avec une sous-klamminette).


Nils Blanchard


P.-S.: – Ajout. Je suis un peu de mauvaise humeur en fignolant ce billet, pour diverses raisons – on le voit avec ce qui précède. Bon, mais m’agace aussi le fait d’avoir loupé une conférence qui m’aurait vraisemblablement intéressé : « Déporté à Obernai ? », de Sandrine Gaume, le 30 octobre à Obernai. Je n’en avais nulle part vu mention, avant de la voir – on était déjà en novembre – sur le site internet de l’ancien camp du Struthof que je consulte pourtant régulièrement.

Il a été consacré trois billets en ce blog à ce camp. (Cliquer dans les mots clé, à droite, version ordinateur...)

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– Lien à l’article précédent. Dans cette édition de La faim, de Knut Hamsun (Archipoche, 2023), il y a un avant-propos d’Octave Mirbeau, de 1895 (date de naissance de mon grand-père, de Florence Gould…) O. Mirbeau n’aime pas Strindberg, mais défend Hamsun ; à l’époque, la Norvège était liée encore à la Suède.

L'avant-propos est suivi d'une courte « préface » d'André Gide. Elle, date de 1950; elle a été publiée d'abord dans le numéro 15 de... la revue 84

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Détail d'E. Munch en illustration


mercredi 15 novembre 2023

Indifférence ?

Étrange titre que celui que donne Bernard Baillaud à son texte sur 84, dans La revue des revues n° 70, de septembre 2023 : « 84, revue indifférente ».

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La notion d’indifférence me mène d’emblée à une chanson de Charlélie Couture : « indifférence ». C’est dans l’album Victoria Spirit, de 1991 :

« Elle écoutait la pluie tomber au fond du puits de sa mémoire, elle jouait son dernier rôle celui de la statue qui s’affole ; ses yeux un peu perdus, sentiments confondus
(...)
Hey je suis venu près de toi / me protéger tu vois / je n’ai pas peur de la fée qui danse autour de toi / celle qu’on appelle : Indifférence
(...)
je voulais te dire / tout le mal que peut faire / la fée qui danse autour de toi / celle qu’on appelle : Indifférence. »


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L'indifférence est à double-tranchant, puis « tout est relatif » pourra-t-on dire.
Une notion sur laquelle on reviendra sans doute.
Mais j’attendais avec une certaine impatience ce numéro de la Revue des revues : Bernard Baillaud avait annoncé en effet qu’il reviendrait sur le sujet de 84, alors qu’il avait évoqué le Cahier André Dhôtel n° 19, 84, Vie et littérature ; on a déjà parlé de cela aussi.

Qui plus est, indifférente aux étiquettes, La revue des revues, s’intéressant à toute sorte de revues, annonçait dans son sommaire, entre autres, après l’article sur 84, un texte de Harri Veivo : « La géopolitique des avant-gardes et l’objectivité de la revue. Exemples nordiques. »
Là, pour le compte, on s’approche de la thématique centrale de ce blog, et il est étrange (pp. 85-86) de voir se succéder, d’une page à l’autre, la dernière page du dernier numéro de 84 (clôturant bien sûr l’article de B. Baillaud) et une illustration du numéro 1 de la revue suédoise Spektrum (1931).
Cette image, du reste, a quelque chose d’inquiétant ; on y voit un joli quartier de petits immeubles remplacé par des barres assez sinistres… On songe vaguement à ces nouveaux quartiers de Kungälv (et d’ailleurs) qui dévorent la vi(e)/lle.
On pourrait évoquer certains anciens quartiers soviétiques de Tallinn, où je déambulai vaguement sur des traces d’Elmar Krusman.

Voyez vous-mêmes :


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Ill. Spektrum La Revue des revues, n° 70, p. 86.

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NB - Tallinn

Harri Veivo est un universitaire ; il enseigne les études nordiques à l’Université de Caen Normandie. Ça nous fait un lien, même si de mon côté c’est très fragile et provisoire. Il est probable en effet que je ne devienne pas un universitaire, parce que je n’arrive pas à « prioriser » un centre d’intérêt ; ce blog le montre suffisamment !


Nils Blanchard

samedi 12 novembre 2022

Traversée de l’Allemagne (2)

(...) En Allemagne, plus loin, souvent : des embouteillages et des travaux. (…)
Il faudrait aller voir comment se passaient les voyages de Vergennes quand il alla et revint de son ambassade.

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NB - Allemagne

Des voyages beaucoup plus longs, bien sûr, parsemés d’étapes.
Pourquoi est-ce que je me retrouve (nous retrouvons-nous) cerné sans cesse d’un sentiment d’urgence ?
Certes, j’avais des gens à voir en Suède, un article à écrire…

Et tenez, cette (mini) étape que j’évoquais au billet précédent : aire d’autoroute allemande, garçon dans une aire de jeu et ramasseur de feuille à la soufflerie bruyante… N’est-ce pas un peu à l’image de notre époque ? Plus personne ne balaie les feuilles, avec balais et râteaux, nous dira-t-on, notamment pas les professionnels.
Mais Lennart Erling, si (le 31 octobre dernier), dans Den långsamma bloggen : 

« Nu faller löven från gårdens alla stora, vackra träd (…) och det är dags att börja räfsa undan från gräsmattor och gårdsplan. Det har jag inget emot, tvärtom. Speciellt en dag som denna, då den gråmulna himlen äntligen spricker upp (…) Det är det slags arbete som befrämjar långsamt tänkande, kanske också ett slags glömska, en flykt från denna höst då overkligheten blivit verklighet. » 

« Voilà que nous sommes au temps où tombent les feuilles de tous ces grands et beaux arbres (…) et il est temps de commencer à ratisser la pelouse, le terrain. Ça ne me dérange pas, au contraire. Surtout un jour comme celui-ci, où le temps gris, couvert, se dégage enfin. (…) C’est un type de travail qui encourage une pensée tranquille, peut-être aussi un certain oubli, une fuite hors de cet automne lors duquel l’irréalité est devenue réelle. »

Bon. Mais à une station-service, m’est revenu mon interrogation sur la parole et le bien (et donc le mal). J’étais allé faire pipi aux toilettes, payantes là-bas ; avais-dû donc franchir un tourniquet à l’aide de ma carte bleue.
Tourniquet passé, une femme derrière moi m’interpelle. Voilée, d’origine étrangère (elle parlait allemand encore plus mal que moi), elle me demande comment on fait pour entrer. Je lui explique qu’il faut payer, puis entre aux toilettes en me disant que je lui paierai son « passage » à mon retour.
Et de retour, je la retrouve à la même place, mais en train d’écouter les explications d’un autre voyageur, en train, pour autant que j’aie compris, de lui dévider un cours sur les institutions politiques de l’Allemagne. Bref, ça bavasse… Je ne veux pas les déranger, m’en vais (pressé, aussi, je l’ai dit).
Puis je me fais cette réflexion que le voyageur bavard n’a peut-être pas eu la (petite) générosité de faire passer son attentive auditrice.
Conclusion : la parole n’est pas toujours du côté du bien… Voyez le serpent du Jardin…

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NB 

Pris la route classique, traversée Puttgarden – Rødby pour aller au Danemark.
Là, dans le royaume d’Hamlet, flopée d’affiches électorales le long des routes pour les élections législatives dont les résultats – c’est la mode – ont été serrés et indécis.
Sur une affiche des « Démocrates danois », le slogan : « Les Danois d’abord ». Ce genre de billevesées aussi est à la mode. Notre monde se referme, on a déjà évoqué ça…
(Ces Danois-là n’ont-ils pas été contents, pourtant, de profiter des vaccins suédois, allemands, américains, pendant la crise sanitaire, qui auraient tout aussi bien pu être indiens ou sud-africains ?)

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NB

Gabrielle Roland Walden, dans son blog  (Gabrielles blogg), le 4 novembre dernier, s’effraie quant à elle de la manière des extrême droites actuelles de s’éloigner des principes des Nations Unies, et d’abord ceux des droits de l’homme.
Ça va un peu avec ce repli sur eux-mêmes de bien des pays ; rejeter les autres, n’est-ce pas un peu se rejeter soi-même ? En géopolitique, en tout cas…

Tenez, Elseneur (Helsingør). C’est la deuxième traversée en bateau, Danemark – Suède.

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NB

On y reviendra, comme je dis peut-être trop souvent.


Nils Blanchard


P.-S. – La Revue des revues, dont le numéro 68 est paru récemment, évoque 84, Vie et littérature, avec sollicitude. Archivistique négative, théologie négative… Et Bernard Baillaud de finir : « Nous en reparlerons. »
Surtout, la revue (des revues…) est pasionnante ; il y est question aussi d’Edda, du Contrat social, des correspondances Apollinaire – Salmon, Paulhan – Breton, et bien d’autres choses encore…

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Enfin, à Strasbourg…

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mercredi 12 octobre 2022

Expositions / Réalité – imagination

Dans cet étrange « été britannique » – sorte de prolongation d’octobre d’été indien pour les Suédophones –, été voir l’exposition Face au nazisme – Le cas alsacien à la Bibliothèque Nationale Universitaire de Strasbourg.

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Elle est remarquable. (Et ce n’est pas si courant sur ce thème, dans cette région.) Elle évite notamment l’écueil de s’enfermer dans une vision passionnée ou revendicative. L’histoire commence ?
Ainsi prend-elle en compte, et sérieusement, toute la période du nazisme, et pas « seulement » celle de la guerre.

Grand nombre d’affiches magnifiquement conservées, livres, objets… au fil des salles qui s’enchaînent chronologiquement.
Documents sur les milieux autonomistes, étrangement mâtinés de pacifisme, qui versèrent volontiers dans la sympathie envers le national-socialisme de l’autre côté du Rhin.
Cette histoire est complexe ; on doit y éviter – comme pour d’autres périodes de l’histoire de l’Alsace, ou d’autres régions d’ailleurs –, les raccourcis, les chiffres brandis, copiés, et recopiés-collés, sans critique ni capacité de compréhension…

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NB- Exposition à la BNU, Strasbourg


Au passage, qui me ramène au sujet initiateur de ce blog, cette affiche (« Das Neue Europa ist unschlagbar – La nouvelle Europe est imbattable ») À cette époque, Elmar Krusman est vraisemblablement à la prison de Vasalemma (AEL), au sud-ouest de Tallinn (Reval sur la carte). Si l’on en croyait cette carte, les progrès de la « nouvelle Europe » semblait irrépressible…

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NB - Exposition à la BNU, Strasbourg

Au passage encore, l’autoportrait de Camille Claus, plusieurs fois présent en ces lignes (ici par exemple).

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NB - Exposition à la BNU, Strasbourg 

En janvier 1944, il était à Dresde, relativement miraculeusement, et temporairement, protégé du front.

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NB - Exposition à la BNU, Strasbourg

Autre sujet ? (On peut repenser à ce Bonheur fragile d’Alfred Kern, essayant un peu maladroitement de créer une histoire à partir de biographies croisées et à peu près respectées (dans leur réalité…), celle d’Alfred Kern lui-même après la guerre, autour de certains personnages notamment du groupe 84, celle de Camille Claus à la fin de la guerre (captivité au Tambov puis retour en France).)
Autre sujet, donc : les relations que peuvent avoir, dans le roman notamment, la réalité historique et l’imagination, le rêve ou encore la faculté simplement de s’extirper du carcan du passé…

C'est que je suivais quelques remarques en Suède autour de l’attribution du dernier prix Nobel de littérature, et ai relu du coup cet ancien article de la critique littéraire Mikaela Blomqvist, dans le Göteborgs Posten du 20 avril 2022 :

« Enligt henne [Parul Sehgal] har idén om trauma på senare år kommit att dominera litteraturen och filmen. Utmärkande för en berättelse där en svår händelse i det förflutna tjänar som grund för intrigen är enligt Sehgal att det blir ensidiga och platta. Narrativet sträcker sig bakåt i tiden, mot det så kallade traumat, och traumat ger i sin tur en fullständig förklaring till allt som sker i nuet: historiens kretslopp.

(...) Trauma har (…) blivit ett flitigt förekommande ord i svenskt vardagstal. (Trots att det borde reserveras för erfarenheter av krig och av våldsamma situationer där man varit hotad till livet.) Och precis som den medicinska diskursen tror sig veta och kunna förklara allt har vi fått en fiktion som tenderar att göra detsamma.

Men ingen beskrivning av det förflutna är fullkomlig och orsakerna till att ett liv blir som det blir är närmast oändliga. »

« D'après elle [Parul Sehgal], l’idée de trauma, ces dernières années, en est venue à dominer littérature et cinéma. Ce qui est remarquable pour un récit où un événement difficile du passé sert de base à l’intrigue, est, d’après Parul Sehgal, que ça le rend partiel, plat. La narration s’étend dans le temps vers ce « trauma », qui lui, de son côté, livre une explication complète à tout ce qui se passe dans le présent : un cycle historique.

(...) Trauma est devenu (…) un mot redondant dans le suédois de tous les jours. (Alors même qu’il devrait être réservé pour les expériences de guerre ou les situations violentes où il y a eu menace vitale.) Et exactement de la même manière qu’un discours médical se croit omniscient et capable de tout expliquer, nous avons une fiction qui tend à faire de même.

Mais aucune description du passé n’est parfaite, et les causes du cours pris par une vie sont quasi infinies. »

On y reviendra, très certainement.

Une autre exposition : Roger Dale, Nancy.

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Nils Blanchard


P.-S. Triche. Je rajoute quelques étiquettes impossibles à placer au billet précédent : Annie Ernaux, Peter Handke, Patrick Modiano, Mikaela Blomqvist, Bernur.


jeudi 2 juin 2022

Corps, genre

Je n’avais pas prévu de publier si vite un nouveau billet, et pas sur ce thème. Mais il se trouve que j’ai assisté hier à une représentation théâtrale assez particulière, La grève des jus, à la BNU (Bibliothèque Nationale Universitaire) de Strasbourg. (Collection binôme ; Compagnie Les sens des mots.)


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NB - A. Maillol, musée Maillol, Paris  

La mise en scène avait été assurée par Daniel Blanchard (oui, si ce n’est toi…), qui y jouait aussi, avec Thibault Rossigneux (maître d’œuvre aussi de la conception d’ensemble) et Sandrine Lanno.
Cette représentation avait lieu dans le cadre de la cinquième édition du festival Demostratif, intitulée cette année « Inévitables révoltes », du 31 mai au 4 juin à Strasbourg. Courez-y si vous pouvez !

Autre lien, vers un site formidable – on y reviendra… –, et cette photographie de Lærke Posselt…

Tenez, il y avait une pièce (mais c’était avant-hier, je ne l’ai pas vue), qui s’intitulait Nuits/Forêts, par une compagnie (de Strasbourg) s’appelant Conférence pour les arbres. Bref, tout un programme.

Le principe des binômes (qui existent déjà depuis plusieurs années ; il y en a eu plusieurs dizaines, est de susciter la rencontre entre un scientifique et un auteur dramatique. Les deux discutent pendant un temps limité (le scientifique expliquant à l’auteur ses recherches), puis l’auteur a un délai de quelques semaines pour écrire un texte inspiré par cette rencontre, par le thème de recherche du scientifique. Puis, bien sûr, la compagnie Les sens des mots met en scène le texte. (Ils seront, cet été, à Avignon.)

Pour ce qui est de la représentation d’hier, il y avait au départ du binôme, la vidéo de la rencontre (sur les quais de Paris), et de l’échange entre la scientifique – une philosophe, en l’occurrence, Estelle Ferrarese, professeure de philosophie morale et politique, directrice de l’Institut du Genre, et l’auteur (Romain Nicolas).

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À un moment Estelle Ferrarese de remarquer que le corps avait été peu traité par la philosophie ; bien sûr, il y avait eu Nietzsche…
Le genre, le corps, Nietzsche… Alors moi forcément j’ai pensé à Edith Södergran.

Elle a été marquée par Nietzsche pendant une partie de sa carrière de poétesse.
Le corps, le genre, dans un certain sens, est au cœur de beaucoup – de tous ? – les poèmes d’Edith Södergran, elle qui se sut très tôt condamnée à plus ou moins brève échéance au sana, à la mort lente du fléau de la tuberculose.

Voyons plutôt, parmi ses vers les plus connus.

La quatrième partie de Dagen svalnar… (Le jour fraîchit…), très citée ces derniers temps : « Du sökte en kvinna / och fann en själ – / du är besviken. » (« Tu cherchais une femme / et tu as trouvé une âme – / tu es déçu. »)

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NB - Oeuvres de Germaine Richier et Alberto Giacometti
au musée Maillol, Paris, 2018


Ou ce vers extrait du poème Gud (Dieu) : « gud är det oseddas obefläckade själ och det outtänktas redan förruttnade kropp ; » (« dieu est l’âme non vue immaculée et le corps non pensé déjà pourri ; »).

Puis encore ce poème très cité aussi, au titre français Vierge moderne, qui commence ainsi : « Jag är ingen kvinna. Jag är ett neutrum. / Jag är ett barn, en page och ett djärvt beslut, (...) » « Je ne suis pas une femme. Je suis une neutralité. / Je suis un enfant, un page et une décision osée, (…) »

Ou encore, ces vers du deuxième des Deux poèmes de plage : « Mellan gråa stenar / ligger din vita kropp och sörjer / över dagarna som komma och gå. » « Entre les pierres grises / couché ton corps blanc pleure / sur les jours qui vont et viennent. »

Etc.


Nils Blanchard


P.-S. Puisqu’il est question de liens, j’ai ajouté à ceux du blog : – Alluvions, parce qu’on y parle de plein de choses qui me passionnent et qui entrent étrangement en résonnance (raisonnance?) avec ce dont il est question parfois dans ce blog. Allez-y voir…

– Le site de l’association des Amis d’Edith Södergran, car on n’a pas fini de la lire, ni de parler d’elle.

– Il a été question le 30 mai dernier dans Ent'revues, de 84, vie et littérature, évoqué déjà ici, par le spécialiste de Jean Paulhan (notamment) Bernard Baillaud. Et, tenez, il y est même question, là, d’archivistique, ce qui ramène (oui, très indirectement), au dernier billet de ce blog…

– Le thème de l’arbre, aussi, est revenu dans diverses correspondances, recherches (sans parler de sa présence régulière dans les poèmes d’E. Södergran…). Il y a ce livre, qui m’intrigue, de Dominique Daguet (disparu récemment), qui publia André Dhôtel aux Cahiers bleus

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Sujets d’hiver / comparaisons ; des mondes et des temps

Fin novembre, j’ai rencontré çà et là diverses comparaisons de « nos » mondes – bon, la Scanie, en Suède, d’un homme aux mœurs somme toute a...

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