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mercredi 20 août 2025

Ombre dansante

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Et je l'aimais comme j'aime ce son
Au creux duquel rajeunirait le monde,
Ce son qui réunit quand les mots divisent,
Ce beau commencement quand tout finit.
Syllabe brève puis syllabe longue,
Hésitation de l'iambe, qui voudrait
Franchir le pas du souffle qui espère
Et accéder à ce qui signifie.
Telle cette lumière dans l'esprit
Qui brille quand on quitte, de nuit, sa chambre,
Une lampe cachée contre son cœur,
Pour retrouver une autre ombre dansante.
Yves Bonnefoy - Les planches courbes
Poésie/Gallimard

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dimanche 15 juin 2025

À tous ceux qui nous veulent du bien

Face à toutes les injonctions paradoxales ou contradictoires du quotidien, il y a parfois de quoi perdre son latin. Cette chronique salutaire nous invite à renouer avec le bon sens et à nous faire confiance. Par Nicole Prieur

 Je n’ai pas encore eu l’occasion d’aller vérifier si l’enfer était effectivement pavé de bonnes intentions, mais ici sur terre – qui par certains aspects nous donne un aperçu de ce que pourrait être l’enfer – nous sommes gâtés ! Les conseilleurs de tout bord foisonnent. Tant de personnes, que nous ne connaissons pas, à qui nous n’avons rien demandé, nous veulent du bien et souhaitent notre bonheur.

Chaque expert autodésigné, chaque influenceur nous délivre sa recette miracle pour « rester zen » dans un monde en furie, nous accompagne dans notre développement personnel en nous guidant tellement bien que nous n’aurons plus à nous prendre la tête, c’est-à-dire à penser. À les croire, rien n’est plus simple… Chacun y va de sa recommandation, les promesses pullulent sur les réseaux sociaux, levez le bras, buvez ceci, mangez cela, votre vie en sera transformée ; vos angoisses les plus ancrées, vos freins les plus inconscients s’effaceront dans un claquement de doigts. On se demande pourquoi la santé mentale de nos contemporains est si mal en point.

Savons-nous encore penser ?

Dans la même veine, les modes éducatives se succèdent en s’opposant, évidemment. Après avoir dû, pour ne pas être considéré comme des parents indignes, appliquer les règles de l’éducation positive, plus ou moins bien transmises et comprises, voilà qu’on accuse les mères et les pères d’être trop laxistes. Dorénavant il faut punir, appliquer le time out… Combien de femmes et d’hommes ai-je reçus en consultation, culpabilisés, perdus : « On fait comme on nous dit de faire et ça ne marche pas ! »

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Mais où est donc passé le bon sens, c’est-à-dire la réflexion qui permet d’analyser, de questionner ? À l’affût de la bonne méthode, savons-nous encore penser ? Nous voulons des réponses immédiates, des solutions magiques, réductrices, pour en finir rapidement avec ce qui nous trouble. Et nous nous enfonçons encore davantage. À force de tout simplifier à outrance, de croire qu’il suffit de peu pour exclure le négatif, nous ne nous donnons pas les moyens d’agir. Albert Camus nous le rappelle : « Il n’y a pas de soleil sans ombre, et il faut connaître la nuit. »

L’autorité, ce n’est pas être autoritaire

La lumière, les perspectives n’adviennent que si on ose sortir d’une conception dualiste, des oppositions stériles, sur le mode « ou-ou ». Avoir le courage d’aborder la complexité humaine, c’est se donner les moyens d’accéder à nos ressources, nos capacités de résilience là où l’espoir semblait perdu. Penser les contraires dans leur complémentarité, c’est agir avec la souplesse nécessaire au respect du réel.

Dans la relation parentale, par exemple, il faudra un jour interdire, un autre « négocier », voire « céder », selon les circonstances, en tenant compte de multiples facteurs que seuls les parents sont capables de discerner. Redonnons aux mères et aux pères leur juste place : ce sont eux les véritables experts ! Ils le seront d’autant mieux s’ils gardent leur liberté, agissent avec discernement.

L’autorité, ce n’est pas être autoritaire, elle ne s’affirme pas avec ou tel ou tel geste, mais il s’agit bien plus d’une attitude. Auctoritas vient du verbe augeo, qui signifie « faire naître, augmenter, produire à l’existence ». Il s’agit de faire advenir notre enfant à ce qu’il y a de meilleur en lui et cela s’invente à chaque instant. Éduquer, n’est-ce pas avant tout préserver l’espoir d’un monde plus juste… qui reste à créer.

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dimanche 28 juillet 2024

Au cœur de l'ombre

  Quand nos ombres se lâchent et s'embrassent…

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rosier Sainte Thérèse

Le soleil
Ne sait rien de l'ombre.
E. Guillevic
(Du domaine, p.108, Poésie/Gallimard)

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lundi 1 juillet 2024

Ce que nous ne sommes pas...

 

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Profitons de ce jour de repos pour essayer de nous définir.

Comment ça ?

Nous ne pouvons nous connaître que pour ce que nous ne sommes pas.

1. Le cheval court comme un fou, mais il ne peut pas échapper à sa queue.

L'ego ne peut pas être éliminé, mais oui, il peut être apprivoisé.

2. Nous sommes en train de naître, nous vivons, nous mourons, tout ça en même temps.

3. Quand on le raconte, le temps devient la prison.

Les montres sont complices de ceux qui nous asservissent.

4. Nous sommes ce que nous croyons être, nous sommes ce que nous aimons, nous sommes ce que nous pouvons faire. Et pour être ça, nous devons avoir un but dans la vie.

5. Un arbre est vraiment un arbre quand il y a des oiseaux qui chantent entre ses branches.

Mais un arbre n'est pas un arbre s'il n'a personne pour chanter.

6. Cherche ton vrai visage dans le cœur des autres, où entre les battements de cœur et le sang, un miroir brille.

7. Nous pouvons perdre de nombreuses années à élargir l'ombre des petites choses.

Je le répète, nous ne nous connaissons que pour ce que nous ne sommes pas.

En vérité, être c'est ne rien être.

C'est merveilleux de chanter parmi les branches de notre arbre généalogique.

Nous ne sommes pas un, nous sommes tous.

Si tu n'es pas d'accord avec moi, je suis d'accord avec toi. Aussi, j'ai un espoir dans mon cœur.

Alexandre Jodorowsky

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dimanche 23 juin 2024

Ombre et lumière

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Mordom. Il s’appelait Mordom. Il était terrible. En tout cas je l’imaginais tel. Quoi qu’il eût le pouvoir de se rendre invisible (je ne l’avais jamais vu et chacun n’en parlait que pour dire son absence), il ne semblait pas appartenir à la galaxie des super-héros. J’avais épluché bien des comics, espéré tomber sur une page où il serait vaincu par Superman ou terrassé par Spiderman…

Mais pour cela, encore fallait-il offrir prise. Apparaître. Or, de Mordom, nous ne connaissions que le nom. Et cela suffisait à susciter l’effroi. Peut-être ce nom n’était-il qu’une variante, à partir de la première syllabe, de cet autre ennemi invisible, et par-là invincible, ce professeur Moriarty que jamais Watson ne verra et que Sherlock Holmes n’affronte physiquement qu’une seule fois, et encore, le jour de sa mort…

Mordom a-t-il un corps ? A-t-il toutes ses dents ? De quelle couleur sont ses cheveux ? N’est-il pas le diable lui-même, dont les noms mystérieux suffisent à inspirer la crainte : Satan, Lucifer, Belzébuth, Béelzéboul, Légion… ? À mesure que je grandissais, celui que j’imaginais comme une grosse brute au visage sombre devenait plus diaphane. Bien plus tard, je reconnus l’impression que me laissait Mordom dans les figures évanescentes et non moins terrifiantes que l’on trouve des nouvelles de Lovecraft. Il y a Cthulhu, évidemment, l’affreuse créature tentaculaire. Il y a surtout Nyarlathotep, démon à l’identité flottante, ombre qui plane, monstre dont la forme est celle que lui donnera votre propre angoisse…

Relativiser l’épreuve

Un jour, j’ai compris. J’ai compris que quand les adultes rencontrent une épreuve, ils éprouvent le besoin de la mettre en perspective, de la replacer dans un champ plus large. Bref de la relativiser. Ou bien de relativiser l’épreuve de leurs congénères, afin de n’avoir pas à s’y intéresser ou à les consoler. J’ai aussi compris que ce qui me distinguait d’un adulte était précisément ce recul qu’on acquiert face à la contrariété. Ce jour où j’ai compris, c’était avant l’école.

Ma mère revenait de la boulangerie. « Cette nuit, quelqu’un a visité notre voiture ! », nous annonce-t-elle. L’inconnu a pris un paquet de cigarettes qui traînait là et piqué la monnaie du parking dans la boîte à gants. « Bah, il n’y a pas mort d’homme. » Non pas le Mordom dont la présence aurait signifié pire que toutes les effractions. Non, seulement une façon de dire que ce n’est pas grave. Je me souviens : le pain était là, tout frais, mais il n’y avait plus de chocolat en poudre pour mettre dans mon lait. Comme il n’y a pas non plus mort d’homme, on m’a demandé de retenir mes larmes.


Sous un fond de grâce

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Mordom n’est parti pas comme ça. Le pouvait-il seulement, lui qui jamais n’est venu ? Car jamais je n’entendis dire : « Il y a mort d’homme ! » Mordom m’a laissé sa leçon de sagesse. Quand il m’arrive aujourd’hui un peu plus qu’un lait chaud sans poudre chocolatée, ou qu’une visite de la boîte à gants, quand vraiment le bât me blesse, je sens avec une acuité particulière l’absence d’un mal qui fût pire.

Mordom a fait mieux. Il m’a confié une lumière pour éclairer sous un jour plus favorable mes épreuves. Relativiser l’adversité non en la maximisant par imagination peut mener à se rendre insensible. Plus sage encore est de reconnaître que l’épreuve n’a jamais lieu que sous un fond de grâce. On ne tombe malade que d’être en vie. Il n’y a de tension en famille que parce qu’il y a là une famille assez unie pour vivre les tensions. Nos disputes en couple écrivent l’histoire d’amour sans laquelle elles n’existeraient pas. Etc.

Mordom est devenu Rich. Car tout ça, n’est-ce pas, ce sont les problèmes de Rich.

 

Par Martin Steffens. 

Professeur de philosophie en classe préparatoire, il a notamment publié Petit traité de la joie. Consentir à la vie, Rien que l’amour. Repères pour le martyre qui vient, l’Amour vrai. Au seuil de l’autre (Salvator), et Faire face. Le visage de la crise sanitaire (Première Partie). Dernier ouvrage paru : Dieu, après la peur (Salvator).

source : La Vie 

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dimanche 6 août 2023

Mondes obscurs

 S’il reste dans notre vie une zone importante qui n’a pas été examinée, il est beaucoup plus difficile de s’abandonner au Divin. Nous voulons tous réaliser l’aspect lumineux de la nature humaine, mais personne ne veut voir la partie d’ombre. 

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Parce qu’ils représentent la dimension transformatrice du psychisme, nous avons besoin, pour devenir des êtres humains à part entière, que les mondes obscurs se marient aux mondes supérieurs. Etre entier, c’est être complet. D’un point de vue holistique, la vie n’est pas parfaite, mais en revanche, elle est complète. L’expérience humaine n’est pas un registre de voix ou un climat unique, une saveur neutre et homogène, elle inclut tout l’éventail des possibles. 

Comme une symphonie précisément orchestrée, la vie est une polyphonie complexe qui comprend de nombreuses mélodies et atmosphères aussi bien harmonieuses que dissonantes.

Sans l’expérience complémentaire et équilibrante des mondes obscurs, les mondes lumineux nous entrainent dans l’illusion, la dilatation de l’ego et la grandiloquence. Dans notre culture occidentale, nous avons tendance à nous sentir plus à l’aise dans ces mondes-là. Le travail du shaman contemporain va donc consister en grande partie à se focaliser sur la rédemption et la conquête des mondes obscurs.

Les mondes obscurs sont le domaine d’expression des esprits et des pouvoirs psychiques, de l’extase, de la révélation, du chaos créatif, de la passion, des énergies sexuelles, de la guérison et de la transformation. Chargé des pouvoirs de vie et de mort, c’est un domaine formateur où se retrouvent les schémas originels des semences de la Création, ce que Gregory Bateson appelle « les schémas qui connectent ». C’est là que sont nos racines, qu’est l’unité primordiale de toute chose. C’est ce pouvoir guérisseur fondamental des mondes obscurs que nous avons besoin de reconquérir.

Les mondes obscurs sont le lieu où résident ces fragments de nous-mêmes qui sont niés, réprimés, éclatés et constituent ce que Carl Jung appelle « l’ombre ».  Jung était convaincu que cette ombre possède un pouvoir et une vie propres. Autrement dit, si nous ne reconnaissons pas ces parties de nous-mêmes en toute conscience, elles agissent de leur propre chef à partir d’une source inconsciente -souvent dans le but de déstabiliser notre attention, toujours dans celui de l’accaparer. Pour utiliser le langage des shamans, ces fragments, qu’on appelle des « alliés », des « esprits » ou des « démons », ont le pouvoir de guérir ou de tuer et peuvent s’emparer de l’âme.

Nous avons perdu notre connexion avec les pouvoirs de guérison et les passions du domaine des mondes obscurs. Pour l’Occident, ces mondes équivalent à l’enfer, à l’abîme de feu du Diable. On peut traduire ce phénomène en termes psychologiques, à savoir que les mondes obscurs contiennent toutes les énergies refoulées de l’humanité, ainsi qu’un potentiel inconnu de croissance chez l’être humain.

Ces énergies refoulées comprennent la sexualité, l’extase, le chaos de la créativité, la naissance, la mort, d’autres aspects de la vie aussi et plus particulièrement la dimension féminine, laquelle fut dénaturée par une culture répressive et une vision du monde religieuse dans son sens restrictif. Il n’est pas étonnant que la peur de l’enfer pousse les intégristes chrétiens à condamner et à refouler le rock et d’autres formes artistiques, en particulier le théâtre, qui ne cessent de nous rappeler l’existence des mondes obscurs, nous y transportent même.

Parce que la peur et le refoulement des forces de l’ombre sont profondément ancrés dans notre culture, leur irruption dans le monde du milieu, le monde de la vie quotidienne, peut s’avérer désagréable. Au pire, elle est choquante : violence, vengeance, viol, torture, meurtre, génocide, guerre, ce sont là quelques démons hideux qui appartiennent aux mondes obscurs. Et puis il y a ces expressions habituelles que nous acceptons comme faisant tout simplement partie de la vie de tous les jours : la culpabilité, la honte maladive, les abus sexuels, la colère, le vice, l’avidité, le sadisme, le perfectionnisme, le racisme, la misogynie, l’autoritarisme, la tyrannie, les dépendances multiples, etc…

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Parce que nous nions ou réprimons les mondes obscurs, ils font partie de notre univers inconscient. L’inconscient humain peut être comparé à une cocotte-minute. Quand le couvercle est très serré trop longtemps et que la vapeur ne peut s’échapper, la cocotte vous explose à la figure. Mais si vous laissez la soupape se dégager naturellement et progressivement, alors la pression diminue et vous pouvez enlever le couvercle facilement. A ce moment-là seulement, vous avez la possibilité de remuer ce qu’il y a à l’intérieur, de l’assaisonner et de le manger.

C’est à ce type de nourriture pour l’âme que Socrate fait référence lorsqu’il dit : « connais-toi toi-même ». Il faut reconnaitre et intégrer chaque partie de soi et rester ouvert à toutes les possibilités humaines. Le refoulement et le rejet de la vie génèrent les cruautés et les maladies de l’humanité. C’est ce principe psychologique fondamental que l’on retrouve dans les évangiles apocryphes (gnostiques) :

Si tu fais naitre ce qui est en toi, / Ce que tu fais naitre te sauvera. / Si tu ne fais pas naitre ce quoi est en toi, / Ce que tu ne fais pas naitre te détruira.

Evangile de Thomas, 14.29-33

Nous pouvons nier la part d’ombre en nous (et la vie en général) autant que nous le voulons, mais elles ne disparaitront pas pour autant. Plus nous réprimons et nions les pouvoirs des mondes obscurs, plus ils deviennent « infernaux » et « malveillants ». En termes psychologiques, ces mondes sont peuplés de puissantes énergies vitales réprimées et dénaturées, qui se retrouvent tordues, malades et coupées de notre conscience…

Des véritables profondeurs de l’ombre naissent les révélations et la guérison. C’est en y descendant que l’on découvre ses propres potentiels de guérison. On peut alors réintégrer ces aspects à la totalité. Par un processus de démembrement et de mort psychique, une porte s’ouvre sur la vacuité des mondes souterrains. [S’ensuit une union avec la forme originelle.]

Les voyages dans ces dimensions ne sont utiles que si l'on a la capacité de rapporter ce que l'on a appris dans le monde relatif. Le monde relatif c'est la vie quotidienne, ce dont l'ego a conscience, la réalité physique ordinaire de la terre... l'activité concrète, le progrès, le fait d'apprendre, d'agir, de construire. Pour la plupart des gens ce monde est coupé, inconscient de sa connexion à la réalité non ordinaire (même si la vie intérieure, la vie intime finit toujours par faire irruption dans le monde ordinaire, malgré tous nos efforts pour la nier). Le monde relatif n'a pas grande signification sans cette connexion avec les mythes. Sans la riche expérience intérieure des mondes inférieurs et supérieurs, nous sommes inconscients, somnambules, de simples machines. Nous nous transformons en robots, ignorants du mystère sous-jacent à tout ce qui nous entoure. 

Le cœur éternel de la voie (tome V) - Lee Lozowick

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jeudi 22 septembre 2022

Saisir l’instant

Ce qui est saisissant, c'est qu'on ne peut saisir l'instant. On peut tenter de l'apprivoiser... pour qu'il s'approche de plus en plus de nous. 


Saisir l’instant tel une fleur

Qu’on insère entre deux feuillets

Et rien n’existe avant après

Dans la suite infinie des heures.

Saisir l’instant.

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Saisir l’instant. S’y réfugier.

Et s’en repaître. En rêver.

À cette épave s’accrocher.

Le mettre à l’éternel présent.

Saisir l’instant.



Saisir l’instant. Construire un monde.

Se répéter que lui seul compte

Et que le reste est complément.

S’en nourrir inlassablement.

Saisir l’instant.


Esther Granek - Je cours après mon ombre

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mardi 9 août 2022

Ombre !

 Jung : " L’ombre est quelque chose d’inférieur, de primitif, d’inadapté et de malencontreux, mais non d’absolument mauvais. »

« Il n’y a pas de lumière sans ombre et pas de totalité psychique sans imperfection. La vie nécessite pour son épanouissement non pas de la perfection mais de la plénitude. Sans imperfection, il n’y a ni progression, ni ascension."

Aujourd'hui, les nouvelles spiritualités voudraient effacer l'ombre." Concentrez-vous sur la lumière, disent-elles en chœur, et cela dissipera l'ombre".

Mais est-ce si vrai ? Et surtout, faut-il vraiment vouloir faire disparaître l'ombre ?

Je ne crois pas.

Lumière et ombre sont totalement interdépendantes. L'une est la condition de l'autre.

On en trouve un très bon exemple physique dans les trous noirs : le trou noir emprisonne la lumière. Il la capte et l'engloutit. Pour un temps. Mais, après avoir accompli cette tache patiemment, à sa mort, il la libère ensuite dans une fulgurante explosion et la rend à l'univers en la multipliant. En réalité, le trou noir est un des moyens les plus habiles et efficaces qu'a trouvé la nature pour produire de la lumière. (cf David Elbaz in "La plus belle ruse de la lumière"). 

Et s'il en était de même pour nous ?

Il n'y a aucun mal à reconnaître qu'on a une ombre, d'abord. Puis à essayer, autant que possible, d'en prendre conscience, même si, par définition, certaines parties nous échapperont toujours.

Cette ombre est l'assise même de la lumière, et son principal aimant.

AIMANT.

Bonne pratique !

Fabrice

Photo : un des Immortels de Ming Shan, préparé pour recevoir sa lumière, avant son passage entre les mains des artisans de la couleur.

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mercredi 13 janvier 2021

L'enfer, c'est les autres... oui mais en nous !

 

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«Nous sommes enclins à accepter les choses telles qu'elles sont tant que cela va comme nous voulons ; mais dès que se présente quelque chose qui sort de notre système de valeurs, nous le rejetons. Nombreux sont ceux qui, connaissant la pratique de l'acceptation, se pavanent en disant : « Oui, j'accepte ce qui est, tel que c'est, ici et maintenant », alors même qu'ils n'ont rien accepté du tout. Tout ce qu'ils ont accepté, ce sont leurs illusions. Si l'acceptation leur fichait une grande claque en pleine figure, ils ne la reconnaîtraient même pas.
Lorsque nous acceptons ce qui est, nous devons l'accepter à tous les niveaux, depuis l'essence la plus subtile et sublime jusqu'aux niveaux les plus grossiers de notre ombre, y compris notre rage réprimée, nos frustrations, notre cruauté, notre déni, etc. Nous prétendons vouloir la réalité, Dieu, la liberté, mais nous ne voulons pas regarder en face les tendances inhumaines qui demeurent en nous : la vengeance, la violence, l'agressivité.
Et pourtant, il faut bien que nous les considérions.
Lorsque nous commençons à explorer notre ombre, c'est l'enfer. Mais ainsi que le disent tous les mythes, c'est le fait d'apprivoiser les démons qui permet aux héros de survivre au monde souterrain et de revenir au monde supérieur.
Apprivoiser les démons signifie voir, connaître et accepter ce qui est.
Tôt ou tard, chacun de nous devra cartographier son propre monde souterrain pour entreprendre le voyage chamanique du démembrement et de la résurrection.
Apprivoiser les démons, c'est être à l'aise avec le fait même qu'ils existent en nous.»
Lee Lozowick
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mercredi 4 novembre 2020

Préparation à se laisser aller

 

ImageChercher la lumière intérieure à travers les jours qui raccourcissent. 

Sortir de l'ombre et se préparer à lâcher ce qui nous retient. 

Laisser le vent de la respiration nous faire vibrer pour nous recharger en énergie. 

Débrancher avec les événements extérieurs…

Et se ressourcer au contact de nos pieds sur la terre.

Sautons sur l'automne !




samedi 15 février 2020

Traverser l'apparence

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"Quand je suis en face de quelqu’un, je tombe dans son regard.
Pour moi, les yeux sont vertigineux.
Au fond de la pupille, comme au fond d’un tunnel, je vois approcher quelqu’un qui porte un flambeau. C’est une image que j’ai eue très tôt.
Je n’ai pas l’ombre d’un effort à faire, je traverse l’apparence et je sens la personne."

Christiane Singer
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mercredi 6 février 2019

Tendre ami !

 
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Illustration: Karen L’Hémeury

Je cherche autour de moi plus d’ombre et de douceur
Qu’il n’en faut pour noyer un homme au fond d’un puits.
Encore un peu de noir, d’étoiles, de fraîcheur,
Versez, mains, et vous, cils, votre restant de nuit.
Il est place pour vous
Dans ces rumeurs obscures
Encerclant à la fois
Le vivre et le mourir.
Il est place pour vous,
Approchez, tendre ami, aux lèvres étonnées,
Gardiennes du plaisir
Qui tourne loin de nous.
(Jules Supervielle)

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vendredi 28 décembre 2018

Travail sur l'ombre...


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Le travail spirituel et psychologique signifie brandir une lumière au sein de son obscurité, aimer et accepter ce qu'on y trouve. 
Simple et pourtant difficile, le travail sur l'ombre pose les fondations de tout travail de transformation intérieure à venir

Llewelyn Vaughan Lee,
Catching the Thread

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"... Accepter notre côté obscur apporte à notre égo un équilibre et une intégrité qui fait souvent défaut à quelqu’un qui ne connait son identité que de façon consciente. Lorsque l’obscurité est équilibrée par la lumière, le sentiment d’avoir un moi déchiré ou brisé laisse la place à un sentiment profond de bien-être et de plénitude. Nous cessons d’être isolés dans la forteresse de notre conscience, figés dans la peur de nos démons intérieurs. Nous ne sommes plus des survivants hantés ou des victimes troublées par nos traumatismes d’enfance et nous commençons à voir la vie dans la perspective de celui qui a visité le monde souterrain ; les préjugés et les jugements disparaissent lorsque nous découvrons la face obscure de notre propre nature. N’étant plus limité par l’horizon de notre conscience égocentrique, nous nous ouvrons aux possibilités infinies de la vie. La plénitude et richesse de la vie commencent à se révéler lorsque nous honorons les qualités contradictoires qui font la totalité de notre nature... "

 source

jeudi 27 décembre 2018

Ombre et lumière


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On voit souvent passer cette photo pour montrer que la lumière n'a pas d'ombre.
C'est vrai : pour dissiper la pénombre, on n'a pas trouvé mieux que la lumière.
Pourtant, la lumière ne naît pas de rien. Comme on le voit, pour exister et être réelle, elle a besoin d'un support, qui lui, a bel et bien une ombre.
Lumière et ombre sont indissociables.
Si lumière nous sommes parfois, gardons en conscience que c'est notre matière et ombre qui permettent de la manifester.
Et quand nous sommes ombre, souvenons nous que ce matériau brut est l'essence de la lumière et qu'en tant que tel, il doit être choyé.
L'unité n'est pas monotone. Elle naît dans l'interstice du Deux et l'embrasse, créant ainsi le Trois, le toujours nouveau.
Fabrice Jordan

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vendredi 12 janvier 2018

Notre époque avec Eric Baret (1)

Question :
On vit une époque très sombre — qui a, par le fait même, son côté lumineux — mais sombre au plan politique et social. Est-ce que vous croyez que l’on a beaucoup d’espoir de se sortir de cette crise de fin de siècle et de millénaire ?

Éric Baret :
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J’espère que non parce que finalement ce qui est sombre, c’est la prétendue recherche spirituelle. Ce qui est sombre, c’est de voir des professeurs de yoga à tous les coins de rue. Ce qui est sombre, c’est le chanelling. Ce qui est sombre, c’est la recherche spirituelle moderne, c’est cette espèce de fuite de l’instant.
Par contre, ce qui est auspicieux, c’est la guerre qui s’approche, ce sont les cataclysmes qui viennent, parce qu’ils remettent profondément en question l’être humain, lui font poser de véritables questions.
Tout le reste le fait dormir.
Alors, il faut qu’il soit très clair que l’état du monde, c’est sa chance. Si les dieux font bénéficier le monde de ces mouvements, c’est le cadeau suprême. Malheureusement, il y a des époques où le cataclysme est la seule manière d’amener un questionnement. Dans leur générosité, les dieux vont, je pense, nous aider de plus en plus dans ce sens-là.
Tout ce romantisme du yoga, de l’Orient, de la spiritualité, toutes ces techniques spirituelles de progression, de purification, relèvent vraiment de l’âge sombre. Elles sont vraiment une perte d’argent, d’énergie. Un jour, elles disparaîtront complètement et, à ce moment-là, peut-être aura-t-on moins besoin de cataclysmes pour se réveiller.

Par vos propos, vous pourriez faire scandale…

Ce qui est scandaleux, c’est de faire croire à des gens que, par des exercices, ils iront mieux et que leur interrogation profonde s’apaisera. C’est de faire croire qu’en suivant telle thérapie, en adoptant tel concept, tel vêtement de telle couleur, en mettant sur un mur, ou en pendant à leur cou une image de guru à la mode, cela va amener un questionnement profond. C’est cela la charlatanerie. 

La vraie vie, c'est de faire face à l'instant. Les différentes possibilités de conflits s'expriment dans le monde, vous leur faites face, vous regardez ce que cela touche en vous, vous regardez ce qu'est la mort, la destruction. Ainsi, on se rend compte où on en est. Quand votre maison est détruite, quand votre corps est brisé, quand votre famille est éliminée, vous vous apercevez à quel point vous êtes libre ou non de vous-même. Mais s'asseoir dans une chambre à faire du Yoga, à mâcher cent fois une bouchée de riz complet... Évidemment, on s'en porte très bien, mais il n'y a aucun questionnement. C'est une vraie calamité. 

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Extrait d’un entretien avec Claire Varin - « La vraie vie c’est faire face à l’instant »

jeudi 28 décembre 2017

Il vient avec la lumière...




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Il est venu et il vient encore. Chaque fois qu'une nuit viendra. Ce n'est pas qu'il dédaigne le jour. Mais il n'aime pas tout ce bruit. Les lumières tapageuses dont nous l'affublons. Alors il appelle la nuit. D'un souffle retenu la nuit qui vient, doucement s'approche. La nuit immense et froide avec ses myriades de petits fanions qui ne sont pas là pour éblouir mais pour éclairer les lointains. Là-haut, le grand mystère qu'on ne sait plus entendre, dans nos cœurs aux étoiles peintes ou découpées d'argent.
On croit que ça fait un monde, toutes ces lueurs trépidantes d'images si minces sous la membrane illusoire des écrans. Elles ne scintillent pas comme les vraies étoiles, de tout l'espace qui les entoure et les soulève de son haleine vaste. Les silences y font leur nid. L'éternité a lâché des essaims qui butinent les astres pour le miel d'un ciel plus loin. Quelque chose se prépare. La nuit couve la terre blottie sous son aile. Peut-être de ses milliers d'yeux va-t-elle s'ouvrir et sourire.
C'est aujourd'hui la plus longue, la plus noire et la plus claire, de cette joie étrange qui vient d'en haut et dilate le cœur qui la reçoit. Elle ne fait pas de bruit, et pourtant c'est comme une clameur d'un bout à l'autre du firmament, un chant, une musique étourdissante, toutes les notes de cristal jouées ensemble, d'un seul accord qui se prolonge indéfiniment et agrandit le temps au-dessus des toits. Seul celui qui ne dort que d'un œil, le berger qui reconnaît son troupeau là-haut, entendra et se laissera guider par une si petite flamme traversant l'espace.
De si loin il vient. Tant de voix pressantes l'invitent à entrer sans manières. Des rires distraits le flattent sans quitter leur place, lui offrant pour gîte les plis et replis de lourds rideaux chatoyants. Il ne les entend pas. Il regarde par-dessus les velours, il semble chercher un lieu qu'il ne reconnaît pas. Tout est prêt pourtant. Au cœur de l'attente sera-t-il toujours l'inattendu ? Voici qu'il referme les armoires. Il ne veut pas même entrer dans ces demeures dont les bras ne s'ouvrent que pour en admirer le riche cérémonial.
Alors il demande s'il ne nous reste pas un peu de paille au fond de nos logis, un petit coin de pauvreté comme nous savons si bien les cacher. Oui, les fétus, les vétilles, rassemblés et liés en une botte sommaire. Ce qu'il y a de moche fera bien l'affaire, à même la terre une litière de nos misères. C'est là qu'il aimerait s'arrêter. Non point qu'il se plaise à la dure, mais il aime la vérité et la nôtre ne peut se montrer qu'ainsi. Alors il s'arrête. La vérité nue enfin chez elle. Rien pour la distraire. Rien pour en fausser l'éclat.
Il a rendu son bâton. À genoux sur le sol bosselé, de son vieux manteau de bure sombre comme la nuit des chemins où il ne fait pas bon courir à cette heure, il délivre la pierre d'une jeune étoile, cueillie très haut sur l'arbre immémorial, toute fraîche, et la dépose sur un linge en la laissant rouler de ses doigts très longs, très fins, comme la queue des comètes qui passent et
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disparaissent.
On ne le voit plus déjà, son ombre parmi les ombres. Demeure ce joyau de lumière qui brille puissamment, une si petite flamme et pourtant une lueur immense, comme si tout l'univers était là et se recueillait auprès de cet unique rayon. On a laissé les lampes allumées, les écrans tressautants. Et de toutes les autres maisons on accourt. On se presse sans se gêner. On s'agenouille, on contemple. On ne dit plus rien. La nuit est venue. Et la lumière fut.
Philippe Mac Leod est écrivain et a publié plusieurs livres et recueils de poésie. Auteur de Habiter les mots, et de Variations sur le silence chez Ad Solem.

source : La Vie