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lundi 2 octobre 2023

Petites choses qui (63) réjouissent le cœur.

 

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Lisbonne. Kiosque du parque do principe Real. Le jour se lève à peine. Sortir le chien, s’arrêter là et boire un café sans quitter son livre des yeux. 

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dimanche 29 mars 2020

"ce besoin que le malade a de voir intervenir un peu de magie"

remonté du 16 juillet 2016

  2016   "Et on a de tels médecins dans notre hôpital à Fukushima",  Fukushima, ce nom, 30 000 morts, 50 000 morts, combien au juste, des villages entiers balayés avec leurs registres d'état-civil, cinq ans plus tard, sidération toujours aussi vive dans la mémoire

2020 Fukushima indélébile dans la mémoire, nouvelle sidération pour d'autres échos

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Le vide et le plein
Carnets du Japon 1964-1970

     Je suis sensible aussi à certains aspects de la médecine traditionnelle chinoise qui a fait souche au Japon. Dans le manège des masseurs, dans l'attirail des poseurs de moxa, il y a quelque chose qui satisfait ce besoin que le malade a de voir intervenir un peu de magie (une maladie qu'on attaque sans magie aucune, sans ruses ni vitesse, reste sur ses positions). Également l'idée que si l'on parvient à duper la maladie— certains exorcismes visent à duper les démons — on guérira. (...)


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En sifflottant Shusaku Endo
traduit de l'anglais par Anne Guglielmetti


     "Prends par exemple le cas d'une femme âgée qui a la tuberculose et se fait soigner dans un hôpital de préfecture.  Eh bien, le traitement qu'elle recevra sera impeccable et pourtant sa guérison sera plus lente. Et tout ça parce que ces vieilles femmes sont si bouleversées de se retrouver dans un énorme et impressionnant bâtiment hospitalier où tout est aseptisé que ça les épuise littéralement. Du coup, quand tu les renvoies dans leur campagne, leur état s'améliore considérablement!
     - Bien possible, acquiesçait Eiichi en étouffant un bâillement. (...)
     - Mais j't'assure ! répliquait l'autre, voilà pourquoi il m'a toujours semblé que la médecine n'était pas seulement une affaire de pharmacie et d'habileté technique. Le cœur y a sa part, aussi ! Dernièrement, j'ai conclu qu'un bon médecin était un type qui parvenait à aider un malade pour lequel il n'y avait plus d'espoir à mourir sans désespoir. Et on a de tels médecins dans notre hôpital à Fukushima. Bien sûr, pas un seul de ces gros bonnets des cercles scientifiques n'entend parler d'eux mais ils méritent tout mon respect pour la manière dont ils s'occupent de leurs malades ! (...)"

mardi 13 août 2019

petites choses (7) qui réjouissent le coeur

dans le bus, deux tout jeunes gens, elle, frêle, tourner, se retourner, comment dormir, la voilà finalement lovée contre son compagnon, un gars solide, tête posée sur ses genoux, lui, une grande main apaisante et distraite sur ses longs cheveux lisses, l'autre tient un livre, il est plongé Dans le café de la jeunesse perdue

lundi 24 septembre 2012

"quand je remonte comme ça très loin ça remue des couches et des couches de sentiments..."

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(...)
Les trois candidates, accompagnées d'un "objet-témoin" viennent à l'avant-scène.
Jacqueline est accompagnée d'une cuvette, qu'elle tient à la main. 
Barbara d'un lampadaire...
Angèle est vêtue d'une robe de 1954... Jacqueline Mettetal!


JACQUELINE.- (elle s'adresse au public) Bonsoir! J'ai très peur de vous parler de ma cuvette parce que ça remonte très loin et quand je remonte comme ça très loin ça remue des couches et des couches de sentiments si on les touche ces couches faudrait mieux pas les toucher. Et si je souris comme ça bêtement la bouche grande ouverte c'est que je suis mal à l'aise ça se porte sur l'estomac une boule dans l'estomac c'est pas l'Alca Seilzer qui la fera passer et vous parler de ma cuvette ça risque de la titiller ma boule vu que la cuvette elle est liée à des histoires pas rigolotes je rigole souvent quand j'ai pas du tout envie de rigoler j'ai toujours donné le change faut dire que j'en ai bavé ma cuvette c'est toute ma vie c'est qu'une cuvette mais les cuvettes des fois c'est elles qui vous racontent le mieux votre vie je peux vous dire déjà que j'aime pas   l'autorude du Sud mes jules et moi le Sud on s'en est pas privés et quand je vois la bretelle de l'autoroute du Sud je pense à mes jules et j'ai plus de jules alors le Sud! Ah non vous parler de ma cuvette tiens je souris plus j'aurais plutôt envie de chialer! J'avais déjà trois gosses et une nuit... Ah la voilà la "boule" merdum et je souris ma grande bouche grande ouverte ça doit être une contenance et d'ailleurs tout le monde me dit : mais pourquoi tu souris comme ça Jacqueline avec la vie que tu as eue!

(...) ÈVE.- Merci! Barbara merci merci beaucoup. Allez sous vos photos mesdames!  

Elles se placent sous leurs photos.

Alors quand les lumières s'allument vous allez vite vite vite vous asseoir et à ce moment-là c'est à vous de parler. Attention ! ... Attention Attention...

Un tabouret est placé au fond du plateau. Trois flexibles supportant une ampoule bleutée sont installés à l'avant-scène + klaxon. Les ampoules font face aux trois photos représentant les candidates. Le jeu commence.

Lumière Angèle + klaxon. Angèle court au tabouret et elle raconte... Les deux autres feront de même...

ANGÈLE.- C'est la robe de 1954 la robe du destin disons de l'amour cette robe c'est Marcel j'étais mariée avec Abel et il y a eu Marcel j'ai menti à Abel parce que j'aimais Marcel un matin j'arrive à l'EDF le 5 juin 1954 il me dit: vous faites quoi à midi? Je demeurais rue du chemin vert l'EDF c'était rue de Bagnolet je lui dis : il y a ma tambouille oui m'attend et il me dit : on va au restaurant.

Un son l'interrompt. Lumière Barbara + klaxon.

BARBARA.- On a acheté cette cochonnerie mon époux et moi aux Galeries Lafayette et cette cochonnerie c'est le témoin numéro un de ma déconfiture j'étais plus intelligente que lui il ouvrait le dictionnaire et il me disait ce mot là ça veut dire quoi? C'étaient des mots compliqués je ne les connaissais pas il disait : tu vois bien que tu es bête.

Un son l'interrompt. Lumière. Jacqueline + klaxon

JACQUELINE.- Bonsoir je ne me suis jamais séparée de cette cuvette c'est là que j'ai craché mes poumons et ma vie a changé pourquoi j'ai craché là plutôt qu'ailleurs aux cabinets ou dans l'évier parce que c'est ma cuvette préférée j'y lavais mes légumes une pleine cuvette de sang en pleine nuit en janvier 1957 du jour au lendemain ça n'a plus été comme avant j'ai dit au toubib je suis tubarde il m'a dit : non mais non ça peut venir de l'estomac il y avait les antibiotiques j'ai pas eu peur du jour au lendemain j'étais dangereuse j'ai été obligée de partir il ne faut pas isoler les tuberculeux il ne faut pas les isoler c'est idiot de les isoler j'ai lu un opuscule sur le traitement de la tuberculose en Union Soviétique c'est quand même plus futé tant que tu as des bacilles tu ne sors pas trois mois sans voir mes enfants et puis cette concentration de malades les grandes grilles le docteur m'a di t: on en voit rarement des belles comme ça un beau trou bien comme il faut un machin carabiné ça s'attrape pas la tuberculose pourquoi tu te réfugies dans cette maladie et pas dans une autre.

Un son l'interrompt. Lumière Angèle + klaxon.

jeudi 9 août 2012

tuer le cochon "J'étais là quand on l'a égorgé"

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 Temps de cochon Andrew Cowan
traduit de l'anglais par Roxane Azimi

(...) Surinder a levé un sourcil. (...) J'ai pris la montre de mon grand-père pour la remonter. Les sourcils froncés, il s'est tourné vers Surinder.

—J'me souviens de la première fois où j'ai vu le cochon, mon petit. J'étais là quand on l'a égorgé. Ca s'oublie pas, une scène comme ça. C'était en décembre, vous savez, et mon père, il donnait toujours un coup main à l'abattoir là-bas. C'était l'abattoir où travaillait le père de ma femme.

Grand-père a bu une gorgée de bière et tiré sur cigarette.

—Je te l'ai pas racontée, celle-là, fiston '?

—Non.

J'écoutais.

—Eh ben, mon père, il fumait une pipe en terre, et il la fumait en allant au travail—c'était un travail saisonnier, il était pas employé à l'abattoir—, et ce soir- là je l'ai suivi. J'me souviens, il faisait un froid canard, avec une couche de neige par terre, et je marchais dans ses traces.(..)
—Mais quand on est arrivés à l'abattoir, il s'est retourné, il m'a vu et m'a chassé, comme avec un chien, parce qu'il voulait pas que j'entre. Il voulait pas que je voie ce qui se passait là-dedans. Alors j'ai fait le tour.
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« 11 y avait d'autres gamins, des petiots surtout, et j'ai dû jouer des coudes pour mieux voir. On était tous debout sur un mur, collés aux fenêtres... ce qu’elles étaient sales, ces fenêtres, noires de crasse,barbouillées de moucherons depuis l'été. A l'intérieur, c'était éclairé par des manchons. Et là, j'ai vu mon père qui arrivait à reculons... il reculait par la porte en traînant les pieds, quoi. Y avait une rigole dans le sol en plein milieu, et il posait les pieds de part et d'autre. I1 tirait sur une corde, penché en arrière, et au bout de la corde y avait le cochon, le premier que je voyais de ma vie. Mais quand il a passé la tête par la porte, le cochon, il a décidé que ça suffisait comme ça, il irait pas plus loin. Il s'est raidi sur ses pattes et il a plus voulu avancer. C'était la peur, mon lapin.

Baissant la voix, grand-père s'est incliné vers Surinder.

—Il braillait. De terreur, vous comprenez ''

Il fronçait les sourcils. Surinder a hoché la tête.

—Bon, alors le vieux à Agnès—c'était le nom de ma femme, mon lapin—, il se tenait pile sur le pas de la porte. Le cochon, il l'avait amené là où il voulait, ça lui convenait très bien. Ils portaient des bottes, des culottes et un tablier en toile cirée, et il avait des bras comme des jambons. C'était un gros malabar, un rouquin, avec des poils roux sur les bras. Et il avait un merlin. Il a donné un grand coup au cochon, derrière la nuque, et la bête s'est écroulée dans la rigole. Un seul coup, et son compte était bon. Mais il était pas mort, le cochon. Le bonhomme était très habile, vous comprenez. Il l'a assommé, il tenait cette masse comme un marteau et il l'a juste estourbi. Parce qu'il voulait que le cœur continue à fonctionner, pour chasser le sang quand il l'égorgerait... ils en faisaient du boudin. Avec du sang et des flocons d'avoine.
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Il s'est léché les lèvres, et Surinder a eu un sourire.

—Bref, ils lui ont tranché la gorge et ils ont vidé le sang dans une bassine. Mon père et l'autre, ils écrasaient le cochon avec leurs pieds et lui soulevaient les pattes avant comme pour pomper. Et la mère d'Agnès —elle était là aussi, avec une casquette qu'elle portait pareil qu'Agnès et un châle noir—, elle touillait le sang dans la bassine. C'était un tout petit bout de bonne femme, haute comme trois pommes, mais avec une face de lait caillé. Très aigrie, elle était. Et une vraie poissarde par-dessus le marché, elle n'avait pas la langue dans sa poche.

« Bon, alors le cochon, faut le gratter tout de suite, avec plein d'eau chaude. J'me souviens, mon père et l'autre petit bonhomme, ils sont allés chercher de l'eau, des baquets d'eau bouillante qu'ils ont versée dans une cuve. Ils ont pris le cochon par les quatre pattes et hop ! l'ont plongé dans l'eau. A ce moment-là, il était déjà mort, mon lapin. Puis ils se sont tous mis à genoux pour gratter les poils. Avec des couteaux qui coupent pas. Pour ne pas entailler la peau, vous voyez. Les fenêtres, elles étaient déjà 'strêmement embuées, et parmi les gamins, y en a qui sont partis parce qu'ils en avaient assez ou pour laisser la place à d'autres... mais moi, je suis resté. J'avais ma petite idée sur ce qui allait se passer ensuite. Je voyais une corde et une poulie fixée au plafond : justement, ils s'en sont servis pour le cochon, pour le suspendre par les pattes arrière. Le père d'Agnès, il a pris un couteau pointu et ouvert la bête par le milieu.

Grand-père s'est tourné vers moi.

—Tu mets un doigt de chaque côté de la lame, fiston, et tu coupes et tu tires, tu coupes et tu tires. Y a un pli là, de graisse et de peau, qu'il faut écarter. Puis les deux, ils ont approché une casserole de l'entaille, et le père d'Agnès, il a fouillé dedans, et toutes les tripes sont sorties, ont dégringolé... c'était tout gris, dégoûtant. Et il a balancé un paquet de merde contre le mur du fond, un gros paquet de merde.

Il s'est mis à rire, puis il a dit:

—Pardon, mon petit.

Surinder a secoué la tête avec un grand sourire.

—Ben, ça aussi, c'était tout un art. Les poumons et le coeur, on les retirait séparément et on les déposait sur un billot. La mère d'Agnès, elle lavait tout ça. La tête, on l'entaillait de part et d'autre de l'échine, on tranchait, et c est ça que mon père a rapporté à la maison. Il a touché quelques pièces pour sa peine, pas grandchose, et cette tête enveloppée dans du papier journal. Je l'ai suivi. Je pensais que le sang allait goutter dans la neige, mais v en avait plus. ils avaient tout vidé.

La cigarette de grand-père s était complètement consumée. Je lui ai passé le cendrier. Il en a allumé une autre en disant:

—On tirait plein de choses de la tête de porc dans le temps. On mettait la cervelle dans un sachet de mousseline. si ça ne vous gênait pas de manger de la cervelle... c'était très bon sur une tartine grillée, on aurait dit de la laitance.

Grand-père a hoché la tête, et Surinder a demandé:

—Vous les tuiez vous-mêmes, vos cochons ?

— Les nôtres. non.

Il s'est penché pour lui toucher le bras.

—Parce que Agnes, vous comprenez, elle en avait assez vu, et ça ne lui disait rien—tout ce travail—, alors on les envoyait ailleurs.

vendredi 18 mai 2012

"Toute rencontre se crée comme l'eau devant la soif."

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traduction de l'espagnol par Fernand Verhesen
Orphée/La Différence

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Périodiquement,
il faut faire l'appel des choses,
vérifier une fois de plus leur présence.
Il faut savoir si les arbres sont encore là,
si les oiseaux et les fleurs
poursuivent leur invraisemblable tournoi,
si les clartés cachées
continuent de pourvoir la racine de la lumière,
si les voisins de l'homme
se souviennent encore de l'homme,
si dieu a cédé
son espace à un remplaçant,
si ton nom est ton nom ou déjà le mien,
si l'homme a terminé son apprentissage
de se voir de l'extérieur.

Et en faisant l'appel
il s'agit de ne pas se tromper : aucune chose ne peut en nommer une autre.
Rien ne doit remplacer ce qui est absent.



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ils parlent tous
de ce qu'ils ont trouvé en chemin.
Certains parlent aussi
de ce qu'ils n'ont pas trouvé.
Et quelques-uns se réfèrent
à ce qu'il est impossible de trouver.

Mais il y en a qui parlent d'une rencontre
qui surgit comme d'une embuscade entre les mains,
comme une hirondelle qui ne fit jamais partie
d'aucune volée,
comme un geste secret qui recueille
la compassion qui manque lors des rencontres.

Toute rencontre se crée
comme l'eau devant la soif.
Le reste est un mirage
qui n'arrive même pas
à déconcerter le désert.

dimanche 22 avril 2012

Chanson du rémouleur Philippe Soupault

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Donnez-moi je vous prie
Vos ciseaux
Vos couteaux
Vos sabots
Vos bateaux
Donnez-moi tout je vous prie
Je rémoule et je scie  

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 Donnez-moi je vous prie
Vos cisailles
Vos tenailles
Vos ferrailles
Vos canailles 
 
Donnez-moi tout je vous prie  
Je rémoule et je scie  
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Donnez-moi je vous prie
Vos fusils
Vos habits
Vos tapis
Vos ennuis
Je rémoule et je fuis

mercredi 8 février 2012

Une connaissance inutile (extrait) Charlotte Delbo

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PRIÈRE AUX VIVANTS POUR LEUR PARDONNER D'ÊTRE VIVANTS (cliquer pour entendre la lecture de Clotilde de Bayser de la Comédie Française, France culture fictions)

Vous qui passez
bien habillés de tous vos muscles
un vêtement qui vous va bien
qui vous va mal
qui vous va à peu près
vous qui passez
animés d'une vie tumultueuse aux artères
et bien collée au squelette
d'un pas alerte sportif lourdaud
rieurs renfrognés, vous êtes beaux
si quelconques
si quelconquement tout le monde
tellement beaux d'être quelconques
diversement
avec cette vie qui vous empêche
de sentir votre buste qui suit la jambe
votre main au chapeau votre main sur le cœur
la rotule qui roule doucement au genou
comment vous pardonner d'être vivants...
Vous qui passez
bien habillés de tous vos muscles
comment vous pardonner
ils sont morts tous
Vous passez et vous buvez aux terrasses
vous êtes heureux elle vous aime
mauvaise humeur souci d'argent
comment comment
vous pardonner d'être vivants
comment comment
vous ferez-vous pardonner
par ceux-là qui sont morts
pour que vous passiez
bien habillés de tous vos muscles
que vous buviez aux terrasses
que vous soyez plus jeunes chaque printemps
Je vous en supplie
faites quelque chose
apprenez un pas
une danse
quelque chose qui vous justifie
qui vous donne le droit
d'être habillés de votre peau de votre poil
apprenez à marcher et à rire
parce que ce serait trop bête
à la fin
que tant soient morts
et que vous viviez
sans rien faire de votre vie.

mardi 7 février 2012

Antoni Tapiès "Quand vous regardez..."

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années 90, Reina Sofia, le texte était beau, on avait encore des carnets d'adresses, on prenait son stylo, recopiait...

La práctica del arte de Antoni Tapiès (1971) Ariel, Barcelona.

Cuando miráis, no debéis pensar nunca lo que la pintura o cualquier cosa de este mundo "ha de ser", o lo que muchos quieren que se limite a ser. La pintura puede serlo todo. Puede ser una claridad solar en medio de un soplo de viento. Puede ser una nube de tormenta. Puede ser la huella del pie de un hombre en el camino de la vida, o un pie que ha golpeado el suelo, ¿por qué no?, para decir "¡basta!". Puede ser un aire dulce de alborada, lleno de esperanza, o un aliento agrio que despide una cárcel. Puede ser lo que somos, el hoy, el ahora y el siempre.

"Quand vous regardez, vous ne devez jamais penser à ce que la peinture -ou n'importe quelle autre chose de ce monde- "doit être", ou à ce que beaucoup souhaitent qu'elle se limite à être. La peinture peut être tout. Une clarté solaire dans un souffle de vent. Un nuage d'orage. L'empreinte du pied d'un homme sur le chemin de la vie ou un pied qui a frappé le sol, pourquoi pas ? pour dire "ça suffit" ! L'air doux d'un petit matin plein d'espoir ou l'aigre haleine que lâche une prison. Les taches de sang d'une blessure ou le chant en plein ciel azur, ou jaune, de tout un peuple. Elle peut être ce que nous sommes, aujourd'hui, maintenant et toujours."

samedi 4 février 2012

Lectures actives (1954)

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164                                                        LECTURES ACTIVES

                                                               60. UNE PASSION

Les deux enfants de M. et Mme Fournier, instituteurs dans un poste rural, ont une telle soif de lecture qu'avant ta distribution des prix de l'école, ils lisent tous les volumes. C'est là une histoire véridique. Le frère de l'auteur, Alain- Fournier, s'annonçait comme un brillant écrivain quand il fut tué au cours de la première guerre mondiale.

I. "Si maman demande combien nous en avons lu, tu diras deux ou trois, les petits, ça ne compte pas..."    
        C'est jeudi. Depuis le déjeuner, nous sommes enfermés tous les deux dans la classe inondée du brûlant soleil de juillet; les moineaux se chamaillent sous le rebord du toit, les lis du jardin appellent à grands cris chauds par les fenêtres ouvertes, les voix joyeuses d'une bande de gamins se poursuivent sur la route de Valon. Mais nous n'entendons rien.
         Assis au bord de l'estrade, la caisse ces prix entre nous deux, rouges, les mains moites, la tête battante, à peine au bout d'un livre nous jetant sur un autre, comme des affamés que rien n'arrive à rassasier*, nous lisons!

2. Les prix sont là depuis huit jours: quarante livres rouges et dorés dans des papiers violets, verts, roses. Ils sentent la colle, l'encre d'imprimerie, le vernis chauffé —le plus enivrant parfum que nous ayons jamais respiré! ils craquent un peu quand on les ouvre, ils laissent aux doigts de petits points d'or, ils jettent à pleins yeux leurs images que l'on regarde vite jusqu'au bout avant de commencer à lire—échappées ravissantes sur l'histoire promise

Rassasier: le texte environnant vous permet de dégager seul le sens de ce mot (mot de la même famille: satiété).

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166                                                       LECTURES ACTIVES

rés, ou, en gros caractères et en dix pages, se lisaient de fortes leçons de morale : Adolphe ou la gourmandise punie, Julie la petite querelleuse, dont, à défaut de substance, on gardait du moins gravé dans la mémoire l'étonnant style ampoulé*, si remarquablement adapté à l'esprit des petits paysans : O vous, mes enfants, qui avez eu le malheur de contracter une habitude mauvaise, c'est pour votre consolation et votre soutien que je vais vous raconter l'histoire suivante : Julie...

4. La caisse arrivait quinze jours, trois semaines, avant la distribution des prix, il fallait se dépêcher de les absorber tous, pour avoir le temps de reprendre les premiers, les beaux, les chers. Aussi, dès que nous étions sur la pente diminuante, en dévorions-nous cinq, six des moyens, dix des plus minces à la queue leu leu dans une après-midi du jeudi.
      Quand maman, vers la tombée du jour, quittait la salle à manger pour la petite cuisine ou elle allait préparer le dîner, ne nous apercevant pas dans la cour, elle ouvrait la porte de la classe :
       "Comment, c'est là que vous étiez ? Encore à lire! Vous n'avez pas lu toute l'après-midi ?"
Nous baissions la tête.
       " Mon Dieu, combien en avez-vous lu ?
     — Deux ou trois...
     — Deux ou trois ? Mais ces enfants sont fous! Deux ou trois livres d'affilée! Voulez-vous laisser ça bien vite! Pour vous perdre les yeux! Si jamais on a vu personne lire deux ou trois livres sans respirer! ils s'en feront mourir."

   5. Les années ou l'on avait monté la caisse au grenier, nous étions plus tranquilles, maman ne venait guère là-haut sans nécessité. Et le premier livre à peine ouvert nous ne sentions plus la touffeur brûlante qui était tombée sur nous dès la porte.
   Mais le plus cher asile est le Cabinet des Archives, plein de mouches mortes et d'affiches battant au vent. A l'autre bout de maison, la grande Mairie solitaire traversée, nous sommes das ce lieu poussiéreux mieux à l'abri avec notre trésor qu'enveloppés par la mer au cœur d'une île perdue. Par un carreau éternellement

Ampoulé : solennel au point d'en être ridicule.— Touffeur : chaleur étouffante.
                                             
                                                          UNE PASSION                                               167

cassé entrent la brise du jardin et le ramage du poulailler tout proche. La vieille bascule est un siège plein de fantaisie, dont la plaque dure tout à coup sous nos jambes a des roulements inopinés5, ponctués de grincements baroques*. Les vieux dossiers tout autour de nous dans des cases voilées de toiles d'araignées, mêlent leur odeur de papier moisi au parfum collant des livres neufs: pommade poudreuse où nous nous engluons avec délices. Et les aventures passent, passent, portées par tous ces êtres merveilleux et terribles, qui ne cesseront désormais de nous accompagner, de grandir et de s'enrichir avec nous et pour nous, à mesure que se déroulera notre vie....

                                 I. Rivière. Images d'Alain FOURNIER. Émile Paul Frères, éditeurs.

Inopinés : imprévus.— Baroques : bizarres et comiques. — Ainsi s'engluent les oiseaux qui, les pattes prises dans la glu, sorte de colle tirée de l'écorce du houx, ne peuvent reprendre leur vol.

EXERCICES DE MÉMOIRE
  • Par quels livres les deux enfants commençaient-ils leur lecture ? les plus gros ou les plus petits ?
  • Combien les jeunes lecteurs disposent-ils de jeudis pour tout lire ? 
  • Donnez le titre célèbre d'un des prix du Certificat d’Études. 
  • « Deux où trois... » répondent-ils à leur mère. Combien de livres avaient-ils lus exactement ?

EXERCICES  DE RÉFLEXION 
  • Les trois images du texte, faites comme on les faisait à l'époque, se rapportent aux légendes indiquées dans le n° 2. Accordez images et légendes.
  • Le style ampoulé était, dit l'auteur, si remarquablement adapté à l'esprit des petits paysans. Vous sentez bien que cette expression est ironique. Quel est le mot qui la rend ironique? Remplacez-le par un autre qui, exprimant la vérité, dépouillera la phrase de son ironie. Pouvez-vous dire alors comment on peut rendre une phrase comique ?
  • Cherchez, dans la dernière partie du texte, des détails qui montrent combien peu les archives de la mairie étaient consultées.

CONCOURS DE LA MEILLEURE LECTURE
Puisque le style est ampoulé, que votre lecture soit emphatique. Adoptez donc le ton du plus solennel donneur de conseils.

jeudi 26 janvier 2012

"cabanes d'arbre"

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                                                                         Beyriat, les années soixante.

A  part ma vie furtive dans les arbres, je n'aurai jamais rien aimé autant que les moments magiques où la nuit se convertit en jour et le jour en nuit. Les bonnes aurores. Les soirs bordés d'or. Les deux bouts de la nuit, les deux bouts du jour.
(...)
 On avait pris l'habitude de ne plus me demander où j'allais ni quand j'avais des chances de réapparaître. L'échappée à grandes jambes me menait à tout bout de champ encore un peu plus loin, jusqu'aux lisières de la vaste forêt médiévale, là où commencent vraiment, tout au fond du vert électrique des prés, le sérieux de la pente, l'or et le brun caillé des bois. J'allais dans mes arbres, vivre comme je l'entendais, comme un singe voleur d'alphabet, un idiot d'arbre, saoul de pluie ou de grande lumière.

Mes cabanes d'arbre étaient plus frustes que le plus dépouillé pavillon de sage dans les montagnes chinoises.
(...)
J'étais perché si haut que j'aurais pu essorer la cotonnade trempée des nuages mis à sécher, leur blanc de slip et de maillot-de-corps, les couches du petit jésus qui pisse du soleil clairet dedans, nom de dieu de nom de dieu, l'enfant de salaud ! . . .
(...)
La-haut seulement j'étais vraiment tranquille. Là-haut seulement j'étais libre comme je l'entendais. J'y savourais tout ce que je pouvais du crépuscule, je me rassasiais jusqu'à la dernière goutte de lumière non encore colorée par la nuit, et puis il fallait redescendre, la nuit là-haut m'était refusée. (...) Je n'aurais voulu dormir que là-haut dans mes arbres. La tête dans les étoiles, un nuage en oreiller, jonglant des arpions avec la lune comme un antipodiste.

vendredi 20 janvier 2012

Comment lire ? (...) "cette réalité qui est le terreau même où s'enracine toute vérité"

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        Rien n'est irritant comme de voir quelqu'un qui, tout en visant presque juste, réussit a complètement manquer la cible. Chesterton comparait ce genre de frustration à la vue d'un chapeau tombé à la mer, que la vague remporte juste comme il allait toucher la grève. J'ai éprouvé cette sensation l'autre jour dans une librairie, comme je feuilletais le dernier livre de Harold Bloom, How to read and why. Ce livre contient nombre d'observations vigoureuses et salubres auxquelles on ne peut qu'applaudir de tour cœur, ainsi par exemple : "J'aurais peur pour l'avenir de la démocratie si les gens cessaient de lire", ou encore : "Déchiffrer des textes sur un petit écran, ce n'est pas lire" Et je me suis tout d'abord réjoui de voir que, dans sa sélection des chefs-d'œuvre de la littérature la littérature mondiale, Bloom avait très justement placé une nouvelle de Tchekhov, L'Etudiant. Malheureusement, quand il se met à expliquer les raisons de cet excellent choix, il développe une interprétation tellement obtuse de l'œuvre pour laquelle il venait de professer son admiration que tout le crédit que l'on aurait été tenté d'accorder à son jugement littéraire s'en trouve aussitôt annulé.
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          Comme c'est souvent le cas des plus belles nouvelles de Tchekhov, L'Étudiant est un récit très court - à peine trois pages- et presque dénué d'intrigue. Un jeune étudiant en théologie a regagné son village pour les vacances de Pâques ; c'est le Vendredi saint, il vient de passer l'après-midi à chasser dans les bois, et il rentre chez lui au crépuscule. Le temps est encore très froid ; il s'arrête au passage pour se réchauffer un moment près d'un grand feu que des voisines - une veuve et sa fille - ont allumé dans leur cour. Debout près du feu, comme il bavarde avec les deux femmes, il se remémore soudain un passage de l'évangile de la Passion qu'on a lu la veille à l'église durant l'office du Jeudi saint, et il le rappelle à ses voisines : la nuit où Jésus fut arrêté, Pierre s'était également tenu près d'un pareil feu dans la cour du palais du Grand Prêtre ; comme il se réchauffait parmi les gardes et les serviteurs, on se mit à lui poser des questions. Il prit peur, et nia par trois fois avoir jamais rencontré Jésus. À ce moment précis, un coq chanta, et Pierre, prenant soudain conscience de ce qu'il venait de dire, "sortit de la cour et pleura amèrement". Comme l'étudiant prend congé des deux femmes, il s'aperçoit avec surprise que la veuve est en train de pleurer silencieusement, tandis que sa fille paraît en proie à une vive détresse, "comme si elle cherchait à contenir une extrême souffrance". Reprenant son chemin dans la nuit qui monte, il s'interroge sur l'émotion des deux femmes : leurs larmes "montraient que tout ce qui était arrivé à Pierre durant l'horrible nuit avait une signification spéciale pour elles...
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Manifestement, ce qu'il venait de raconter, et qui s'était passé il y a dix-neuf siècles, avait un rapport avec le présent, avec les deux femmes, et sans doute aussi avec ce village perdu, avec lui-même, avec l'humanité entière. Si elles avaient pleuré, ce n'était pas parce qu'il était doué d'une éloquence particulière, mais bien parce que Pierre leur était proche... Et une vague de joie déferla soudain dans le cœur de l'étudiant... Tandis qu'il traversait la rivière par le bac et qu'il gravissait la colline, il regarda son village natal et, à l'ouest, la mince bande de pourpre froide laissée par le soleil couchant. Et il pensa à la vérité, à la beauté et il vit qu'elles avaient régi la vie des hommes en ce temps-là, dans le Jardin des Oliviers et dans la cour du Grand Prêtre, et qu'elles s'étaient perpétuées sans interruption jusqu'au jour présent... Un sentiment de jeunesse, de santé, de force - il n'avait que vingt-c eux ans - en même temps que l'anticipation indiciblement douce du bonheur, d'un bonheur inconnu, mystérieux, l'envahirent progressivement. Et la vie lui parut enivrante merveilleuse, pleine d'une haute signification".
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         Tchekhov a écrit quelque deux cent cinquante nouvelles. Entre toutes, il confessa préférer celle-ci. Mais Harold Bloom s'étonne de cette prédilection : « Pourquoi donc Tchekhov plaçait-il cette nouvelle au-dessus de tant d'autres récits dans lesquels ses admirateurs trouveront plus de substance et de vitalité ? Je n'en vois pas bien la raison... Dans L'Étudiant, si l'on excepte ce qui se passe dans l'esprit du protagoniste, tout est épouvantablement déprimant. C'est en fin de compte ce surgissement irrationnel d'une joie impersonnelle et d'un espoir personnel issus de tout ce froid et de cette misère, ainsi que les larmes après le reniement, qui semblent avoir ému Tchekhov lui-même..." Pourtant, Bloom demeure perplexe : ""Cette joie ne comporte aucune trace de piété authentique ni de salut."
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            Si la nouvelle semble mystérieuse, c'est simplement parce que la simplicité d'âme est ici-bas le plus grand mystère qui soit. À part cela, elle ne comporte en vérité qu'une seule énigme : Tchekhov qui s'est toujours déclaré résolument agnostique fait preuve ici d'une intelligence intuitive de l'essence même de l'expérience religieuse, qui en remontrerait aux théologiens les plus chevronnés. On peut naturellement supposer que l'étudiant en question était pieux et érudit ; il croyait donc sincèrement que les événements qui avaient entouré le reniement de Pierre avaient effectivement eu lieu mille neuf cents ans auparavant dans la cour du palais du Grand Prêtre ; sa foi lui avait enseigné que le récit évangélique était vrai - mais maintenant les larmes des deux femmes lui révèlent soudain qu'il est réel. Ainsi cet épisode ne relève plus seulement de l'histoire - il appartient au présent. Les larmes des femmes ont permis au jeune théologien d'effectuer un bond géant qui le transporte du domaine du savoir abstrait à celui de l'expérience concrète : de la vérité à la réalité - cette réalité qui est le terreau même où s'enracine toute vérité. (Comme disait C. S. Lewis : La vérité est toujours à propos de quelque chose,tandis que la réalité est cela même dont parle la vérité"). Au lieu de réfléchir sur des dogmes et des doctrines, l'étudiant est tout à coup face à l'évidence. D'où sa joie, qui est en effet irrésistible et mystérieuse, mais ne présente certainement rien d'"irrationnel" contrairement à la bizarre assertion de Blom
         Cependant Tchekhov, avec la scrupuleuse honnêteté intellectuelle qui ne le quitte jamais, signale encore que d'autres éléments ont pu intervenir dans la joie extatique de l'étudiant: « La jeunesse, la santé, la force » - car, après tout, « il n'avait que vingt-deux ans ».

lundi 16 janvier 2012

Aujourd'hui...

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Aujourd'hui penser me fait mal
la main me fait mal avec laquelle j'écris,
la parole me fait mal que j'ai dite hier
et celle aussi que je n'ai pas dite,
le monde me fait mal.

Il y a des jours qui sont comme des espaces
                                                    préparés
pour que tout fasse mal.

Seul dieu ne me fait pas mal aujourd'hui.
Serait-ce parce qu'aujourd'hui il n'existe pas ?