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lundi 26 août 2013

S'enfoncer avec un plaisir presque sensuel dans un bain chaud de désespoir
(Génie de Don)


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Trois extraits d'un Dortmunder posthume (What's so funny ?, 2007, trad. fr. Pierre Bondil sous le titre Et vous trouvez ça drôle ? pour Rivages, 2012) de ce géantissimahousse de la littérature qu'était Donald Westlake. Une fugace et vivace critique de ce livre ici, aussi.

Il n'était jamais allé aussi loin vers l'est dans la Quatorzième Rue. New York ne possède pas de quartiers à proprement parler, contrairement à la majorité des villes.Ça ressemble plus à des petits villages distincts, séparés, dont certains existent sur des continents différents, certains dans des siècles différents et beaucoup sont en guerre avec leurs voisins. L'anglais n'est pas la langue principale dans nombre d'entre eux, mais l'alphabet romain possède quand même une légère avance.
En regardant par la vitre, Dortmunder essaya de comprendre quelque chose à ce village précis. Il n'était jamais allé en Bulgarie, il faut dire qu'on ne l'y avait jamais invité, mais il avait l'impression que ce coin devait ressembler à une petite ville de ce pays, d'un côté ou de l'autre des montagnes. S'ils avaient des montagnes. (p. 23)

[…]

May savait que John avait cette tendance très néfaste, lorsque les choses tournaient anormalement mal, à s'enfoncer avec un plaisir presque sensuel dans un  bain chaud de désespoir. Une fois qu'on a abandonné les rênes au désespoir, pour modifier un tant soit peu une célèbre métaphore, il n'y a plus rien à faire. On n'a plus à s'inquiéter de rien, on n'est plus dans la partie. Le désespoir, c'est le banc de touche, et on le réchauffe*.
May savait qu'il lui incombait, dans ces circonstances-là, de l'arracher aux griffes du désespoir et de lui procurer la petite impulsion qui le ferait repartir de l'avant. Après tout, ce n'est pas la question de gagner ou de perdre, c'est juste qu'il faut y participer, à ce fichu match. (pp. 70-71)

[…]

Andy Kelp sortit du grand magasin et rentra chez lui avec trois costumes et deux manteaux sur le corps. Il ne faisait pas à proprement parler aussi froid que ça, dehors, mais il valait quand même mieux les porter que les payer.
Anne Marie était assise à son bureau, dans la chambre, devant l'ordinateur. Elle le regarda et dit : « Tu as pris du poids ?
— Non, répondit-il, j'ai pris de la laine. Laisse-moi retirer ces vêtements.
—D'accord. »
Elle éteignit l'ordinateur et le téléphone sonna.
Kelp jeta un regard d'aversion à l'appareil.
« Ça va être John, dit-il.
— Continue ton strip-tease, moi, je vais lui parler.
— Affaire conclue. »
Il avait réussi à ôter la moitié de sa nouvelle garde-robe quand elle annonça :  « C'est John, et il a l'air d'avoir vraiment besoin de te parler.
— Il faut croire. Allô, dit-il dans l'appareil.
— Nous savons où il va être.
— Où il va être. Mais il n'y est pas, là.
— Non, mais il va y être bientôt, et toi et moi, il faut qu'on aille y voir de près, qu'on inspecte les lieux avant que le truc arrive. Un peu plus facile maintenant que plus tard. »
C'était malheureusement vrai. Tout en observant Anne-Marie, qui avait commencé son propre strip-tease, Kelp demanda : « C'est où, alors ?
— Dans Gansevoort Street. Un bureau qui se trouve dans cette rue.
— Un bureau ? Ça ne paraît pas normal.
— Je te donnerai les détails, tu sais, quand ça s'y prêtera mieux.
— O.K., mais… » Il tourna un regard mélancolique en direction d'Anne Marie. « … Anne Marie et moi, on avait prévu quelque chose pour ce soir, un ciné peut-être Tu sais quoi ?
— Quoi ?
 — Il y a un hôtel très tendance, là-bas, dans Gansevoort, maintenant que le quartier a changé de standing. Je pourrais t'y retrouver, au bar.
— Parfait. Quand ?
— On devrait en avoir pour assez longtemps, poursuivit Kelp en regardant à nouveau Anne Marie qui souriait. Je te retrouve au bar à minuit », et il tint parole, repéra Dortmunder déjà installé au comptoir. (pp. 241-242)

*  Alors là, la traduction m'interloque ! Je ne connais pas le texte d'origine mais il me semble qu'il devrait plutôt être traduit par « … et il vous réchauffe » ou « … et on s'y réchauffe ».

jeudi 19 août 2010

Apanage ? L'enfumage n'a pas d'âge…

ImageLa grosse femme en uniforme, au contrôle de sécurité, regretta immédiatement d'avoir demandé à Dortmunder d'enlever ses chaussures ; il le devinait. Mais elle était trop professionnelle, ou peut-être trop groggy, pour le laisser paraître. Auréolé de cette petite victoire sur la police des airs, il rejoignit Medrick à une table trop petite dans une cafétéria franchisée surpeuplée pour boire un café infect. Là, Medrick déclara :
— Pour moi, tout vient des signaux de fumée.
— Hmmm, fit Dortmunder.
— C'est pour ça qu'on en est là.
— Hmmm, fit Dortmunder.
À cette heure-ci [07 h 15, NdGWFW], il était prêt à tout entendre sans réagir.
Mais Medrick avait une démonstration à faire et il était décidé à aller jusqu'au bout.
— Ce qui nous a tués, ce sont les technologies de la communication. Maintenant, on a Internet. Avant ça, on avait la télé, la radio, les journaux, le téléphone, le sémaphore, les télégrammes, les lettres, mais tous ces trucs-là, ça remonte aux signaux de fumée, tous les problèmes viennent de là.
— Évidemment.
Medrick secoua la tête.
— Hélas, dit-il, je crois que la société n'est pas prête à revenir aussi loin en arrière.
— Sans doute, dit Dortmunder en bâillant.
Peut-être qu'il pourrait boire le café, finalement.
— Pourtant, c'est ce qu'il faudrait, insista Medrick, pour réinstaurer un peu d'honnêteté dans ce monde.
Dortmunder posa sa tasse.
— C'est ça qu'on cherche ?
— Oui, à cet instant précis. Avec les signaux de fumée, c'était la première fois dans toute l'histoire de l'humanité que vous pouviez dire quelque chose à quelqu'un sans qu'il vous voie quand vous vous adressiez à lui. Vous me suivez ?
— Non.
— Avant les signaux de fumée, si je voulais vous dire un truc, il fallait que j'aille jusqu'à vous et que je vous parle en face. Comme je suis en train de le faire maintenant. Vous pouvez voir mon visage, entendre la manière dont je parle, déchiffrer mon langage corporel et vous demander : ce type essaye-t-il de ma baratiner ? Vous pigez ?
— Le contact visuel.
— Exactement. Certes, les gens se mentaient quand même, sans conséquences, mais c'était moins facile. À partir du moment où les signaux de fumée sont arrivés, vous ne pouviez plus voir le type qui vous racontait une histoire ; si ça se trouve, il pouffait dans sa main sans que vous le sachiez.
— Oui, c'est sûr.
— Et à chaque étape, ajouta Medrick, à chaque nouveau moyen de communication, c'est toujours plus de cachotteries. Depuis des milliers d'années, on construit un paradis pour les menteurs. C'est pour ça que les vidéophones n'ont pas connu le succès espéré : personne ne veut revenir au face-à-face.
— Oui, sans doute.
— Ça veut dire qu'ils ne renonceront jamais à tout le reste, conclut Medrick. Pour revenir aux signaux de fumée.
— Je crois qu'on ne s'en sert plus tellement, souligna Dortmunder.
— De toute façon, ce serait pour mentir.


Donald Westake, Surveille tes arrières ! (Watch Your Back !, 2005),
Rivages/Thriller, 2010, pp. 125-126. Traduit par Jean Esch.