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samedi 21 mai 2022

Un festival de gombrowiczeries


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Bibliothèque de poche : Gombrowicz (2ème chaîne, 12 octobre 1969)

France Culture proposait dans la nuit du samedi 14 au dimanche 15 mai une Nuit spéciale intitulée « L'éternelle jeunesse de Witold Gombrowicz » qui, sauf erreur de ma part, sauf les deux Une vie, une œuvre de 1996 et 2007 et hormis les adaptations radiophoniques de ses œuvres, concentrait la totalité des émissions consacrées à ce génie tutélaire depuis sa disparition en 1969 — et présentées ici-même à plusieurs reprises depuis douze ans (cliquer sur les monomanies sous ce billet).


Présentation par Mathias Le Gargasson, coordinateur de cette Nuit :

Nuits magnétiques : « Futur antérieur : Witold Gombrowicz » (1ère diffusion : 7 mars 1984)

Surpris par la nuit : « Gombrowicz et la forme théâtre » (1ère diffusion : 25 avril 2001)

Les samedis de France Culture : « L'homme d'argile, ou Gombrowicz et le nouveau chant du monde » (1ère diffusion : 07 juillet 1979)

« Entretiens avec Witold Gombrowicz », par Gilbert Maurice Duprez (1ère diffusion : du 14 au 20 janvier 1970)

vendredi 29 avril 2016

Quand on entre au pis…


… advient le deuxième principe de la thermodynamique : impossible pour un système déstabilisé de retourner à son état antérieur, qui fut auparavant viable.

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De la balle, pour sûr, même si Gombro n'en était pas enfant — lui qui prônait tant l'immaturité !

À voir et à revoir, en tout cas, tant c'est pétri de pétillant et d'intelligence !

* * * * *

Une autre fin de l'histoire, c'est celle de la librairie Entropie de Paris qui a été contrainte de fermer fin mars 2016.

Voici quelques images du déménagement forcené à l'arrache, qui n'aurait jamais pu se conclure sans l'abnégation d'autant de camarades souvent imprévu(e)s, et surtout sans le génie de Jacques !

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Et maintenant
Très troublé
Sans plus d'blé
Plein d'trous blancs
Tout tremblant
Je marche silencieusement dans la nuit
Entendue, ouïe
Mais vanné
Banané
Oui

samedi 5 février 2011

« Once more in Gombrowicz, dear friends ! »

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Je me promenais dans l’allée bordée d’eucalyptus, quand tout à coup surgit de derrière un arbre une vache.
Je m’arrêtai et nous nous regardâmes dans le blanc des yeux.
Sa vachéité surprit à ce point mon humanité — il y eut une telle tension dans l’instant où nos regards se croisèrent — que je me sentis confus en tant qu’homme, en tant que membre de l’espèce humaine. Sentiment étrange, que j’éprouvais sans doute pour la première fois : la honte de l’homme face à l’animal. Je lui avais permis de me voir, de me regarder, ce qui nous rendait égaux, et du coup j’étais devenu moi-même un animal, mais un animal étrange, je dirais illicite. Je me mis en route, reprenant ma promenade interrompue, mais je me sentais mal à l’aise… au milieu de cette nature qui m’assiégeait de toutes parts, qui avait l’air… de m’épier.

Witold Gobrowicz, Journal, tome I (1953-1958), Gallimard, « folio » n°2767, 1995, pp. 516-517. Traduit par Christophe Jezewski et Dominique Autrand
 *****

Et maintenant, l'enregistrement de l'opéra dont on avait causé voici deux ans : Yvonne, princesse de Bourgogne, comédie tragique en quatre actes et en musique de Philippe Boesmans d’après la pièce homonyme de Witold Gombrowicz, créée fin janvier 2009 à l'Opéra de Paris (Palais Garnier). Livret de Luc Bondy et Marie-Louise Bischofberger.

Yvonne : Dörte Lyssewski
Le Roi Ignace : Paul Gay
La Reine Marguerite : Mireille Delunsch
Le Prince Philippe : Yann Beuron
Le Chambellan : Victor von Halem
Isabelle : Hannah Esther Minutillo
Cyrille : Jason Bridges
Cyprien : Jean-Luc Ballestra
Innocent : Guillaume Antoine
Valentin : Marc Cossu Leonian

Orchestre : Klangforum Wien
Ensemble Les Jeunes Solistes
Direction : Rachid Safir
Direction musicale : Sylvain Cambreling



Merci, la liste ANPR !

mercredi 29 septembre 2010

Limais-tu Rita ?

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Encore des pépites dégottées sur l'aire de stockage de la liste ANPR : deux émissions de la série Une vie, une œuvre consacrées à Witold Gombrowicz, le génial questionneur de la dialectique entre la forme et l'immaturité à qui je dois mon dernier prénom. Ses écrits si lucides, taquins, impitoyables — et maintenant le très spécial accent de sa voix… La première date du 28 novembre 1996, la seconde du 20 septembre 2007.



La jeunesse, c'est la beauté.
Mais la jeunesse, c'est l'immaturité.
Donc la beauté, c'est l'immaturité.

mardi 9 mars 2010

Omnipotence et temps à perdre

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J'étais allongé au soleil, adroitement dissimulé par la petite chaîne de montagnes que forme, au bout de la plage, le sable accumulé par le vent. Ce sont des montagnes de sable, des dunes pleines de cols, de pentes et de vallées, un labyrinthe en courbe, friable, couvert de broussailles par endroits, vibrant sous la poussée continue du vent. Je m'abritais derrière une jeune femme assez imposante, aux proportions harmonieuses, majestueuses. Mais à dix centimètres de mon nez, le vent cinglait sans répit ce sahara brûlé par le soleil. Des scarabées — je ne saurais préciser leur nombre exact — se traînaient laborieusement dans ce désert vers des buts inconnus. L'un d'eux, juste à portée de ma main, gisait sur le dos. C'était le vent qui l'avait renversé. Le soleil lui brûlait le ventre, ce qui était sûrement exceptionnellement pénible pour ce ventre habitué à rester dans l'ombre. Le scarabée agitait ses petites pattes ; il ne lui restait évidemment plus que cette agitation monotone et désespérée — plusieurs heures avaient passé, peut-être, et il perdait de ses forces, il agonisait déjà.
Moi, le colosse, inaccessible par mon gigantisme, je n'existais pas pour lui — j'observais cette agitation et… tendant la main, je le délivrai de son supplice. Il se mit à avancer, rendu en une seconde à la vie. À peine était-ce fait que je vis un peu plus loin un scarabée identique, dans la même position, agitant ses petites pattes. Je n'avais pas envie de bouger… mais pourquoi sauver l'un et pas l'autre… ? Pourquoi celui-là tandis que celui-ci… ? L'un serait heureux grâce à toi et l'autre devrait souffrir ? Je pris une brindille, tendis la main, le sauvai. À peine était-ce fait que je vis un peu plus loin un scarabée identique dans la même position, agitant ses petites pattes. Le soleil lui grillait le ventre. Devais-je transformer ma sieste en tournée d'ambulance pour scarabées agonisants ? Je m'étais déjà trop habitué à ses scarabées, à leur agitation curieusement impuissante… Vous comprendrez sans doute qu'une fois entrepris leur sauvetage, je n'avais plus le droit de l'interrompre à aucun moment. Ç'aurait été trop terrible : m'arrêter devant ce troisième scarabée, au seuil de sa mort… Impossible, impensable. Si seulement il avait existé une frontière, quelque chose qui m'aurait autorisé à m'arrêter… Mais justement il n'y avait que ces dix centimètres de plus dans le sable, toujours ce même sable, mais « un petit peu plus loin », un tout petit peu. Et il agitait ses pattes de la même façon ! Alors, regardant autour de moi je vis, « un peu plus loin » encore, quatre autres scarabées s'agiter, grillant au soleil. Il n'y avait pas à hésiter : moi le géant, je me levai et je les sauvai, tous. Ils s'en allèrent. À ce moment-là, mes yeux découvrirent la pente voisine, étincelante, torride, sablonneuse, et là, cinq ou six points agités de convulsions : des scarabées. Je courus à leur secours. Je les sauvai. Je m'étais déjà tellement confondu avec leur souffrance, je l'avais tellement bien pénétrée qu'en apercevant non loin de nouveaux scarabées dans les plaines, sur les cols, et dans les ravins — une poussée de petites taches torturées — je me mis à m'agiter comme un fou sur le sable pour secourir, secourir, secourir encore. Mais je le savais, cela ne pouvait pas s'éterniser. Il n'y avait pas que cette plage : toute la côte, à perte de vue, fourmillait de scarabées. Le moment allait venir où je me dirais : « ça suffit » et il y aurait un premier petit scarabée à n'être pas secouru. « C'est celui-ci », et je le sauvai, incapable de me contraindre à cet arbitrage terrible et presque abject. Car pourquoi celui-ci ? Pourquoi lui justement ? Et soudain le mécanisme s'enraya, facilement je coupai court à ma compassion, je m'arrêtai. « Eh bien, rentrons », pensai-je indifférent. Et le scarabée, celui devant lequel j'avais cessé d'intervenir, resta là à agiter ses petites pattes.

Witold Gombrowicz, Journal, tome 1 (1953-1958), Paris, Gallimard, coll. « folio», 1995, pp. 540-543

samedi 31 janvier 2009

On ne gombrowicze pas qu'une fois !

ImagePremière mondiale : une pièce de Witold Gombrowicz, Yvonne, princesse de Bourgogne, est transformée en opéra. Voici quelques années déjà, Jorge Lavelli, au théâtre de la Colline, avait fortement souligné la dimension musicale d'Opérette, et en 1984 on avait pu assister, à Chaillot, à excellente une mise en scène du Mariage comportant également une orchestration musicale (composée par Daniel Martin, ce me semble), mais là, c'est carrément un véritable opéra, présenté dans ce Palais Garnier que fréquenta Gombro dans sa jeunesse. Le livret de Luc Bondy et Marie-Louise Bischofberger concentre fidèlement le texte original (heureusement que le spectacle est surtitré, car on a souvent du mal à comprendre ce qui est chanté), que la mise en musique du compositeur Philippe Boesmans sert sans afféteries. Décors, costumes, mise en scène, acteurs, tout est impeccable, avec une mention spéciale pour Dörte Lyssewski, qui interprète la mollichonne. Si on s'étrangle à ce spectacle, ce n'est pas avec des arêtes de perche, mais de plaisir, tout bonnement.
ImageImageRappelons l'argument de la pièce, rédigé par Gombrowicz lui-même :
Acte I
Le prince Philippe se fiance avec la peu attirante Yvonne parce que l’apparence calamiteuse de la demoiselle est un affront à sa dignité. Comme il se veut, en outre, un esprit libre, il refuse de céder au dégoût naturel que lui inspire cette désagréable personne. Le roi Ignace et la reine Marguerite consentent à cette union, par crainte du scandale dont les menace Philippe.
Acte II
Il se trouve qu’Yvonne tombe amoureuse du prince. Surpris par cet amour, celui-ci se sent tenu d’y réagir en tant qu’être humain et en tant qu’homme. Il espère pouvoir arriver lui aussi à l’aimer.
Acte III
La présence d’Yvonne à la cour crée d’étranges troubles. Les fiançailles du prince sont une cause de moqueries et de ragots. Le mutisme d’Yvonne, sa sauvagerie, sa passivité mettent la famille royale dans une situation difficile. Les défauts naturels d’Yvonne provoquent de dangereuses associations d’idées, car chacun y trouve en quelque sorte le reflet de ses propres imperfections et de celles des autres. Une épidémie de rire malsain balaie la cour. Le roi se rappelle ses anciens péchés. La reine, qui écrit en secret comme une possédée, ne peut plus s’en cacher et doit reconnaître qu’elle est effarée par ses poèmes, dont elle découvre qu’ils ressemblent à Yvonne. Des soupçons absurdes se font jour. La bêtise et la déraison se donnent libre cours. Chacun le ressent, même le prince, mais celui-ci ne sait que faire. Lui-même se sent absurde vis-à-vis d’Yvonne. Comment pourrait-il encore se défendre ? Il songe à contre-attaquer efficacement : il enlace publiquement une dame de la cour et se fiance avec elle, après avoir rompu avec Yvonne. Mais il ne peut y avoir de véritable rupture, car il sait qu’Yvonne pensera toujours à lui et se représentera à sa manière le bonheur du jeune couple. Yvonne le tient en son pouvoir. Il décide de la tuer.
Acte IV
Le roi, le valet de chambre, la reine, le prince tentent chacun pour soi d’assassiner Yvonne. Mais la tuer directement est au-dessus de leurs forces : l’acte paraît trop stupide, trop absurde, il n’est justifié par aucune raison formelle et les conventions s’y opposent. Bestialité, sauvagerie, sottise et déraison se propagent de façon incontrôlable. Sur le conseil du valet de chambre, ils décident d’organiser la mort d’Yvonne tout en préservant l’apparence de la majesté, de l’élégance, de la supériorité. L’entreprise réussit. La famille royale retrouve sa sérénité perdue.
Les représentations ont lieu jusqu'au 8 février.