mardi 25 novembre 2025
Conseils pour petits et grands problèmes
mercredi 29 octobre 2025
Aventure innocente
Et si l’aventure commençait à deux pas de chez nous ?
À l’angle de la rue, au détour du chemin, dans le jardin.
Au sein du paysage ordinaire qui nous est familier se trouve une richesse infinie qui ne demande qu’à être découverte.
Tout commence par notre disponibilité. Si notre attention est accaparée par nos ruminations, nos préoccupations et nos obsessions, elle ne peut se poser sur ce qui est là, sous nos yeux. Nous ne voyons ni n’entendons la beauté qui nous environne. Recouverte par le brouillard opaque de notre bavardage elle nous semble insipide et monotone.
L’aventure commence ici, inutile de courir le monde, de prendre des avions, des trains, des paquebots. Ici, il s’agit juste d’avoir l’audace de sortir de chez soi, de marcher alentours, de prendre le temps et d’être attentifs aux détails, à la qualité de la lumière, à la mélodie du vent, au parfum de la pluie. Détails qui paraissent insignifiants et mornes à celui dont l’esprit et les sens sont endormis mais qui sont autant de clés pour ouvrir « les serrures de l’infini ». Les surréalistes à qui l’on doit cette belle formulation l’avaient compris, qui invitaient à se promener avec l’esprit d’enfance.
Garder « l’esprit du débutant » pour qui c’est toujours la première fois comme le recommandait Shunryu Suzuki, afin de préserver la fraicheur du regard et ainsi déceler les pépites disséminées dans l’ordinaire. Jésus nous prévient « si vous ne devenez comme les petits enfants, vous n'entrerez pas dans le royaume des cieux. »
Retrouver l’innocence du regard, cultiver l’émerveillement en laissant l’esprit se désencombrer de tout l’inutile : un art de vivre qui se cultive et s’approfondit jour après jour. Voilà, la grande, la sublime aventure qui au sein de l’ordinaire nous mène à l’Ultime.
- Nathalie Delay
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mardi 16 septembre 2025
mercredi 27 août 2025
Attention vigilante
Voyez-vous la vie telle qu'elle est ou telle que vous souhaitez qu'elle soit ?
Il faut avoir du temps libre pour observer la vie. Il faut avoir le temps pour voir ce qui se passe réellement — non pas ce que l'on souhaite ou désire — mais ce qui se passe réellement dans notre vie quotidienne. Cette attention vigilante rend le cerveau extraordinairement perspicace, vif, clair. Et si nous pouvons y aller très, très en profondeur, cette clarté est véritablement la liberté totale.
~ Jiddu Krishnamurti
Brockwood Park 1984, Conversation 1 with Mary Zimbalist - Knowledge is Conditioning
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lundi 16 juin 2025
Descente corporelle
La descente dans le corps, se fait d’abord les yeux fermés. La descente du centre d’attention qu’est la tour de contrôle, vers quelque chose de plus vaste encore que cette centrale nucléaire qu’est le cœur.
Habiter le corps, descendre dans le corps, toujours plus, encore… Et s’émerveiller à chaque seconde de sédimentation des pensées laissant apparaître la conscience. Découvrir l’existence, insoupçonnée, d’une autre manière d’être.
Découvrir que ces mots ont leurs limites, découvrir qu’il est possible de vivre davantage l’énergie que la matière.
Ta conscience se promène, entre ton livre, tes soucis, ta maladie, ton passé, ton futur. Il est possible de l’emmener dans le corps, et de l’amener à des strates qui appellent à être traversées, et explorées organiquement.
Découvrir qu’il est possible d’habiter le monde, la réalité, depuis un état de conscience fondamental — au-delà des formes, des concepts, des idées — qui te place dans ce non-endroit où la matière prend forme.
C’est là ta maison avant que tu ne deviennes toi.
Tu pourras y découvrir un volcan.
Ne le contient pas.
Tu pourras y découvrir un arbre.
Ne tire pas dessus pour le faire pousser.
Tu pourras y découvrir une rivière.
Ne la pousse pas.
Tu pourras y découvrir un lac.
Ne tente pas de l’aplatir avec ta main.
Stephan Schillinger
Illustration : Caitlin Connoly
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jeudi 15 mai 2025
samedi 19 avril 2025
Cette douleur qui ne part pas
Tu crois que tu pleures une rupture. Tu crois que c’est la perte de l’autre qui t’écrase. Mais la vérité, c’est que chaque départ réveille quelque chose de bien plus ancien. Tu vis une fin… mais ton cœur, lui, revit un abandon. Un que tu n’as jamais su digérer. Celui de l’enfance. Celui où tu n’as pas été choisi. Pas écouté. Pas assez regardé. Et tu ne t’en rends même pas compte. Tu souffres aujourd’hui comme si c’était disproportionné… mais c’est simplement accumulé.
Chaque fois que tu t’attaches à quelqu’un, c’est comme si une partie de toi espérait secrètement que cette fois-ci, on va rester. Qu’on va t’aimer sans condition. Qu’on va réparer ce que d’autres ont cassé. Tu ne cherches pas seulement un partenaire. Tu cherches un refuge. Une preuve que tu vaux la peine. Et c’est ça le piège. Parce que tant que tu ne guéris pas cette blessure originelle, tu vas continuer à confondre l’amour avec le besoin d’être sauvé.
Et quand ça casse, ce n’est pas juste une histoire qui se termine. C’est un schéma qui se répète. Encore. Et encore. Tu te demandes pourquoi tu tombes toujours sur les mêmes types de personnes. Pourquoi tu souffres toujours autant. Pourquoi ça fait aussi mal. C’est parce que ce n’est pas elle ou lui que tu perds… c’est l’espoir que, cette fois, ça allait enfin réparer ce vide que tu traînes depuis l’enfance. Un vide que tu n’as jamais appris à remplir toi-même.
Tu vois, l’enfant en toi a été blessé un jour. Il s’est senti rejeté, invisible, pas assez bon. Et comme personne ne l’a rassuré à ce moment-là, il a grandi avec cette peur viscérale : celle de ne jamais être aimé pour de vrai. Depuis, à chaque relation, il tend les bras. Il dit : « S’il te plaît, choisis-moi. Reste. » Et quand ça s’écroule, il s’effondre avec. Ce n’est pas l’adulte en toi qui pleure. C’est cet enfant qu’on a laissé derrière.
Tu n’as pas besoin d’un amour parfait. Tu as besoin de te retrouver. De revenir vers toi. De reconnaître cette part de toi qui a été blessée, et de lui dire : « Tu n’es plus seul. Je suis là maintenant. » Parce que personne ne viendra guérir ça à ta place. Personne n’a ce pouvoir. Même l’amour le plus sincère ne suffira pas, si tu ne te donnes pas, toi aussi, cette présence que tu attends des autres depuis toujours.
Tu peux continuer à courir après des gens pour combler ce vide. Tu peux aussi décider de t’arrêter. De respirer. Et de regarder en face ce qui a vraiment besoin d’attention. Ton cœur. Ton histoire. Ton passé. Tu ne peux pas changer ce que tu as vécu. Mais tu peux arrêter d’en faire un automatisme. Tu peux transformer ce schéma en le regardant droit dans les yeux. Tu peux aimer autrement. Commencer par toi.
Parce qu’un jour, tu vas aimer sans avoir peur qu’on parte. Tu ne supplieras plus pour qu’on t’aime. Tu ne seras plus à genoux pour être choisi. Tu seras debout, solide, en paix. Tu sauras que tu es entier, même si l’autre s’en va. Et ce jour-là, l’enfant blessé en toi ne criera plus. Il sera fier. Fier de toi. Fier de la personne que tu es devenue. Fier que tu sois enfin rentré chez toi.
Francis Machabée
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lundi 10 février 2025
"S'éveiller à la réalité est la porte de la vie"
C’est l’histoire d’un brave homme qui se met en marche pour demander une parole de sagesse à maître Ikkyû. Pour toute réponse, le moine zen, calligraphe réputé, trace avec son pinceau un idéogramme signifiant « attention ». Le paysan venu de loin ne s’en satisfait pas et il revient peu après auprès du maître zen pour lui demander une autre parole de sagesse. Celui-ci reste un long moment en silence avant d’écrire de nouveau « attention ». La même scène se reproduit une troisième fois et le paysan reçoit de nouveau le même idéogramme.
L’attention est le mot-clé du bouddhisme zen, ce petit conte que j’aime beaucoup l’illustre bien. Mais toutes les voies spirituelles font retentir cet appel à l’attention. La philosophe Simone Weil écrivait par exemple : « Le péché, c’est l’inattention. » Je crois que cette phrase résume tout l’Évangile. Pour vivre l’expérience spirituelle, il est essentiel d’habiter la Présence. S’ouvrir et s’éveiller à la réalité est la porte de la vie. Il s’agit d’être totalement réceptif au réel, de l’accueillir tel qu’il est ; le réel empirique (les choses autour de moi que je vois, que j’entends, que je touche…) et le réel intérieur (ce qui grouille en moi, mes blessures, mes zones d’ombre, mes hostilités…).
Cette présence au réel n’a rien d’évident, surtout dans nos sociétés de l’accélération, de la culture du clip et du zapping. L’essor du « capitalisme attentionnel », ou capitalisme de la captation de l’attention, est en cela un drame qui produit des fruits de mort. Toutefois, j’ai l’espérance que de plus en plus de personnes vont se réveiller et refuser ce conditionnement insidieux des esprits via le tout numérique. Je pense en particulier, en disant cela, aux gens qui me remercient pour le bien que cela leur fait d’être soustraits aux distractions en tout genre pendant mes sessions de méditation dans l’esprit du zen que je n’ai jamais cessé d’animer.
Bernard Durel
source : magazine La Vie
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vendredi 27 décembre 2024
Méditation et contemplation
Contempler le réel
J'ai mis en exergue de ce livre cette parole de Khrishnamurti qui résume pour moi l'essentiel : "Voilà donc ce qu'est la méditation - elle ne consiste pas à s’asseoir en tailleur, ou à rester en équilibre sur la tête, ou que sais-je encore, mais à ressentir le caractère holistique et l’unité absolue de la vie. Mais cela ne peut advenir qu’en présence de l’amour et de la compassion. "
Méditer à cœur ouvert permet en effet de regarder autrement tout ce qui nous entoure. Lorsque nous regardons une pierre, une fleur, un arbre, un papillon, une fourmi, un être humain, nous les regardons avec une attention aimante. Les poètes sont de grands méditants, car ils savent justement regarder les choses les plus ordinaires avec un regard neuf, émerveillé, attentif au petit détail qui nous échappe. Chaque texte de Christian Bobin, pour prendre un poète contemporain que j’aime particulièrement, est le fruit d’une méditation profonde et aimante sur un petit rien. Ses mots me bouleversent, car ils me font regarder ces petits riens - un pissenlit, le sourire fatigué d’une vieille femme, un nuage, une balançoire - avec acuité et tendresse. On pourrait dire la même chose de certaines peintures, notamment les natures mortes, qui nous font regarder autrement les choses les plus banales de notre quotidien. Lorsqu’il est regardé avec attention et amour, le réel n’est plus simplement regardé, il est contemplé.
Méditer à cœur ouvert, c’est regarder le monde avec le regard du peintre ou du poète. C’est peut-être le regarder aussi avec le regard du mystique, qui voit Dieu en toutes choses. Le théologien orthodoxe Jean-Yves Leloup raconte ainsi son initiation à la méditation hésychaste : « Il y a une trentaine d’années, au mont Athos, le père Séraphin m’a invité à apprendre à méditer, tout d’abord “comme une montagne”, c’est-à-dire avec le monde minéral, puis “comme un coquelicot’’ avec le monde végétal, puis “comme un oiseau” avec le règne animal, ensuite “comme Abraham” avec le cœur, et enfin, étape ultime, “comme Jésus”... Dieu est en toute chose. Il est lourd dans la pierre, il fleurit dans l’arbre au printemps, il chante dans l’oiseau, il prend conscience de lui-même dans l’homme, il jouit de lui-même dans le sage... »
mardi 13 août 2024
La présence attentive (1)
Alors qu’il arrivait en France pour être auprès de sa fille sur le point d’accoucher, il venait juste d’apprendre que son père, vivant à Québec, était mourant. Nous le joignons à ce moment-là. Nous lui proposons de remettre l’interview. Il refuse. « Même si j’ai un peu de tremblements dans la voix parce que je suis sous le choc de cette annonce, je vais faire l’entrevue avec vous maintenant avec plaisir. » Cette circonstance douloureuse qu’il surmonte résume la qualité de ce médecin québécois. La présence attentive, c’est du vécu en direct.
Qu’est-ce que le bonheur ?
Bien des philosophes se sont posé cette question. J’y réponds simplement : c’est d’arriver le plus possible à avoir toute son attention dans le moment présent. En voici un exemple. Je suis aujourd’hui dans une situation incroyable. Je suis à Toulouse avec ma fille qui doit donner naissance à son bébé et j’apprends que mon papa à Québec va mourir dans les prochaines heures. Où est le bonheur dans tout cela ? Il est dans la présence totale et absolue que je peux avoir avec ma fille et aussi avec son petit garçon qui a presque trois ans. J’ai passé un moment absolument magique avec ce petit bout de chou. J’étais dans un bien-être profond d’être en sa présence, de jouer avec lui à l’astronaute, parce que toute mon attention était avec lui. Ses parents lui avaient dit que j’avais un grand chagrin. Alors, ce bout de chou de deux ans et demi a pris mon visage dans ses mains et m’a dit : « Je te fais des caresses pour ton chagrin. » Ce sont des petits moments tout simples. On cherche le bonheur ailleurs, alors qu’il est disponible à chaque instant. Le bonheur pour moi est dans l’apaisement de paquets de peurs inutiles, pour être complètement ouvert, disponible à ce qu’offre la vie dans des moments aussi difficiles que celui que je traverse présentement. Cette présence apaise la peur. Mon petit-fils, qui s’appelle Jules, avait inventé une station spatiale. Nous étions tous les deux dans l’espace. J’étais dans un grand moment de bonheur parce que la peur que mon papa parte sans que j’aie pu le revoir, l’embrasser s’est apaisée. Ce n’est pas de la négation, c’est être réaliste. J’allais pouvoir partir, aller au Québec. Il ne sera peut-être plus là quand j’arriverai peu importe. J’aurai profité de chaque instant de bonheur. Je n’avais qu'a ouvrir ma conscience, ma présence pour pouvoir les accueillir. Être vivant dans l’instant présent.
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Serge Marquis (extrait du magazine Reflets - mars 2019)
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samedi 3 août 2024
Attention à l'attention
"Lorsque vous mangez, mangez. Lorsque vous marchez, marchez. Lorsque vous lisez, accordez toute votre attention à cela, qu'il s'agisse d'un roman policier ou d'un magazine...
Ce qui est important n’est donc pas ce que vous faites, mais si vous pouvez y accorder une attention totale."
~ Jiddu Krishnamurti
Public Talk 9, Saanen, July 28, 1966
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lundi 27 mai 2024
Exercice de gratitude
Exercice de gratitude du matin, pour prendre soin de notre vie
Cet exercice consiste à explorer, dès le réveil, les éléments positifs que nous parvenons à identifier dans l’instant : se réveiller dans une chambre agréable, percevoir la luminosité dans la pièce, penser à une chose positive prévue au cours de la journée à venir...
Cet exercice nous aide à prendre davantage conscience des spécificités de notre quotidien qui peuvent passer inaperçues une fois que nous nous y sommes habitués. Par exemple, au début, lorsque l’on achète un nouveau matelas ou que l’on emménage dans un nouvel appartement, l’on apprécie ses qualités, mais, au bout ce quelques semaines, notre attention n’est plus attirée par ces particularités. Nous nous habituons rapidement au confort, à la propreté, à la décoration.
Pratiquer un exercice d’attention le matin, c’est comme essayer une nouvelle paire de lunettes: cela nous aide à redécouvrir ce que nous ne voyons presque plus. Porter notre attention à ce que nous avons de précieux, aux proches que nous apprécions, nous encourage à nous y intéresser davantage et à en prendre soin.
Extrait du livre "Prendre soin de la vie".
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dimanche 3 décembre 2023
L’inattention est-elle le mal du siècle ?
On la tient quelques instants, puis elle s’échappe : où est passée notre attention ? Quelle est cette qualité de présence qui manque tant au monde contemporain ? Pour entrer dans l’Avent, explorons les profondeurs de cette faculté de l’attente, accompagnés par la philosophe Simone Weil.
« Toute chose autour de nous mendie notre attention, de l’oiseau au coucher de soleil, constate Martin Steffens. Et l’attention que nous leur prêtons est un acte de responsabilité : si je n’y suis pas attentif, la chose n’existe pas pour moi, et à force de ne plus exister pour moi, elle risque de ne plus exister du tout », redoute-t-il, évoquant la crise écologique.
Appliquée aux autres, « l’attention est la forme la plus pure de la générosité », écrit Simone Weil, qui dit aussi dans De l’attention (Omnia) : « Les malheureux n’ont pas besoin d’autres choses en ce monde que d’hommes capables de faire attention à eux. La capacité de faire attention à un malheureux est chose très rare et très difficile ; c’est presque un miracle, c’est un miracle. La chaleur, l’élan du cœur, la pitié n’y suffisent pas. » Cette attention à l’autre se résume pour la philosophe à « être capable de demander : “quel est ton tourment ?” ». « Pour cela, il est suffisant mais indispensable de savoir poser sur lui un certain regard. Ce regard est d’abord un regard attentif, où l’âme se vide de tout contenu propre pour recevoir en elle-même l’être qu’elle regarde tel qu’il est, dans toute sa vérité », poursuit-elle. Pour Martin Steffens, une autre figure de l’attention est celle qu’un père ou une mère porte à son jeune enfant qui le sollicite et lui demande de « sortir de ses distractions pour entrer dans son univers et poser un regard sur lui ».
Mais l’attention est aussi une éthique, nécessaire pour agir bien. « Quand Jésus, sur la Croix, demande au Père le pardon de ceux qui l’ont mis à mort “parce qu’ils ne savent pas ce qu’ils font” (Luc 23, 34), que cherche-t-il ? », interroge Martin Steffens. Il pointe le « péché-racine : le manque d’attention ». « Il suffisait en effet, pour ne pas prendre part à la crucifixion de l’innocent, d’être attentif. Et il est grave de ne l’avoir pas été. »
« Un quart d’heure d’attention vaut beaucoup de bonnes œuvres »
Las, l’attention semble hors de portée dans nos journées bien remplies, d’abord occupées par l’action. « Nous avons sans doute davantage été attentifs que nous ne le pensons », rassure Martin Steffens. « C’est l’Évangile du jugement dernier de Matthieu (25, 35-46) : “J’avais faim, et vous m’avez donné à manger ; j’avais soif, et vous m’avez donné à boire ; j’étais un étranger, et vous m’avez accueilli (…).” Ici les justes sont étonnés, ils répondent : “Seigneur, quand est-ce que nous t’avons vu… ? Tu avais donc faim, et nous t’avons nourri ? Tu avais soif, et nous t’avons donné à boire ? Tu étais un étranger, et nous t’avons accueilli ?” Ils sont étonnés parce que lorsque nous faisons le bien nous sommes tellement ajustés à la situation que cela est indolore, nous ne le sentons pas, telle Sonia dans Crime et châtiment, qui se trouve parfaitement à sa place aux côtés de Raskolnikov. » D’autre part, nul besoin de longues heures d’attention, celle-ci est par essence fugace, elle se « prête » et « un quart d’heure d’attention vaut beaucoup de bonnes œuvres », écrivait Simone Weil.
Mais même quelques minutes d’attention semblent parfois hors de portée. Car « il y a quelque chose dans notre âme qui répugne à la véritable attention beaucoup plus violemment que la chair répugne à la fatigue », constate Simone Weil. L’attention relève donc de la « grâce » pour Martin Steffens. Comment y parvenir ? « Savoir qu’on est inattentif, c’est déjà ne plus l’être. C’est s’être soudain réveillé, mais sans savoir exactement comment », ébauche Martin Steffens. En outre, nous pouvons au moins « être bien disposé, par exemple en prenant parfois la décision de prendre du temps pour ne rien faire, être à l’écoute, bref suspendre son action pour regarder un peu ».
Se libérer des sollicitations permanentes
Il ne peut être question de « muscler l’attention », puisque celle-ci n’est pas affaire de concentration et d’effort. D’ailleurs, Simone Weil remarque que l’attention ne fatigue pas, au contraire, « quand la fatigue se fait sentir, l’attention n’est presque plus possible, à moins qu’on soit déjà bien exercé ; il vaut mieux alors s’abandonner, chercher une détente, puis un peu plus tard recommencer, se déprendre et se reprendre comme on inspire et expire ». L’attention est bien davantage une histoire d’équilibre.
Spécialiste du sujet, le neuroscientifique Jean-Philippe Lachaux prend l’image du funambule pour la décrire : lorsque notre attention est sollicitée, nous sommes comme sur une poutre, en proie à des forces qui nous poussent à la chute. Il faut prendre conscience de ces forces et des signaux d’inattention que notre corps nous envoie afin de maintenir l’équilibre.
S’il est impossible de forcer l’attention, la coach Anne de Pomereu préconise plutôt, pour « l’empêcher de s’échapper », de mettre en place des pare-feu : éteindre son portable, fermer sa boîte mail pendant un temps donné par exemple. « Il est très difficile et coûteux de se discipliner pour être attentif, il faut plutôt libérer notre volonté et mettre en place des garde-fous dans son environnement. C’est précisément le rôle des règles monastiques autour du silence, des horaires, de la solitude ! Celles-ci rendent possible la prière malgré les distractions et le bruit intérieur. » Or l’attention « tournée vers Dieu constitue la vraie prière », écrit Simone Weil. Elle en est la substance. Alors, quand elle devient prière, l’attention prend la forme d’une disponibilité à la vérité, d’une attente, dans une posture propre à l’Avent. « Chaque jour de l’Avent, un événement m’attend par quoi Jésus va naître, une Visitation a lieu chaque jour, croit Martin Steffens. Vais-je le voir ? Vais-je avoir la disposition d’esprit pour parvenir à y être attentif ? »
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Source: magazine La Vie
mardi 8 août 2023
Vigilance et clarté
Nous sommes toujours le centre de nos préoccupations, nous sommes ce qu’il y a de plus important dans toutes les situations que nous rencontrons, tous les aspects de la vie. C’est cette importance donnée à « moi je » qui est la cause de nos difficultés. La saisie égoïste nous empêche d’avoir le recul nécessaire pour ne pas se faire piéger par les émotions.
Voici un exemple tout simple : imaginons que je me casse le bras, ce qui est particulièrement douloureux. Si je me dis : « il n’y a pas de problème, tout est illusoire, le bouddha l’a dit ! » Cela ne va rien changer ni soigner, la souffrance sera toujours présente. Par contre, lorsque je me fais soigner, je réfléchis un peu et j’essaie de discerner la perception que j’ai de mon bras, de la douleur, de l’esprit qui expérimente, je me rends compte alors que je ne suis pas que mon bras et je me demande où et comment j’expérimente la douleur. Si je développe une telle vigilance, j’aborde la souffrance différemment. Cela ne soigne ni de dissout la souffrance mais cela me permet d’avoir une vision autre, plus claire de ce que j’expérimente. Sinon l’expérience reste confuse, sans clarté ni compréhension.
Il nous faut nous entraîner à ce regard conscient en toutes circonstances ; voir les émotions et notre façon d’y réagir. Nous sommes de toute façon obligés de faire face aux situations, alors autant les utiliser pour développer la vigilance et la clarté. Nous avons souvent tendance à nous dire : « ce n’est pas grave, quoi qu’il arrive, ça doit arriver plus voilà ». Cette forme d’indifférence ne mène qu’à plus de confusion et d’insatisfaction. Comme nous ne voulons pas rencontrer la souffrance, le remède est de développer la vigilance. Plus nous allons nous y entraîner, plus elle se développera pour devenir naturelle. Chacun d’entre nous à cette capacité. Le développement de l’attention consciente au quotidien, nous permet de comprendre le sens du Dharma de l’intérieur.
« Les chemins de la sagesse » Jigmé Rinpoché
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vendredi 4 août 2023
Méditation ou voir la nature de l'esprit
Mes chers amis,
Nous avons commencé la méditation en examinant 2 piliers de la pratique de la méditation.
D'abord il est important de se souvenir pourquoi on médite, c'est la souvenance.
Il peut en effet très facilement arriver qu'on ne sache plus très bien pourquoi on médite. L'être humain a une grande capacité d'oubli et il est bon de revenir à notre intention de base.
L'intention de base de tout être humain est de d'obtenir, de vivre le bonheur, le bien-être et d'éviter la souffrance. Nous n'y arrivons pas toujours car nous connaissons mal les causes du bonheur et les causes de la souffrance, c'est ce qu'on appelle l'ignorance.
Le chemin pour connaître les causes du bonheur et de la souffrance est de s'éveiller à sa véritable nature, c'est-à-dire d'avoir une vision très claire de ce que nous sommes vraiment et de ce que sont réellement tous les phénomènes que nous percevons.
Il s'agit donc quand nous méditons de se souvenir que nous méditons pour nous éveiller à notre véritable nature, c'est l'éveil insurpassable, car il n'y a rien qui peu le dépasser.
On peut rajouter que nous cherchons à nous éveiller pour le bien de tous les êtres car l'éveil dans une intention uniquement personnelle ne pourra pas porter ses fruits.
Le second pilier de la méditation c'est l'attention.
C'est être capable de savoir où est notre esprit, sur quoi est-il posé ? Qu'est-ce qui survient au sein de notre esprit ?
Notre véritable nature est omniprésente, elle est toujours là puisque c'est ce que nous sommes.
Nous sommes incapables de la voir car elle est voilée par nos émotions perturbatrices dues à notre ignorance. L'attention va nous permettre de prendre conscience de nos attachements et de nos aversions dus à notre ignorance et de toutes les conséquences que ces deux caractéristiques bien humaines entrainent.
Sans cette attention, notre esprit vogue comme un voilier sans dérive que l'on ne peut plus diriger ou saute de branches en branches tel un singe agité.
La pratique de l'attention permet une certaine pacification mentale et une prise de conscience des mouvements permanents de l'esprit, une prise de conscience de l'impermanence de tous les phénomènes.
Et progressivement cette Présence spacieuse qui nous attend patiemment au cœur de nous-même sera reconnue et nous reviendrons en ce lieu que nous n'avons jamais quitté.
Avec toute mon amitié, je vous souhaite une belle journée où, avec une attention paisible, vous vous souviendrez de qui vous êtes vraiment.
Philippe Fabri
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dimanche 25 juin 2023
Perception
jeudi 11 mai 2023
Ouverture au silence
«Suivons les voix qui ne réduisent pas la pensée au calcul, la vérité au fait, la beauté à la fonction. Suivons ceux qui se rebellent à l'idée que l'égalité signifie l'élimination des non-égaux ; que la tolérance soit le don gracieux des vainqueurs aux valeurs qu'ils ont abattues ; que la justice habite le camp des vainqueurs. Suivons qui invite à se rebeller — mais pour en revenir à soi-même, pour commencer à comprendre d'ici, depuis ce lieu-non-lieu, notre être au monde. Libres du bavardage universel.» (Massimo Cacciari)
«Le silence est la plus haute forme de la pensée, et c'est en développant en nous cette attention muette au jour, que nous trouverons notre place dans l'absolu qui nous entoure.» (Christian Bobin)
«Il n'y a pas à créer le silence, il n'y a pas à l'introduire en nous. Il y est déjà et il s'agit tout simplement de le laisser revenir en surface de lui-même, de sorte qu'il élimine par sa seule présence tous les bruits importuns qui nous ont envahis.» (Un Chartreux)
Photo : à proximité du monastère de la Grande Chartreuse.
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samedi 25 mars 2023
Attention à la vigilance
Retrouvons un autre contact au monde...
dimanche 19 février 2023
Sur le chemin...
Arnaud Desjardins, La Voie et ses Pièges, chapitre La Condition Sine qua non :
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« Depuis vingt ans que je suis sur le chemin … » Au lieu de tenir ces propos désabusés, ayez le courage de vous poser les vraies questions. Combien de minutes avez-vous réellement pratiqué ? Qu’en est-il de ce « you, yourself », cette « presiding deity » de Swâmiji, ou cet habile conducteur de char tenant les rênes de tous les chevaux et que mentionnent autant Platon que les hindous ?
Pour l’instant cette vigilance est encore intermittente : c’est une lampe qui s’allume, qui s’éteint, qui se rallume, la lampe de l’attention, la lampe de la conscience lucide et c’est à vous d’actionner l’interrupteur. Tout le reste, ce n’est pas le chemin. Deux minutes, cinq minutes, dix minutes de cette vigilance active déposent leur fruit en vous et, un jour, l’accumulation de vos efforts cristallise. Alors il y a vraiment possibilité de parler, d’échanger, d’entendre. Qui ai-je en face de moi quand vous me posez une question ? VOUS ou juste un état d’âme momentané et un fonctionnement mécanique des pensées ? Je ne peux parler valablement qu’au disciple, pas à l’amoureux fou ou au divorcé haineux, ni au désespéré qui répète inlassablement que le monde est injuste. Le disciple a entendu, compris et vu quelque chose de plus. Il va pouvoir mettre enfin l’enseignement en pratique, il gagne en pouvoir, en habileté, en savoir-faire sur vos fonctionnements.
Les fonctions sans la conscience, la conscience au vrai sens du mot, c’est le déroulement ordinaire des existences, plus ou moins pitoyables, plus ou moins brillantes ; la méditation pure, c’est la conscience sans les fonctions ; et l’existence digne d’un homme ce sont les fonctions intellectuelle, physique, émotionnelle, plus la conscience. Ce surcroît de conscience est la condition sine qua non de toutes les voies. »
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