Affichage des articles dont le libellé est pleine conscience. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est pleine conscience. Afficher tous les articles

dimanche 9 janvier 2022

Bonne santé !

 

Image

Quand je bois le thé, je ne bois que le thé, et pas les idées, car le thé est une vérité merveilleuse, et moi aussi je suis une réalité merveilleuse. Je suis là, en contact avec le thé ; ces deux merveilles se rencontrent : la vie est là, l’amour aussi, la paix aussi. Si je sais comment boire mon thé, je suis vraiment présent et le thé devient réel, non plus un fantôme. Alors vous savez comment vous préserver, préserver le thé, préserver la planète. C’est l’amour, la pleine conscience, la liberté. 

Si vous êtes emporté par l’anxiété, la peur, la colère, vous n’êtes pas libre pour boire votre thé. Alors vous inspirez, vous ramenez votre esprit à votre corps, et vous savez que vous avez un corps merveilleux. Votre corps et votre esprit sont en harmonie, vous êtes en contact profond avec vous et autour de vous. Ce n’est pas une théorie ni une philosophie, c’est une pratique. Vous pouvez chérir cette vie : alors vous savez comment protéger votre vie et celle des autres. La liberté, la fraternité, la joie, naissent de la pleine conscience.

- Thich Nhat Hanh

***************

mercredi 2 juin 2021

Zazen est différent de la méditation ! (2)

 

Aux discours et aux thèses aujourd’hui savamment élaborées à propos de la méditation, le maître zen préfère l’exercice de la contemplation silencieuse dans une attitude d’accueil.

Contempler quoi ? Accueillir quoi ? Voici l’explication, que donne le bouddha historique, Siddharta Gautama (qui n’était pas bouddhiste) à celles et ceux qui lui demandent ce qu’il fait lorsqu’il se retire dans la forêt pour s’exercer ? 

Réponse : « Aña Paña Sati » !

« Aña Paña Sati » ?  Cet aphorisme signifie précisément : exercer la pleine attention {Sati} sur le fait ... infaisable, qu’en ce moment j’inspire {Aña} et  sur le fait ... infaisable, qu’en ce moment  j’expire {Paña}. 

C’est tout ? Oui. Et c’est suffisant et satisfaisant ; ce qu’on ne peut découvrir qu’en s’exerçant. 

Lorsqu’il était au Japon, pratiquant régulièrement zazen à côté d’un moine zen d’un certain âge, Graf Dürckheim lui demande « Vous pratiquez zazen depuis plus de cinquante ans ; que faites vous au cours de cet exercice après tant d’années de pratique ? »  

Connaissant bien son voisin occidental et n’étant plus étonné de ce genre de questions qui caractérise la mentalité de l’homme occidental, c’est en souriant qu’il répond « Ah, il me faut vous dire que c’est difficile. Je fais de mon mieux pour ne rien faire et laisser le souffle aller et venir de lui-même (Aña Paña Sati) et lorsque j’y arrive... tout en moi se calme ! ».

Une autre fois, sortant de l’exercice, ce vieux moine s’exclamait « Quel miracle ! Quel mystère ! ... Je respire ! ».

À ceux qui verraient dans ces confidences du subjectivisme, de l’imaginaire, du sentimentalisme, de l’irrationnel, je propose l’exercice suivant : « Arrêtez de respirer ! ». 

 

Image

Tout en moi se calme !

Le mot CALME, qui n’est pas un mot mais une manière d’être au monde en tant que personne, revient sans cesse dans les indications proposées par les maîtres zen.

Au 6ème siècle, le maître Ch’an Hui-Neng décrit son enseignement en disant : « Ma méthode est le calme et la sagesse. Là où est le calme est la sagesse ; là où est la sagesse est le calme ».

Au 13ème siècle, aux moines qui pratiquent zazen, maître Dogen (fondateur de l’école Soto-Zen) pose régulièrement cette question : « Si vous ne trouvez pas le calme ici et en ce moment, vous le trouverez où ? et vous le trouverez quand ? »

En 1950, dans son premier ouvrage -Le Japon et la culture du silence- Graf Dürckheim écrit :  «L’homme occidental n’a peut-être jamais aspiré au calme avec autant de nostalgie ».

 

Il ne faut pas avoir étudié la sociologie, la psychologie ou être spécialisé dans les sciences du cerveau pour observer que ce qui manque le plus à l’homme actuel est le calme intérieur, la confiance et la simple joie d’être. Il suffit de se regarder, sans faux fuyant, pour diagnostiquer que nous avons pris distance avec notre état de santé fondamental dont ces qualités d’être sont les symptômes.

« Lorsqu’on pratique zazen, le corps prend la forme du CALME ! » ( Hirano Katsufumi Rôshi)

 

Zazen est différent de la méditation

Lorsque, en 1967, pratiquant zazen depuis quelques mois, je demande à Graf Dürckheim s’il peut me donner une bonne raison pour pratiquer zazen quotidiennement il répond : « Oui,  parce que c’est l’heure ! ». 

Cette réponse, catégorique (qui, je l’avoue, ne m’a pas immédiatement séduit), engramme d’une manière définitive que l’exercice appelé zazen est pratiqué SANS but. Une autre fois le vieux sage de la Forêt Noire m’avait dit « Si on vous pose la question “à quoi ça sert de pratiquer zazen ?”, répondez : à  RIEN ... à rien pour l’ego ! ».  

Ne pratiquez pas zazen en étant animé par l’esprit d’acquisition ou l’esprit de performance. Zazen n’a qu’un but : « L’éveil de l’homme à sa vraie nature en tant qu’être humain, à ce que j’appelle son être essentiel ; la vraie nature de l’être humain n’est pas l’ego ».    

Il est important de différencier notre moi mondain et notre vraie nature. Ensuite il s’agit de se poser la question, comment unifier ces deux pôles de notre humanité. 

 

Image

Pratiquez zazen SANS but !
 

Je suis fasciné par la liste des CENT bienfaits promis aux personnes qui pratiqueront la Mindfulness Meditation. Il a dans cette promesse, qui a la saveur des publicités propres à la société de consommation, de quoi éveiller l’intérêt de l’ego toujours avide d’avoir plus, de savoir plus, de pouvoir plus.

« On ne pratique pas zazen pour guérir LE moi qui souffre mais pour guérir DU moi qui est la cause de la souffrance propre à l’être humain » (K.G. Dürckheim). 

Méfions-nous de nos représentations mentales  lorsque nous entendons un son ; par exemple le son SANS ou le son CENT ! « Le mental ment monumentalement » écrit Jacques Prévert.

Alors ! Pratiquez physiquement zazen ; sans attendre de comprendre comment faire zazen. «  Qui va me permettre de comprendre comment faire zazen ? Qui va me permettre de comprendre à quoi bon pratiquer zazen ?» Ces questions, il est vrai, trahissent la  mentalité  de l’homme occidental. Lorsque vous pratiquez un exercice comme zazen, le tir à l’arc, l’art du thé, la calligraphie, l’Aïkido, le maître de l’art (à ne pas confondre avec ce qu’on appelle un coach) vous invite, tout au début de votre entraînement, à remplacer le verbe -comprendre- par le verbe ... AVALERParce qu’il ne s’agit pas de comprendre un exercice afin de pouvoir le faire. Il s’agit de l’intégrer. Tous les enfants, autour de leur premier anniversaire, se mettent à marcher. L’enfant n’attend pas de comprendre comment faire un pas pour le faire ; il fait ce que jusque-là il était incapable de faire. L’enfant (que nous avons été) apprend à marcher en marchant !  On apprend zazen en pratiquant zazen.  

Alors ? Faites-le !  Sans attendre de comprendre comment et pourquoi. Une fois assis, intégrez physiquement cette action qui engage le tout corps vivant que vous êtes dans sa globalité et son unité. Contemplez l’acte de respirer ; ce geste infaisable – signature de la vie qui nous fait vivre-. « En ce moment, pour ce moment, j’inspire ... et moi je n’y suis pour rien ! En ce moment, pour ce moment, j’expire ... et moi je n’y suis pour rien ».

Je vous souhaite bon entraînement !


Jacques Castermane

----------

vendredi 7 avril 2017

La Méditation de pleine attention avec Jacques Castermane

Image
La méditation, proposée par Dürckheim à son retour du Japon (1947), est un exercice indissociablement corporel et spirituel. Il s’agit « du corps que l’homme – est –, cet ensemble de gestes, d’attitudes, à travers lesquels l’homme prend forme et se réalise ». (K.G.D.)

Il s’agit de la méditation sans … préméditation ! Méditation sans objet et sans but. Mais alors, à quoi bon méditer ? Parce que méditer sans but n’est pas sans effet… Comment apprendre à méditer ? Il n’est possible d’apprendre à méditer qu’en méditant. 
Pas besoin d’un savoir ou d’un savoir-faire préalable. De la même manière que l’enfant de quinze mois (que chacun de nous a été) n’apprend pas à marcher afin d’arriver à marcher ! L’enfant apprend à marcher … en marchant selon les intentions du corps vivant (Leib). Rien de plus simple. 



Image
Commencez ! Il suffit de s’asseoir dans la tenue et la forme la plus juste qui soit pour un être humain et, dans l’absolue immobilité, sentir le va-et-vient du souffle, ce geste de la vie qui participe à l’acte de vivre sans que « moi » (le moi pensant, le mental) y soit pour quelque chose. C’est à travers la pleine attention, à ne pas confondre avec la conscience ‘’de‘’, que la méditation va vous apprendre à devenir celui, celle, que vous êtes au plus profond de l’être. 

Voici ce que Dürckheim nous disait, lorsqu’il accompagnait celles et ceux qui, avec lui, pratiquaient la méditation de pleine attention pour la première fois ou depuis vingt ou trente ans : 
« La beauté d’un geste a deux sources : le geste inné ou le geste parfaitement maîtrisé. Dans les deux cas le geste n’est pas, ou n’est plus, un « fait » par l’homme. C’est une action qui émane de sa vraie nature, de sa propre essence, et exprime la vérité profonde de celui qui la réalise » 
« La beauté d’une attitude a deux sources : l’attitude innée ou l’attitude parfaitement maîtrisée. Dans les deux cas l’attitude n’est pas, ou n’est plus, un « fait » par l’homme. C’est une action qui émane de sa vraie nature, de sa propre essence, et exprime la vérité profonde de celui qui la réalise » 
« La beauté de la forme a deux sources : la forme innée ou la forme parfaitement maîtrisée. Dans les deux cas la forme n’est pas, ou n’est plus, un « fait » par l’homme. C’est une action qui émane de sa vraie nature, de sa propre essence, et exprime la vérité profonde de celui qui la réalise ».


-------



mardi 7 février 2017

L'être essentiel avec Jacques Castermane


Qu’est-ce que la méditation de pleine attention m’a appris ?

Image
A reconnaître un niveau d’être dont personne ne m’avait parlé avant de rencontrer Graf Dürckheim. Dès mon arrivée en Forêt Noire, où j’allais vivre pendant cinq ans et où je retournerai chaque mois pendant plus de quinze ans, il m’a dit et répété : « M’intéresse l’être humain dans sa profondeur, dans son être essentiel. L’homme est appelé à découvrir en lui-même cet être essentiel qui transparaît dans certaines expériences ».


Qu’est-ce que c’est ça l’être essentiel ?
Voici la réponse qu’il ma donnée à cette question que je n’ai pas manqué de lui poser :
Vous ne pouvez pas poser cette question : qu’est-ce que c’est "ça" l’être essentiel ; parce que ce n’est pas un -ça-. Mais chaque être humain a la chance de vivre une expérience au cours de laquelle il se sent être celui qu’il est au fond ; les maîtres zen parlent de la vraie nature de l’être humain.
C’est lorsque l’homme s’enferme dans une coquille, partout désignée comme étant l’ego, que l’homme souffre de cette maladie qui lui est propre : l’angoisse et les états qui l’accompagnent (soucis, inquiétude latente, peur souterraine, agitation).


Vous pouvez dire quelque chose de cette expérience ?
Chacun peut reconnaître des moments de joie qui alternent avec des moments de tristesse ; un état d’être confiant qui alterne avec un état d’être méfiant. C’est le lot de l’ego (indissociable du mental) que d’être soumis à ces mouvements pendulaires : calme / agité ; patient / impatient ; alerte / indolent ; tranquille / énervé. La liste de ces humeurs variables est longue. Aux deux bouts il y a d’un côté la dépression et de l’autre le burn-out.
En même temps, bon nombre de femmes, d’hommes, de jeunes-gens, de vieillards reconnaissent qu’il leur est arrivé d’être porté, saisi, emporté, ne serait-ce qu’un moment, par un vécu intérieur d’une qualité inhabituelle ! Un calme intérieur qui n’est pas simplement le contraire de l’agitation ; un silence intérieur qui n’est pas le contraire du bruit ; une paix intérieure qui n’est pas le contraire de l’agitation mentale.
Image
Qui oserait dire qu’il n’a jamais connu ces moments au cours desquels, sans raison aucune, on est plongé dans une atmosphère intérieure étrange et, en même temps familière. Familière parce qu’elle nous rappelle notre petite enfance. Un de mes enfants, il devait avoir quatre ans, me disait « C’est dommage papa, je ne me sens plus tout ‘’rond ‘’ comme quand j’étais petit » ! Il reconnaissait qu’il ne vivait plus en étant – un – avec sa vraie nature, dans un état d’être essentiellement là. Jung a raison : « La première moitié de l’existence consiste à tomber dans un trou ; l’autre moitié consiste à en sortir ! »


Ces expériences sont le but de méditation ?
Non. L’exercice de la méditation prépare les conditions qui permettent et favorisent l’éveil à notre vraie nature. Et, ce faisant, d’arriver à vivre dans le monde qui est le nôtre aujourd’hui (sans attendre qu’il ait changé) en nous appuyant sur notre vrai point d’appui : notre être essentiel, domaine du calme, de la confiance, de l’équilibre intérieur.


Jacques Castermane
***


dimanche 16 octobre 2016

Méditation pour les étudiants


Un cours obligatoire de méditation... même si la méditation est plus que cela... c'est déjà ça :




****


samedi 16 avril 2016

L'énergie de l'habitude avec Thich Nhat Hanh


Pour permettre à l’énergie de la pleine conscience de faire son travail en vous, il est capital que vous pratiquiez régulièrement la pleine conscience, aussi bien en marchant que sur la respiration. 


ImageDès que vous remarquez que l’énergie de l’habitude est à l’oeuvre en vous, continuez à respirer normalement, reconnaissez-la et dites : «Bonjour, mon énergie de l’habitude. Je sais que tu es là, mais je suis libre. Tu ne vas pas réussir à me pousser encore une fois à dire ou faire de telles choses.» C’est de cette façon-là que vous pouvez réaliser un mode de réaction différent : en créant une bonne énergie de l’habitude en remplacement d’une mauvaise énergie de l’habitude. 

Notre bonheur dépend beaucoup de la qualité de nos relations, que ce soit avec nous-même ou avec le monde extérieur. 
Il advient que l’énergie de l’habitude nous pousse à nous maltraiter, ou bien à maltraiter quelqu’un d’autre. Nous devons nous traiter avec respect, avec tendresse, avec compassion. 

Cela est extrêmement important, parce que si nous avons du respect pour notre propre corps et nos propres sentiments, nous saurons témoigner tout autant de respect envers les autres. 
C’est de cette façon-là que la paix, la liberté et le bonheur se développeront dans notre monde. 

Chacun de nous peut contribuer à ce développement. Il suffit pour cela d’un peu d’entraînement. 
Avoir un ami pratiquant la pleine conscience est certes une chance. Lorsque deux personnes pratiquent ensemble, il y a la possibilité d’un soutien mutuel : en marchant, en respirant, en mangeant, etc., elles cultivent de concert l’énergie appelée pleine conscience. 

 Thich Nhat Hanh 
Soyez libre là où vous êtes


vendredi 15 avril 2016

Les rides de l'esprit posé sur le calme de l'eau...


voir la vidéo


Un instructeur de méditation veut faire réagir les participants pendant une séance. Il lève un verre d'eau, tous s'attendent à l'habituelle question du verre à moitié plein ou à moitié vide. Mais à la place, il demande, sourire aux lèvres : "Quel est le poids de ce verre?" Chacun y va de sa réponse, entre 15g et 400g. 

 L'instructeur reprend alors la parole : " Le poids réel importe peu. Tout dépend du temps passé avec le verre dans votre main. Si je le tiens une minute, il n'y a aucun souci. Si je le tiens une heure, je vais avoir mal au bras. Mais si je le tiens ainsi toute la journée, je peinerai et mon bras finira engourdi et incapable de plus bouger. Or dans chacune de ces situations, le poids du verre ne change pas, mais plus je passe de temps à le garder dans ma main, plus il semble lourd. 

Le stress et les soucis dans nos vies sont semblables à ce verre d'eau. Si vous y pensez juste un bref instant, cela passe. Si vous les gardez à l'esprit plus longtemps alors ils commencent à vous faire souffrir. Mais si vous les ruminez toute la journée et vous finirez engourdis, paralysés, incapables de faire quoi que ce soit." 

 Je vous invite à déposer le verre!


(extrait de Petit Bambou)

jeudi 8 octobre 2015

L'attraction pour la méditation par Jacques Castermane


L’attraction phénoménale pour le mot méditation est certainement un événement positif. A la fin du siècle dernier la personne qui disait pratiquer la méditation était aussitôt suspectée d’être membre d’une secte.

ImageAujourd’hui le mot méditation, loin d’être tabou, est en première de couverture des magazines, il fait le titre du J.T. de vingt heures, les radios lui consacrent de nombreuses émissions ; quand aux maisons d’éditions elles ne peuvent que se féliciter d’un tel engouement. Mais un tel emballement pour la méditation oblige à se poser trois questions : ce qui est pratiqué, dans quel but, et par qui est enseigné cet exercice.

Méditer ! Concrètement, cela consiste en quoi ?

A cette question, André Comte-Sponville répond : « C’est un exercice indissociablement corporel et spirituel. » (1) Voilà dit ce qui ne l’est que rarement.
Spirituel ? Un mot qui désigne l’universel devenir qui nous porte et nous emporte : être !
Le corps ? Non pas le corps disséqué, fragmenté, analysé dans les laboratoires (le corps objet) mais le corps vivant (Leib) qui respire et qui, à travers notre attitude, nos gestes, exprime dans quelle mesure notre vie intérieure est épanouie, ample, joyeuse, calme ou agitée, amère, morose, déprimée.

En 1947, à son retour du Japon, K.G.Dürckheim (docteur en philosophie) propose à l’homme occidental la méditation de pleine attention (Achtzamkeit Meditation).
« Lorsque j’étais au Japon j’ai rapidement perçu que la méditation est l’art de cultiver la plénitude intérieure, le silence intérieur, le calme intérieur. Au cours de cette méditation sans objet, l’attention est portée à la couche la plus profonde de l’être ; là ou la véritable nature d’un être s’accomplit. Et cet accomplissement se manifeste alors directement sur le plan humain dans une autre manière d’être au monde. »
Image

Depuis plus de vingt-cinq siècles, la méditation de pleine attention, a sillonné les terres de l’Orient et l’Extrême-Orient, dans un but : « l’épanouissement de l’être humain » qui a sa source dans l’expérience de cette part de lui-même encore trop souvent ignorée, —sa propre essence—, son —être essentiel—. Mais aujourd’hui, sous prétexte d’occidentalisation, de scientifisation, de laïcisation, est proposée une méthode pour laquelle le mot méditation ne me semble ni justifié ni légitime.
Ainsi, lorsque je lis les promesses faites par les promoteurs de « l’étatsunisation de la méditation » je suis inquiet : « La pratique de la méditation garanti un gain d’efficacité et un surcroît de performance … la méditation vous permet de faire face aux exigences imposées dans le milieu du travail, de supporter le stress sans tomber malade … la méditation vous permet de retrouver le sommeil lorsque vous êtes surmené ».

Réduire la « méditation » — exercice fondamental dans la plupart des écoles de sagesse —, à de telles visées pragmatiques est un non-sens ! Vue sous cet angle la « méditation » aurait donc pour but de continuer à vivre d’une manière inepte, sans plus souffrir des symptômes qui révèlent cette manière absurde de vivre ! Attitude inintelligente qui ne sera pas sans dommage pour la santé.

Alors, quelle forme de méditation choisir ? A chacun de décider après s’être posé ces trois questions : ce qui est pratiqué, dans quel but et par qui ? 

 (1) André Comte-Sponville – « C’est chose tendre que la vie » Albin Michel -2015- ; pages 229 et suivantes

vendredi 4 septembre 2015

Quelle est la richesse du moment présent ? avec Jacques Castermane


Il nous faut avouer que nous semblons préférer penser notre vie ou rêver notre vie plutôt que de vivre notre vie d’instant en instant. Se laisser emporter - en pensée - dans le passé qui n’est plus ou dans le futur qui est à venir (peut-être) est la cause première d’une vie intérieure agitée. Lorsque le mental (mind) devient cette puissance autonome qui fabrique sans cesse des idées d’espace et des idées de temps, il devient le domaine du souci, de l’agitation, du stress, de l’inquiétude et de cette angoisse souterraine qui conduit à une consommation abusive d’anxiolytiques.
Image

L’intuition qu’il est possible de guérir, de cette maladie qui est propre à l’être humain, engage aujourd’hui bon nombre de personnes à la pratique de la méditation. Cependant, le sens de la demi-heure quotidienne consacrée à l’exercice de la pleine attention devrait nous inciter à exercer la pratique méditative dans le quotidien.

Il s’agit, comme pour l’exercice appelé zazen, d’une rupture avec notre manière d’être habituelle dans tout ce qu’on fait. Le quotidien comme exercice, c’est apprendre à voir et à vivre la coïncidence de trois évènements. Quelle que soit mon action, elle est réalisée dans l’espace-vécu et le temps-vécu. « Ici et maintenant » je fais le pas qui participe à mon déplacement d’un bureau à l’autre, de mon domicile au parking. « Ici et maintenant » je prépare le café, je beurre la tranche le pain, je lève le bol en direction de mes lèvres.

Ici et maintenant - Hic et Nunc - ! Invitation à, non pas s’ancrer mais à se couler dans la réalité présente. Il n’est rien de statique dans cet adverbe d’espace associé à cet adverbe de temps qui s’adjoint à tout verbe d’action.


Image
Que ce soit au cours de la méditation de pleine attention ou dans la pratique méditative dans le quotidien il faut éviter, à tout prix, de vouloir « fixer » l’attention. L’attention, fonction du corps vivant (Leib) coule ... coule ... comme la respiration coule. Ce qu’on appelle le moment présent, coule... coule ... comme l’eau du ruisseau coule. C’est le mental, la conscience « de », qui fixe ce qui ne peut être fixé. Méditer, c’est demeurer dans le non situé. Voilà encore une rupture avec notre manière d’être habituelle, notre manière de faire habituelle et notre manière de voir habituelle.

Comme quiconque, longtemps j’ai pensé que ma vie commencerait véritablement lorsque la vaisselle sera terminée ... lorsque j’aurai répondu au courrier... lorsque j’aurai fini de tondre la pelouse. Jusqu’au jour où m’a été posée cette question : « Quelle est la richesse du moment présent ? ». Il m’a fallu me poser cette question souvent, très souvent, pour que, tout à coup la réponse fuse du plus profond de moi-même : « La richesse du moment présent ? C’est celle que je lui donne ! ».

Jacques Castermane

samedi 8 août 2015

Rencontre avec Minh Tri Vô (3)


Sans souffrance, il n'y a pas de lotus, symbole de clarté et de pureté dans le bouddhisme. L'éveil vient de nos erreurs et de nos afflictions. Si nous les rejetons ou refoulons, nous n'avons plus de matière à transformer pour atteindre un bonheur véritable. À mon arrivée en France, je pensais avec tristesse à mon pays en guerre. Les douloureux événements auxquels nous avions assisté m'ont en fait permis de réaliser la chance que nous avions de vivre dans la paix en France aujourd'hui. Le mal-être a des causes. S'il y a des causes, je peux les faire disparaître ou du moins travailler à me porter mieux. C'est ce que nous appelons les Quatre Nobles Vérités, dont l'une, le Chemin octuple, comporte huit branches. L'une d'elles s'appelle la pleine conscience. L'absolu n'existe pas dans le bouddhisme. Chaque jour, nous devons veiller à fuir les extrêmes.
Image

Tout est impermanent. S'il y a continuité, c'est que nous l'entretenons. Si je cesse d'aller à la maison de l'Inspir, son énergie collective n'arrivera plus à moi. Notre mental, à l'image de notre corps, n'est pas immuable. Il évolue, même après la mort charnelle. Petite fille, j'entendais ma mère et ma grand-mère, toutes deux imprégnées du bouddhisme populaire, me dire de faire attention, de bien me comporter, au risque de me transformer en buffle ou en cafard dans une vie future. Avec le temps, je me suis affranchie de ces grades de vies ou désignation conventionnelles. Catégoriser est humain. Le Vénérable nous incite à ne pas trop réfléchir à l'après mais à vivre bien sur terre pour assurer notre continuation. Il nous inscrit dans le moment présent. Je ne crois pas en la réincarnation, comme transposition d'un bloc à un autre bloc. Je la vois comme la désintégration d'une plante : lorsqu'elle meurt, elle devient compost. Ce compost va pénétrer la terre, porteuse d'une graine elle-même source de vie. La plante devient ainsi une nouvelle matière vivante. Dans le bouddhisme il n'y a pas de début, ni de fin, tout se désintègre et tout, de nouveau, renaît, pour prendre un jour une nouvelle manifestation.

Pour moi, le Nirvana n'est pas un idéal inaccessible. Il m'arrive dans la journée d'y goûter quelques minutes, grâce à la pleine conscience. Il est cet état mental où l'esprit se trouve libéré de toutes notions : le juste, le pas juste, le long, le court, le faible, le fort, le temporel, l'espace, et sur un plan plus terre à terre : « Est-ce que je gagne assez d'argent ? Suis-je assez jolie, célèbre ? »... tout est éteint, dans un esprit silencieux. Mais cet état est éphémère. Une ou deux minutes sont déjà un miracle de la vie, que je vais également savourer dans le chant d'un oiseau, ou le bruissement des feuilles d'un arbre. Ce miracle de la vie, je l'ai aussi réalisé avec la survenue de mon cancer, il y a quelques années. Cette maladie m'a placée face à ma réalité et m'a bouleversée dans le sens où j'ai réalisé que j'étais vivante. Depuis, je mène une vie beaucoup plus simple et accepte avec plus de sagesse les contrariétés du quotidien.

Dans le bouddhisme que je pratique, nous saluons toute personne comme un Bouddha en devenir, car porteuse d'une faculté d'éveil qui doit se réaliser sur terre. Cela fait longtemps que j'ai lâché prise sur le Nirvana futur, éternel, perpétuel. Je m'intéresse avant tout à l'ici et au maintenant. Il n'y a pas de chemin vers le bonheur. Le bonheur est le chemin.

Les étapes de sa vie
1949 Naissance à Dalat (hauts plateaux du Vietnam).
1970 Part en Belgique. Mariage dont naîtra une fille.
1980 S'installe en France.
1994 Rencontre Thich Nhât Hanh au Village des Pruniers (Lot-et-Garonne).
1996 S'engage dans l'ordre de l'Inter-Être.
ImageDepuis 2004 Vice-présidente de l'Union bouddhiste de France.


> La cloche de la pleine conscience
« Je fais tinter cette cloche une fois par jour, pour un ancrage dans le moment présent. L'éveil est en effet constitué de l'énergie de pleine conscience. Plusieurs gathas, qui sont des petits poèmes, peuvent accompagner son tintement. Je prononce en même temps : "J'écoute, j'écoute. Ce son merveilleux me ramène à ma vraie demeure." Mais, comme nous l'enseigne le Vénérable, toutes les autres cloches et bruits du quotidien sont un moyen de nous ramener ici et maintenant : la sonnerie du téléphone, la cloche de l'église, les klaxons, le chant d'un oiseau... »



source : La Vie

jeudi 6 août 2015

Rencontre avec Minh Tri Vô (1)


Je n'oublierai jamais ma rencontre avec le vénérable Thich Nhat Hanh. Elle eut lieu en 1994, au Village des Pruniers (Lot-et-Garonne). En présence de ce maître zen, j'ai instantanément senti une nouvelle naissance germer en moi. Naissance tournée vers un éveil au miracle de la vie. Vie qui, jusqu'alors, était dirigée en pilote automatique et guidée selon un objectif : réussir dans les affaires. Je vivais en France depuis près de 15 ans. Deux mariages, la naissance d'une petite fille, la création de deux entreprises... Mon existence s'accordait au rythme d'une locomotive trépidante. Quatre ans avant ma rencontre avec Thich Nhât Hanh, j'étais retournée dans mon pays, le Vietnam. Quel choc ! La jeune ambitieuse que j'étais se voyait tout à coup comme telle, face à une population encore enlisée dans la souffrance. À mon retour en France, une seule chose m'est apparue clairement : je me devais de calmer ma vie, de poser vraiment mes valises.
Image

Le bouddhisme de mes parents me paraissait bien poussiéreux à cette époque. Peu à peu, je l'avais délaissé. Petite, j'accompagnais ma mère, héritière de la branche Terre pure, école Mahayana - laquelle comporte une branche zen -dans les pagodes. Et tous les mois, nous ne manquions pas de manger végétarien les jours de pleine lune et demi-lune. Très rapidement, je fus outrée par ses récitations effrénées de soutras, alors qu'elle ne les comprenait pas. Outrée aussi de la voir se réfugier dans les prières plutôt que de se révolter contre son mari incompréhensif et brutal.. Mon regard a changé depuis : cette pratique assidue l'immergeait dans un éphémère oasis de paix. Malgré un climat de guerre, mon enfance, passée dans les hauts plateaux du centre du Vietnam, fut paisible et insouciante avec mes six frères et soeurs. Jusqu'à l'âge de 18 ans, j'ai été scolarisée au lycée français, puis je suis partie en Belgique étudier les sciences économiques. Petit à petit, une soif s'est ouverte en moi, et m'a conduite vers des lectures philosophiques et spirituelles. Mais les affaires ont enseveli cette aspiration dormante, jusqu'à mon retour au Vietnam, et la prise de conscience qui s'en est suivie. Quatre ans plus tard, je rencontrai enfin celui qui allait être mon maître.

L'appel fut si fort que j'ai envisagé de devenir nonne. Au final, j'ai réalisé que pratique et vie laïque n'étaient pas incompatibles. Deux ans après ma rencontre avec Thich Nhat Hanh, je me suis ainsi engagée dans l'ordre de l'Inter-Être, communauté de moines et de laïcs, et ai prononcé le voeu de réciter, suivre et pratiquer les quatorze entraînements à la pleine conscience tous les mois. Le jour où je ne pratique plus, mon engagement perd de son sens. J'ai besoin de me retirer régulièrement à la maison de l'Inspir, un monastère en région parisienne, et directement lié à celui du Village des Pruniers. Besoin de ces coupures où je ne fais rien d'autre que pratiquer la pleine conscience. Puis, retournée dans ma vie quotidienne, je tente de poursuivre cette pratique du lever au coucher du soleil. Tout est une question d'énergie et d'habitude...

vendredi 10 avril 2015

Armelle Six : rencontre sans préjugés et pleine conscience (3)

Image
Armelle Six
 (un extrait d'une émission au Québec)
21 min.
 

"Je sors et des larmes coulent, mon coeur brûle ... Waw... La vie! Le soleil, les gens qui vont au boulot...
Je me sens vraiment toute neuve... 
Belle journée dans la simplicité d'un merveilleux sourire échangé avec un ouvrier tout étonné! "



mercredi 1 avril 2015

Nous sommes aujourd’hui confrontés à un usage intempestif du mot « méditation » par Jacques Castermane



Image
Pendant vingt-six siècles, comme un long fleuve tranquille, la pratique de la médiation sans objet a irrigué les terres de l’Orient et de l’Extrême-Orient. En dépit de ce qui les différencient, les voies de sagesse qui proposent l’exercice de la méditation de pleine attention (Vipassana, Chan, Zen) avouent un seul but : « L’éveil de l’être humain à sa vraie Nature ». Parce que l’accomplissement de - notre nature essentielle – est la meilleure et sans doute la seule approche des qualités d’être qui témoignent de notre état de santé fondamental : La paix du corps, la paix de l’esprit, la paix de l’âme.

Si l’approche intellectuelle de la tradition bouddhiste en Occident date du dix-huitième siècle, la pratique de la Méditation de Pleine Attention est récente. C’est en 1947, à son retour du Japon, où pendant une dizaine d’années il s’est plongé dans le monde du Zen, que K. Graf Dürckheim (docteur en philosophie et en psychologie) va proposer cette pratique méditative jusque-là inconnue en Europe. Voici comment, en 1973, il présente son expérience japonaise et son expérience de la méditation devant un parterre de huit cents psychiatres, psychanalystes et psychothérapeutes lors d’un congrès à Lindau : « Je voudrais d’abord dire que ce que nous entendons jusqu’à aujourd’hui par thérapie n’en est en fait qu’une moitié ! C’est la thérapie pragmatique, utile à l’homme parce qu’elle lui permet de mieux fonctionner dans sa vie existentielle. Mais il existe une autre thérapie, qui n’a rien à voir avec notre fonctionnement dans le monde mais avec notre vie intérieure et notre propre fonctionnement intérieur ; une thérapie qui s’emploie à nous introduire dans un espace jusqu’ici trop souvent ignoré : « notre propre essence (Wesen)! »

Le message est clair. Pour Dürckheim, la Méditation de Pleine Attention est un exercice qui a pour but unique l’éveil de l’être humain à sa vraie nature. Notre vraie nature ? Ce que Dürckheim appelle notre être essentiel, n’est autre que ce qui nous est accordé à la naissance. Notre vraie nature est ce qui nous est le plus familier. Mais combien peu d’attention est accordée à ce champ d’action, ce champ d’expérience, ce champ de conscience qu’est le « Corps vivant (Leib)».
Image

Dans la suite de son exposé au Congrès de Lindau, Dürckheim souligne l’importance qu’il donne au corps que l’homme « est » dans ce qu’il appelle l’autre moitié de la thérapie. C’est au Japon, dans la pratique du tir à l’arc traditionnel qu’il fait l’expérience que « L’être s’accomplit dans les actions du corps ». Autrement dit, « L’être n’est ni dans le corps ni hors du corps ; le corps vivant est l’être qui se réalise et s’accomplit selon ses propres lois, selon l’ordre des choses (Tao). »
A toute personne intéressée par la pratique méditative, Dürckheim va rappeler l’importance donnée à la tenue (expression de cette action de l’être qu’est l’élan vital), à la forme (résultat du juste rapport entre tension et détente), à la libération de la respiration (cette intention de l’être qui — comme la tenue juste et la forme juste — n’est pas du ressort du Moi).

La Méditation de pleine attention mérite mieux que d’être utilisée dans la perspective illusoire de transformer « Je suis Moi » en un autre « Je suis Moi » ! Je suis Moi n’est pas ma vraie nature ! Le moi conscient de lui-même qui sans cesse fait retour sur lui-même par la pensée devient l’obstacle à la réalisation de notre vraie nature et devient la cause de la souffrance qui est propre à l’être humain. L’autre moitié de la thérapie ne s’oppose pas aux thérapies pragmatiques ; elle s’adresse à l’homme qui perçoit qu’une grande part de sa souffrance (qu’il soit malade ou en bonne santé) est due au fait qu’il vit dans l’ignorance de ce qui est le fondement de son existence : sa vraie nature.

mercredi 4 mars 2015

Zazen est terminé, l’exercice continue...

Que peut-on attendre d'une retraite en silence au Centre Dürckheim ?
Attendre ? Rien ! Mais le plus souvent la personne qui participe à une retraite fait l’expérience de ce qu’elle n’attend pas. Voici le récit que fait une participante au lendemain de son séjour au Centre :

Image
« La méditation de pleine attention, est une rupture avec notre manière d’être et de faire habituelle ». Rupture avec notre quotidien, nos habitudes. C’est, de fait, l’occasion de se regarder être. Et de constater que, le plus souvent, nous n’agissons pas, nous réagissons : réactions mentales, émotionnelles, physiques...

« La méditation de pleine attention est un exercice sur la voie de l’action ». ‘’Action ‘’ : ce mot que je fais habituellement rimer avec précipitation et multiplication d’expériences se résume ici à ce que vit mon corps dans l’immobilité. Cela me paraîtrait fou si je n’étais pas en train de le ressentir à travers ma respiration et mon léger balancement qu’elle provoque naturellement. Mais voilà que les pensées m’assaillent, envie de bouger, des fourmis dans les pieds...
Image

« L’ego n’aime pas cette rupture avec son fonctionnement habituel ». Alors il intervient : les pensées, de nouveau, nous habitent, inutiles. Pour arrêter leur flux, il nous faut retrouver l’attention à la respiration. Et, sans cesse, « tout reprendre à zéro ». L’expression me rassure : elle me rappelle qu’il est toujours possible de revenir au calme. Entre deux séances de vingt-cinq minutes de zazen, cinq minutes de kin-hin : l’expérience est la même, mais se vit debout, en marchant lentement. Très lentement. Dans une lenteur que je ne mesure plus, je tente de me laisser porter par le balancement d’un pied sur l’autre, doucement, je sens que chaque jambe travaille intensément, hanches, fesses... Coureuse de fond, j’apprends à marcher.

« Zazen est terminé, l’exercice continue », invite Jacques Castermane. À l’extérieur du dojo, en préparant le repas, en dressant la table, en balayant la cour, je m’efforce de rester dans cette pleine conscience, attention précise à chaque action – qui, de fait, est lenteur. Étonnamment, cela ne me demande aucun effort : je n’ai pas la sensation de me contraindre à ralentir, mais de suivre un rythme interne qui tombe juste. Mon rythme. Je me sens bien. Après quatre jours au Centre Dürckheim, je ne suis plus moi. Ou, plutôt, j’ai l’impression d’être moi comme jamais. D’avoir été remise à l’endroit, de marcher vraiment, de respirer vraiment. Quelque chose comme un retour à l’essentiel qui rend impensable toute nouvelle fuite en avant.



voir aussi les propos de Anne-Laure Gannac: "Le jour où j'ai décéléré", 
Psychologies magazine, juin 2011


vendredi 6 février 2015

Méditer pour témoigner que, là où nous sommes, le monde peut encore être en ordre !

Les événements cruels qui, ces dernières semaines, ont bouleversé notre conscience remettent brutalement en question notre être au monde. A l'heure où se passait ce fait abject, j'étais entouré d'une trentaine de personnes participant à une semaine de pratique de la méditation. Est-il légitime de prendre le temps de méditer dans un monde où, comme on l'observe quotidiennement, les fausses valeurs tentent de prendre le pouvoir ? Après quarante ans de pratique de la méditation je réponds : oui !
Image

Le philosophe Martin Heidegger énonce deux vérités inéluctables :
« Je vis parce que je suis un être vivant »
« Je pense parce que je suis un être pensant »

En d'autres mots, l'être humain est, comme l'animal, « doué de vie » et l'être humain, à la différence de l'animal, est aussi « doué de raison ». Doué de raison. Un processus qui avec la pensée, le langage, l'intelligence constitue ce qu'on appelle : le mental. Le mental. C'est le noeud du problème ! Le mental a une puissance telle que l'homme se voit à travers ses propres constructions mentales. D'où cette conviction illusoire : « Moi, je crois, que je suis, ce que je pense que je suis ! ». D'où cette autre illusion : « Ce que moi je pense est la vérité ! ». Identifié à ses constructions mentales l'homme se coupe de son essence. Lorsque « Je pense » devient plus important que « Je suis », les fruits du raisonnement, comme nous l'observons dans de multiples domaines, ne sont pas toujours raisonnables.

Dans quel monde vivons-nous ?
Nous vivons, sans en être vraiment conscients, dans un monde construit et organisé selon nos constructions mentales. L'organisation politique et sociale du monde est la manifestation de constructions mentales. L'organisation industrielle et économique du monde est le fruit de constructions mentales. La publicité, la mode, la spéculation financière ne sont rien d'autres que le résultat de constructions mentales. Les prises de positions dogmatiques des différentes confessions religieuses sont la traduction des constructions mentales.
L'identification à la somme des productions mentales nous plonge dans l'ignorance des « valeurs de l'être ».
Ces valeurs de l'être que la méditation nous aide à dé-couvrir.
Lorsque le collectif humain est entraîné dans le marasme, le découragement, la détresse, la peur, il est important d'accompagner celles et ceux qui refusent de foncer plus avant dans cette impasse.
Image

Je ne suis pas niais au point de croire ou de penser que la méditation va changer le monde d'un tour de main. En même temps, j'observe que le mot méditation, qui comme un tsunami, aborde aujourd'hui l'Occident, répond peut-être à une intuition et une exigence à laquelle adhèrent de plus en plus de personnes qui souffrent du non-sens dans lequel le monde semble plonger.
Les valeurs essentielles, celles qui font d'un homme un être humain, peuvent surgir du plus profond de soi grâce à ce travail artisanal sur soi qu'est la méditation de pleine attention.
La méditation de pleine attention ? Un exercice spirituel parfaitement adapté à notre temps !

Dans les années 1970, au lendemain d'un reportage sur la guerre au Vietnam qui dénonçait l'insupportable : une petite fille brulée au napalm, courant, nue, sur une route bombardée, Graf Durckheim a introduit la pratique méditative en disant : « Nous ne pratiquons pas la méditation pour nous mettre à l'abri des bombes ; nous pratiquons la méditation pour témoigner que là où nous sommes, en ce moment, le monde peut encore être en ordre ».

Jacques Castermane






lundi 19 janvier 2015

Une prescription méditative de Chade-Meng Tan

Le temps pour méditer vous manque? Vous ne tenez pas plus de quelques jours? Exercez-vous, au quotidien, à ces micropratiques proposées par l'ingénieur bouddhiste.
Image

« Vous pouvez pratiquer seul, à tout moment. Le bénéfice est extrêmement puissant sur l'instant comme à long terme : peu à peu, cela permet de modifier nos habitudes de pensée.

Si vous êtes ou avez été un méditant : le matin, asseyez-vous en posture de méditation et faites une seule respiration en pleine conscience, c’est-à-dire en portant toute votre attention sur le souffle, sans le juger ni le modifier. Ensuite, vous pouvez continuer ou pas : une respiration est déjà essentielle.

Une respiration en pleine conscience au milieu de la journée. Dans un moment de stress, par exemple juste avant de passer un appel téléphonique ou d'entrer en réunion : les yeux mi-clos, en silence, portez toute votre attention sur votre respiration. Une seconde. C’est tout.

Chaque fois que vous allez aux toilettes, faites vos premiers pas en conscience : reportez toute votre attention sur la sensation du pied qui se pose, se lève, so déroule... Juste un, deux ou trois pas.

Une pensée de bienveillance et de compassion par jour. Dans la rue ou au bureau, portez votre attention sur une personne au hasard, en pensant : “Je souhaiterais que cette personne soit heureuse.” »



source : Psychologies mag

samedi 10 janvier 2015

L’art de prendre son temps ! avec Jacques Castermane


« Lorsque je médite je fais l’expérience d’un retour à moi-même ; il m’arrive de me sentir calme, de me sentir être. Mais au cours de la journée je suis rapidement pris par les choses de la vie ; je m’oublie dans ce que je fais. Plus je médite régulièrement et plus je sens cette dichotomie entre deux manières d’être. Je sens que la vie quotidienne pourrait être animée par la qualité d’être qui m’habite lorsque je médite, mais je n’y arrive pas. Est-il possible de relier ces deux modes d’être au monde, que je vis comme étant séparés ? »
Image

La personne qui tient ce discours résume assez bien le problème auquel sont confrontés la plupart de celles et ceux qui méditent régulièrement avec sincérité. Afin de sortir de cette dichotomie entre deux manières d’être s’impose l’exercice de l’attitude méditative dans le quotidien qui prolonge l’exercice de la méditation. Parce que ces qualités d’être que sont le calme intérieur, la paix intérieure, ne sont pas des aptitudes qui tombent du ciel !

Existe-t-il une recommandation sur la conduite à suivre afin de ne pas rester dans ce grand écart entre ce que je vis au cours de la pratique de la méditation et ma façon de vivre dans le quotidien ?
Oui. La première recommandation est d’apprendre l’art de prendre son temps !
Il m’arrive aussi, poussé par je ne sais quelle impulsion, de me presser, de me hâter, sans raison aucune. C’est le moment où l’homme témoigne qu’il est coupé de ce qu’il ‘’est ‘’ par ce qu’il ‘’a ‘’ dans sa conscience ordinaire, me disait Graf Durckheim.
Cela s’appelle : « Être hors de soi ! »

L’art de prendre son temps participe à la culture de la tranquillité, à la culture du silence intérieur. Ralentir ! Décélérer ! Afin de momentanéiser ces actions considérées comme étant banales : marcher de la cuisine à la salle à manger, passer d’un bureau à l’autre, marcher du domicile au parking (exercice à interrompre lorsque vous traversez une voie de circulation ! ).

Je sais que ce qui exaspère l’homme occidental, décidé à se prendre en main afin de devenir celui qu’il est vraiment dans la profondeur de son être, c’est la simplicité des exercices. Pourtant, il y a dans cette simplicité la garantie qu’il s’agit bien d’une Voie qui a pour sens de tendre vers la sagesse. Parce que ce sont les exercices les plus insignifiants qui conduisent à la connaissance immédiate de notre propre fonctionnement, à la connaissance de notre manière d’être et de faire, qui fait obstacle à l’accomplissement de notre nature essentielle.
Image

En ce début d’année, moment privilégié pour prendre la décision de changer sa manière d’être, je vous invite, à prendre le temps de vous asseoir (chaque matin pendant une vingtaine de minutes) dans la tenue juste (plus juste), dans la forme juste (plus juste) et de ne ‘’rien faire‘’ ; ne rien faire si ce n’est vous glisser dans la pleine attention au va et vient du souffle. Cela s’appelle exercer la méditation de pleine attention.

Et je vous invite, de temps à autre dans la journée, de profiter des quelques pas qui permettent un déplacement pour prendre le temps de marcher un tout petit peu plus lentement que d’habitude. Cela s’appelle exercer l’attitude méditative dans le quotidien.

D’accord ! Mais quel sera le bénéfice de ces exercices ? 
A chacun de le découvrir en pratiquant !


samedi 15 novembre 2014

Prière pour Thich Nhat Hanh

C'est avec une profonde respiration de pleine conscience que nous annonçons au monde la nouvelle que dans la journée du 11 novembre 2014 Thay, le Vénérable Maître Zen Thich Nhat Hanh, a été touché d'une importante hémorragie du cerveau.
ImageThay reçoit en permanence les soins intensifs de grands docteurs spécialistes, d'infirmiers et de ses disciples monastiques.
À présent, Thay est toujours très réactif et montre qu'il est pleinement conscient de la présence de ceux qui l'entourent. Il peut bouger ses pieds, ses mains et ses yeux. Nous avons des signes que sa pleine récupération peut être possible.
Ces deux derniers mois, la santé de Thay s'était déjà fragilisée en raison de son grand âge. Il avait été hospitalisé à Bordeaux le 1er novembre. Il retrouvait des forces jour après jour jusqu'à ce revirement soudain et inattendu dans sa condition de santé.
Tous les monastères de la tradition du Village des Pruniers organisent des sessions de pratique pour générer et envoyer a Thay l'énergie de Pleine Conscience, cette énergie aimante et réparatrice. Nous aimerions demander à toute les communautés de pratiquants de méditation du monde entier de participer et de nous soutenir dans ce moment critique....


voir le site


samedi 8 novembre 2014

Petits exercices de pleine conscience (3)

Dépasser une émotion douloureuse avec « Rain »



Image
« R = reconnaissez la présence de l'émotion forte. Prenez le temps de ressentir celle qui vous traverse : quelles en sont les sensations corporelles? Où se situent-elles? Dans le ventre, dans la gorge, dans la poitrine... ?

A = acceptez l’émotion. Ne cherchez pas à la nier ou à lutter contre :
laissez-la vous envahir, soyez avec elle, nommez-la.

I = investiguez l’émotion. Quelles sont les pensées qui surgissent avec elle? Et quels autres sentiments? Les reconnaissez-vous? Vous sont-ils habituels? L'objectif est d’entrer plus profondément dans l’émotion, d'apporter toute son attention consciente à l’expérience physique et mentale qu’elle propose, mais sans effort d’analyse, par le seul ressenti et le constat.

N = non-identification à l'émotion. Les étapes précédentes permettent de prendre conscience de ses habitudes émotionnelles et de la façon dont on s’enferme dans ses émotions difficiles, à coups de pensées répétées systématiquement. Pour poursuivre dans cette prise de distance et cette “désidentification” à son émotion, élargissez peu à peu votre attention en la portant, non plus aux seules zones où elle se manifeste, mais au corps dans son entier, puis, peu à peu, à votre environnement, aux sons, au paysage, dans une attention claire et consciente. Cet exercice donne non seulement les moyens de sortir de la tourmente émotionnelle, mais aussi de trouver d’autres façons de l’exprimer, par exemple en disant son désaccord ou sa déception plutôt qu’en les ruminant. »

Proposé par Hélène Filipe, psychologue clinicienne, coauteure de Méditation : la pleine conscience pour les nuls (First Editions, 2013).


vendredi 7 novembre 2014

Petits exercices de pleine conscience (2)

Voir pour la première fois


Image
« Regardez tout ce qui est autour de vous comme si vous veniez d’arriver sur terre. Sans nommer, sans juger. Regardez les couleurs, les matières, les lignes, les courbes, les reliefs, les reflets de lumière, comme vous le feriez dans une exposition d’art contemporain, où toute chose est à sa place.
Chaque fois qu’une pensée ou un jugement s'impose, laissez-les partir et revenez à la perception visuelle en vous entraînant à regarder jusqu'aux détails les plus anodins : poussière au sol, fil tiré d'un vêtement, pointe de cheveu...

Cet exercice coupe les associations de pensées et ramène dans l’instant présent de façon immédiate.

Il permet aussi d'apprivoiser son esprit en constatant que celui-ci juge en permanence ; or, cette tendance au jugement, à la catégorisation, donc à la comparaison, à la préférence et à l’exclusion, est à l’origine de beaucoup de nos maux. Regarder en pleine conscience permet de sortir de ce mode de pensée pour développer un esprit d'ouverture. »

Proposé par Yasmine Liénard, psychiatre.