dimanche 5 avril 2026

Rue Tournefort

 Image 

Voilà
passant il y a peu à l'angle de la rue Tournefort et de la rue du Pot de Fer, dans le cinquième arrondissement, j'ai remarqué ces peintures murales qui ornaient un pub, peuplé surtout le soir d'étudiants de nombreuses universités, grandes écoles, et classes préparatoires se situent dans ce quartier

Image 

J'étais dans un étrange état. Quelques heures auparavant, dans la matinée, feuilletant un ouvrage de Cioran (Histoire et Utopie), dans ma bibliothèque, j'étais tombé sur cette réflexion qui sonnait étrangement, à la lumière de récents événements et des délirantes déclarations du tyran pédophile : "Chaque civilisation croit que son mode de vie est le seul bon et le seul concevable, qu'elle doit y convertir le monde ou le lui infliger. On ne fonde pas un empire seulement par caprice. On assujettit les autres pour qu'ils vous imitent, pour qu'ils se modèlent sur vous, sur vos croyances et vos habitudes ; vient ensuite l'impératif pervers d'en faire des esclaves pour contempler en eux l'ébauche flatteuse ou caricaturale de soi-même."
shared with monday  murals

vendredi 3 avril 2026

Comme une prière

Image

 
Voilà,
en Janvier 2012, j'ai pris, au Père-Lachaise, cette photo d'un employé du cimetière durant sa pause. Bien que dans une attitude de prière, il était évidemment en train de consulter son téléphone portable. C'est étrange comme cette manie nous rapproche de la position fœtale. Cela dit, je suis pour ma part assez mal placé pour critiquer, car je passe pas mal de temps à chercher des informations, et il m'arrive même de noter des choses sur ce petit appareil, ou d'en recopier certaines, puisque souvent des informations lues, s'évanouissent et se perdent dans la logosphère sans qu'il soit ensuite possible de les retrouver. Par exemple, hier, alors que j'étais dans le métro, et dans une posture guère différente de celle du protagoniste de ma photo, j'ai noté cet article de Marie Bardiaux-Vaïente très intéressant et instructif et que je livre in-extenso bien qu'il soit assez long. 
 
Je vais écrire un des statuts les plus difficiles en 18 ans de présence sur Facebook, que j'ai eu à écrire. Je coupe les coms, car trop d'enjeux et de sujets connexes que je ne veux pas avoir à subir. Je m'exprime ici avant tout comme historienne spécialiste de ce sujet (ma thèse de doctorat est en ligne et accessible pour qui voudrait saisir plus loin les mécanismes).
"Celui qui aide à conserver la vie d’un homme a le même mérite que s’il avait aidé à conserver le monde entier, et que celui qui laisse détruire une vie quelconque en est responsable comme s’il avait contribué à la perte de tout le genre humain ; qu’un sanhédrin qui prononce une condamnation à mort tous les sept ans, ou même, suivant un docteur, tous les soixante-dix ans, est réputé sanguinaire […] Si nous avions fait partie du sanhédrin, nous n’aurions jamais prononcé une sentence capitale." {Rabbi Akiba et Rabbi Tarphon. (Dans Talmud, « Traité de Maccoth », Chap. I, § 8)}.
En 1978, Joseph Kaplan, Grand Rabbin de France, condamne la peine de mort dans un article du journal Le Monde. De même, le 30 mars 1979, devant le Comité d’étude parlementaire sur la peine de mort réuni sous la présidence du député Pierre Bas, Joseph Kaplan rappelle que le respect de la vie et de la dignité humaine est proclamé dès les premières pages de la Bible, puisque « l’Homme a été créé à l’image de Dieu » :  "Le Grand Rabbin de France souligne que depuis vingt siècles, la conscience juive a condamné la peine de mort, faisant remarquer que si la peine capitale figure dans les textes bibliques, les rabbins, dès le début de notre ère, se sont efforcés de la rendre inapplicable, cherchant, par la critique des témoignages, toutes les raisons possibles pour l’écarter. Il n’en demeure pas moins, a ajouté Monsieur Kaplan devant les Parlementaires, que la société a besoin d’être protégée contre les criminels. Mais si elle a le devoir de punir les coupables, elle a également l’obligation de préserver les innocents de l’erreur judiciaire."{Agence télégraphique juive, bulletin quotidien d’informations, 30 mars 1979.}
Dans l’ouvrage de Jean Toulat, "La Peine de mort en question" publié en 1977, on trouve un passage sur la conception du judaïsme vis à vis de la peine de mort : "Notre position sur la peine capitale […] est un grand aspect de notre conception du respect de la vie humaine, qui doit être absolu. C’est Dieu qui donne la vie. Aucune autorité humaine ne peut se permettre d’en disposer." 
Dès le Ier siècle, la question de la peine de mort s’est posée dans le judaïsme. La peine de mort existe dans la Bible. Les rabbins du Talmud ont tendu à la rendre inapplicable. Les conditions de constat d’un homicide ont tout d’abord été multipliées : les témoignages sont passés au crible et invalidés à la moindre contradiction. La sentence ne devait être rendue que le lendemain et ainsi toute la nuit, les 23 juges tentaient de trouver toute raison d’éviter la peine capitale. "En fait il y a vingt siècles que la conscience juive prend position contre la peine de mort."
Le grand Rabbin Sirat fait une déclaration reproduite par l’AFP en 1981 : "Pour nous la peine de mort doit être vue comme ce qu’elle est : un homicide. Elle relève donc d’un interdit qu’aucun être humain ne peut enfreindre. On trouve dans le Talmud cette remarque d’un rabbin illustre : ″On ne doit nommer membre d’un tribunal qu’un homme capable de trouver de la pureté à un insecte″. Le même Talmud qualifie de sanguinaire le tribunal qui prononce une seule condamnation à mort en soixante-dix ans."
L’État d’Israël est abolitionniste pour les crimes ordinaires (dits de droit commun) depuis 1954. Depuis la proclamation de l’État d’Israël en 1948, la peine de mort a été appliquée 2 fois : en 1948 contre Meir Tobiansky, un officier de l'armée israélienne, accusé de trahison fusillé cette année-là mais réhabilité par la suite, et la très célèbre et médiatique application de la peine capitale en 1962, lorsqu’Adolph Eichmann est exécuté sur la base de la loi de 1950 sur la peine de mort pour les nazis et pour les collaborateurs de nazis.
{Cf à ce propos notre ouvrage : L'enfer est vide et tous les démons sont ici (Malo Kerfriden  au dessin) :https://www.glenat.com/glenat-bd/lenfer-est-vide-tous-les-demons-sont-ici-9782344040041/
Les cinq autres délits capitaux relevant du droit militaire comprennent une sentence discrétionnaire, et sont le génocide, l’homicide de personnes persécutées commis pendant le régime nazi, les actes de trahison sur la base de la loi militaire et de la loi pénale commis en temps d’hostilité, l’emploi et le port illégal d’armes. L’extradition vers Israël n’a vu de condamnation à mort que dans des cas exceptionnels, comme pour Ivan Demjanjuk, un citoyen ukrainien extradé par les États-Unis et condamné à mort en 1988 par un tribunal spécial à Jérusalem, parce que reconnu par quelques survivants comme étant "Ivan le Terrible", un garde nazi du camp de concentration de Treblinka en Pologne. La décision a été annulée en 1993 par la Cour suprême après qu’il a été prouvé qu’il y avait eu confusion sur la personne. 
Israël a ratifié : le Pacte international sur les droits civils et politiques en 1991 ; la Convention sur les Droits de l’Enfant en 1991 ; la Convention contre la Torture et les traitements et punitions cruels, inhumains ou dégradants en 1991 et signé le Statut de la Cour Pénale Internationale, qui interdit le recours à la peine de mort, en 2000. Israël a voté en faveur de la Résolution des Nations unies, du 18 décembre 2008, pour un moratoire mondial sur les exécutions.
Hier, alors que nous étions nombreuses et nombreux à suivre les derniers déploiements de ce qui se tramait depuis plusieurs mois face à une loi qui va à l'encontre de tout ce que le judaïsme préconise depuis ses origines, et par ailleurs de tout ce qui représente le progrès de l'humanité, soit l'abolition de la peine de mort, hier, alors que nous fêtions les 98 ans de la naissance de Robert Badinter, la Knesset a adopté en 3e lecture, par 62 voix contre 48, une loi rétrograde, inique, raciste, immorale, inconstitutionnelle et qui contrevient aux traités internationaux signés par Israël. Il n'est pas acceptable de valider cette loi particulièrement délétère, il n'est pas acceptable de penser qu'elle pourrait être juste et justifiée.
Il est nécessaire de la réprouver pour ce qu'elle est : la seule loi sur la peine de mort au monde qui utilise le critère de l'origine ethnique/la nationalité/l'appartenance à un peuple, une loi qui discrimine de facto, une loi d'apartheid face à la justice et à l'assassinat légal, pour décider à qui elle s'appliquerait ou non. Il n'est pas possible d'accepter la décision prise hier à la Knesset.
Selon le texte : "quiconque cause intentionnellement ou par indifférence la mort d’un citoyen israélien pour des motifs de racisme ou d’hostilité envers une communauté, et dans le but de nuire à l’Etat d’Israël et à la renaissance du peuple juif dans son pays, sera passible de la peine de mort ». La loi instaure la peine capitale pour les hommes et les femmes reconnus coupables de meurtres commis au nom du refus de « l’existence d’Israël". Les Juifs n’y sont donc, de fait, pas soumis, notamment les colons auteurs d’actes de terreur contre les Palestiniens en Cisjordanie occupée. C'est aussi un point qui relève donc de la possibilité d'exécution extra judiciaires dans un territoire sur lequel l'Etat d'Israël n'a aucune souveraineté.  Je parle ici comme historienne, certes, mais aussi...
Comme activiste contre l'antisémitisme et militante antiraciste,
Comme défenseuse des droits humains,
Et enfin et surtout, je parle ici comme militante pour l'abolition universelle de la peine de mort. Il est de notre devoir de nous révolter avec force contre ce qui relève d'une aberration morale, juridique, humaine. La peine de mort n'est jamais une solution. Défendre l'abolition universelle est la seule voie possible. 
 
Il est vraiment étrange et par bien des aspects inquiétant, ce retournement de l'Histoire. Le peuple qui eut à subir des lois raciales voilà un peu moins d'un siècle, avec les résultats que l'on sait, en vient à son tour — et avec la même célérité, le même aveuglement et la même adhésion populaire — à en adopter de semblables. On assiste ainsi à la chute éthique d'un pays qui, en légalisant l'arbitraire à l'encontre de la population palestinienne, s'enfonce un peu plus dans la violence et la discrimination. Voir la figure de proue du suprémacisme juif Ben G'vir — celui-la même qui dans sa jeunesse appelait au meurtre de Shimon Pérès — ,  trinquer une kippa sur la tête (en hébreu en trinquant on s'exclame leh’ayim" ce qui signifie "à la vie") et célébrer une loi qui légalise la mise à mort des Palestiniens a quelque chose de vraiment répugnant. En perdant ainsi son âme il est possible que cette nation, si elle ne se ressaisit pas, ne finisse à plus ou moins brève échéance par s’autodétruire complètement.
J'écris cela depuis un pays où d'ici une quinzaine de jours sera soumis au Parlement un projet de loi qui pourrait amener les juges à opérer un amalgame entre antisémitisme et antisionisme, et faire taire ainsi toute critique contre Israël.

jeudi 2 avril 2026

Une autre version du mythe

 Image
 
Voilà
donc une version du mythe digne d’intérêt même si la plupart des historiens et des traducteurs s’accordent à la considérer comme apocryphe. Colportée croit-on, depuis Thèbes ou l’Épire, on en a trouvé quelques traces jusqu’à J’baïl sise dans la gloire passée de l’ancienne Byblos. Elle raconte qu’Apollon, dieu des clartés exactes et des prophéties impeccables, fut condamné à une tâche dont l’humilité défie toute théologie sérieuse : arroser un arbre.
Cet arbre, on le sait, était Daphné.
Il existe des interprétations où la métamorphose illustre le triomphe de la pudeur ; d’autres où elle constitue une fuite élégante hors du désir. Il n'en est guère, toutefois, qui éclairent ce détail tardif et sans doute essentiel : le petit arrosoir.
Apollon, désormais, chaque matin traverse une forêt qui ne lui doit rien. Il remplit son récipient dans un modeste ruisseau — il y a quelque ironie à ce que le dieu qui a tant étanché sa soif aux plus secrètes sources, dépende d’une eau sans légende — ; puis il s’approche du laurier.
Il verse. Verse. Verse.
Parfois, par distraction, par mégarde, et peut-être aussi avec le vague espoir que la parole puisse encore atteindre ce qui s’est retiré dans la fixité végétale, il parle. Daphné, quant à elle, persiste obstinément dans le silence, chose que les oracles n’avaient pas prévue.
Certains exégètes mineurs ont considéré ce rituel comme une punition. D’autres, plus subtils ou plus acharnés, ont reconnu là, sinon une manifestation de sagesse du moins une forme de connaissance sur le point d'être acquise ; Apollon apprend enfin ce que les dieux ignorent depuis toujours : la répétition.
Quant à l’arrosoir, les commentaires divergent. Une hypothèse mentionne (elle a ma préférence) qu’il n’était, à l'origine, destiné à personne,  — ni au dieu ni à l’arbre — mais qu'en secret, implorant la chaste et fière Artémis il réclama d’être rempli chaque jour afin d'épargner au monde de plus amples malheurs.
C’est ainsi qu’il devint le premier objet contribuant à ce que depuis l'on nomme la force des choses

mercredi 1 avril 2026

Romans

Image

Voilà,
désormais il ne parvient plus à finir les romans qu'il lit. De chacun d'entre eux, semble émaner une sorte d'existence en soi, autonome. La simple sensation d'en approcher du dénouement l'embarrasse le désole et l'inquiète à la fois. Peut-être qu'à présent, toute idée de séparation ou d'abandon lui est devenue insupportable. Jeune homme, Corentin Ribier avait lui aussi entrepris d'en écrire un. Mais, craignant que sa vie ne s'achevât en même temps que l'histoire qu'il s'était appliqué de raconter, il avait fini par renoncer, et d'un geste théâtral jeté son manuscrit au feu. C'était dans la grande maison de granit rose faisant face à la plage et qui a toujours été si difficile à chauffer. D'ailleurs dans l'âtre on a depuis peu disposé un appareil électrique au design élégant comme le dit la notice, pratique pour augmenter notablement la température intérieure. Une simulation de flamme LED, ajustable par un bouton avec un effet de bois de chauffage crée l'ambiance d'une véritable cheminée dans tous types de pièces. Un thermostat contrôle la température intérieure de l'appareil et prolonge, toujours selon la notice, la durée de vie. Aujourd'hui, marchant le long de la grève il trouve que cette angoisse de mort constituait là une bien médiocre excuse à sa paresse. première publication 6/10/2017 à 00:13

lundi 30 mars 2026

Les Amis silencieux

 Image
 
Voilà,
pendant que le monde chavire lentement et semble-t-il inexorablement vers le chaos, je découvre depuis une semaine l'œuvre cinématographique si singulière de la réalisatrice hongroise Ildiko Enyedi. Une rétrospective lui est consacrée à la cinémathèque. Elle coïncide avec la sortie sur les écrans parisiens du merveilleux film "Silent friend" que j'ai vu lundi dernier sur le grand écran de la salle Henri Langlois rue de Bercy.
À part Márta Meszáros, Miklós Jancsó et Belá Tar je connais peu le cinéma hongrois. J'avais pourtant été saisi par la profondeur d'un film que j'avais vu par hasard il y a quelques mois intitulé le cinquième sceau de Zoltan Fabri, cinéaste dont j'ignorais totalement l'existence et qui avec beaucoup de subtilité mettait en jeu des questions morales. 
Pour ce qui concerne Ildiko Enyedi je n'avais jamais entendu parler d'elle non plus, bien qu'elle ait été distinguée dans de prestigieux festivals (Cannes, Berlin). S'il est un thème récurrent dans son œuvre, c'est bien celui des connexions secrètes non seulement entre humains, mais entre les humains et la nature. Souvent les personnages de ses films se retrouvent en position d’observer secrètement un monde parallèle à travers une sorte de paroi invisible qui peut-être même parfois celle du rêve. Pour elle, la réalité, loin d'être immuable est au contraire mouvante, fragile et éphémère. "Nous hallucinons tous tout le temps dit-elle lorsque nous nous mettons d’accord sur nos hallucinations, nous appelons cela réalité". Souvent elle propose le point de vue des non-humains en contrepoint de celui des humains (une femme derrière sa fenêtre regarde un coucher de soleil au même moment qu'une vache destinée à l'abattoir, un arbre touché à différentes époques de son existence par des mains humaines).
La relation entre les humains et la nature ne se résume pas à une simple opposition entre deux mondes. Elle construit plutôt un dialogue silencieux entre eux. Filmée comme une expérience presque tactile, la nature devient une sorte de prolongement de l’intériorité humaine. Cette atmosphère contemplative invite le spectateur à ressentir plutôt qu’à analyser immédiatement. En cela son cinéma fait écho à tout un courant de pensée, qui émerge depuis quelques années à travers les travaux entre autres de Philippe Descola, Bruno Latour et Emanuele Coccia
Les grands platanes qui bordent la fontaine Médicis, sont parmi les plus âgés du jardin du Luxembourg. Des milliards de regards se sont posés sur eux, et depuis que j'ai quinze ans ils sont pour moi des amis silencieux. Voilà pourquoi j'ai choisi l'entrelac de leurs branches en ce printemps naissant pour accompagner cet article. Ils furent plantés vers 1810 et bordaient autrefois une allée menant à l’édifice. Lors du déplacement de la fontaine en 1862 pour créer la rue de Médicis, seuls les arbres situés devant la fontaine furent conservés, dont un spécimen encore visible aujourd’hui.

vendredi 27 mars 2026

Dix-septième parallèle

Image
Love song (Madonna & Prince)
Voilà
j'avais chopé une insolation en restant tout l'après-midi vautré sur une gigantesque chambre à air de camion, dérivant au gré de la brise non loin de ce ponton où l'on passait en boucle "Like a prayer" l'album de Madonna. Quelques jours auparavant, en rêve, j'avais aperçu porté par les flots, le corps d'un petit singe vêtu d'un costume marin qui était venu s'échouer sur le rivage. Comme il bougeait encore un petit peu, je m'étais précipité pour le ranimer, et après l'avoir sauvé j'avais envisagé de le ramener avec moi en Europe afin de l'adopter. Oui oui... j'avais une vie intérieure à l'époque, et l'altruisme ne me faisait pas défaut. Mais depuis ce  jour je crains le Soleil. Pourtant ce soir là je suis resté longtemps à le regarder se coucher, presque en extase devant le spectacle de la lumière et des nuages perpétuellement changeants qui dressaient des châteaux dans le ciel. première publication 16/04/2014 à 10:15

mardi 24 mars 2026

Mais il y a toujours quelque chose qui m'échappe (22)

  Image
 
 
Voilà,
ça me revient,
il m'arrivait parfois de me rendre à Nantes pour animer des formations sur la prise de parole et la communication persuasive à destination des cadres d'une grande banque. Je m'arrangeais toujours pour partir tôt la veille et m'octroyer une petite journée de détente pour  musarder dans la ville ou les alentours. C'est en 2015 que j'ai pris cette photo, sur un ancien site industriel reconverti en zone de loisirs. Cette immense grue témoigne d'une activité portuaire passée. Toute l'activité se trouve désormais concentrée à St Nazaire au bout de l'estuaire.
 
ça me revient
quand j'habitais à l'École Polytechnique les généraux qui dirigeaient l'école s'appelaient le général Buttner, puis il y eut le général Briquet
 
ça me revient
mon oncle  Philippe et sa copine Aline avaient une amie qui s'appelait Pingala, qui est tout de même un prénom pas très commun
 
ça me revient
au lieu de dire aller aux toilettes la grand-mère d’Agnès utilisait expression aller chez snob 
 
ça me revient 
le rire de Philippe quand il évoquait les films anglais "Noblesse oblige" et "Tueurs de dames" dont l'humour le réjouissait
 
ça me revient
pendant les répétitions des "précieuses ridicules" à Genevilliers, c'était la période de ramadan. A proximité de la station de métro porte de Genevilliers se trouvait un marché où il était possible d'acheter des pastillas, des pâtisseries et des plats de fêtes pour l'occasion. C'était très bon. C'est à cette époque aussi que j'ai fait faire des travaux dans ma cusine
 
ça me revient
avoir découvert chez Guillaume Gronier, un des jeunes collègues de travail de Philippe à L’Onda, l’office de diffusion théâtrale qu'il avait créé, les versions moyenâgeuses des carmina burana, transcrites et enregistrées par le Clémencic Consort.  Carmina Burana est le titre que le linguiste allemand Johann Andreas Schmeller a donné à un manuscrit découvert en 1803 dans l’abbaye de Benediktbeuern (Bavière) et dont la première édition date de 1847. Il s’agit de la compilation, partiellement notée en neumes et rédigée entre 1225 et 1250, de 315 chants profanes et religieux composés en latin médiéval — certaines parties étant en moyen haut-allemand, arpitan, ainsi qu'en français —, majoritairement par les goliards, des ecclésiastiques défroqués ou des étudiants vagabonds. Le manuscrit comporte des chansons d’amour, des chansons à boire et à danser ainsi que des pièces religieuses. C'est là que j'appris que "le petit château" était à l'époque  une métaphore du sexe féminin (prendre ton petit château).

ça me revient
J’ai vu Lakmé de Léo Delibes à l’Opera comique vers 1993 quelques jours après avoir acquis mon premier PC, un IBM. Pendant toute la représentation je ne cessais de penser à la façon de faire fonctionner "Windows 3.1"
 
ça me revient que la chaufferie de l'école polytechnique avait été baptisée le Styx. les élèves y avait aménagé une boîte de nuit, à laquelle on pouvait accéder par l'extérieur, en utilisant certain souterrains de paris aujourd'hui bien connus des cataphiles. Le responsable de la chaufferie était un type que tout le monde appelait le grand Laye en raison de sa taille. Ce type était assez effrayant. Il portait en lui une violence qui ne demandait qu'à éclater. Plus tard, en lisant "le roi des Aulnes", le roman de Michel Tournier, c'esrt sa silhouette et son visage que je prêtais à Abel Tiffauges.
 
ça me revient
Les cinq épuisantes dernières minutes du quart de finale de rugby 2023 entre l’Irlande et les All Blacks et l’héroïque défense de ces derniers qui s’est conclue par un grattage de Sam Whitelock me semble-t-il

ça me revient
Ce comportement de grande classe de l’entraîneur allemand du PSG, Thomas Tuchel, avec son employée de maison phillipine. Au fil du temps, ayant sympathisé avec elle jusqu’à échanger sur leur vie privée, il avait appris au travers de leurs échanges, que celle-ci travaillait dans l’objectif de payer les frais médicaux d’un de ses enfants, souffrant d’un dysfonctionnement cardiaque nécessitant une intervention. Il avait alors pris la décision de payer tous les frais de santé pour cet enfant. En outre lors de son départ du PSG en décembre 2020, Tuchel sachant que son employée souhaitait retourner vivre dans son pays d’origine l’aida à s’y installer en lui achetant une maison là-bas.
 
ça me revient
le gentil guitariste et compositeur Marcel Dadi mort accidentellement le  lors du vol TWA 800  dans l'avion qui explosa peu après son départ de New York.

ça me revient
mais peut-être l'ai-je déjà évoqué, car c'est une séquence qui reste dans ma mémoire sans que je ne me l'explique. Un garçon de ma classe, sous le préau de l'école communale de Biscarrosse plage s'était, au cours d'une récréation, debout sur un banc mis à chanter "la ferme du bonheur" de Claude François en imitant sa gestuelle, et tout le monde s'était assemblé pour le regarder. J'étais resté un peu en retrait observant tout cela avec circonspection. Déjà tout petit je n'aimais pas ce chanteur sautillant survolté (qui est d'ailleurs mort en s'électrocutant) qui dégageait pour moi quelque chose de déplaisant bien qu'il fût une idole
 
ça me revient
pour m’endormir enfant je remuais la tête de gauche à droite de droite à gauche assez violemment. C’est étrange que j’aie à ce point si longtemps refoulé ce souvenir
 
ça me revient
ce pique-nique un matin sur la plage de Sainte-Anne en Guadeloupe où des jeunes antillaises se demandaient  "et toi tu sais près de quel arbre est enterré ton placenta ?"
 
ça me revient
le souvenir du merveilleux petit livre de Frédéric Mitterrand, lu il y a quelques années qui s’appelle "Tous désirs confondus" où il commente des photos de famille. Je l'ai retrouvé dans ma bibliothèque ; cela s'achève ainsi : "C’est assez simple, en somme, il suffit d’écouter, de regarder, et puis de se laisser guider en veillant à ce que nul souvenir, jamais ne manque, parce que les souvenirs ouvrent mille chemins de traverse inattendus, à chacun des sons que l’on perçoit, à chacune des vues que l’on découvre…

Alors, avec le temps qui passe, les chagrins personnels et les drame du monde s’estompent aussi peu à peu. Oh, cela ne veut pas dire qu’ils disparaissent, ni qu’on ne veuille plus savoir qu’ils existent, malgré tout, non, il s’agit d’autre chose ; de sentir seulement qu’il est temps d’entrer à son tour dans la grande photo du monde, d’y apporter intacts, les élans et les joies de son enfance, de témoigner enfin du bonheur, unique de vivre".

 
ça me revient 
le Général Bigeard, lorsqu'il était ministre de la Défense nationale, appelait le président de la république d'alors, "le président Giscard" au lieu de le désigner par son patronyme complet Giscard d'Estaing
 
ça me revient,
Didier F. qui s'était invité à Châteaudouble en disant qu'il viendrait accompagné, et lorsqu'il avait débarqué ce n'était pas du tout la personne qu'on supposait qui était à ses côtés.
 
ça me revient  
dans la première décennie des années 2000, je me suis pris de passion pour l'œuvre graphique de Jiro Taniguchi
 
ça me revient
la première fois où j'ai entendu la chanson "Love calls you by your name" de Léonard Cohen, c'était un soir,  lors de l'émission "Campus" animée sur Europe1 par Michel Lancelot. J'en avais été très bouleversé. Bien plus tard j'appris le parcours chaotique et ambigu de cet animateur qui avait été le compagnon radiophonique de mes soirées solitaires quand j’avais quatorze quinze ans.

ça me revient, mais il y a toujours quelque chose qui m'échappe
shared with thankful thursday - skywatch friday - Himmelsblick

dimanche 22 mars 2026

Rideaux de fer

 
Voilà 
dimanche après avoir voté pour le premier tour des élections municipales, je suis allé me promener du côté du dixième arrondissement. La plupart des commerces étaient fermés et j'ai pu photographier quelques rideaux de fer peints.
 

 
 
Ce fut une journée paisible durant laquelle j'ai pu voir quelques amis habitant dans les parages. Il faisait un temps presque printanier, et j'ai même eu un peu chaud au cours de l'après-midi. Je me suis en outre offert le luxe d'un café en terrasse et d'y lire "Éloge de la vieillesse" de Hermann Hesse. Cet auteur qui m'accompagna dans ma jeunesse avec entre autres "Narcisse et Goldmund", "Damian", et "Le loup des steppes", voilà que je le retrouve à présent pour accompagner mon déclin.

samedi 21 mars 2026

La Gâchette

Image

Voilà,
c'est un grand midi. Il fait chaud, sec. Les moutons embrochés, grillent et tournent en rissolant au-dessus du trou où plus tard on aura enfoui leurs carcasses. L'odeur de la viande qui cuit se mêle à celle du cuir graissé des ceinturons et des holsters, à l'odeur âpre des hommes debout autour du méchoui, et au parfum des épices et des mimosas qui flotte dans l'air. Les femmes sont là aussi, entre elles, mais un peu à l'écart, comme de grandes tâches de couleurs chatoyantes et gaies dans ce monde kaki. Amples et décolletées, leurs robes et leurs jupes sont pour la plupart ornées de motifs fleuris. Pendant qu'elles parlent entre elles, l'enfant cherche un abri dans les ombres qu'elle font, respire leurs fragrances, parfums de métropole, que gagne peu à peu l'odeur du graillon. Il se tient dans leur proximité. Ce n'est pas difficile pour lui. Elles l'aiment bien. Elles trouvent qu'il est un gentil petit garçon. Elles aiment bien sa façon d'être là sans les déranger. C'est pour ça que c'est un gentil petit garçon. Certaines lui passent la main dans les cheveux, le complimentent, se préoccupent de savoir s'il ne s'ennuie pas. Non il ne s'ennuie pas. Il est à hauteur des sexes. Où se joignent les cuisses, de mystérieuses senteurs se nichent et s'exhalent, âcres et capiteuses. Pour rien au monde il ne voudrait être surpris à regarder (bien que l'envie l'en fasse frissonner) sous les jupes des femmes. La honte ainsi qu'une sévère réprimande pourraient sanctionner cette curiosité. Alors, il observe - car elles suent elles aussi - les auréoles qu’il voit grandir à l'endroit des aisselles sur la matière synthétique de leurs chemisiers. Il ne se lasse pas des gestes qu'elles font, de cette façon qu'elles ont de décoller le tissu qui adhère à leur peau avant de l'agiter discrètement, afin de donner un peu d'air à leur poitrine. Ou bien encore, cette manière de tirer sur une bretelle de soutien gorge pour, l'air de rien, de ne pas y toucher, se soulager de la pression de l'élastique. Comme ce sont des femmes de militaires, elles se racontent, un verre de Martini ou d'anisette à la main, des histoires de femmes de militaires. L’enfant semble comprendre que certaines, parmi elles, ont de plus en plus peur ; "les événements" se multiplient. Les attentats aveugles, les embuscades. Lui se sent d'un autre monde. Il va de groupe en groupe. Et comme les hommes autant que les femmes, l'acceptent dans leurs cercles, il rejoint ceux qui ont des képis blancs et des yeux clairs. Il est fasciné par leurs nuques rasées, leurs peaux tannées, leurs avant-bras rougis par le soleil, où des sigles parfois sont dessinés à l'encre sombre. La force qui se dégage de ces corps musclés et virils, où l'on devine parfois de curieuses cicatrices, le rassure. D'autres comme le père ont un képi noir. Leurs canettes de bière à la main, ils parlent fort, rigolent en se donnant du coude ou en se balançant quelques vigoureuses bourrades dans le dos. Tous ces hommes sont dignes de confiance. Ce sont tous des guerriers. Ils défendent cette terre, ils la défendent, ce sont tous des amis, c'est son père qui le lui a dit. Avec eux il ne craint rien. Ils l'aiment bien. Ils lui offrent de l'orangina qu’il boit au goulot comme eux le font avec leur bière. Dans leur compagnie, il trouve aussi de l'ombre, tout en continuant, de loin, à regarder les jambes des femmes, leurs mollets, leurs chevilles. C'est bien. On est entre soi. Entre européens. Parfois il entend le rire de son père. Il a toujours eu honte de ce rire associé au bruit du moteur de ce camion militaire qu’on appelle GMC, lorsqu’il démarre. Bientôt l'après-midi tire à sa fin. Il ne reste plus rien du mouton. Rien. Mais la forte odeur de méchoui demeure sur les doigts graisseux. La voracité des hommes et des femmes a fait son office. Passablement éméchés, ils ont encore envie de s'amuser. A présent ils invitent leurs femmes à les suivre vers une petite cour carrée, exigeant néanmoins qu'elles se tiennent à distance. Ils s'alignent face au mur. Son père lui aussi sort son arme. A l'Enfant qui s'en est retourné du côté des femmes le Père dit que, s’il le veut, il peut venir le rejoindre. Alors l’enfant s'extrait du groupe des femmes pour retrouver son père parmi les hommes. Il est fier. Debout parmi eux. Pendant ce temps le père s’est accroupi derrière lui de sorte que sa tête se trouve au niveau de celle de l’enfant. Avec ses cuisses il maintient les jambes de son fils. Il met son arme dans ses mains. Non sans appréhension, l’enfant serre l'arme avec ses petites mains. Sa main gauche tient la crosse. Le majeur de sa main droite sur la gâchette, l'index le long du fût, comme pour indiquer la direction. Les grosses mains du père enserrent les mains du fils, son majeur posé sur celui de l’Enfant. Le père tient l’Enfant qui tient l'arme. Mais le sentiment de puissance et de possession est passé dans le corps de l’Enfant. Bientôt l’Enfant sent le doigt de son père exercer une pression sur son doigt à lui, de sorte que c’est son propre doigt qui appuie sur la gâchette. Assourdissant vacarme de la détonation. L'effroi soudain du corps surpris par l'effet de recul. Le rire du père dans le dos du fils. Un rire fier et des paroles d'encouragement. Applaudissement des adultes groupés autour de l’Enfant pour l'acclamer. Ils disent bravo. Ils disent voilà un homme. Mais surtout il y a les cris de l'autre côté du mur sur lequel tout à coup, en rigolant, les autres guerriers tirent à leur tour. Derrière il y a des femmes. On les appelle les folles. Elles sont parquées dans une enceinte. Elles hurlent de terreur. Et la terreur redouble à présent que tout le monde tire. L’Enfant aussi veut sa part de cris. Il dit "encore, encore". L'odeur de la poudre est plus excitante que celle de la viande. Sifflement des balles. Cliquetis des chargeurs qu'on éjecte ou qu'on enclenche dans la crosse. Le geste est sec, précis. A présent, encouragés par leur femmes endimanchées les hommes insultent en hurlant celles qui braillent de l’autre côté. Et soudain une irrépressible honte submerge l’Enfant. Les yeux embués de larmes il se mord la lèvre inférieure, ne veut pas crier. Tout à coup le ciel chavire dans son regard. Ne pas tomber, non ne pas tomber.  première publication 15/2/3014 à 12:47 

vendredi 20 mars 2026

Dans le magasin désert

Image

Voilà
dans le magasin désert où l'on ne vend que des produits surgelés, une immense envie de pleurer le submerge soudain. La sensation que même ici il n'est plus à sa place, qu'il n'a plus rien à y faire. Tout à coup la réalité le rattrape violemment. Là devant les sachets de légumes à l'ancienne, et les boîtes de purée de patate douce en promotion, lui apparaît avec une évidence croissante que le moment critique et tant redouté se rapproche inéluctablement et qu'il n'a toujours pas trouvé de solution pour y faire face. Jusqu'à maintenant il s'est efforcé de faire comme si le problème n'existait pas, et de croire au miracle. Mais à présent il sent bien que cette hypothèse se révèle, dans la conjoncture actuelle de plus en plus improbable... (première publication 20/3/2013 à 13:15)

jeudi 19 mars 2026

Liste des découvertes hasardeuses (3)

Image
 
 
Voilà
j'ai découvert il y a peu que Garnier le célèbre architecte de l'Opéra de Paris, a aussi conçu le tombeau de Bizet au Père-Lachaise et celui de Jacques Offenbach au cimetière Montmartre 
 
J'ai découvert il y a peu, le 7 novembre une musique de scène de Gabriel Fauré intitulée "Le voile du bonheur" pour un pièce en un acte écrite par Georges Clémenceau, et vraiment c'est très beau, d'une modernité incroyable. Je l'ai entendue à la radio et j'ai cru au départ que c'était l'œuvre d'un minimaliste contemporain américain
 
J'ai découvert il y a peu que "rêver" et "ressasser" sont des palindromes
 
j'ai découvert il y a peu  la voix et aussi le destin tragique de la chanteuse de Jazz, Teri Thornton,  connue pour le standard somewhere in the night
 
J'ai découvert il y a peu que ce qu’on désigne comme "été indien" sous certaines latitudes s’appelait autrefois ici dans nos contrées "été de la Saint Martin". Et comme je rencontre plus de Martin que d’Indiens c’est le terme que j'utiliserai désormais
 
J’ai découvert, il y a peu que Albert Schweitzer était le grand oncle de Jean-Paul Sartre. Je me suis demandé s’il était si fréquent que ça qu'il y ait dans une même famille, deux prix Nobel. Chez les Curie je crois, Marie en a eu un avec son époux et un toute seule, et Irène Curie et Frédéric Joliot Curie en ont obtenu un conjointement.
 
J'ai découvert il y a peu que la rupture d'objets aussi différents qu'une assiette ou un morceau de sucre obéissait au même principe. Le physicien Emmanuel Villermaux a établi une équation mathématique décrivant la distribution granulométrique (la répartition par taille et par fragments d'un objet brisé), quel que soit le matériau.
 
J’ai découvert il y a peu la différence entre les USA et un yoghourt. Si tu laisses un yoghourt seul pendant 200 ans, une forme de culture s’y développe
 
J'ai découvert il y a peu qu'on observe une augmentation des crises cardiaques, des accidents vasculaires cérébraux et des arythmies cardiaques pendant les célébrations de Noël et de fin d'année. En outre selon une étude présentée à la British Cardiovascular Society au début de l’année 2024, le risque de crise cardiaque serait plus élevé le lundi que les autres jours de la semaine.
 
J'ai découvert il y a peu que le premier concert du nouvel an uniquement composé de valses de Johann Stauss fils a été donné fin décembre 1939 sous l'occupation nazie à l'initiative du chef autrichien Clemens Krauss. Adolf Hitler a apprécié l'idée car il adorait les valses. Et finalement cette tradition a perduré jusqu'à nos jours.
 
J'ai découvert il y a peu l'existence d'une application chinoise lancée en mai 2025 connue sous le nom de Demumu – est définie comme un "outil de sécurité léger conçu pour les personnes vivant seules", et destiné à rendre «la vie solitaire plus rassurante". Concrètement, comment ça marche ? Les utilisateurs se connectent chaque jour et appuient sur un gros bouton virtuel vert, avec un fantôme dessiné au centre. et donnent ainsi la confirmation quotidienne à leurs proches qu'ils sont simplement en vie. Pour les esprits distraits ou simplement débordés, une notification de rappel est envoyée. Après deux journées consécutives sans clic sur le bouton, le logiciel envoie un e-mail au contact d'urgence, renseigné lors de l'inscription sur la plateforme. On vit décidément une époque épatante.
 
J'ai découvert il y a peu que le chanteur David Mc Neil qui, dans les années soixante dix chantait des chanson délicates en français avec un très léger accent anglais était le fils du peintre Marc Chagall, chose qu'il a toujours tenue secrète pour ne pas profiter de la notoriété de son père.
 
J'ai découvert il y a peu en consultant un site scientifique qu'au début du mois de juillet 2025,  un nid de guêpes radioactif a été découvert par des ouvriers lors d’une inspection de routine du site de Savannah River (SRS) près d’Aiken en Caroline du Sud, . Il était situé sur un poteau à proximité d’un lieu où sont stockés des millions de gallons de déchets nucléaires liquides et présentait des niveaux de radiation dix fois supérieurs à ceux autorisés par la réglementation en vigueur. "Le nid de guêpes a été pulvérisé pour tuer les guêpes, puis mis dans des sacs spéciaux pour déchets radiologiques", a écrit le ministère américain de l’Énergie dans un rapport publié la semaine dernière.
 
J'ai découvert il y a peu grâce au cinéaste cambodgien Rithy Panh que Knut Hamsun (Prix Nobel de littérature 1920) : se rendit en Allemagne en 1943 et rencontra le ministre de la Propagande Joseph Goebbels. De retour en Norvège, il envoya sa médaille Nobel à Goebbels en guise de remerciement pour cette rencontre. Goebbels fut très honoré par ce cadeau.

J'ai découvert il y a peu que "Le Banquet", de Platon, a été jugé trop "woke" pour l’université Texas A & M. Pour cette raison, un professeur de philosophie a été contraint de retirer son cours sur l’œuvre du philosophe grec.
 
J'ai découvert il y a peu l'existence de la burle, un vent du Nord qui souffle l'hiver dans le centre-sud de la France à l'est du Massif central sur les plateaux dénudés du Velay, d'Ardèche ou des monts du Forez. La température ressentie qui en découle est souvent particulièrement basse, et crée une ambiance glaciale. Lorsque la région est enneigée, la burle peut être responsable de la formation de congères.
 
J'ai découvert il y a peu dans une revue de vulgarisation scientifique que pendant la période d'abandon de la centrale de Fukushima, l'eau qui s'est infiltrée dans les déchets radioactifs restés dans les bâtiments des réacteurs, n'a pas créé un environnement inhabitable comme on pouvait s'y attendre. Au contraire, il s'y est rapidement développé un bouillon de culture susceptible de poser des problèmes. Les microbes peuvent en effet constituer un obstacle majeur lors du nettoyage lié au démantèlement des centrales nucléaires : non seulement de nombreuses espèces participent à la corrosion des métaux, mais en plus, leur prolifération peut troubler l'eau et réduire la visibilité. Le mélange d'eau de mer avec l'eau utilisée pour le refroidissement d'urgence de la centrale semble pourtant avoir favorisé la croissance d'un biofilm, une communauté de micro-organismes formant une surface adhésive et protectrice, sur les surfaces métalliques situées à l'intérieur de la salle. Il est possible que ce biofilm, en recouvrant l'amas de bactéries, leur ait conféré une protection supplémentaire contre les radiations.
 
J'ai découvert il y a peu que le motif musical écrit par Carlos d'Alessio pour le film "India Song" (ce qu'il y de mon point de vue de mieux dans ce navet pour intellos)  était un gros plagiat du morceau "softly as in a morning sunrise" composée en 1928 par Sigmund Rumberg pour l'opérette "The new moon" et depuis souvent repris par les musiciens de jazz, comme John Coltrane et aussi merveilleusement chantée par Abbey Lincoln

J'ai découvert il y a peu qu’en Suède, une machine intelligente a été construite qui permet aux corbeaux qui sont des animaux très intelligents d’échanger des déchets contre de la nourriture, transformant ainsi ces oiseaux en agents de nettoyage urbain.
 
 J'ai découvert il y a peu l’existence du syndrome de Kessler un scénario envisagé en 1978 par le consultant de la NASA, Donald J. Kessler, selon lequel le volume des débris spatiaux en orbite basse dû à la pollution spatiale atteint un seuil au-dessus duquel les objets en orbite sont fréquemment heurtés par d'autres débris. Ainsi se brisent-ils en plusieurs morceaux, augmentant du même coup et de façon exponentielle, le nombre des débris et la probabilité des impacts. Au-delà d'un certain seuil, un tel scénario rendrait quasi impossible l'exploration spatiale et même l'utilisation des satellites artificiels pour plusieurs générations.
 
J'ai découvert il y a peu que le philosophe Paul Virilio avait été dans sa jeunesse, maître-verrier et qu’il avait,  à la fin des années cinquante, réalisé des vitraux conçus par Rezvani, un autre grand génie toujours vivant, peintre, dramaturge, romancier, connu aussi pour les chansons qu’il a écrites sous le pseudonyme  de Bassiak qui furent immortalisées par Jeanne Moreau. Il est l'auteur compositeur du célèbre tourbillon de la vie qu'on peut entendre dans "Jules et Jim" de Truffaut. C'est lui d'ailleurs qui joue de la guitare
 
J'ai découvert il y a peu qu'au Japon un nombre croissant de personnes – surtout des femmes – épousent des personnages fictifs dans le cadre de mises en scène visant à brouiller les frontières qui séparent le jeu du réel. Au moins ces deux là sur la photo, qui s'effacent presque dans le crépuscule, sont-ils bien réels.
 
Je suis content de vivre sous des latitudes encore paisibles, d'être toujours curieux et même en mesure de m'étonner...

mercredi 18 mars 2026

Jocondoclaste

ImageImageImage

 
Voilà,
une dizaine d'années, Jean Margat a fait don au Musée du Louvre de sa gigantesque collection d'objets dérivés du tableau de Léonard de Vinci "Mona Lisa". 
Pendant plus d'un demi-siècle il les a collectés et conservés chez lui, entre Val de Loire et Sologne, à Saint-Cyr-en-Val où il a, paraît-il, fait construire un pavillon de béton brut et de lumière imaginé au début des années 1970 par Jean Déroche, un ancien collaborateur de Niemeyer lors de la réalisation du siège parisien du Parti Communiste français.
Cet éminent géologue, père de l'hydrologie moderne, figure du département des eaux au Bureau de recherche géologique et minière qui, sa vie durant, est allé de colloques en séminaires afin de sensibiliser les esprits aux mécanismes fragiles de la régénération des ressources souterraines, avait baptisé cet endroit, son "Joncodéum", et, jusqu'à sa mort récente en février 2025 à l'âge de cent ans, il en fit sa demeure
Éric Biétry-Rivière, en 2013 dans un article du Figaro la décrit ainsi : "Dans son salon de plain-pied, kitsch, omniprésentes, fascinantes, inquiétantes, presque obscènes, onze "La Joconde" figurent sur les dizaines de sacs accrochés au portemanteau. Sur les parapluies et leur porte-parapluies. Sur les cendriers, les boîtes grandes ou petites, coffrets ou piluliers. Partout, sur la table du living aux étagères, des séries: pin's, magnets, Rubik's Cube, dés, boules à neige, bustes. En bronze, en plâtre, en bois, en plastique, en marbre, en papier mâché...
Dans le meuble hi-fi, que des disques à pochette avec "La Joconde" (coup de cœur pour Nat King Cole). Dans un carton de dessinateur, une centaine de posters, des affiches d'expos, des publicités et des portraits détournés. Amnesty International a représenté la belle avec un œil au beurre noir pour dénoncer les violences faites aux femmes. Sur un prospectus de la CFDT-culture, elle lève le poing. Dans un autre de la ligue italienne contre le cancer, elle est rasée pour les besoins d'une campagne en faveur de la non-marginalisation des malades.
Du salon aux chambres, des bibliothèques entières ont été garnies avec ce même soin monomaniaque. Dans leurs albums, les cartes postales (à tête de Staline, de Mao, de Giscard, de Godzilla...). Aux murs un hologramme, un tapis persan ou encore un tableau en plastique coréen. Lorsqu'on passe devant, il se met à chanter «poo-poo-pee-doo» façon Marilyn Monroe puis simule un orgasme.
Sur les fauteuils et canapés, des coussins fripés font grimacer le plus célèbre des sourires. En haut d'une armoire croulant sous les babioles made in Hongkong ou Taïwan, une Joconde à demi-dégonflée attend un coup de pompe. Au sol, paillassons et tapis renvoient le même visage, avec cette étrange pointe d'absurdité qui ne se trouve pas dans l'original.
Dans la salle à manger et la cuisine, on passe à table sans la moindre chance d'échapper à cet enfer itératif. Des boîtes à biscuits à celles à cigares, on déjeune et dîne Joconde. Emballages de charcuterie, d'apéritifs, mugs, assiettes, coquetiers, bouteilles, bols, tabliers, serviettes: on vacille entre indigestion et hallucination.
Mais le chef-d'œuvre de la Renaissance, la merveille des merveilles de l'humanisme cinquecento, n'a encore rien subi. Le premier étage pousse la désacralisation à des sommets. Poupées, cirages, bonbons, lessives, chaussettes, jarretelles, bigoudis (venus de Bali), rideau de perles (vietnamien), de douche, trousse de diagnostic d'hépatite B de l'Institut Pasteur... Et encore, eau purgative, papier-toilette, lunette de WC, préservatif, stérilet...
Jean Margat est en outre le fondateur de la "jocondologie", science qui théorise la "jocondoclastie". En résumé, il s'agit de déconstruire le chef-d'œuvre pour en ridiculiser l'idolâtrie. Lui-même s'était lancé dans cette opération de subversion tous azimuts. On lui doit de multiples décapitations, lacérations, découpages, étirements, anamorphoses, confections de puzzle à deux morceaux "pour débutants" et autres boîtes à sardines jocondomarines en hommage au commandant Cousteau... Ce fonds-là, pour le moment, ne sera pas exposé au Louvre. Il le mériterait. "La Joconde n'a jamais été pour moi qu'un prétexte, une matière première. Je ne sais même pas, au fond, si je la trouve belle" expliquait-il.
 
Pour ma part, comme l'attestent ces six photos (choisies parmi une douzaine) il m'est aussi arrivé d'être "jocondoclaste", en particulier lorsque j'ai commencé à utiliser Photoshop et que j'en explorais les possibilités et testais les différents outils que cette application mettait à ma disposition. J'ai aussi eu plaisir à trouver quelques variations sur cette icône au cours de mes pérégrinations, comme ce jour-ci ou cette fois-là. J'ai, en outre, aussi trouvé un article de blog qui présente quelques détournements du célèbre tableau

lundi 16 mars 2026

Entre deux attitudes détestées

Image

Voilà,
"il me faut choisir entre deux attitudes détestées - ou bien le rêve que mon intelligence exècre, ou bien l'action, que ma sensibilité a en horreur ; ou l'action, pour laquelle je ne me sens pas né, ou le rêve, pour lequel personne n'est jamais né.
Il en résulte, comme je déteste l'un et l'autre, que je n'en choisis aucun, mais comme, dans certaines circonstances, il me faut bien ou rêver, ou agir, je mélange une chose avec l'autre."
Fernando Pessoa " Le livre de l'Intranquillité" 

mardi 10 mars 2026

Tous usent de tromperie

Image

Voilà,
Les prophètes prophétisent avec fausseté, Les sacrificateurs dominent sous leur conduite, Et mon peuple prend plaisir à cela. Que ferez-vous à la fin? (Jérémie 5:31)

Car depuis le plus petit jusqu'au plus grand, Tous sont avides de gain ; Depuis le prophète jusqu'au sacrificateur, Tous usent de tromperie.… Jérémie 6 : 13,14
 
Jusques à quand ces prophètes veulent-ils prophétiser le mensonge, Prophétiser la tromperie de leur cœur? (Jerémie 23:26)
 
Malheur à ceux qui appellent le mal bien, et le bien mal, Qui changent les ténèbres en lumière, et la lumière en ténèbres, Qui changent l'amertume en douceur, et la douceur en amertume! (Ésaïe 5 : 20)
 
Les visions que vous avez ne sont-elles pas vaines, Et les oracles que vous prononcez ne sont-ils pas menteurs? Vous dites: L’Éternel a dit! Et je n'ai point parlé. (Ézéchiel 13 : 7)

Je peux moi aussi, à l'intention de ceux qui y croient et se font abuser, citer les écritures. Je ne comprends pas que ceux qui se prétendent inspirés par le message d’amour du Christ puissent en quelque façon que ce soit soutenir un gangster qui est aussi un prédateur sexuel, un prévaricateur, un menteur, un fanfaron incompétent et j'en passe. Mais peut-être est-ce précisément cela, le miracle : survivre à sa propre imposture. Voilà bien l’hypocrisie de tous ces prédicateurs qui ne valent guère mieux que les mollahs qu’ils veulent combattre. Les mêmes champignons vénéneux poussant sur le fumier sacré de la bigoterie.
Ce dont je suis certain —  et c'est là une certitude de désespéré lucide — c'est qu'au vu des agissements de la tripotée de connards qui dirigent et accompagnent cette coalition judéo-chrétienne contre l'Iran, je suis certain que nos sociétés ne sont pas du côté du Bien. C'est comme si le Mal que nous étions censés combattre, nous avait contaminés. 
Pour une fois que je partage l'avis d'un cardinal....

Publications les plus consultėes cette année