Affichage des articles dont le libellé est enseignement. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est enseignement. Afficher tous les articles

mercredi 15 octobre 2025

Chemin de Vie

Ces jours-ci, je me trouve complètement désintéressé par les « enseignements spirituels. ”

Pas parce que je suis devenu cynique ou arrogant ou perdu la foi, mais parce que je n'en ai tout simplement plus besoin. C'est la vérité honnête. Les enseignements spirituels parlaient autrefois à une douleur profonde en moi - la recherche de la paix, de la vérité absolue, de quelque chose de sacré et transcendant au-delà du bruit de la vie quotidienne.

Mais maintenant, ce désir a complètement changé de forme. S'est transformé en quelque chose de radicalement différent.

Plus je deviens présent, moins j'ai envie d'idées de présence.

Image

Plus je vis, moins j'ai besoin d'apprendre à vivre.

La vie elle-même m'enseigne, chaque jour.

Pendant des années, j'ai utilisé la spiritualité pour échapper à l'être humain - le désordre, les relations, les routines domestiques, la beauté ordinaire de la vie quotidienne. Je pensais que l'illumination était quelque part au-delà de tout ça.

Mais maintenant, les vrais enseignements spirituels sont ici - non pas dans aucun livre sacré, mais dans le son du rire de ma fille, dans l'odeur du dîner, dans la sortie des poubelles, ou dans la promenade dans le parc au coucher du soleil.

Les anciens enseignements parlaient de « lâcher prise » des attachements à ce royaume terrestre.

Non. La vie m'apprend à devenir plus intime avec cette terre - à la rencontrer pleinement, à l'aimer farouchement, à trouver le sacré et le transcendant juste ici, où que je sois, quoi que je fasse, avec qui je suis.

Je n'ai plus besoin de chemin.

La vie EST le chemin.

- Jeff Foster

*********

lundi 1 septembre 2025

Rentrée et transmission

Quand j’étais collégienne, j’ai eu la chance d’avoir un professeur de dessin – on ne disait pas encore « d’arts plastiques » – tout à fait extraordinaire. L’heure que nous passions avec lui était l’occasion de discussions passionnées et d’explorations graphiques inédites, ponctuées par son rire tonitruant. Certains sujets qu’il nous a proposés au fil des années étaient si captivants que 40 ans après je les retourne encore dans ma tête, ne désespérant pas de trouver la meilleure manière d’y répondre.

Nous sommes restés en contact, nous croisant de loin en loin et échangeant chaque année nos cartes de vœux – les siennes immanquablement aussi flamboyantes que sa personne. Il y a peu, j’ai reçu de lui une lettre par laquelle il m’annonçait qu’il était gravement malade et qu’il aurait aimé, au soir de sa vie, que je lui raconte en détail quelle personne j’étais devenue. Ce que j’ai fait, les larmes aux yeux et la gratitude au cœur.

La même semaine où je lui répondais, j’ai reçu par Instagram un message d’une jeune femme qui me demandait si j’étais bien cette Mme Le Maître qui lui avait enseigné l’histoire-géographie à Sens (Yonne) il y a quelque 20 ans. Elle était devenue photographe et scénariste. Elle m’avait identifiée à ma manière de nouer un foulard dans les cheveux ; je l’ai reconnue à ses yeux bleu vif. Elle se souvenait des histoires que je racontais à mes élèves de sixième et même du club de mythologie que j’avais fondé à l’époque. Elle éprouvait l’envie de me remercier.

Image

Un flux ininterrompu de transmission
À quelques jours d’écart, la grâce de ce double échange est venue me rappeler le maillon que je suis. Ce n’est pas seulement la vie que nous avons reçue des générations précédentes et il faut bien plus que deux parents pour construire un être humain debout. Reconnaissance de dette : pour le meilleur et pour le pire – mais c’est du meilleur que je veux parler ici – nous ne situons jamais que dans un flux ininterrompu de transmission.

Que savons-nous de ce dont nous sommes les passeurs ? Tour à tour simple silhouette, figure déterminante, ombre tutélaire ou inquiétante, que savons-nous du rôle que nous jouons dans la vie des autres ? Je suis la somme de tout ce qui m’a été proposé, imposé, offert et enseigné. J’ai tant et tant reçu, de tant et tant de personnes. Comme un paysage façonné de mille apports divers – les eaux, le sol, les vents, les graines… – qui tout ensemble s’agencent, se confrontent et se complètent.

Que suis-je, sinon cette vallée entre friche et jardin, cette conjugaison d’éléments qu’il m’incombe de cultiver du mieux que je peux, portant ici un peu d’engrais, abritant là telle jeune pousse des vents d’hiver, constatant ailleurs l’échec de toute mise en culture. Espérant toujours la récolte.

D’une âme à l’autre
À un détour de ma vallée, sans doute, à l’ombre du hêtre un peu fou qu’était mon professeur de dessin, quelque chose a pris racine dont j’ai pris soin du mieux que je pouvais. Quel arbre, quel caillou, quelle source serai-je dans d’autres paysages ? Dans celui, par exemple, d’une jeune photographe aux yeux pétillants ?

Si, comme j’en suis persuadée, au jour du Jugement nous ne pèserons pas plus que le poids de ce que nous avons su donner, il n’est pas indifférent de découvrir parfois que là, précisément, à tel moment, dans tel échange, dans telle situation de la vie, quelque chose est passé d’une âme à l’autre.

Nous ne savons jamais vraiment ce que nous transmettons, mais nous pouvons considérer ce que nous avons reçu. En ces jours de rentrée scolaire et avec une pensée pour toutes celles et tous ceux qui, cette année encore, guideront tant de jeunes sur le chemin qui fait grandir, je vous souhaite fécondité, courage, avec la joie des gratitudes.

Anne Le Maître
Autrice et aquarelliste, géographe de formation, Anne Le Maître vit en Bourgogne. Elle enseigne aux jeunes et aux adultes. Elle a publié Un si grand désir de silence (Cerf), qui a reçu le prix littéraire de la Liberté intérieure 2023, le Jardin nu (Bayard) et Faire refuge en un monde incertain (Cerf).

----------------

samedi 24 mai 2025

Pas d'excuse

Image

"Vous vivez tous prisonniers de cette tragique maladie : "du moment que j'ai une excuse, ça va". Vous avez cette mentalité dans l'existence, vous avez cette mentalité sur le Chemin et vous ne vous en rendez pas compte. C'est une mentalité infantile. "Je ne suis pas responsable. Il suffit que je puisse me justifier".

Vous êtes entièrement responsables. Tout le reste est mensonge.

Vous n'avez une chance sur le Chemin que si vous gravez une fois pour toutes cette devise au fond du cœur : "A partir d'aujourd'hui, je n'accepte plus une excuse en ce qui me concerne". Acceptez-les en ce qui concerne les autres ; vous n'êtes pas responsables de leur faiblesse. Arrachez de vous cette mentalité moderne : du moment qu'on a une excuse, on est justifié.

Si on me demandait maintenant : mais qu'est-ce qui fait vraiment le disciple ? Je répondrais : c'est quelqu'un qui a définitivement rayé de sa vie l'idée qu'il puisse être excusé. "Rien ne me servira d'excuse, jamais ; il n'y a que le résultat qui compte. Si ça ne marche pas d'une façon, je m'y prendrai d'une autre."

Ceux qui ont la mentalité de l'excuse dans la vie ont la mentalité de l'excuse sur le Chemin. Tout devient une excuse pour ne pas mettre l'Enseignement en pratique ou pour ne pas progresser.

...

Le mental, c'est le mensonge. L'ego ne peut survivre que dans le mensonge.

"Tant que je réussirai à me mentir, tout ira bien". Cela ne peut vous mener nulle part. Il faut que vous vous réveilliez : "plus aucun mensonge ne peut m'intéresser ; coûte que coûte et à n'importe quel prix, je veux la vérité. Je ne veux plus me mentir en ce qui concerne le Chemin et je ne veux plus me mentir en ce qui concerne l'existence". (...) Les excuses vous servent à mieux vous mentir. "Ce n'est pas de ma faute, ce n'est pas de ma faute".

Vous n'avez aucune chance d'aucune sorte, je vous le dis de tout mon cœur, si vous acceptez une excuse !

Pas d'excuse.

Extraits du livre d'Arnaud Desjardins : un grain de sagesse (Editions la table ronde)

------------------

mardi 29 avril 2025

samedi 22 mars 2025

Etre un avec l’autre

être un avec l’autre :
donc comprendre son monde ,
saisir la logique du dit monde ,
ne pas frontalement contrer cette logique
dès lors qu’il y a identification massive ,
émotion à fleur de peau
et parfaite inconscience de la dynamique à l’œuvre …
et ne pas pour autant servir la soupe à l’égo et au mental
ne pas cautionner le délire
le délire aveugle sourd et auto centré
participant de la maladie du monde …
Voilà bien un des défis auxquels un enseignant intègre se trouve parfois confronté
Un défi face auquel il n’est pas de recette.
Juste veiller à ce que l’égo ( celui de l’enseignant ou plutôt celui toujours susceptible de redresser la tête chez la personne au service de l’enseignement) ne s’en mêle pas.
Demeure alors un espace de compassion
impuissant

Gilles Farcet

--------------------

vendredi 15 novembre 2024

Spiritualité à enraciner

Image

 La prochaine fois que quelque chose de terriblement douloureux vous arrive et qu’une personne vous dit: « Vous choisissez toutes vos expériences, c'est l'univers qui t'envoie cette épreuve, remercie le... », assommez-la. 

Puis, quand elle se réveillera, demandez-lui de vous remercier de réaliser son rêve. Ensuite, dites-lui que « La douleur est une illusion, il suffit d’en prendre conscience, d’en témoigner, afin d’entrer dans la Grand Tout ». Puis, rappelez-lui qu'elle n'est pas victime, qu’il n’y a pas de victimes,  qu’il lui suffit de «revisiter» son passé pour accepter.

Quand elle va demander de l’aide pour se relever, regardez-la au sol et rappelez-lui que: «Tout ce que tu vois et ressens est à ton image ». Insistez pour qu'elle vous pardonne avant même que sa blessure à la tête ait guéri, dites-lui: «Avec cette expérience, tu as certainement dû résoudre certains problèmes liés à la violence. Sois reconnaissant(e) du cadeau que je t’ai offert ».

Quand elle va commencer à se fâcher, rappelez-lui que la colère et les jugements sont des émotions médiocres, et qu'il n'y a jamais personne à blâmer. Si cela ne la calme pas, dites lui que son ego est son ennemi et que la partie d'elle qui perçoit cette situation comme inacceptable n’est tout simplement pas suffisamment en confiance: "Tu es pris au piège dans la matrice et tu vois le monde à travers des œillères limitées". Dites-lui que vous êtes ici pour la libérer.

Enfin, prenez son portefeuille et demandez-lui de vous donner son code PIN afin qu’elle puisse apprendre une autre leçon précieuse sur le détachement matériel et la dépendance.

- Jeff Brown from the book, Grounded Spirituality

--------------------

samedi 21 septembre 2024

Gilles Farcet et la fonction d'enseignant spirituel

 Une longue interview de Gilles Farcet qui partage son expérience 

de l'enseignement reçu d'Arnaud Desjardins.


**********
------

lundi 22 juillet 2024

Ne tirez pas sur le bonheur !

 Aujourd’hui, nous parlons d’un sujet qui fait du bien : le bonheur. Allez, commençons par une petite revue de littérature.

Image

Friedrich Nietzsche “Le bonheur ? Un but mesquin d’homme faible…”

Charles Baudelaire, dans une lettre adressée à un certain Jules Janin : “Vous êtes heureux. Je vous plains, Monsieur, d’être si facilement heureux. Faut-il qu’un homme soit tombé bas pour se croire heureux ! Je vous plains, et j’estime ma mauvaise humeur plus distinguée que votre béatitude.”

Gustave Flaubert : “Bonheur : as-tu réfléchi combien cet horrible mot a fait couler de larmes ? Sans ce mot-là, on dormirait plus tranquille et l’on vivrait à l’aise”.

Arthur Rimbaud : “Le bonheur est un désastre”.

Michel Houellebecq : “N’ayez pas peur du bonheur ; il n’existe pas”

Eh ben… Voilà de quoi donner raison à Aristote, quand il écrit : “Contrairement à tous les autres biens que l’on recherche en vue d’autre chose, le bonheur est recherché pour lui-même : il est le souverain bien. C’est sur la nature et la définition de ce en quoi il consiste qu’il n’y a pas accord.”

Effectivement, il n’y a pas d’accord sur la nature et la définition, ni sur l’importance et le rôle du bonheur… Mais il y a quand même, me semble-t-il, deux certitudes.

La première certitude, c’est qu’a priori, dans l’absolu, tout le monde préfère le bonheur au malheur ; du moins quand il s’agit de l’éprouver et non d’en causer. Chaque humain s’éveille le matin en souhaitant passer une journée plutôt heureuse, et non en espérant une journée de galères et d’adversités.

La seconde certitude, c’est que chacun sait que la vie est difficile, et que le malheur, les galères et les adversités s’y inviteront, quoi que nous fassions.

Et la conséquence de ces deux certitudes, c’est que le bonheur n’est pas une option mais une nécessité. Il n’est pas un petit plus, un petit luxe, il n’est pas un écran ou un refuge qui nous permettrait d’éviter le malheur, mais il est le carburant de la vie, la source d’énergie qui nous permet de traverser les épreuves. Il n’est pas une naïveté mais une lucidité.

Si, comme le pense Jules Renard, « le bonheur c’est du malheur qui se repose », alors le bonheur c’est ce qui nous permet de mieux affronter les périodes de retour du malheur.

Quand on sait que le bonheur existe, quand on l’a déjà vécu, alors la traversée du malheur sera un peu moins hasardeuse et périlleuse, un peu moins désespérante. Et sera peut-être même féconde.

C’était en tout cas la conviction de Nietzsche : « Quiconque confie au papier ce dont il souffre devient un auteur mélancolique ; mais il devient un auteur sérieux lorsqu’il nous dit ce dont il a souffert, et pourquoi il se trouve à présent dans la joie. »

Ce n’est pas le malheur qui nous rend créatifs et lucides, c’est la traversée du malheur suivie par le retour du bonheur.

Voilà pourquoi la quête du bonheur est une affaire sérieuse : une affaire qui nous permet d’affronter l’adversité et d’en tirer, éventuellement, quelques enseignements…

Christophe André

Illustration : un kangourou au comble du bonheur (par Anu Garg).

---------------------

samedi 15 juin 2024

Claire conscience

 

Image

"Pour savoir si on est sur le bon chemin, l’esprit doit être extrêmement détendu, spacieux mais absolument posé, éveillé et vif. 

La conscience doit être très claire, comme si vous vous éveilliez pour la première fois. 

Mais si vous vous sentez simplement très paisible, dans un état de béatitude où tout est flou, alors ce n’est pas juste et il faut vous en sortir en vous éveillant le plus vite possible. 

L’autre extrême, c’est de s’efforcer d’être parfait, en essayant de voir chaque pensée, en essayant de réussir : la on devient extrêmement tendu. 

Détendez-vous mais soyez très clair."

 

Tenzin Palmo "Trois enseignements" ---------------- 


mardi 9 avril 2024

Gilles Farcet, Qu'est-ce que la transmission spirituelle? (1)

 

Pour écouter l'interview sur RCF, cliquer ici (19 min.)

Image


Gilles Farcet est un écrivain français et enseignant spirituel promoteur d'une spiritualité à la fois inspirée de l'enseignement d'Arnaud Desjardins et de l'énergie de la contre-culture américaine, du Rock et de la Beat Generation. Il a soutenu sa thèse de doctorat sur la Littérature américaine et Thoreau en 1984. De 1984 à 1986, il vit à Montréal où il travaille pour une organisation universitaire internationale et écrit régulièrement des articles de critique littéraire pour la revue Spirale.

De retour en France, il enseigne brièvement à l'université catholique de l'Ouest avant de s’installer à Paris. Producteur à France Culture, il y réalise des émissions sur des thèmes littéraires ou spirituels, notamment dans le cadre des «Chemins de la Connaissance » sous l’égide de Claude Mettra, ou « Une Vie, une Œuvre » sous la direction de Michel Cazenave. Journaliste, il collabore à diverses revues.

Avec Marc de Smedt, il dirige les dossiers Question de littérature, chez Albin Michel, pour lesquels il interviewe longuement des écrivains tels que Lawrence Durrell, Jacques Lacarrière, Allen Ginsberg, Philippe Sollers ou Kenneth White. Il participe à la fondation du magazine Nouvelles Clés auquel il collaborera régulièrement pendant des années.

Il tient aujourd'hui la chronique Ecologie intérieure pour le magazine Kaizen, dans la mouvance de Cyril Dion et Pierre Rabbhi. Éditeur, il fonde à La Table Ronde la collection « Les Chemins de la Sagesse » où il publie notamment Christian Charrière, Eric Edelmann et les premiers livres de Daniel Roumanoff sur Swami Prajnanpad. Il est également pour une période de transition directeur littéraire des Éditions Dervy où il publie notamment Bernard Montaud (La vie et la mort de Gitta Mallasz), Jodorowsky, Denise Desjardins…

Son premier livre, une biographie de l’écrivain et philosophe américain Thoreau paraît en 1986, avec une préface d’Arnaud Desjardins et une postface de Kenneth White. Ce livre sera suivi d’une quinzaine d’ouvrages, publiés chez Albin Michel, Dervy Livres, la Table Ronde, L’originel, le Relié. Il a cosigné deux ouvrages avec Arnaud Desjardins et deux avec Alexandro Jodorowsky. L’homme se lève à l’Ouest, paru en 1992 chez Albin Michel, fera notamment découvrir au public français l’existence de Lee Lozowick dont il traduira par ailleurs plusieurs ouvrages. L’Irrévérence de l’Éveil, publié la même année, révélera Stephen Jourdain.

Au début des années 1990, parallèlement à ses activités d'écrivain, journaliste et traducteur, il commence à s’investir dans l’animation de stages (notamment dans le cadre de Terre du Ciel, ainsi qu’en coanimation avec Marie de Hennezel) et fonde des groupes parisiens inspirés de l’enseignement d’Arnaud Desjardins, groupes qui fonctionnent encore aujourd’hui. En 1996, Arnaud Desjardins lui propose de rejoindre l’équipe de Hauteville, le lieu qu’il a fondé en Ardèche où séjournent chaque semaine pour une retraite une cinquantaine de personnes. Il y consacre l’essentiel de son temps pendant près de onze ans, tout en poursuivant l’animation de groupes parisiens, ainsi que son travail d’écrivain et de traducteur. En 2002 parait Le Manuel de l’Anti-Sagesse, puis en 2004, Allen Ginsberg, poète et Bodhisattva Beat, où l'auteur relate ses rencontres et entretiens avec le grand écrivain américain puis La joie qui avance chancelante le long de la rue en 2017, récit d'entretiens avec un Diogène sauvage passé de l'autre côté du désespoir, Hank alias Henry Warshowsky.

Ces deux livres serviront de base au superbe roman graphique spirituel d'Etienne Appert, Au crépuscule de la Beat Generation, paru en 2023. Deux En septembre 2007, il s'installe à nouveau à Paris où il donne un enseignement sous une forme originale dans la lignée d’Arnaud Desjardins et Swami Prajanpad tout en continuant à écrire. Il continue à intervenir à Hauteville. En 2011, parallèlement aux activités régulières organisées à Paris et à la suite d'une impulsion donnée par Arnaud Desjardins, il anime régulièrement avec son épouse Valérie des séminaires dans le beau village d'Angles sur l'Anglin dans la Vienne, où sa famille possède une maison depuis cinq générations. En 2015, il cesse de résider principalement à Paris pour s'établir en Poitou et y développer son école de transmission spirituelle tout en composant du Rock à vocation spirituelle dans des groupes comme Gestion des restes ou Survie, groupe qui interprète des chansons de Lee Lozowick, enseignant spirituel transgressif et subversif qui a marqué son parcours.

------------------------

mercredi 28 février 2024

Sois sage et vigilant

 

Image

Qui a vu demain ? Qui sait quand retentira soudain l'appel du monde inconnu — un appel auquel nul ne peut jamais dire : "Attends encore un peu, je te prie ?" L'oubli de la mort n'empêche pas la mort de venir, ignorer Shiva ne suffit pas pour échapper à ses mains. Le temps est fugace, le chemin est long et le soir de la vie vient vite. Pourquoi gaspiller les précieux moments en amassant de l'argent et en servant le moi fallacieux et vulnérable, avec le vain prétexte de "service social". 

Commencer ici et maintenant est la ligne de conduite la plus sûre et la plus saine. Le passé est mort et le futur inconnu.

Seul le présent est réel, seul le présent est vivant. Quelqu'un peut-il vivre hier ou vivre demain ? Pour penser au passé ou à l'avenir vous devez inévitablement en faire du présent. Seul le présent est vie et cette vie ne nous appartient pas — nous en sommes seulement les gardiens ; elle appartient à Dieu, et à Dieu elle doit être consacrée.

S'ensuit-il qu'il incombe à tous de fuir foyer et famille pour s'enfoncer dans les bois pour Le trouver ? Pas nécessairement, et ce n'est pas non plus de cela qu'il s'agit. Il s'agit pour l'aspirant de s'adapter à son milieu de telle manière que, au lieu de s'abandonner à des rêveries sur un avenir plus ou moins lointain où il s'adonnera à la contemplation, il prenne le départ maintenant, s'asseyant chaque jour pour méditer et prier avec régularité, faisant du présent le meilleur usage.

Des sceptiques diront peut-être : "Dans les circonstances compliquées d'aujourd'hui, il est impossible de vivre dans le monde et de s'engager en même temps avec sincérité sur le chemin qui conduit à Dieu ou de gravir tous les échelons d'une vie faite de pureté et de perfection spirituelle." C'est là exagérer la difficulté. 

On constate que même dans des circonstances contraires ou peu propices, certains s'assoient régulièrement en état de concentration spirituelle, et s'élèvent très haut dans la divine félicité tandis que d'autres, disposant largement de quoi vivre à l'aise et ayant à portée de la main les moyens indispensables pour mener à bien une ascension spirituelle (pour peu qu'ils en aient le désir), ne s'assoient jamais pour méditer et sont voués dans l'ordre spirituel à une faillite totale.

En réalité, l'excuse de circonstances défavorables pour s'abstenir de s'engager dans le divin sentier est, le plus souvent, un autre prétexte invoqué par l'ego inférieur parce qu'il hait sa soumission au Soi supérieur et s'efforce de s'y soustraire. 

Il y a des conditions tout à fait défavorables à un développement spirituel, je l'admets. Mais n'est-il pas vrai que le moral d'un soldat dans la bataille compte plus que l'équipement dont il est pourvu ? "Vouloir c'est pouvoir", comme dit le vieux proverbe. Le nœud du problème réside dans la fascination qu'exercent les gunas sur les humains, de sorte que le monde et eux ne font qu'un. Qu'il y ait une ardente aspiration et le reste suivra. Le Seigneur ne nous choisit que si nous Le choisissons. Il nous aide à condition que nous sollicitions Son aide.

Ami ! Ce corps humain, malgré sa nature périssable, est, du point de vue de la Sadhana, le bien le plus précieux. Le mépriser foncièrement ou l'utiliser pour son propre contentement est une mauvaise attitude qui témoigne d'une complète incompréhension des choses. Ne le gaspille pas en vaines paroles et bagatelles. Il te donne l'occasion rare de mettre fin à ton exil dans le monde du temps. Ne gaspille pas cette chance précieuse. 

Sois sage et vigilant. Prie et vis. Prends à cœur de commencer ici et maintenant. Pratique assidûment. Médite ton Soi véritable et deviens libre. 

Qu'est-ce donc qui peut te détourner de Dieu ? Rejette toute faiblesse. Pourquoi devrais-tu succomber à tous les caprices du monde ? Pourquoi remettre à un avenir lointain l'approche du libérateur suprême alors qu'Il est présent en toi ? Éveille-toi et va de l'avant. Et ne t'arrête pas tant que le But n'est pas atteint.

~ Chandra Swami 

L'art de la réalisation (1985)

------------------------------------

lundi 12 février 2024

Dépasser l'égo

 

Image

16 octobre 1959

Swamiji : Prenez un autre exemple. Vous dites " j'avance ". Est-ce que réellement vous avancez ? Svâmiji vous répond : " Non, vous n'avancez pas malgré les apparences." 

Avancer est une réaction... réaction de quelle action ? Essayez de répondre... 

de l'action de pousser le sol vers l'arrière. On ne monte pas un escalier, on ne fait que pousser les marches vers l'arrière. On n'atteint pas le Soi, on dépasse l'ego. Comment ? C'est ce que nous verrons la prochaine fois.

Extrait de Candide aux pays des Gourous de Daniel Roumanoff. Éd. Dervy 

-----------------------

dimanche 11 février 2024

Svâmi Prajnânpad, "Six portes vers le présent"

Ecrit par Sabine Dewulf

Ce week-end, j'ai le grand plaisir de vous présenter ce nouveau livre des éditions dirigées par Jean-Louis Accarias dont je viens d'achever la lecture : Svâmi Prajnânpad, "Six portes vers le présent – Entretiens avec Daniel Roumanoff", Traduction et mise en forme de Colette Roumanoff,  ACCARIAS / L’ORIGINEL, 2024.

Image

Svâmi Prajnânpad est l’un des grands maîtres spirituels de l’Inde. Aussi un livre portant sur ses enseignements est-il toujours bienvenu et précieux. Mais celui-ci est d’autant plus important qu’il correspond aux seuls entretiens que Daniel Roumanoff, l’un de ses élèves français, ait enregistrés. Nous tenons donc entre nos mains un document d’un intérêt exceptionnel.
Ces portes vers le présent sont six conversations qui se sont déroulées en 1972, avant et après une troisième (et dernière) série de lyings auprès de Svâmiji. Elles sont précédées d’un avant-propos de Colette Roumanoff, qui replace ces entretiens dans leurs différents contextes, du plus restreint au plus large, et d’une introduction rédigée par Daniel Roumanoff lui-même en 1986, en réponse à des critiques formulées par deux philosophes après la soutenance de sa thèse, laquelle portait sur l’enseignement de Svâmi Prajnânpad.
Chaque dialogue est présenté par un petit texte de Colette Roumanoff qui récapitule très utilement les différents thèmes qui y sont abordés. Le livre se conclut par sa postface qui, elle-même, s’achève par cette phrase importante : « C’est le travail de toute une vie et un nouveau travail pour chaque journée. »
Les paroles du maître se caractérisent par une grande brièveté et sont dépourvues de liens logiques. Cet enseignement toujours vivant (très précisément adapté à l'élève) est dispensé par touches successives, juxtaposées, régulièrement entrecoupées d’une histoire notée en caractères italiques (une sorte de fable ou une anecdote vécue par le maître) et destinée à illustrer le propos d’une manière à la fois imagée et concrète. En effet, Svâmi Prajnânpad cherche à entrer peu à peu dans le détail de ce qui lui est exposé en épousant de près le mouvement que prend l’entretien. Tour à tour, il répond et interroge, dans un esprit socratique.
En début de réponse, la répétition d'une formule de Daniel Roumanoff ou encore un « Oui » interviennent souvent. Ce OUI est au fondement d'un enseignement qui consiste, pour l’essentiel, à accueillir le réel tel qu’il se présente - ou encore « la nature ». Cependant, dans le discours du maître, les nuances sont constamment à l’œuvre, à l’image exacte des nuances dont est faite la complexité des situations. Ainsi le non et le oui demandent-ils à coexister : « Non également dans la vie professionnelle. Mais oui relativement dans une certaine mesure. »
Il est intéressant aussi de suivre le cheminement de l’apprenti disciple dans ces entretiens. Daniel Roumanoff fait ainsi part de ses découvertes et de ses tentatives, de ses échecs momentanés également, qu'il s'agisse de sa vie de couple, de père de famille ou de ses activités professionnelles. Le dialogue restitue le mouvement dans lequel cette quête s’accomplit, avec ses ébauches et ses réussites, et tout le recommencement que supposent certaines étapes : « D. Comme il y a eu tant d’années de refoulement, des émotions peuvent encore être réprimées. / S. Oh ! Oui. […] Et vous verrez que la durée de l’expression de l’émotion va se raccourcir de plus en plus. »
A ces six portes correspondent six grandes thématiques, que je reformulerai ainsi :
1. Le rôle du ressenti dans les relations effectives.
2. L’action véritable, dégagée des obligations et de la division intérieure.
3. La manière dont il convient de se situer par rapport aux émotions.
4. Les critères concrets d’une action authentique.
5. L’organisation de la vie pratique au quotidien.
6. L’importance de l’attention consciente pour vivre le présent.
Et pour terminer, voici mon florilège de citations de Svâmi Prajnânpad, dans ce livre :
« Une super personne est celle qui ne fait que donner. Il n’y a plus que le don. »
« En fait, toutes les relations naissent du vécu des relations de l’enfance. Et ce sentiment se prolonge dans la vie en société. »
« La nature n’a pas été autorisée à faire son travail. Dans le lying, que fait-on ? On permet à la nature de travailler. Dans ce processus, la cause et l’effet sont présents. Cette loi de la cause et de l’effet est généralement niée dans la vie consciente. »
« Dans la vie sociale, la règle fondamentale ou le fondement est de donner et de recevoir. Pas prendre d’abord et donner ensuite. Voyez toujours comme fonctionne la nature. »
« Allez à la racine fondamentale : « Pourquoi cette émotion ? » L’émotion n’apparaît que lorsque je ne vois pas une chose telle qu’elle est, mais que je la prends pour quelque chose d’autre. »
« Vous ne devez pas faire de suppositions. »
« Mais voyez, l’émotion vient, vient. Et quand elle s’apaise, la compréhension vient. Et quand la compréhension vient, l’émotion s’en va. »
« Répéter… répéter… répéter… en ne tenant aucun compte du temps… en ne tenant aucun compte du nombre de fois. »
« Aujourd’hui ne s’arrête jamais. »
« Tout est si simple et si facile mais le mental rend tout complexe. »
« Il faut être strict et non pas sévère. »
« […] essayez toujours d’être sincère envers vous-même et vous ne pourrez qu’être sincère envers l’autre. »
« Vous devez voir. Vous devez questionner et prenez chaque point.»
« Avant d’agir, il faut sentir. Sentir d’abord, puis décider, ensuite agir. Mais ce sentiment doit être un sentiment et non pas une identification émotionnelle. »
« Je suis ce que je suis, sans aucune référence à personne d’autre. »
« Si vous n’êtes pas conscient, vous ne pouvez rien connaître. C’est le point essentiel. »
« Accomplissez le présent pleinement et alors la croissance est inévitable. Sinon cette croissance apparente sera fausse. »
« L’indépendance vraie, c’est l’auto-dépendance. »
« Vous ne pouvez pas vous fermer, mettre un mur entre vous et la société. »
« Tant qu’il n’y a pas d’expérience et de contact direct, on ne peut pas dire ce que c’est. »

---------------------------

mardi 23 janvier 2024

Une voix crie dans le désert (extrait du "carnet")


Image

Un enseignant de haut calibre se livre à une mise au point très précise en présence de toute une communauté d’élèves.  

Au sortir de cette intervention, j’entends diverses conversations mécaniques au cours desquelles les personnes « pensent » et réagissent de concert, se justifient suite à ce qui en eux a été mis en cause dans le seul but de se rééquilibrer en surface, manifestant exactement le comportement vis à vis duquel l’enseignant vient de nous mettre en garde … 

L’une des difficultés objectives de la transmission, c’est que l’invitation fervente à une pratique plus sérieuse et exigeante ne touche que les convaincus :  celles et ceux qui, soit sont déjà dans une pratique consistante et vont ainsi s’en trouver stimulés, soit celles et ceux qui sont tout au bord et à qui il ne faut qu’un petit coup de pouce, un rappel, pour passer une vitesse. 

Sans doute n’est ce déjà pas mal. 

Mais quant à ceux qui en sont encore loin, ils ne l’entendent tout simplement pas, 

Toute une part du « job » de l’enseignant(e) consiste à crier dans le désert, confiant que, quelque part, sa voix rejoindra quelque bédouin en marche entre les dunes  …

Gilles Farcet

------------------

vendredi 12 janvier 2024

Six portes vers le présent

Merci à Colette Roumanoff (et à Jean-Louis Accarias) de nous permettre d'accéder à l'enseignement de Swami Prajnanpad avec six entretiens entre Daniel et Swamiji

Image

Quatrième de couverture :

 Daniel Roumanoff a suivi Svâmi Prajnânpad dès 1959 et l’a fait connaître par de nombreuses publications. Colette Roumanoff nous livre ici un document inédit, l’intégrale de six entretiens enregistrés en 1972. C’est un témoignage pratique, applicable au quotidien, auquel le lecteur pourra s’identifier pour agir, comprendre ses motivations, rétablir son unité intérieure, développer des relations fécondes, faire de ses désirs un chemin vers l’unité.

La voie de Svâmi Prajnânpad est une voie de découverte personnelle inséparable du quotidien. Questionner ses croyances, ses désirs, son savoir-faire, goûter et ressentir la richesse de ses sensations, de ses impressions, de ses satisfactions, de ses dépits et frustrations, permet de grandir et de s’accomplir. Le système est rigoureux, pourtant il ouvre des portes : « Tout est différent, et tout est relié ». On passe ainsi naturellement du matérialisme à la spiritualité : « Tout est Un, tout est neutre. »

A travers ce dialogue entre le sage et le disciple, le lecteur est invité à revisiter son espace intérieur et son rapport au monde. Chacun de ces six entretiens montre comment dénouer ses croyances, se défaire des obligations que l’on s’impose, pour découvrir la source de ce qui nous fait vivre. En se déliant des pesanteurs mémorielles et émotives, des conflits internes, de la répression des désirs incompris, on peut faire du Présent, ici et maintenant, une porte vers le Soi.

**************

Le chemin peut se résumer en trois mots : 
- Différence, changement, action-réaction 
ou
- Voir, sentir, agir.

En deux mots :
- Non-séparation
ou
- Non-dualité.

En un mot : 
- OUI.

*************

vendredi 29 décembre 2023

La relation Maître-disciple


Entretien avec Gilles Farcet - #1 La rencontre d’un disciple avec son maître

Dans le cadre du 50e anniversaire de notre revue (Acropolis), après Antoine Faivre, nous publions l’entretien réalisé avec Gilles Farcet (1) sur la relation de maître à disciple.

Ce premier extrait raconte sa recherche d’un maître.

Revue Acropolis : Vous parlez souvent dans vos écrits de la relation maître-disciple. Pouvez­ vous nous expliquer ce qui dans votre vie vous a amené à réfléchir et à mettre l’accent sur cette relation ?

Image

Gilles FARCET : Tout d’abord la conscience très claire que, pour progresser, pour croître dans quelque domaine que ce soit, profane ou sacré, humain ou spirituel (les deux étant d’ailleurs à mon sens inséparables) il faut apprendre. Je suis très étonné de constater que beaucoup prétendent aujourd’hui se passer de maître dans le domaine spirituel, alors même que chacun s’accorde à reconnaître la nécessité d’un apprentissage rigoureux dans les autres sphères de l’existence. Si je désire jouer correctement du piano – sans parler d’être un virtuose – il me faudra prendre des cours, m’initier au solfège, m’ouvrir à certaines influences. Je devrai choisir un professeur et ne pas en changer tous les quinze jours.

Tout le monde juge normal et même indispensable qu’un futur médecin aille à l’université et suive des stages à l’hôpital. J’avoue donc être surpris de voir cette nécessité d’une formation sérieuse si peu reconnue aujourd’hui parmi ceux et celles qui disent s’intéresser à « la spiritualité ». Beaucoup « picorent » un peu partout, suivent un stage, puis un autre… Or, je crois que si l’on veut véritablement approfondir il faut, non pas être fermé et ne plus jurer que par une personne hors de laquelle on ne voit point de salut, mais du moins s’exposer de façon durable à une influence, à une « école » – pour reprendre un terme cher à Georges Gurdjieff (2) –, quitte ensuite à pouvoir d’autant mieux s’ouvrir et se montrer disponible.

Donc, pour répondre de manière plus personnelle à votre question, mon intérêt pour le rapport maître­disciple vient de ce que j’ai eu assez tôt conscience de la nécessité de cette relation pour un travail spirituel digne de ce nom. Je ne vais pas vous raconter ma vie, mais disons qu’à l’âge de vingt-trois ans, après avoir beaucoup pratiqué certaines techniques de méditation, fait de nombreuses et longues retraites, je me suis rendu compte de l’omniprésence de cette relation maître-disciple dans toutes les traditions. Qu’il s’agisse de la tradition hindoue, de la tradition bouddhiste, du soufisme, du christianisme des premiers temps et même de la tradition philosophique occidentale, celle de Socrate et Platon, on retrouve toujours et partout cette relation du maître et du disciple. Elle est d’ailleurs source de très belles histoires, vraies ou symboliques, et porteuses de vérités profondes. Par conséquent, je ne pouvais pas prétendre être un génie spirituel capable de tout découvrir par lui­même. Non que les génies spirituels n’existent pas : Ramana Maharshi l’un des grands sages hindous du début de ce siècle, s’est éveillé « spontanément » à l’âge de dix-sept ans, sans avoir suivi d’enseignement. Mais quand on s’engage sur un chemin, on ne saurait partir du principe que l’on est un génie et un nouveau Maharshi… Si l’on aspire à bien jouer du piano et à composer, mieux vaut commencer tôt à prendre des cours plutôt que de se prendre d’emblée pour Mozart.

Revue A. : Pouvez-vous nous parler un peu de votre itinéraire ?

Image

G.F. : Oui, mais à condition de préciser que cet itinéraire n’a rien d’exemplaire ou d’exceptionnel. Il se trouve que l’on m’interroge parce que j’écris des livres et que j’ai effectué quelques activités publiques. Mais il y a, ne serait-ce qu’en France, des personnes bien plus avancées que moi et qui pourraient parler avec davantage d’expérience et de perspective de la relation maître-disciple. Sans doute n’est-ce ni leur fonction ni leur désir. Ceci précisé et puisque je suis distribué dans le rôle du « parleur », allons-y.

Il m’est très tôt apparu – aux alentours de mes vingt ans – que quoique très intéressé par le bouddhisme, l’hindouisme et les spiritualités orientales en général, je me devais de rencontrer un maître occidental. Je me suis toujours senti d’Occident, appelé à une relative insertion dans le monde tel qu’il était, pour le meilleur et pour le pire ; je n’ai jamais durablement cru que ma vocation était de me retirer, d’aller vivre en Orient ou de mener une vie contemplative dans le sens précis de ce terme, c’est-à-dire accorder la priorité à la méditation plutôt qu’à l’action. J’aspirais à une spiritualité dépouillée de tous les exotismes, de tout le côté rituel ; en outre, il était pour moi très important de pouvoir entretenir cette relation avec un être humain bien sûr enraciné dans l’expérience spirituelle mais en même temps passé par les tribulations d’un Occidental moyen.

Comment dire ? Je voulais être guidé par quelqu’un dont les références culturelles au quotidien seraient essentiellement les miennes : quelqu’un à qui la nécessité de payer un loyer et des notes de téléphone ne serait pas étrangère, quelqu’un ayant eu une famille, ayant vécu et travaillé non dans un ashram en Inde, mais à Paris ou New York.

Ceci me paraissait très important, justement parce que la sagesse, si elle existait, devait être possible partout et non dépendante d’une culture ou d’un contexte particulier.

Cela n’enlève rien à la grandeur des cultures traditionnelles ni au fait que certains environnements semblent bien plus propices à la recherche intérieure. Reste que jamais je n’ai voulu rejeter mon héritage, ni même cette civilisation, malade sans doute, folle à bien des égards et cependant très propice à la recherche, du fait de sa folie même…

---------

Principaux ouvrages de Gilles Farcet

• Arnaud Desjardins ou l’aventure de la sagesse, 1987, Éditions La Table Ronde ; réédition en poche chez Albin Michel en 1992 et à la Table Ronde en 2014

• L’Homme se lève à l’Ouest, Éditions Albin Michel, 1992 ; traduit en espagnol

• La ferveur du quotidien, Éditions L’Originel, 1993

• Regards sages sur un monde fou, avec Arnaud Desjardins, Éditions La Table Ronde, 1997 ; traduction en espagnol

• Manuel de l’anti-sagesse, traité de l’échec sur la voie spirituelle, Éditions du Relié, 2002, traduit en espagnol et en anglais

• La Transmission selon Arnaud Desjardins, 25 ans d’échanges avec un ami spirituel, Éditions du Relié, 2009

• Le défi d’être, entretiens avec Gilles Farcet, de Denis Desjardins et Gilles Farcet, Éditions Dervy, 2017

• Une boussole dans le brouillard, Éditions du Relié, 2019

• Le choix d’être heureux, Éditions Entremises, 2021

• La Réalité est un Concept à Géométrie variable, Éditions Charles Antoni-L’Originel, 2022

Et bien d ‘autres encore…


Participation de Gilles Farcet dans des films

• Sur la route avec Mr Lee, de François Fronty, 1995, Alizé diffusion.

• Stephen Jourdain, La Folle Sagesse, de Carole Marquand, avec Gilles Farcet et Denise Desjardins, 2006, Alizé diffusion.

• Denise Desjardins, de la révolte au lâcher prise, un film de Guillaume Darcq, 2008, Alizé diffusion

• La Frontière intérieure, Gilles Farcet, Images d’un parcours, de Guillaume Darcq, 2013, Alizé diffusion


Propos recueillis par Laura Winckler - Cofondatrice de Nouvelle Acropole en France

Gilles Farcet, écrivain, journaliste, producteur à France Culture, animateur de stages, a également collaboré à diverses revues et a fondé à La Table Ronde la collection « Les Chemins de la Sagesse ». Il est l’auteur d’une quinzaine d’ouvrages et a travaillé aux côtés d’Arnaud Desjardins, qu’il a considéré comme son maître. Il se consacre, dans ses écrits comme dans sa vie, à une meilleure compréhension de la relation maître à disciple, située au cœur de toutes les traditions spirituelles.

----------

mardi 26 décembre 2023

Une lignée vivante

 Première partie qui aborde la lignée vivante de swami Prajnanpad.

On y retrouve les personnes qui ont accompagné Arnaud Desjardins...


-----

jeudi 21 décembre 2023

Partage de connaissance

 — Zen, Yoga, Taï-Chi-Chuan, Aïkido —

Il ne s'agit pas d'enseigner un savoir-faire ; il s'agit de partager sa connaissance.

C'est pourquoi je refuse absolument d'enseigner la voie tracée par Graf Dürckheim à distance par un réseau informatique. Pourquoi ? Parce que dans le face-à-face à distance que permettent les écrans il est impossible de se donner la main ... !

Est-ce vraiment raisonnable ? Ce qui ne serait pas raisonnable est d'imaginer ou de penser qu'à l'occasion de ce contact fictif, virtuel, que permet ce qu'on appelle le progrès dans le domaine de la communication, nous faisons l'expérience d'une rencontre réelle de personne à personne.

L’image de ces deux mains qui se donnent concrètement réanime un souvenir à la fois affligeant et stimulant.

Rütte 1969 — J'entre dans le bureau de Graf Dürckheim. Ce doit être notre troisième rencontre. Il se lève et tend la main. Nous nous donnons la main. Aussitôt ma main en contact avec la sienne, il me dit : « Jacques, ne bougez pas ! Sentez ce qu'on désigne par l'expression se donner la main. Vous sentez ? On pourrait mettre un œuf de pigeon entre votre main et la mienne. Ce qui signifie que vous manquez de contact ; vous manquez de contact humain ».

Tout en maintenant ma main dans la sienne, Graf Dürckheim m'a invité à métamorphoser ce geste, à le libérer de ce qui entravait le contact humain souhaité.

« Voilà ! Vous sentez la différence ? La main n'est pas quelque chose ; la main, c'est l'homme dans sa globalité et son unité. La main, c'est l'homme qui donne, c'est l'homme qui reçoit. Dans le travail que nous allons entreprendre et qui a pour sens l'éveil de l'homme à sa vraie nature, passer de l'idée que "l'homme A un corps, à l'expérience du corps que l'homme EST" ("Leib" dans la la langue allemande) est inéluctable ».

Je n'ai pas pris cette remarque — vous manquez de contact humain, — comme étant un jugement mais comme étant l'implacable diagnostic d'une manière d'être au monde qu'il est possible d'engager dans un processus de transformation.

C'est en contact avec le maître qui propose un chemin d'expérience et d'exercice que j'ai non pas compris mais fait l'expérience sensible, phénoménale du corps que l'homme EST. Leib, le corps vivant, n'est pas la somme des objets qui le composent, parmi lesquels : la main. Leib, le corps-vivant que nous sommes, est l'ensemble des gestes à travers lesquels chacun se présente, devient celui qu'il est au fond ou se manque.

Une telle expérience serait-elle possible lors d'un échange avec le maître par Face Time ou Skype ?

De l'expérience à l'exercice ; de l'exercice à l'expérience !

"Ne tirez pas, laissez cela tirer ... ".

Dans les années 1970 Graf Dürckheim m'a invité à proposer, aux personnes qui séjournaient à Rütte, les quelques exercices qui sont la base de l'Aïkido et les bases du Karaté Shotokan. Je pourrais comparer ces exercices au travail de la barre auquel se soumet tout danseur et toute danseuse dans le domaine de la danse classique. La condition que m’avait imposé Graf Dürckheim était de ne pas enseigner un savoir-faire mais de partager ma connaissance acquise grâce à des années d'entrainement dans ces voies tout à la fois artistiques, artisanales et martiales.

Image

En parallèle, j'ai commencé la pratique du Kyudo, le tir à l'arc traditionnel. Entre les stages dirigés par le Maître Satoshi Sagino s'impose l'entrainement quotidien qui consiste à renouveler deux tirs chaque matin.

Le tir étant un rituel composé d'une séquence de huit gestes qui permettent d'encocher la flèche pour ensuite la décocher.

Lorsqu'on pratique le Kyudo, il est fréquent d'entendre ce rappel prononcé par le Maître de l'art : « Ne tirez pas, laissez cela tirer ! ». Injonction agaçante (si je ne tire pas, l'arc ne va pas le faire pour moi).

Injonction irritante, exaspérante et en même temps provoquante.

"Ne tirez pas, laissez cela tirer ... !".

Participant à un stage de Kyudo, je m'apprête à exercer un tir. Maître Sagino s'approche et prend l'arc en posant ses mains sous les miennes. Expérience inattendue : un tir à quatre mains ! C'est dans ce face-à-face - qui ressemble à celui d'un couple qui valse - que la séquence des gestes est engagée. D'une telle manière qu'il m'est difficile de dire lequel des deux partenaires conduit l'autre ou le suit ?

Etrange sensation de parfaite unité. Comment conceptualiser ce que j'éprouve ?

Le concept contact s'impose. C'est autre chose qu'un effleurement, une proximité ou un rapprochement.

C'est ce non-deux que je sens et ressens lorsque je pratique zazen et que je sens que je inspire. Non, si je conceptualise au plus près ce que je sens, il me faut écrire JEINSPIRE en un mot, parce qu'il n'y a ni distance ni écart de temps entre ce que je nomme "Je" et ce que je nomme "Inspire".

De même, à l'occasion de ce tir à quatre mains, l'action conciliée à celle du maître de la technique me libère de l'ego qui habituellement fait les choses et pense que s'il ne les fait pas, rien ne peut se faire. Et voilà qu'à mon insu ... Cela a tiré ! Maître Sagino s'est éloigné, sans rien dire, me laissant digérer ce que je venais d'avaler et qui doucement entreprenait la transformation si souvent souhaitée : un grand calme intérieur, une manière d'être en ordre inaccoutumée et en contact avec tout ce qu'il est possible d'approcher grâce aux cinq sens.

Les tirs suivants, à deux mains, me semblaient absolument différents ! L'union avec le maître devenait l'union avec la technique. Une telle expérience serait-elle possible lors d'un échange avec le maître de la technique, le maître de l'art, par Face Time ou Skype ?

Je vous suis reconnaissant de ne pas attendre de ma part un enseignement ... à distance.

Je me réjouis de bientôt avoir la chance de vous donner la main.


Jacques Castermane


---------------


mardi 21 novembre 2023

"Demande sincère et demande de bonne foi sur la voie"


"Ne dites jamais rien à personne sauf si la personne vous le demande et vous le demande de bonne foi …" Swami Prajnanpad

Image

Un des défis et non des moindres posé par l’exercice du LDI (lien à durée indéterminée) en tant qu’instructeur consiste précisément à entendre ce que la personne demande et demande de bonne foi, au delà de ce qu’elle parait demander ou demande explicitement. 

Pas facile … 

D’abord, ne pas confondre sincérité et bonne foi. 

Tout le monde, sauf rare exception, est sincère, la question n’est pas là. 

Si la sincérité suffisait à authentiquement pratiquer la voie, cela se saurait et surtout se verrait …

 Ainsi, certains demandent sincèrement et pourtant, sans en être conscient, ne veulent surtout pas que l’on accède à leur demande. Ou ils ne se rendent pas du tout compte de ce qu’ils demandent et de ce que cela implique, ce qui revient au même. Il s’agit donc de ne pas juste les prendre au mot en se fiant à leur bonne mine. 

Dans mes débuts en tant que transmetteur de la voie (heureusement dans un contexte d’ensemble où j’étais encadré par des enseignants bien plus aguerris et mûrs que moi) je considérais que quasiment toute personne venue séjourner en ce lieu où nous officions était animée d’une demande du même ordre que celle qui m’avait moi même tout jeune encore conduit à frapper à la porte du Bost (le premier ashram d’Arnaud Desjardins). 

C’est peu dire que ma naïveté était abyssale. Cela donna lieu en son temps à plus d’un malentendu et autres échanges qui tournaient vite au vinaigre, sachant que si l’ego se délecte à prétendre, notamment spirituellement, il ne redoute rien tant qu’une intervention propre à exposer sa prétention … A moins que derrière la prétention il y ait une demande de bonne foi, ce qui est loin d’être toujours le cas. 

Mes « interventions » pouvaient donc souvent s’avérer dans les faits inappropriées même si le « diagnostic » posé était presque toujours juste. 

J’ai mis longtemps à émerger de cette naiveté qui participait aussi, au final, d’une manière de prétention chez moi. Qui étais je, qui suis je pour dire à quelqu’un ce qu’il ne veut surtout pas entendre - même s’il le prétend-   montrer à quelqu’un ce qu’il ne veut surtout pas voir ? 

Aujourd’hui, et d’autant plus dans le contexte serré et continu du LDI, je veille à faire très attention, me montre souvent très précautionneux. Je m’efforce de capter le contexte intérieur de la personne et aussi le contexte extérieur, le moment, les circonstances. Ce qui peut être abordé à un moment donné ne pourra pas l’être utilement à un autre moment. Bref, je fais mon possible pour être à l’écoute de la demande réelle, la demande de bonne foi. 

Reste que, souvent, l’exercice du LDI consiste quand même à dire à quelqu’un, même si la demande de bonne foi est là, ce qu’il ou elle paradoxalement redoute qu’on lui dise…

Ne pas confondre non plus la bonne foi avec l’absence de résistance comme je le sais fort bien d’après ma propre expérience en tant qu’élève, moi qui par moments ait considérablement résisté tout en demeurant autant que je puisse l’appréhender toujours de bonne foi. 

D’où le côté ingrat de la chose qui peut parfois amener à se poser la question : pourquoi diable s’échiner à dire à quelqu’un ce qu’il ou elle ne veut pas . (  L’Evangile :  « quand tu étais jeune , tu mettais toi même ta ceinture et tu allais où tu voulais ; quand tu seras vieux (c’est à dire plus mûr) un autre te mettra ta ceinture et te mènera là où tu ne voudras pas »)

Image

Pourquoi se donner tant de mal à mener quelqu’un là où il ne veut pas, où plutôt si la demande de bonne foi est bien là, là où son être essentiel veut aller mais où sa personnalité de surface ne veut pas aller et de ce fait freine des quatre fers ? 

C’est fatiguant, exigeant, parfois pénible humainement, cela mobilise une énergie considérable et des trésors d’habileté… 

Il arrive que me vienne la pensée fugace : « mais qu’est ce que je suis en train de faire ? Pourquoi est ce que je me fourre dans ce guêpier ? Pourquoi est ce que je fais tout pour qu’une personne se mette à m’en vouloir et commence à me regarder d’un œil nettement moins ravi ? Pourquoi est ce que je chante pas pour mon souper comme on dit en anglais (sing for your supper), pourquoi est ce que je n’anime pas des séminaires où je prêcherais le dharma de manière générale à un auditoire enchanté de mon éloquence ? Ce serait même sans doute encore mieux si je disais à chacun qu’il ou elle est déjà « éveillé » , qu’il n’y a rien à faire , rien à chercher et que nous sommes tous au top,  comme c’est cool, merci de bien laisser votre donation ou participation en chèque ou espèces … »

Et, en vérité, je sais parfaitement pourquoi et au nom de quoi, de qui, au service de quoi je persiste dans l’exercice du LDI. Et j’en suis parfaitement heureux. Alors …

Gilles Farcet

-*-*-*-*-*-