Jackson Pollock était saoul, comme d'habitude, le 11 août 1956 quand il envoya sa décapotable Oldsmobile dans un arbre. Il avait été photographié et filmé au travail comme peu de peintres l'ont été, principalement - et comme ici - par Hans Namuth. Photos et films de Namuth ont documenté assez exhaustivement la technique et la démarche, on dirait chamanique, du peintre, contribuant sans aucun doute à sa fulgurante renommée - et contribuant semble-t-il tout autant au silence dans lequel il s'est rapidement réfugié. La légende veut, en tous cas, que Pollock se soit (re)mis à boire, et à cesser pour l'essentiel de peindre, le dernier jour du tournage du dernier film de Namuth - certains tenant carrément le photographe pour un genre d'assassin artistique.
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mercredi 11 août 2010
Visions de Cody
Jackson Pollock était saoul, comme d'habitude, le 11 août 1956 quand il envoya sa décapotable Oldsmobile dans un arbre. Il avait été photographié et filmé au travail comme peu de peintres l'ont été, principalement - et comme ici - par Hans Namuth. Photos et films de Namuth ont documenté assez exhaustivement la technique et la démarche, on dirait chamanique, du peintre, contribuant sans aucun doute à sa fulgurante renommée - et contribuant semble-t-il tout autant au silence dans lequel il s'est rapidement réfugié. La légende veut, en tous cas, que Pollock se soit (re)mis à boire, et à cesser pour l'essentiel de peindre, le dernier jour du tournage du dernier film de Namuth - certains tenant carrément le photographe pour un genre d'assassin artistique.samedi 13 février 2010
Un malheur d’un type nouveau
La langue de mes livres porte, avant tout, la culture de mes personnages, des écrivains-chamanes que je mets en scène et des lecteurs que j’imagine. Elle véhicule leur culture subversive, cosmopolite et marginale, une culture de rêveurs et de combattants politiques qui ont perdu toutes leurs batailles et qui ont encore le courage de parler, alors qu’ils ont aussi perdu la bataille contre le silence. C’est pourquoi ici je ne suis pas ambassadeur de la langue française. Je suis seulement ambassadeur de mes personnages. À quoi ressemble le langage dans lequel ils s’expriment ? À une langue variée et parfois pauvre, parfois mutilée ou, au contraire, luxuriante et baroque. Leur langue n’est pas une langue nationale, mais la langue transnationale des conteurs d’histoires, des exclus, des prisonniers, des fous et des morts. Je suis ici porte parole de leurs voix. Dans mes livres, je traduis en français les fictions qu’ils produisent pour protester contre le réel, pour saboter le réel ou pour transformer le réel.Voilà pour la langue.
[...]
J’ai parlé d’inconscient collectif. Ce qui est avant tout à l’origine de mon travail, c’est la mémoire collective. Il y a en effet une volonté constante de s’approprier et d’utiliser, dans chaque livre, à chaque page, à chaque moment, des souvenirs communs aux individus qui ont traversé le XXe siècle. Au delà des individus, bien entendu, et quelle que soit leur expérience réelle des événements, il y a l’expérience historique, sur plusieurs générations.
Lénine prophétisait « un siècle de guerres et de révolutions ». C’est bien là que s’abreuve la mémoire de mes personnages. Lénine ne s’est pas trompé dans sa prédiction, mais il a été trop optimiste. Sa description prémonitoire du XXe siècle était incomplète. Aux guerres et aux révolutions se sont superposés les massacres ethniques, la Shoah et les camps, camps de concentration, camps de travail, camps de rééducation, camps de réfugiés, et j’en passe, car les variantes ont été nombreuses.
Le XXe siècle malheureux est la patrie de mes personnages, c’est la source chamanique de mes fictions, c’est le monde noir qui sert de référence culturelle à cette construction romanesque. La langue de mes personnages n’est pas une langue nationale, c’est la langue générale de ceux qui subissent le malheur et qui, pour contrer le malheur, trouvent des solutions révolutionnaires qui pourraient fonctionner mais qui ne fonctionnent pas, des solutions insurrectionnelles qui pendant un moment éphémère concrétisent une espérance, puis dégénèrent, se dégradent, deviennent un malheur d’un type nouveau.
La langue de mes narrateurs et de mes narratrices n’est pas une langue nationale, c’est dans certains cas à peine une langue humaine, c’est la langue de ceux qui malgré leurs efforts, tout au long du XXe siècle, ont connu seulement des défaites. En se référant en permanence aux tragédies archivées dans la mémoire collective, mes personnages épuisés prennent la parole et écrivent des livres. Ils parlent une langue étrangère au monde réel, ils recourent à des formes littéraires étrangères à la littérature du monde contemporain, ils s’expriment en inventant des formes décalées de roman des romånces, des Shaggås, des entrevoûtes, des narrats.
Antoine Volodine : Écrire en français une littérature étrangère
Chaoïd, n°6, automne-hiver 2002
Nous sommes ailleurs, nous ne vous parlons pas
jeudi 11 février 2010
Ici Golpiez, il fait très noir, répondez
Quand tout nous avait été retiré, même les masques, nous écoutions les musiques de Tchuang. Nous avions abouti sur les dépôts d'ordures ou en prison, nous étions enfouis dans les cendres jusqu'à l'oubli, et nous énumérions les morts : Maria Schrag, Siegfried Schulz, la commune Katalina Raspe, le commando Verena Goergens, Infernus Iohannes, Golpiez, Breughel, la commune Ingrid Schmitz et tant d'autres. Il ne restait plus, parmi les poètes de la subversion, que des ombres. A l'extérieur, les maîtres envoyaient leurs chiens fouiller les décombres que nous avions habités, et ils ordonnaient à leurs clowns de salir odieusement les paroles que nous avions prononcées au coeur des flammes. C'est dans ces moments de détresse que nous ressentions le besoin d'entendre un écho de ce qui avait nourri, autrefois, nos existences. [...]Antoine Volodine
clic-clic Voix d'os Murmurat inédit en 777 mots
in Le Matricule des Anges Numéro 20 de juillet-août 1997
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