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vendredi 21 mars 2025

Ecoute sans attente

Q : J'ai beaucoup de difficulté à rester assis les jambes croisées, j'ai des tensions et douleurs.

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Éric Baret : Vous devez découvrir votre corps. Le but n'est pas de détendre mais de découvrir combien il y a de tensions. Donc ça n'a pas d'importance si des tensions apparaissent. Au contraire, vous allez découvrir l'étendue des tensions. Ne soyez pas obsessionnel sur la position assise, c'est une position qui est difficile pour beaucoup de gens. Alors vous voudrez explorer le corps sous tous ses angles, si cette approche vous intéresse. Il y a des mouvements qu'on fait allongé sur le dos, d'autres allongé sur le ventre, d'autres sur le côté, d'autres debout. Donc, vous allez trouver des positions qui ne sont pas trop inconfortables et allez-y à partir de là.

Ne pas travailler dans la répétition mais dans la découverte. Le but n'est pas de faire une pose, mais de découvrir ce qui empêche. Et quand vous sentez la tension, vous ne la détendez pas : vous la sentez. Cela est très important. 

Et quand vous revenez du mouvement, sentez la détente et le lâcher prise de la tension. Donc, ce n'est pas vous qui détendez : vous constatez la détente quand vous revenez de la posture. C'est important parce que cette attitude va se transposer ensuite dans votre vie affective. Mais cela demande une forme de créativité. 

Le yoga n'est pas répétitif, c'est chaque fois nouveau. Il faut comprendre que votre corps contient l'ensemble de votre problématique. Donc, on va découvrir intimement toutes ses limitations. Pas pour les lever, mais pour les laisser vivre. Quand vous laissez vivre une tension, progressivement elle ne va plus être nécessaire comme tension. 

C'est vrai que pratiquement parlé, il est difficile d'enseigner un art à distance. Normalement, c'est par le contact direct avec quelqu'un qui comprend cette approche que vous pouvez découvrir créativement le processus, mais s'il n'y a personne autour de vous, vous devez être créatif, vous devez faire comme le premier yogi qui a appris de nulle part : il a découvert. Donc, il faut avoir la même disponibilité. 

Alors ne soyez pas gêné par les tensions constantes au début. Soyez de plus en plus intime avec ces tensions ; vous allez découvrir de plus en plus votre fonctionnement. Les tensions dans les hanches, les tensions dans les cuisses, les tensions dans les épaules... Plus vous allez vous ouvrir à cette exploration, et plus vous verrez simultanément quand la peur, la jalousie, ou la réaction vont apparaître en vous ; vous allez avoir l'écoute de laisser vivre ces émotions, sans chercher à les contrôler, sans chercher à les éliminer. Et c'est à ce moment-là qu'il y a une forme de clarification qui se fait. 

Donc, ça se fait tout seul. Ça demande juste une écoute sans attente. Le yoga est vraiment un art, vous devez le pratiquer sans la moindre attente. C'est là que vous découvrirez ce qui est essentiel. Pas ce qui est essentiel dans le yoga, mais dans l'écoute sans attente. 

~ Éric Baret

(extrait d'une vidéo)

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jeudi 28 novembre 2024

Joindre...

 

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Réfléchissant au lien subtil entre deux personnes qui s’attirent et qui s’aiment, ne serait-ce que pour un temps bref, une intuition m’a fait rechercher dans mon dictionnaire étymologique les racines de mots tels que « conjuguer », « conjugal », « conjoint ». Et mon pressentiment s’est révélé juste : adossé au préfixe « con- » qui vient du latin cum et rend les notions d’« avec », d’« ensemble », ces mots ont pour racine le latin jugum, « joug », qui a donné jungere, «joindre» et conjugare, «unir, attacher». 

Le sens fondamental est donc le fait d’attacher deux bœufs sous le même joug afin qu’ils tirent ensemble leur charge. En cherchant plus loin, l’ensemble s’éclaire d un jour nouveau : le mot jugum vient lui-même de la racine sanscrite yug ayant la même signification : « atteler à l’aide de joug, joindre, unir ». De là le mot «yoga», qui désigne aussi bien la maîtrise du psychisme, des sens et des passions qu’il faut discipliner comme des chevaux fougueux attelés à un char que l’aspect plus spirituel, voire religieux, de l’union ce l’être individuel avec le principe de toute chose, l'énergie divine.

Nous savons par ailleurs que l’hindouisme défini plusieurs sortes de yoga : le hatha-yoga - cette « gymnosophie » ou « gymnastique de sagesse » comme l’appelaient les Grecs du temps d’Alexandre le Grand, étant celle des exercices physiques et postures complexes centrés sur la respiration ; le bhakti-yoga, sur l’amour et la dévotion ; le jnâna-yoga, sur la connaissance et l’étude ; le karma-yoga sur la vie quotidienne et le destin... tous n’en faisant en fait qu’un seul, le yoga de l’existence, celui de l’union de l’être avec la vie et son principe.

En cela, la relation de deux êtres qui conjuguent leurs énergies et leurs sentiments s’apparente directement au yoga inventé quatre mille ans avant notre ère pour joindre, unir le ciel et la terre au sein de chaque personne. Vue sous cet angle, la relation conjointe et amoureuse prend un sens nouveau qu'il est bon de méditer pour la faire évoluer, encore et toujours, dans son sens juste !

Extrait de "Une journée, une vie" de Marc de Smedt
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mardi 28 mai 2024

Le yoga

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« Le yoga (telle posture, tel pranayama, telle méditation, etcetera),


… c’est comme ça et pas autrement »

… c’est tout (et n’importe quoi) »


Entre les deux, trouver l’équilibre.


Une structure, une discipline,

mais dans laquelle on ne se rigidifie et on ne s’enferme pas.


Une ouverture, une souplesse,

mais dans laquelle on ne se dilue et on ne se perd pas.


Pourtant si simple.

Mais apparemment pas facile pour autant.


On peut tellement tout aussi bien être esclave de la légèreté que de la rigueur.


Entre les deux extrêmes,

trouver la juste place.


A réactualiser d’instant en instant,


Le dosage approprié variant

selon les moments,

les personnes,

leurs besoins,

leurs possibilités,

leurs circonstances,

tout simplement.


Réévaluer, adapter, affiner.


Identifier un excès ?

Le laisser être contrebalancé.

Sans violence, au risque de basculer dans l’excès opposé.

Le laisser être contrebalancé.


Tout concourt tout le temps à retrouver son juste équilibre lorsque, tout en y étant vraiment présent, on ne vient néanmoins pas s’en mêler (s’emmêler ?)


Comme un souffle qui naturellement s’apaise après s’être emballé,

Comme un souffle qui de lui-même reprend son fil après avoir été coupé.


Expérimenter le contraste

Jusqu’à ce qu’il ne soit même plus nécessaire de le vivre pour se sentir vivant.


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Sculpture : Frederick Edward McWilliam, Variante de Gomukhāsana ? 🙂

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dimanche 13 août 2023

« Le Yoga a-t-il perdu la tête ? »

 « Le Yoga a-t-il perdu la tête ? » en écho à la récente couverture de Télérama (1)

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Yoga, Tai-Chi-Chuan, Zen, Kyudo, Kendo, Chado, Shodo, Aïkido ... !

Tout cela est discuté, ressassé, faussé surtout en présentant ces différentes voies de la sagesse comme accessibles et assimilables par la pensée. Aussi bien, ce qui ne peut se révéler que par la pratique d'un exercice devient un objet de réflexion théorique et d'études scientifiques exigeant des mesures quantitatives effectuées, depuis peu, par des spécialistes dans le domaine des neurosciences.

Bouddha, Patañjali, Tchouang-Tseu, Dôgen et autres piliers de la sagesse n'ont vraiment pas eu de chance. À leur époque il n'était pas possible de vérifier leurs dires en les soumettant à l'IRM, au scanner, à l'électroencéphalogramme.

Yoga ... Zen ... Tai-Chi-Chuan ... on se grise de formules abstraites et de grandes théories sans soupçonner combien des expériences qualitatives très concrètes et accessibles à tout être humain peuvent transformer notre manière d'être.

Zen, Yoga, Taï-chi-Chuan, Chado, Shodo, Aïkido sont des voies de sagesse menacées par l'intérêt mal compris qui fait courir vers elles. Apparemment différentes, elles ont en définitive, le même but : la découverte par l'homme lui-même de sa vraie nature et de sa vraie destinée.

Ce projet spirituel, lorsqu'il aborde les côtes occidentales, est le plus souvent réduit à ce qu'on appelle le développement personnel et prend place dans le marché du bien-être. Un marché très lucratif comme le rapporte pertinemment la journaliste Marion Rousset dans un dossier qui fait la première page de Télérama sous le titre : LE YOGA A-T-IL PERDU LA TÊTE ?

Cette question m'incite cependant à en poser une autre : Le Yoga n'a-t-il pas pris trop de place dans la tête de l'homme occidental ?

Yoga, Tai-Chi, ainsi que les disciplines artistiques, artisanales et martiales propres à la tradition japonaise sont des pratiques corporelles. On ne pratique pas zazen en prenant appui sur le mental, la pensée, le raisonnement. Lorsque les chemins de la sagesse sont dévoyés sur les routes du savoir, ils perdent leur substance essentielle et leur projet qui n'est autre que la transformation de la personne qui les pratique.

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Il importe lorsqu'un emprunte les voies de la sagesse d'engager ce que Graf Dürckheim désigne comme étant : LE CORPS QUE NOUS SOMMES ("Leib" dans la langue allemande).

Plutôt que de rassembler des textes sanscrits, chinois ou japonais qui donneraient l'impression de vouloir opposer l'esprit occidental et l'esprit oriental, voici quelques anecdotes qui valent davantage que les grandes théories :

— Maurice Béjart, danseur et chorégraphe, raconte ce qu'il a vécu à l'occasion d'un voyage en Inde, dans les années 1950. Il est présenté à un maître de Yoga authentique qui lui pose une question embarrassante : « Quelle est votre danse ? ». (Sous-entendu, quel exercice pratiquez-vous pour nourrir votre quête spirituelle ?)

Ayant regardé Maurice Béjart pratiquer la barre (exercice repris quotidiennement dans le monde de la danse) ce maître dans la pratique du Yoga lui dit : « Si votre mental est libre et votre corps droit mais sans tension, si vous laissez l’exercice vous diriger et non l’inverse, si vous ne désirez rien que l’exercice pour la beauté et la vérité de l’exercice vous avez votre yoga, ne cherchez pas ailleurs. »

Maurice Béjart atteste que depuis ce jour et d'une manière définitive, les exercices de la barre ne furent plus pour lui liés à un style, à une certaine forme de danse. Désormais il voyait cet exercice fondamental comme étant un rituel qui a pour sens la transformation de toute personne qui consacre sa vie à la danse, à toute forme de danse.

La gamme est dans le domaine de la musique ce que la barre est dans le domaine de la danse.

—Dans les années 1950, Graf Dürckheim est en contact avec le pianiste roumain Dinu Lipatti. Le vieux sage de la Forêt Noire raconte : « Pendant une année entière, il a renoncé aux contrats qui l’amenaient à jouer dans le monde entier, afin de consacrer du temps à ce seul exercice : la gamme ! Il me disait, qu’au cours de cette année consacrée à cet exercice fondamental, il avait acquis un toucher duquel émanait un son d’une qualité imprédictible. Je me suis permis de lui dire qu’il me semblait que l’accès à ce toucher n’est pas le fruit de ce qu’on appelle la technique mais l’expression et le témoignage d’un homme —transformé par la technique—.»

— Graf Dürckheim raconte :

Kyoto 1941. Un ami japonais avait organisé pour moi une rencontre avec le maître Hayashi, abbé d'un monastère Zen. Quand l'heure fut venue de se quitter, le maître me dit « Je voudrais vous offrir quelque chose. Une peinture. »

Avec placidité et une grande prodigalité de gestes, comme s'il disposait d'un temps infini —et un maître a toujours infiniment de temps intérieur — l'abbé commença à préparer lui-même son encre. Sa main ne cessait d'aller et venir, jusqu'à ce que l'eau fut enfin devenue noire. Je m'étonnais que le maître fisse lui-même ce travail et demandai pourquoi on ne le déchargeait pas de cette tâche. Sa réponse en dit long : « Par le paisible mouvement de va-et-vient de la main, on devient soi-même tout à fait calme. Tout devient silence. »

Il fut enfin prêt. Assis sur les talons, le front serein, les épaules relâchées, le buste droit et détendu, animé par ce tonus vivant qui caractérise une personne centrée en son centre vital (Hara), d'un geste inimitable, à la fois calme et fluide, le maître saisit le pinceau et, me donnant l'impression qu'il était vraiment lui-même, sans être encombré par la crainte d'un éventuel échec ni la volonté impérieuse de réussir, il peignit la déesse Kannon, déesse de la compassion. C'est pour moi un moment inoubliable.

Lorsque le maître Hayashi me remit la feuille, je le remerciai avec cette question : « Comment fait-on pour devenir un maître ? » Il me répondit avec un sourire malicieux « Simplement, laisser sortir le maître qui est en soi. Oui —Simplement, laisser sortir ... ».

Ce que nous pouvons déduire de ces trois témoignages qui concernent des arts de natures différentes, ce sont l'unité et la conformité des exigences des maîtres de l'exercice, de la technique.

Parmi celles-ci :

— La non participation du mental, de l'usage de la pensée, de la conscience qui objective.

— La manière d'être en tant que corps ! Par exemple, s'asseoir le buste droit et détendu, le front serein, les épaules relâchées ; laissant le corps vivant dans sa globalité et son unité être animé par le souffle qui de lui-même va et vient. Il s'agit en tant que personne d'être centré en son juste milieu, son centre vital, HARA.

— Une pratique sans but. Laisser l'exercice nous diriger et non l'inverse, jusqu'à se sentir libéré du désir de réussir qui s'accompagne de la crainte de l'échec.

— Le renouvellement de gestes simples et fondamentaux (comme le va-et-vient de la main, la reprise des quelques notes qui composent la gamme). Passage de l'esprit d'acquisition ou de performance à l'esprit de création.

— Le rythme qui donne vie au geste. Là où est le vivant est le rythme, là où est le rythme est le vivant.

— Le fait que l'action - la beauté des gestes et leur aboutissement - soit l'expression et le témoignage de la transformation de la personne en chemin.

Les personnes qui viennent et reviennent au Centre Dürckheim ne sont pas soumises à un nombre important d'exercices. Ce qui importe est de découvrir le PRINCIPE qui est la racine de chaque exercice : notre vraie nature, notre être essentiel. Parce que seule la personne en contact avec sa propre essence peut envisager parcourir son existence dans le monde tel qu'il est (et sans attendre qu'il change) dans un sentiment de sécurité.

Comme il s'agit d'un chemin de transformation de la personne, il n'aura de sens que s'il déborde dans notre vie de tous les jours. Dans le quotidien, il y a aussi une barre ou une gamme ! Que notre exercice ait ses racines en Inde, en Chine, au Japon ou ailleurs, à tous moments de notre vie quotidienne, il est une manière d'être être assis, d'être debout, d'être en train de marcher, d'être allongé dont nous devrions nous sentir responsables. Considérer ces “quatre attitudes dignes” (Dogen) comme étant la gamme ou la barre prépare les conditions qui permettent la libération d’une véritable stabilité intérieure et de vivre calmement le moment présent ; ce moment qui est le seul au cours duquel nous vivons réellement.

Le corps, notre manière d'être en tant que corps (IchLeib), devient toujours davantage un champ d'expérience et de réalisation du vrai soi.

Jacques Castermane

1 - Télérama n° 3835, du 15 au 21 juillet 2023
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mardi 12 juillet 2022

mardi 5 octobre 2021

Espace de l'instant

 Plus on éveille la densité tactile, et moins il y a de la place pour chercher les choses dans la pensée.

Quand je cherche dans la pensée, je ne trouve que le passé.
Or rien n’est séparé.
C’est la pensée qui sépare, qui crée un espace et un temps.
Il n’y a rien de tel. Il n’y a pas de là-bas.
Il y a uniquement l’instant.

Eric Baret

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dimanche 29 août 2021

Samadhi même un dimanche

 

SAN MEI ZHEN HUO.
三味真火
LE FEU VÉRITABLE DU SAMADHI

Il s'agit d'un terme complexe utilisé dans le mysticisme et la magie taoïstes.
D'un point de vue mystique, il renvoie à l'idée de l'esprit illuminé, et d'un point de vue magique, c'est un pouvoir perceptible qui découle du premier.
SAMADHI est un terme sanskrit de yoga, qui signifie essentiellement une concentration intense, si profonde que le praticien ou l'observateur ne fait plus qu'un avec le sujet ou l'observé, ce qui peut donner lieu à des siddhi, des connaissances ou des pouvoirs paranormaux.
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Le bouddhisme et le taoïsme ont tous deux emprunté ce terme au yoga. Voir les Yoga Sutras de Patanjali pour une exégèse complète sur le Samadhi par exemple.
Le feu SAMADHI dans la magie taoïste fait référence à la fois au changement de conscience induit par la concentration et à l'alchimie intérieure qui découle de cet état.
Les maîtres de la magie chinoise peuvent, après des années de pratique, entrer immédiatement en Samadhi pour accéder au lingqi, la puissance magique brute qui se manifeste souvent sous forme de chaleur, parfois jusqu'à une flamme visible et la pyrokinésie.
Dans Voyage vers l'Ouest, le Roi Singe formule la pilule de l'immortalité avec le Samadhi feu véritable.
Dans la Romance des dieux ou Fengshan Yanyi, une sorte d'histoire mythique du royaume Zhou et des dieux, le dieu du feu Taiyi et son protégé Nezha développent le feu véritable du Samadhi pour en faire une arme magique spéciale émise par les yeux, la bouche et le nez. Elle prend la forme de neuf dragons de feu enroulés qui brûlent les ennemis qui cherchent à induire le chaos.
Les magiciens taoïstes utilisent toujours le Feu Véritable Samadhi dans leur développement personnel et principalement dans la guérison mais aussi occasionnellement dans la magie défensive.
Au départ, la concentration est la clé.
Le mot Samadhi en chinois peut être rendu par San Wei, ou Trois Saveurs. Il fait référence aux feux de l'esprit, des yeux et de la respiration.
Lorsqu'ils sont parfaitement alignés et concentrés, le feu véritable du Samadhi se manifeste.
Traduction d'un article de J. Read
par Fabrice Jordan

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vendredi 27 août 2021

Mouvement sans arrêt...

 

Le plus important dans le mouvement est qu'il n'ait pas de fin, que l'on n'aille pas vers quelque chose.

Quand on soulève un bras, le but n'est pas d'avoir le bras levé mais de sentir, d'instant en instant. 

Dans la sensibilité énergétique, le mouvement ne s'arrête pas.

Restez dans la pose intérieure.

On peut avoir le dos voûté, extérieurement, et sentir la verticalité : l'énergie se centre, se libère.

Eric Baret, Yoga 

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Source : Gérard Beaulet

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dimanche 7 février 2021

Gingembre, yoga et prière : le secret de longévité de Ginette, centenaire lilloise

 Veuve depuis 40 ans, cette arrière-grand-mère force l'admiration par sa jeunesse d'esprit et ses engagements. Reportage dans le Vieux-Lille, à la maison Madeleine-Delbrêl où elle prend ses quartiers chaque mercredi soir.

Ce mercredi soir, Ginette nous a donné rendez-vous à la maison Madeleine-Delbrêl, située au 27 rue Négrier, dans le Vieux-Lille. N'allez pas croire que nous nous rendons dans un Ehpad tenu par une congrégation. Non, il s'agit d'un foyer d'étudiants et jeunes professionnels, ouvert en 2014, dans lequel la centenaire tient un rôle majeur. Elle fréquente le lieu assidûment depuis quatre ans, chaque mercredi soir, jour où la messe est célébrée à 19 heures, suivie d'un dîner. Elle s'est liée d'amitié avec ses résidents. « Ginette, c'est un peu notre mascotte, explique très sérieusement Arthur, un étudiant breton qui se fait un plaisir de raconter sa première rencontre avec l'intéressée, devenue « sa troisième grand-mère » ! « Quand je suis arrivé pour la première fois, j'ai cru que Madeleine Delbrêl, c'était Ginette ! »

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La centenaire, née le 6 novembre 1918, vit dans le quartier. Elle s'intéresse depuis toujours à l'oeuvre de cette poétesse et assistante sociale (1904-1964), convertie au christianisme à l'âge de 20 ans. Cette dernière, devenue une grande mystique et initiatrice d'une première petite communauté avec deux amies scoutes, a donné naissance aux équipes Madeleine Delbrêl. Est-ce à force de lire ses livres ou grâce à la sagesse acquise au fil des ans que Ginette a appris à vivre simplement, au coude-à-coude avec ceux qu'elle côtoie ? Elle participe aux diverses réunions des jeunes, les accueille parfois chez elle, et lorsqu'il y a des sorties s'y fait conduire. « J'ai compris que j'aidais les autres en leur donnant l'occasion de rendre service, d'être charitables et fraternels. Ça m'a aidée à mieux accepter (la dépendance, ndlr), confie-t-elle. En rajoutant : « Car ce n'est pas facile tous les jours, c'est même de plus en plus difficile. J'ai les oreilles appareillées, une cataracte à un oeil, certains jours je me dis que j'en ai assez, que c'est dur de continuer. Alors je demande au Seigneur : "Donne-moi la force, autrement il faut venir me chercher". »

« Quel risque court-on à croire ? »

Au quotidien, elle vit seule dans un appartement de deux étages et refuse de s'installer au rez-de-chaussée, comme ses enfants l'y invitent. « Cet escalier m'entretient », assure la centenaire. Au moment de sortir dans le jardin pour être photographiée, elle demande qu'on l'accompagne en lui tenant le bras, mais dédaigne la chaise installée à son intention. « Je suis croyante, et c'est ce qui me tient !, fait-elle valoir. La mort ne me fait pas peur, je l'imagine comme un long tunnel et j'ai la certitude que ce sera mieux qu'ici. Et si j'ai été roulée, je ne le saurai pas. Quel risque court-on à croire ? » Elle a creusé ce chemin de confiance dans le scoutisme, et raconte avec fierté qu'elle a été une des premières jeannettes à Lille. « Sa présence est rassurante, elle a une expérience de vie que nous n'avons pas. Elle a le talent de nous faire oublier nos soucis, elle nous recentre sur l'instant présent, précise Arthur, qui s'improvise porte-parole des colocataires du foyer. Elle nous apporte beaucoup sur nombre de sujets par ce qu'elle est, ce qu'elle véhicule et incarne comme espérance et optimisme. »

À 100 ans la voici connectée au XXIe siècle dans une société en pleine mutation. Autour d'elle, tous connaissent le secret de sa forme : « Je mange tous les jours du gingembre, confirme-t-elle, je vais une heure par semaine dans un cours de yoga du quartier... Et je prie chaque matin pendant 20 minutes. » C'est après le décès de son mari que, se retrouvant seule chez elle, elle a commencé à pratiquer le yoga, à partir marcher sur les chemins de Saint-Jacques-de-Compostelle, et à entreprendre de grands voyages tout en menant une vie associative très riche. Autant d'activités ouvertes sur le monde et les autres que cette experte en vieillesse conseille.

Être là où il y a de la vie

L'heure de la messe approche... Une dernière question : comment rester confiant face à ce qui peut nous arriver une fois passé le seuil des 75-85 ans ? « En s'appuyant sur le Seigneur, en ne s'enfermant pas sur soi, car il y a de la vie à être avec les autres. Il faut savoir appeler, proposer de faire des choses ensemble. Le Seigneur passe à travers eux. À nos âges, il faut continuer à faire des efforts, lâcher le moins de choses possible, car on ne retrouve plus ce qu'on a lâché », observe-t-elle. 19 heures, la voilà, ponctuelle, installée au premier rang dans la chapelle. Le temps n'a pas de secret, décidément, pour Ginette...

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Source : La Vie

lundi 14 décembre 2020

Sur les traces de la peur

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On ne va quand même pas s'injecter un virus pour faire face à cette peur ?
- Si cette peur est là, le virus est déjà installé.
On ne parle pas de créer une peur, mais de ressentir ce qui est là, sciemment. Si vous avez peur de quelque chose, le virus est déjà actif. Au lieu de prétendre qu'il n'est pas là, réalisez qu'il est constamment présent dans votre vie sous forme de traces. Sentez ce qui est là une fois pour toutes, au lieu de le traîner inconsciemment dans toutes vos activités.
Cela ne signifie pas s'imaginer être malade : cela veut dire sentir cette peur de la vieillesse, de la maladie, de l'abandon ; la percevoir sensoriellement...Ne plus faire du yoga pour avoir moins peur, ni devenir bouddhiste, ni se marier, divorcer, faire un autre enfant ou acheter une nouvelle voiture rouge dans le seul but d'échapper au malaise, mais au contraire, lucidement, sentir ce qui est là.
La vie est action. On agit pour la joie de faire. C'est la nature des choses de se marier, de divorcer, d'acheter des voitures, etc.
Simplement, à un moment donné, on agit sans motivation. La joie, c'est d'accomplir une action sans raison. Une action sans raison est une action vraie. L'amour est sans raison.
Éric Baret

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mardi 6 octobre 2020

Yoga du Cachemire...

 

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Le yoga du Cachemire est un art du pressentiment.
Quand quelqu'un a pressenti que dans la vie il ne cherche pas quelque chose, ses énergies ne sont plus utilisées pour parvenir à quoi que ce soit.
Il se rend compte qu'il n'y a pas de but et nulle part ou arriver.
A ce moment là, l'énergie devient disponible, le yoga est un art du remerciement.

Lorsque l'on s'aperçoit que la vie est toute insécurité, que la sécurité n'existe pas, l'insécurité disparait également.
S'il n'y a pas de sécurité, il ne peut pas y avoir d'insécurité.
L'approche traditionnelle, que ce soit le yoga ou n'importe quel autre art traditionnel, doit amener à cette disponibilité, à l'intensité de la vie, sans l'imaginaire de sécurité psychologique.
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Ce qui amène l'accalmie c'est le simple fait d'écouter sans intervenir psychologiquement. On sent un pied, une hanche, une épaule, on sent la tension, la détente, la chaleur, la fraîcheur, quand on sent on ne pense pas. L'écoute élimine la tendance à penser, à préparer, à rester dans son propre imaginaire, plutôt que d'être ouvert à l'environnement…

Le ressenti global est l'ouverture vers la sensation de l'énergie.
Ce ressenti nous fait observer la lourdeur, la pesanteur, qui ensuite nous fait sentir la légèreté, l'expansion du corps, qui elle-même se transforme en vibration de l'énergie.
C'est la porte directe sur la tranquillité.

Corps de silence, corps de vibration ;
Ce sont des images.
L'expression "corps de silence" c'est le corps comme reflet de la Conscience.
L'expression "corps de vibration", c'est le déploiement au niveau du fonctionnement de l'énergie subtile. Elle se réfère à la réalisation du corps comme étant l'énergie propre de la Conscience.
Eric Baret
250 questions sur le yoga
almora.

vendredi 23 août 2019

Cela se fait...



Question :
" Quand je vous entends, j’ai envie de ne rien faire. Pourquoi agir, pourquoi faire une chose plutôt qu’une autre, puisque après tout il n’y a aucune raison à rien ? "
Eric Baret :
" Tout ce qui vient du manque, du désarroi, ramène au désarroi. Tout ce que l’on fait pour se tranquilliser, pour se calmer, porte en soi le germe du désarroi, de l’agitation. Quand je fais corps avec cette intuition qu'il n’y a plus rien que je veuille parce que je sais que tout ce que je pourrais vouloir me ramènera à mon désarroi, un espace de disponibilité se crée. Dans cette disponibilité, la nature des choses – qui est dynamisme-, la nature de la vie entre en action. On fait, on agit, on pense sans plus d’intention. Là, le sens sacré, le sens profond des choses devient vivant. On s’investit dans des projets qui, d’un certain point de vue, peuvent sembler absurdes, mais on le fait totalement, on le fait pour le faire. L’instant d’après, on fait autre chose. Ce ne sont plus des projets pour se trouver, mais des projets par amour. "

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jeudi 8 août 2019

Zazen ? Agir sans agir!


ImageL’exercice appelé zazen, à ne pas confondre avec l’exercice appelé méditation, n’est pas un moment d’inaction. Au contraire, zazen, comme l’exercice du tir à l’arc (Kyudo), ou l’exercice de la calligraphie, est action. Quelle action ? La réponse du maître zen a de quoi bousculer notre entendement, « Agir sans agir est le mode d’action juste ».

Il ne s’agit pas d’agir dans le but d’avancer consciemment vers un but pré-médité ; ce qui caractérise l’exercice appelé méditation. Il s’agit de se soumettre à un agir absolu qui n’est pas du ressort du Moi, lequel du matin au soir, fait mille choses.
Exemple d’un agir absolu : « En ce moment je inspire, et moi je n’y suis pour rien ».
Cette action vitale, irrépressible, jaillit selon le vouloir de l’être, de notre vraie nature. Action spontanée, irréfléchie, qui se réalise ou - plus précisément - aimerait se réaliser dans la liberté de l’être.

En ce moment je inspire (je expire) et Moi je n’y suis pour rien.
La conscience de cette expérience est pré-mentale. Je ne pense pas que je inspire ; je sens que je inspire.
Je sens, grâce à la conscience sensitive qui est antérieure à la conscience qui objective. Zazen, comme la plupart des exercices qui ont leurs racines en Orient et en Extrême-Orient, est l’occasion d’une rencontre sensorielle avec soi-même.
Toute personne qui pratique zazen est invitée à s’ouvrir à ce champ sensoriel qu’est le corps : « Leib, le tout corps-vivant dans sa globalité et son unité ». Ce qui requière l’usage de l’attention (processus propre au corps-vivant) à ne pas confondre avec la conscience ‘’de‘’ (engagée par le mental).
L’attention est pré-mentale.

Zazen, le tir à l’arc, l’art de la préparation du thé, exercices auxquels nous pouvons ajouter la pratique du Yoga, du Taï-Chi, des arts martiaux, peuvent être envisagés comme étant des chemins de libération de notre vraie nature.
La vraie nature de l’être humain, son fondement, est « Je Suis » qui est antérieur à « Je suis Moi ; Moi je suis ».
Il n’y a pas deux réalités : « Je suis » et « Je suis Moi ». Le drame de l’être humain est l’usage dénaturant de « Je suis » ordonné, agencé, par « Moi ».
Identifié à « ce cher petit Moi », ma vraie nature est trahie, exploitée. D’où cette souffrance propre à l’être humain : ne pas être celui qu’il est à l’origine, au commencement de son existence. Le Moi conditionné dénature notre nature innée, notre être essentiel comme l’appelle Dürckheim.
Zazen ? Préparer les conditions d’une concordance avec l’inné. Concordance qui se révèle dans une manière d’être au monde calme, sereine.

« Ce qui m’a touché, dès mon arrivée au Japon, est de voir qu’un maître, quel que soit l’exercice qu’il enseigne a toujours infiniment de temps intérieur. Lorsque j’ai demandé à mon maître de tir à l’arc: - Que doit-on faire pour être calme ? Il me répondit, avec un sourire malicieux: - Simplement laisser sortir le calme qui est en soi ! » (K. G. Dürckheim).
Jacques Castermane
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jeudi 18 octobre 2018

Témoignage de Michel Vaujour

À 67 ans, le « roi de la cavale », ex-braqueur multirécidiviste, publie L'amour m'a sauvé du naufrage. Il y raconte son amour pour Jamila, son épouse, ainsi que la découverte et la pratique du yoga. Aujourd'hui, il est un homme paisible.







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« C'est une blessure d'enfance qui a changé le cours de ma vie.  J'ai souffert d'avoir été abandonné par mes parents tout jeune. Mais il m'a fallu beaucoup de recul pour le comprendre. Deux ans après ma sortie de prison, en 2005, j'avais écrit un livre, Ma plus belle évasion. Si je publie de nouveau le récit de mon parcours carcéral (27 ans de prison, cinq évasions réussies), L'amour m'a sauvé du naufrage, c'est parce que je n'ai plus la même perception de mon passé.
Je sais que derrière ma fuite en avant se cachait une quête d'amour. J'étais blessé car, quand j'avais 4 ans, mes parents m'ont confié à ma tante Germaine, une femme que j'adorais et que je considérais comme ma mère. Ma sœur aînée a atterri chez notre grand-père. Ils ont gardé deux filles avec eux. Malheureusement, ma tante aimante et protectrice est morte d'un cancer quelques années plus tard : j'ai dû retourner vivre avec mes parents et subir la violence de mon père, alcoolique. Un prêtre, l'abbé Zeller, m'a pris sous son aile. C'était mon père de substitution. Il m'a aidé à sortir de ma fragilité et de ma timidité. J'ai officié à ses côtés comme enfant de chœur. Puis nous avons déménagé et j'ai fini par le perdre de vue. 
Je suis entré jeune en prison, à 19 ans. J'ai volé des voitures pour aller danser avec Zabeth, ma compagne, la mère de ma première fille. J'étais un peu rebelle mais surtout très immature. Quand j'ai été condamné à 30 mois de prison et 5 ans d'interdiction de séjour dans mon département, je l'ai mal vécu. Je me suis immédiatement placé dans le refus absolu de la peine. On me traitait comme un truand et je m'y refusais. Plus tard, j'ai été arrêté au volant sans permis. Retourner en prison, cela m'était impossible. J'y avais été écrasé, frappé, humilié, notamment par un surveillant en chef – j'en garde des cicatrices au visage. Alors j'ai fui. J'ai braqué des banques. J'ai accumulé les peines, condamné à 25 ans. Repris, incarcéré, j'ai réussi à m'évader plusieurs fois, ainsi en 1986 en hélicoptère de la prison de la Santé, avec ma femme, Nadine, la mère de mes deux autres enfants. J'étais pris dans une spirale infernale, comme en guerre contre la société. Lors d'un braquage, un policier m'a tiré une balle dans la tête, j'ai frôlé la mort. Un médecin m'a sauvé mais je me suis retrouvé hémiplégique. J'ai récupéré seul, en rampant dans ma cellule, sans rééducation.




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Parce que je voulais me faire la belle et que j'y suis parvenu cinq fois, on m'a placé en Quartier de haute sécurité (les QHS, interdits sous Mitterrand). Seul et isolé, privé de cette possibilité d'évasion, j'ai eu envie de crever. Puis j'ai compris que mort pour mort, il fallait s'arracher autrement. D'abord j'ai appris l'anglais et l'espagnol et rêvé de voyages. Puis j'ai découvert le yoga, grâce au livre de Philippe de Méric, un pionnier du yoga en France. Pour combattre mon stress, intense, je pratiquais beaucoup le sport, dans la cour de promenade et en cellule. Mais un jour, blessé à la cheville, j'ai dû rester immobilisé sur mon lit pendant deux semaines. J'ai alors repris ce livre. J'avais compris que je pouvais discipliner mon impulsivité avec cette pratique. Là, je suis allé plus loin avec le travail sur la respiration. J'ai découvert un apaisement par le souffle.
Comme dans le roman de Stephan Zweigle Joueur d'échecs, quand un homme joue contre lui-même dans une cellule, j'ai poussé de plus en plus loin dans le yoga, seul, jusqu'à atteindre un très haut niveau. À la centrale de Lannemezan, dans les Pyrénées, une prison d'où nous voyions le pic du Midi et entendions gronder les orages de montagne, si puissants, un directeur m'a permis d'enseigner le yoga à un groupe de détenus. Certains ne supportaient pas le silence intérieur. Moi, il m'a tout de suite fait du bien. J'avais une prédisposition.
Ma cellule est devenue un lieu monacal. J'ai enlevé le matelas. Je me suis imposé une discipline stricte. Religion veut dire « relier ». Yoga, réunir. Ce n'est pas très loin. Je voulais aller plus loin qu'une gymnastique. Je désirais me battre et pousser très avant. Je me suis imposé un jour de jeûne par semaine. Pour que la nourriture ne soit pas mon maître. Pour que l'on ne puisse plus rien m'enlever. Plus tard, j'ai fait une longue grève de la faim. C'est très instructif, on apprend beaucoup sur soi. Je n'ai accepté ni compromission ni distraction (surtout pas de télévision). Un mantra-yoga, c'est un peu comme une prière : il y a la même utilisation de la fixation de la pensée, qui permet la concentration.
J'ai pratiqué aussi la méditation, qui est le huitième niveau de la pratique du yoga. J'ai appris à être totalement dans la sensation. À faire passer le souffle de la narine gauche vers le poumon droit, par exemple. En projetant l'air sur les glandes olfactives, on arrive à être relié à l'inconscient. J'ai réussi à m'abstraire de mon environnement, à partir très loin, très longtemps. Placé 17 ans à l'isolement, j'ai utilisé cette solitude pour avancer sur ce chemin monastique. Je me suis imposé une hygiène mentale et laissé « coloniser » par le yoga.
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Lors de son procès à la cour d'assises de Paris, pour vol avec armes et prise d'otages (27 mai 1991)




En 1991, j'ai rencontré Jamila, une étudiante en droit. Elle a voulu me voir en prison via le service social. Nous sommes tombés amoureux. Pour avoir essayé de me faire évader, en hélicoptère aussi, elle a été condamnée et a passé cinq ans en prison. À partir de 1995, j'ai accepté, pour elle, de renoncer aux tentatives d'évasion. Je me suis mis à travailler sur des scenarii, et ouvert à l'autre à travers elle. Elle n'est pas parvenue à me faire sortir de taule physiquement, mais elle m'a fait sortir d'une autre prison : celle de ma tête. C'est la seule personne qui a su me faire me remettre en question et quitter les rails sur lesquels j'étais lancé. Pendant des années, nous nous sommes écrit de longues lettres, innombrables. Avec l'écrit, plus de temps ni d'espace. Je me suis engagé à ses côtés avec sincérité, totalement. Nous nous sommes mariés en prison. J'en suis sorti en 2003 – j'ai bénéficié de 16 ans de remise de peine grâce à une loi sur la libération conditionnelle.
Aujourd'hui, nous vivons ensemble vers Fontainebleau, près de la forêt. L'amour, c'est le cœur de tout, c'est mon Graal. Il m'a forcé à dépasser ma petite personne. Jamais je n'aurais pensé parvenir à être ce que je suis aujourd'hui. Un être heureux, qui considère que la vie est un miracle. Ce que je suis aujourd'hui découle de ce que j'étais hier, donc je n'ai pas de regrets. Je ressens un bien-être, j'ai chaud à l'intérieur : c'est la vraie vie. Je ne regarde plus en arrière. Je profite de l'instant présent avec joie. Avec Jamila, nous habitons dans un appartement sans télévision, un objet que nous trouvons infantilisant.
Jamais je n'aurais pensé parvenir à être ce que je suis aujourd'hui. Un être heureux, qui considère que la vie est un miracle.
J'ai toujours aimé la nature. Chaque jour, je vais me promener dans les bois avec notre chien, Marcus, au moins deux heures. Je m'y sens paisible. J'apprécie d'autant plus ces lieux que j'en ai été privé. Je marche sous les marronniers, je lève les yeux au ciel, je vois la lumière, les branches. C'est magnifique. 
Depuis ma sortie de prison, j'ai continué de pratiquer le yoga et la méditation. Le yoga fait partie de moi. Tous les matins je me réveille vers 5 h. J'ai besoin de silence et de solitude. Puis, vers 6 h 30, je réveille Jamila. Parfois des amis m'appellent, un peu dépressifs, pour parler. Je leur remonte le moral pendant des heures. Ma seule douleur concerne les enfants. Les miens sont très peu venus me voir en prison. Je ne les ai revus qu'une fois, en 2005, à la sortie de mon premier livre : ils m'avaient entendu à la télé et ont voulu me rencontrer. Après plus rien. C'est un manque de ne pas les voir. Mais quand j'ai quitté l'univers carcéral, j'ai eu besoin de reconstruire ma vie avec Jamila. Je n'ai pas voulu d'interaction entre mon passé et mon présent. J'aurais aimé avoir un enfant avec Jamila, un enfant désiré, mais il n'est pas venu...
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Une enfance marquée par sa rencontre avec un prêtre, l'abbé Zeller. Ici, lors de sa communion, en 1963, à Châlons-en-Champagne (Marne)
Pour être accepté dans sa famille, je me suis converti à l'islam – à une branche soufie, reliée à l'hindouisme. Je suis devenu Abdelnour, qui signifie « esclave de la lumière spirituelle » – c'est moi qui ai choisi ce nom. Mais je n'ai pas vraiment de religion, seulement un chemin de spiritualité. En haut de la montagne, tous les sentiers se rejoignent. Au final, il n'y a qu'un seul Dieu.
J'ai compris, une fois libre, la nécessité absolue d'être en accord avec soi-même. De ne pas s'encombrer la tête avec des broutilles, des petits tracas. On ne sait plus accueillir ce qui nous est offert. On oublie trop le goût des choses. Moi j'ai redécouvert le goût de l'eau. Pour ceux qui en ont à volonté, elle peut paraître insipide. Pour ceux qui en ont manqué, elle a un goût fantastique. Personnellement, j'ai eu très soif. Aujourd'hui, j'aime et je vis pour être sans regret au moment de mourir.
source : la Vie

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samedi 21 juillet 2018

Les documents audio du week-end


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Bientôt 50 ans et 9 mois d'existence.
Qui suis-je ? 
Acouphene vous laisse le choix de découvrir deux interviews.
Une pour mieux le connaître et une pour goûter un doux week-end avec Christian Bobin !
Bonne écoute.



Interviews

vendredi 9 février 2018

En chemin avec les yogis...

Ce livre offre à travers l'approche de différents maîtres un beau voyage initiatique et de découvertes :

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Il existe de nos jours un nombre impressionnant de livres consacrés au yoga dont quelques-uns sont très intéressants. Mais après plus de quarante-cinq années de pratique, d'études et d'enseignement du yoga, Pierre Alais en arrive à cette conclusion, qu'il n'y a pas de techniques quelles qu’elles soient, sans un sujet incontournable... le yogi !

C’est pour cela qu'il a écrit cette rencontre avec des yogis qui ont changé sa façon de penser, son comportement, sa vie.

Aujourd’hui, le yoga n’est plus considéré comme Voie de libération. Or le yoga est un processus de transformation intégrale.

Dans l'état d’esprit hindou et yogique, le dogme, les théories sont beaucoup moins utiles que la rencontre d’un être qui les incarne et qui les vit.

Nous rencontrerons de grands yogis comme Svami Shivananda, Svami Chidananda... les ascètes nus, les moines errants, les brahmanes... et aussi des sages comme Jiddu Krishnamurti ou Ramana Maharshi.

À travers ces yogis qu’il a connus, l’auteur témoigne de toute la sagesse immémoriale de l’Inde.

Le yoga propose une réflexion sur nos automatismes, nos croyances, dans le but de nous en libérer. Une méthode universelle, un retour à 1’Etre pour rééquilibrer cette propension de l’homme à toujours vouloir chercher le Bonheur (Ananda) à l’extérieur.

Un florilège passionnant de vies, de pratiques et d’enseignements.


Après des études de psychologie et de philosophie, Pierre Alais arrive en 1971 en Inde à l’ashram de Shivananda, « ce lieu si puissant » où il reste un an. Suivront de nombreux séjours dans ce pays où il approfondira l’esprit hindou et yogique.


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