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mercredi 15 octobre 2025

L'envie me quitte tout doucement

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Voilà,
j'ai de moins en moins de choses nouvelles à raconter et à montrer sur ce blog. L'envie me quitte doucement d'écrire et même de photographier, et c'est la raison pour laquelle, de plus en plus fréquemment, je republie d'anciens articles. En outre, trop souvent je me répète, m'insurgeant devant les mêmes choses. Mon espace intellectuel se rétrécit. Ma capacité d'émerveillement se tarit. Le monde me fatigue toujours un peu plus. Tant de nouvelles alarmantes s'accumulent. Il y a des prises de conscience qui, à l'époque où nous vivons devraient se faire mais n'adviennent pas. Je ne parle pas seulement des désastres écologiques, dont les gouvernements des grandes puissances et les décideurs de l'industrie semblent pour la plupart se contrefoutre totalement. 
S'il n'y avait que ça, cela serait déjà terrible. Mais la militarisation croissante de la planète, la mainmise des oligarchies sur les gouvernements, la multiplication des pouvoirs autoritaires, la restriction des libertés dans un nombre croissant de pays, l'appauvrissement des populations, la recrudescence des génocides en cours dans de nombreux endroits, la décivilisation à l'œuvre dans le monde entier, à l'exception de la Chine peut-être, le triomphe de la bêtise de l'arrogance de l'irresponsabilité  dont Trump est le parfait exemple, mais qui advient aussi lentement dans le pays où je vis, tout cela me consterne. Le monde fait un bruit de fond qui m'affole. Je veux dire qu'il me rend littéralement fou. L'envahissement des images trafiquées, des fake-news sur les réseaux sociaux n'arrange rien.
Bien sûr je pourrais me satisfaire de partager des poèmes glanés ici ou là au cours de mes lectures. De publier des photos sans aucune légende, ou bien me contenter de rendre compte des nombreux films que je vois, (car je vais souvent au cinéma, comme on se drogue). Ou encore témoigner des quelques expositions auxquelles je me rends. Mais je n'en ai même plus la force. Cette contrainte que, jusqu'ici, je me suis imposé par hygiène mentale, pour essayer de lutter contre l'engourdissement de la pensée me pèse de plus en plus. Je me réveille le matin sans envie ni désir. Je traîne au lit et m'abandonne à des rêveries qui me ramènent à des périodes lointaines de ma vie. Je n'aime pas ce que j'entends et vois autour de moi.
Je repense à ce qu'écrivait en 2009, dans "N'espérez pas vous débarrasser des livres",  Umberto Eco,  — c'était l'époque de Berlusconi (comme on oublie vite) — "L’ignorance est toute autour de nous, souvent arrogante et revendiquée. Elle fait même du prosélytisme. Elle est sûre d’elle, elle proclame sa domination par la bouche étroite de nos politiciens. Et le savoir, fragile et changeant, toujours menacé, doutant de lui-même, est sans doute un des derniers refuges de l’utopie. [...] Le savoir, c'est ce dont nous sommes encombrés et qui ne trouve pas toujours d'utilité. La connaissance, c'est la transformation du savoir en une expérience de vie." Je ne peux m'empêcher de mettre cela en relation avec ce qu'a déclaré Lech Walesa il y a quelques mois, suite à l'élection du candidat populiste au poste de président de la Pologne,  : " La démocratie en Pologne s'est effondrée le 1er juin 2025. Pour la première fois de l'histoire, la moitié de la société polonaise a élu un président qui est un proxénète, un escroc, un usurier, un menteur et un toxicomane – avec le soutien indéfectible de l'Église catholique, qui est censée prêcher les valeurs de l'Évangile. Ce n'est pas mon président et ne le sera jamais. […] La Pologne est ma patrie, mais ce n'est plus mon pays. Pour l'instant, je m'exile intérieurement – ​​dans le monde de la nature, de la musique et des livres. Ce qui m'attend ensuite, je l'ignore. Pour ma santé mentale, je vais arrêter de lire ce qui se passe en Pologne. Je ne commenterai plus l'actualité. J'ai besoin de prendre soin de moi. Adieu Pologne." C'est — quand on s'approche de la mort —une sage décision. Je devrais m'efforcer d'en faire autant.

mercredi 14 mai 2025

Tirage ce soir

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Voilà
j'ai pris cette photo il y a fort longtemps, non loin du marché des enfants rouges dans le troisième arrondissement de Paris. Là se trouve la boutique "images et portraits" de Fabien Breuvart, photographe plasticien. Il s'est spécialisé dans la revente de photos trouvées, anciennes  et anonymes. J'aime bien, lorsque dans une image, apparaissent d'autres images et aussi lorsqu'il y a de l'écriture ou de la typographie. Je m’étonne de ne l’avoir encore jamais publiée sur ce blog.

mercredi 19 mars 2025

Esplanade

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Voilà,
je suis retombé sur une série  que j'avais réalisée il y a longtemps sur l'esplanade du Trocadero. Les gens étaient encore assez peu nombreux à posséder des smartphones, qui venaient tout juste de faire leur apparition en Europe. Ils se prenaient alors en photo avec des appareils numériques. Certains cadraient encore dans le viseur, mais beaucoup déjà tenaient leur appareil à distance regardant l'écran au dos de leur camera. Quoi qu'il en soit , au début des années 2000, Philippe Halsman, avait encore des adeptes.
Aujourd'hui je ne regarde plus le monde de la même façon. Je n'ai plus très envie de le regarder d'ailleurs. Il a tellement changé depuis cet été 2009 quand cette photo fut prise

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La réalité ne me passionne plus guère. Depuis quelques semaines, j'ai de nouvelles idées, et ça quand même c'est bon pour le moral. Je suis reconnaissant à la nature de me permettre encore de telles dispositions. J'ai envie de rendre compte de paysages intérieurs, d'espaces imaginaires, de topologies improbables, de formes émergentes et rêvées sans histoire ni anecdotes.

mardi 1 octobre 2024

Scène bucolique

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Voilà,
une lumière de Septembre, une lumière de fin d'après-midi quand l'été s'achève. L'herbe est bien verte les ombres longues la mariée japonaise, l'époux caucasien. Tant de promesses de bonheur dans un si petit périmètre. L'image est bucolique. C'est assez charmant. Cela se passe dans un pays dont le ministre de l'intérieur a déclaré le 29 Septembre 2024 lors d'un entretien paru dans un journal appartenant à un industriel catholique traditionaliste qui ne cache pas ses accointances avec l'extrême-droite  "l'état de droit ce n'est pas intangible ni sacré". Tout va donc pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles. 

mardi 5 décembre 2023

Cimetière de Guéthary

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Voilà,
le cimetière de Guéthary compte parmi les plus charmants de ceux que je connais. Selon le philosophe François Jullien, "le paysage est de l’ici, mais traversé d’au-delà". Sa définition s'oppose à la conception occidentale qui considère le paysage comme la partie d’un pays qui s'offrirait à nous comme un spectacle. Il y a beaucoup d’au-delà en ce lieu ouvert sur le grand large. Les vents et les eaux se mêlent dans l’air qu'on y respire. Cette vue se laisse appréhender comme une construction mentale, en résonance, en "connivence" avec soi. C'est peut-être après tout ce vers quoi veut tendre chaque photo.

vendredi 17 novembre 2023

Vers le blanc

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Voilà,
c’était avant, il n’y a pas si longtemps au printemps dernier je crois, désormais si loin dans ma mémoire, depuis qu'un certain événement a pris toute la place. Je me promenais dans le parc à la recherche d’un cerisier en fleurs. Ces moments s’effacent peu à peu. Il n'y a plus que ce présent étrange et lourd, dédié à une autre vie que la mienne. 
Il y a ces photos que j'avais programmées pour plus tard. Ces publications aussi, qui parfois font un étrange écho. Il y a aussi ce que je pensais pouvoir publier et qui n'a plus lieu d'être.
 
J'ai toutefois gardé quelques notes, plus techniques. Concernant les photos. Des constats, des questions. peut-être ne sont elle plus tout à fait d'actualité elles non plus. Voilà ce qui me traversait il y a encore quelques mois : Difficile d'essayer de voir les choses d'un œil différent. De transcrire le réalité dans un langage visuel autre que celui pratiqué ordinairement. Pas un autre langage, non, mais un autre accent, d'autres nuances. Une approche différente du sujet. Cela ne va pas de soi. Je m'y suis pourtant déjà essayé à travailler sur le blanc, l'à-peine-visible. Mais ça résiste, bien que cela procède d'une véritable envie. Ce n'est pas que cela soit une idée particulièrement originale — bien des photographes sont coutumiers de cette façon de procéder. C'est toutefois un truc qui me trotte dans la tête depuis un moment. Pas toujours, mais de temps à autre.

dimanche 12 novembre 2023

Plus-values et aliénés

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Voilà
un moment que je traîne cette idée. J'aime aller dans les musées  — c'est même une des raisons qui me retient dans cette ville —, et assez souvent dans les musées d'art contemporain. On y voit certes beaucoup de daubes, et nombre des soi-disant "œuvres" qu'on y trouve relèvent de l'imposture. Mais malgré tout, ça me délasse. Mon esprit y vagabonde allègrement. Je m'y promène comme dans une galerie commerciale. D'ailleurs une Fondation d'Art contemporain n'est souvent qu'une galerie de luxe qui témoigne de la jouissance du collectionneur à produire de la plus-value. Parfois bien sûr, quelque chose attire l'œil, suscite attention et réflexion, et il arrive que l'on tombe sur une œuvre qui se distingue pour autre chose que sa valeur marchande. Mais la plupart du temps, ce que j'y trouve, ici ou là de plus intéressant ce sont les gardiens
Parmi des œuvres qui sont le plus souvent des objets de spéculations et constituent en quelque sorte une esthétique du fétichisme de la marchandise, les gardiens figurent l'image de l'exploité, prêtant sa force de travail, dont la pénibilité tient au fait qu'elle doit se traduire en force d'inertie et en présence permanente, parfois avec l'interdiction de s'asseoir comme à la Pinault Collection. Ils contribuent, malgré eux à une esthétique de l'aliénation dans la mesure où sans le savoir, ils performent — la performance étant un must de l'art contemporain — leur exploitation.
 
 
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de même que dans le stand d'une galerie lors d'une foire d'art contemporain, le travail d'une secrétaire peut lui aussi faire partie de "l'œuvre".
 
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Sinon, il y a l'art populaire qu'offre la ville et qui n'est l'objet d'aucune spéculation. Je suis retombé il y a peu dans le quatrième arrondissement, sur cet arbre et cette fontaine réalisés en mosaïque au 2 rue de la Verrerie. Je n'en connais pas l'auteur

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jeudi 26 octobre 2023

Entre le regard et le monde

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Belloc St Clamens, Février 1991
 
Voilà,
un fait constaté depuis longtemps : la mélancolie est toujours plus ou moins à l'œuvre en photographie. Elle compose en partie (en partie seulement) avec ce qui de toute façon est voué à disparaître ou à s'oublier. Elle tente de donner forme et sens à ce "presque-rien" ou ce "je-ne-sais-quoi" qui affleure soudain entre le regard et le monde. Elle substitue une image au récit qui manque et qui de toute façon ne pourrait s'élaborer dans l'instant. Elle figure ce qui dans l'immédiat échappe aux mots, à la trop laborieuse construction d'une narration. 
La photo s'apparente au "quoi-qu'il-en-soit". 
J'ai été là, un trouble m'a saisi. J'ai cadré plus ou moins vite. J'ai appuyé sur le déclencheur. On ne sait pas ce qu'il en adviendra, mais, sauf erreur de manipulation, maladresse à la prise de vue, l'image est "quoi qu'il en soit" dans le boîtier. ("Pourvu qu'elle ne soit pas abîmée ou annulée au tirage" espérait-on avant l'apparition du numérique). Elle sera un jour tirée, et deviendra un objet réel ayant la forme d'un souvenir.
Celle de cette grange à l’abandon a été prise il y a bien des années. Son négatif est demeuré longtemps entre deux fines couches de papier cristal, soigneusement rangé dans un classeur, lui même bien en place sur une étagère. Je ne me souviens pas du moment précis où je l'ai prise. Je peux la situer dans le temps grâce à la "planche contact" qui elle, par contre, permet de construire une vague narration du fait de l'agencement chronologique des images.
Pourquoi ai-je éprouvé le besoin de la ressortir ?
Je lui ai soudain trouvé une certaine beauté. Et puis la neige. Peut-être n'avais-je encore jamais vu la neige sur ce paysage avec lequel j'entretiens une relation ambigüe et où je n'ai plus guère l'occasion de retourner.  

mercredi 23 août 2023

D'autres façons de décrire l'univers

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Voilà,

sur un site de vulgarisation scientifique, cet article auquel je repense très souvent, a retenu mon attention. Il révèle évidemment l’aspect le plus séduisant de la nature humaine, celui de se poser des questions étranges. Je le livre tel quel parce que j’ai tenu à le garder.

"Je me suis toujours demandé, si nous rencontrions une race extraterrestre intelligente, auraient-ils découvert les mêmes lois physiques que nous, ou pourraient-ils décrire l’univers d’une manière différente ?", s’interroge Hod Lipson, l’un des scientifiques ayant mené ces recherches, dans un communiqué de Columbia University. C’est un peu avec cette idée en tête qu’une équipe d’ingénieurs a conçu un programme basé sur l’apprentissage automatique destiné à l’observation de phénomènes physiques. Les résultats des recherches ont été publiés dans la revue Nature Computational Science le 25 juillet 2022.

En effet, comme le rappellent les scientifiques, l’observation et la compréhension des variables ont toujours précédé les grandes théories physiques. "Pendant des millénaires, les gens connaissaient les objets se déplaçant rapidement ou lentement, mais ce n’est que lorsque la notion de vitesse et d’accélération a été formellement quantifiée que Newton a pu aboutir à sa célèbre loi du mouvement F = MA", note par exemple Hod Lipson. Il est donc tout à fait plausible de supposer que des phénomènes physiques peuvent encore nous demeurer inaccessibles simplement parce que nous n’avons pas encore compris leurs règles de fonctionnement. "Quelles autres lois manquons-nous simplement parce que nous n’avons pas les variables ? ", résume ainsi Qiang Du, qui a codirigé les travaux.

Afin de mener leur expérience à bien, les scientifiques ont donc d’abord "nourri" leur programme avec des vidéos brutes de phénomènes déjà bien identifiés. Par exemple, ils lui ont proposé une vidéo d’un double pendule oscillant, qui est connu pour avoir exactement quatre "variables d’état" — l’angle et la vitesse angulaire de chacun des deux bras. L’algorithme qu’ils ont utilisé est spécialement conçu pour observer des phénomènes physiques via ce type de vidéo, et pour en " rechercher l’ensemble minimal de variables fondamentales qui décrivent pleinement la dynamique observée".

Il lui a fallu quelques heures d’analyses pour produire une réponse à la question " par combien de variables ce phénomène peut-il être décrit ?" : 4.7. "Nous estimions que cette réponse était assez proche, d’autant plus que l’IA avait seulement accès à des séquences vidéo brutes, sans aucune connaissance de la physique ou de la géométrie. Mais nous voulions savoir quelles étaient réellement les variables, pas seulement leur nombre", décrit Hod Lipson. C’est là que les choses se sont compliquées pour les chercheurs. En effet, les quatre variables identifiées par le programme ne semblaient correspondre à rien de connu. Seules deux d’entre elles pouvaient vaguement correspondre à l’angle des bras. "Nous avons essayé de corréler les autres variables avec tout ce à quoi nous pouvions penser : les vitesses angulaires et linéaires, l’énergie cinétique et potentielle, et diverses combinaisons de quantités connues. Mais rien ne semblait correspondre parfaitement », explique Boyuan Chen. L’équipe était pourtant convaincue que le programme avait trouvé un ensemble valide de quatre variables, car elle avait fait la preuve que ses prédictions étaient bonnes. Ils en sont donc arrivés à une conclusion : ils n’étaient simplement pas en mesure de comprendre le  "langage mathématique" utilisé par leur création.

Ils ont ensuite poursuivi l’expérience en validant un certain nombre de systèmes physiques qu’ils connaissaient, puis en alimentant l’IA avec des vidéos dont ils ne connaissaient pas les "réponses" exactes. Un danseur-des-vents devant un parking de voitures d’occasion, pour lequel le programme a trouvé 8 variables, une lampe à lave, qui a aussi produit 8 variables, et un feu de cheminée, qui a renvoyé 24 variables. Reste donc à savoir à quoi correspondent exactement ces variables. Pourraient-elles être les indices de nouveaux principes de physique ?

"Peut-être que certains phénomènes semblent énigmatiquement complexes parce que nous essayons de les comprendre en utilisant le mauvais ensemble de variables. Dans les expériences, le nombre de variables était le même à chaque redémarrage de l’IA, mais les variables spécifiques étaient différentes à chaque fois. Alors oui, il existe d’autres façons de décrire l’univers et il est tout à fait possible que nos choix ne soient pas parfaits", affirment les scientifiques.

Dans cette image du Musée des sciences prise depuis le parc de La Villette, je vois à la fois une fraction du ciel et, dans son reflet, une plus grande étendue de ce dernier sur une surface moindre. C'est à dire que je vois en même temps deux fois la même chose de façon différente. Ce genre de situation me fascine depuis mon enfance et continue de m'étonner. 

Je crois que je fais des photos parce qu'au fond je n'ai jamais cessé de douter de la réalité qu'il m'était donné de voir, ou peut-être simplement parce que j'ai toujours espéré que la photo me donnerait en fait à voir quelque chose d'invisible.

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lundi 24 avril 2023

Mais il y a toujours quelque chose qui m'échappe (12)

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Voilà
ça me revient
la copine de mon frère, quoique beaucoup plus jeune que lui, l'appelait "bébé". Je trouvais ça totalement ridicule.
 
ça me revient
cette séquence du film d'Oliver Stone "Né un 4 juillet" où l'on voit deux vétérans de la guerre du Vietnam en fauteuil roulant sur une route en train de s'engueuler, chacun se vantant d'avoir tué beaucoup plus de viets que l'autre. Le plan qui suit montre deux fauteuils vides renversés sur le bord de la route. On comprend que les deux paraplégiques que l'on voit inertes en contrebas, dans un fossé ont fini par se battre jusqu'à épuisement. Cette séquence résume assez bien la nature humaine. L'humanité est plus constituée de blaireaux de ce genre que de Monteverdi, de Michel-Ange, de Noureev, de Fleming, bref de génies qui contribuent au bien-être de l'humanité et à prodiguer la beauté dans ce monde. Le mal et la cupidité se répandent plus vite et plus largement, que la bonté et la générosité.

ça me revient
j'ai d'abord dessiné des voitures de courses et des hydroglisseurs de profil sur des feuilles à petits carreaux. Ensuite des joueurs de football aux formes carrées dont les bustes étaient de face et les têtes et les jambes de profil. Il y eu pendant l'hiver 1968, la mascotte des jeux olympiques qui s'appelait Shuss. Au Kremlin-Bicêtre, quand j'étais en quatrième j'ai dû dessiner des chanteurs et des musiciens de rock. Entre la troisième et la terminale je n'ai aucun souvenir. Après j'ai dessiné des têtes avec des boyaux et des estomacs, et puis ensuite des silhouettes maigres et tourmentées
 
ça me revient
cette photo a été prise au musée de l'Orangerie des Tuileries, sans que je puisse pour autant me rappeler l'année ni les circonstances.
 
ça me revient
des noms de grands sportifs de mon enfance : Philippe Gondet qui avait marqué le but de la victoire contre la Yougoslavie et permis à la France de se qualifier pour la coupe de monde de 1966, Donald Campbell et le bluebird proteus qui avait battu un record de vitesse sur le lac salé Eyre en Australie — on en parlait dans le journal de tintin —, Alain Mosconi le champion de natation français qui appartenait au cercle nageur de Marseille, Eusebio qui jouait au Benfica de Lisbonne dans les années 60 et qui je crois avait fini meilleur buteur de la coupe du monde en Angleterre

ça me revient
les disques Play Bach de Jacques Loussier adaptation de Bach en Jazz, qu'Agnès avait dans sa chambre

ça me revient
le clochard un jour qui m'apercevant et me montrant du doigt a hurlé "papa je te reconnais". Il avait l'air pourtant bien plus âgé que moi.

ça me revient le livre "Commentaires" de Chris Marker édités au Seuil dans lesquels il y avait des textes, des photos et une mise en page singulière avec une typographie en caractères gras. Il y en avait un chez Philippe et Dominique.

ça me revient
les stylos Baignol & Farjon

ça me revient
le numéro 300 des "cahiers du cinéma" conçu et réalisé de bout en bout par Jean-Luc Godard. Je ne sais pas à partir de quand la typographie du titre est devenue la même que celle des cahiers de l'art, édité par Christian Zervos dans les années 20

ça me revient
on parlait parfois de l’UNESCO dans le journal de tintin

ça me revient
dans les années 2004 ou 2005 j’écoutais beaucoup l’album d’Anja Garbarek "Smiling and waving"

ça me revient
"C'est dans le vide de la pensée que s'inscrit le mal" Hannah Arendt

ça me revient
Armande Altaï et Mama Bea Tekielski, qui se produisaient l'été à Villeneuve-lez-Avignon, dans les années soixante-dix, pendant la durée du festival.
 
ça me revient
le slogan publicitaire dans les années soixante : "le camping c'est Trigano"
 
ça me revient
quand j’étais enfant les épreuves de ski alpin étaient retransmises en direct à la télévision
 
ça me revient 
Telstar le tube des Tornados et Apache, celui des Shadows (il existe aussi une belle version de Telstar par les Shadows ). Quand j’étais enfant le son de ces deux instrumentaux me fascinait. C'était au temps de la conquête spatiale naissante qui donnait au présent un petit air de science fiction.

ça me revient
Lors de sa sortie le film de Roberto Begnini "La vie est belle" m’était apparu d’une indécence insupportable. je me souviens d'ailleurs d'un dessin d'Art Spiegelman à ce sujet

ça me revient
dans les Landes on appelait une coque, un pain qui faisait à peu près la taille d'une chocolatine
 
ça me revient 
il y a deux ans en Janvier mon oncle m'avait appelé pour me dire officiellement qu'il était en dépression, courant avril il m'avait annoncé qu'il avait un vague cancer fin Aout il avait quitté ce monde. Entre temps il avait eu le temps d'acheter une nouvelle maison —  sa façon sans doute de s'accrocher à la vie — et de découvrir la musique de Monteverdi — manière peut-être de se préparer à la mort. En fait non, ça ne me revient pas, j'y pense au contraire assez souvent.

ça me revient
On écoutait Pino Daniele, Antonello Venditti (Sotto il segno dei pecci), Lucio Dalla on buvait on fumait on déconnait, on ne s’en faisait pas trop, on prenait les choses comme elles venaient. La gauche était passée on sentait que les choses changeaient. C'était à l'époque du spectacle Dell'inferno

ça me revient
quand j'étais jeune, sensiblement à l'époque dont je parlais ci-dessus, j'aimais bien l'été chausser des Fairmount blanches avec leur semelle en crêpe rose
 
ça me revient, mais il y a toujours quelque chose qui m'échappe

mardi 21 mars 2023

Dans l'ambre du passé

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Voilà, 
ces fractions de secondes, bien des années après, comme serties dans l'ambre du passé. Ces instants insignifiants qui pourtant exigeaient de ne pas se laisser oublier. Je me souviens d'errances solitaires dans la ville froide et humide, de cet accablement et ce sentiment d'échec que je traînais alors, songeant qu'il me faudrait vivre désormais avec ça, le restant de mes jours. Était-ce à cause de la lumière pâle, de cette silhouette solitaire, de l'étonnement d'être là ? J'ai pris la photo. Depuis j'ai vécu plus d'années que je n'en avais alors. 

mercredi 25 janvier 2023

Sous le ciel uniformémént gris

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Voilà,
c'était l'année dernière au mois de Janvier. Sous le ciel uniformément gris, je marchais dans le jardin des Tuileries. J'allais retrouver une amie perdue de vue depuis longtemps, afin de visiter en sa compagnie une exposition consacrée à De Kooning, au musée de l'Orangerie. Levant la tête, la possibilité d'une photo géométrique, presque constructiviste s'offrit à mon regard. En même temps émergeait de ma mémoire ce malaise éprouvé dans les allées du jardin des plantes, un autre matin d'hiver, alors que je n'avais que quatorze ans. Une vague de tristesse et d'incompréhension m'avait alors submergé. Le lugubre spectacle des arbres squelettiques dépourvus de feuilles et si absurdement taillés en avait été la cause. 
Un demi-siècle après, la perspective d'un cadre précis, le projet d'une composition froide et rigoureuse, presque abstraite, opposant les courbes de la nature à la férocité sécatrice de l'homme, me préserverait d'un brusque accès de mélancolie. 

jeudi 24 novembre 2022

Par effraction

Voilà,
il suffit peut-être simplement de revenir au projet initial de ce blog. Si je me trouve dans une telle incapacité à écrire quoi que soit de neuf ces derniers temps ou à apparier des images à des textes, c’est sans doute parce que je me suis égaré en cours de route. Du monde je ne puis plus rien dire d’autre que je n’ai déjà écrit. C’est certainement la raison qui m’incite à republier de vieux articles. Bien sûr mon indignation, ma révolte ou mon chagrin peuvent toujours trouver d’autres motifs. Mais ce sera vraisemblablement du pareil au même. Tout risque à nouveau de prendre la forme du regret ou de la déploration, puisque mes constats sont sans effet sur ce monde. Celui de gens très intelligents ayant une plus grande couverture médiatique non plus d'ailleurs. De cela je me fatigue désormais. Je peux toujours considérer mon pessimisme comme une forme de lucidité, cela n'y change rien. L'Ecclésiaste avait raison : c’est irrémédiablement sans issue. Mais sans espoir de réponse il faut cependant continuer de poser des questions. Il ne reste que cela les questions.
Ma façon à moi de les poser, ce sont précisément les photos — les dessins les collages aussi — que j’introduis dans ces pages. C’est elles que je dois m’obstiner à sonder, à fouiller. J’écris au milieu de la nuit, depuis l’insomnie et la solitude, non loin d'un gouffre au bord duquel je m’agrippe pour ne pas tomber en songeant à l'image ci-dessous qui pourrait a priori sembler quelconque et qui justement ne l’est pas pour moi. 
 
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Ma perception du réel se disloque parfois, s’effrite le plus souvent. Je perds les noms, je ne mets plus en relation les choses, les événements. Que je change de lieu ou d’espace et aussitôt s’installe une sorte de confusion. Par exemple, telle personne croisée quelques jours auparavant dans une ville, où je l’aurais tutoyée, je vais la voussoyer dans telle autre. Les noms disparaissent, les règles de grammaire que je croyais autrefois maîtriser deviennent énigmatiques.... Mais parfois une fraction de seconde retient toute mon attention ; c'est cette image que je veux raconter. Au début il s'agit simplement de photographier ce tableau de Walter Sickert qui m’intrigue à cause du rouge du personnage qui se tient debout sur une scène. Mais soudain entre la toile et mon regard, s'interpose cette chevelure argentée. J’ai tout de même envie d'isoler cet instant, à cause de la façon dont cette texture prend la lumière sur ce fond carmin, face à cette toile qui m’intrigue en raison des rapports de couleurs que le peintre y a introduits. L’existence de cette image tient à mon trouble devant les choix et les équilibres chromatiques de Sickert. Comme si soudain ces cheveux, occultant les visages au premier plan sur la toile, absorbaient, minoraient  ou déplaçaient  ce trouble. Tout à coup cette masse argentée, se substituant aux spectateurs du premier plan sur la toile m'est apparue comme "bienvenue" et "opportune". Elle introduit de la courbe où il n'y avait que des angles, elle injecte de l'oblique, où il n'y a que verticalité et horizontalité. Bien sûr à l'instant où je déclenche, je ne me formule rien de la sorte. C'est juste l'intuition que je n'ai rien à perdre si je saisis cette intrusion qui déplace mon attention. Soudain, la masse argentée me paraît nécessaire et indispensable et comme une valeur ajoutée à ce que je vois. C'est d'ailleurs bien de cela dont il s'agit, une valeur chromatique ajoutée, en quelque sorte par effraction. A présent, je n'ai plus envie de montrer le tableau dans son entièreté. Si quelqu'un.e veut vraiment trouver ce qui en est caché, qu'il ou elle cherche sur le net ; trouvera facilement. J'aurais peut-être en revanche, la tentation de photographier, dans les prochains jours, des gros plans de cheveux argentés. Pourquoi pas. Il faut que j'envisage ça un peu sérieusement.

jeudi 4 août 2022

Crow

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Voilà,
à ce moment là, j'ai compris que je n'avais pas perdu ma journée. Quelques jours auparavant j'avais vu le film "Uccellacci e uccellini" de Pier Paolo Pasolini, où un corbeau joue un grand rôle, et sans doute cette vision y faisait-elle écho. J'étais heureux de voir ça, comme je le suis à présent de le partager. Ma tristesse s'est alors évanouie. J'étais encore vivant, en mesure de marcher, de regarder, de saisir quelque chose hors de mon quotidien. J'étais concentré sur cet instant que je voulais retenir et qui me paraissait comme un cadeau de la providence. On dit que les corbeaux sont très intelligents. Celui-ci en tout cas paraissait bien méditatif. Peut-être songeait-il à l'abolition des privilèges proclamée un 4 Août 1789 à Paris, dont il ne reste pas grand chose aujourd'hui, et qui au fond n'eut guère d'influence sur le destin des corvidés. De quel fantôme était il la vigie ?

mercredi 13 juillet 2022

Fête Nationale

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Voilà,
ce quatorze juillet, comme tous les ans, le Président de la République et son état-major vont célébrer en grande pompe, l'attaque à main armée d'une prison d'état par un groupe de casseurs radicalisés qui contestaient des lois et un système injustes ne servant que les intérêts d'une classe dominante au détriment de toutes les autres. 
 En 1880, dix ans après la défaite de 1870 contre les Prussiens et la capture de Napoléon III, la France de la troisième république veut montrer qu'elle a reconstitué son armée et institue pour la fête nationale cette parade militaire devenue depuis une tradition. Ça réjouit le populo et les touristes en même temps que cela entretient chez certains l'illusion que ce pays compte encore dans le monde.  Sûrement ce défilé a-t-il aussi quelque chose à voir avec "l'art d'être français" concept fumeux dont notre président s'est gargarisé pendant un temps. Ce serait, d'après lui, "une manière très particulière d'être ce que nous sommes"  caractérisée par "la volonté de bâtir ensemble profondément résolument". Bâtir profondément, fichtre pour quoi faire ? Pour toucher le fond ? pour creuser notre tombe ? enfouir des déchets ? L'art d'être français, c'est surtout l'art d'être con, arrogant, prétentieux, de vouloir tout expliquer ("le français ne te parle jamais, il t'explique" constatait avec humour un éditorialiste suisse), tâche dont notre actuel leader s'acquitte avec un certain brio et sans crainte du ridicule. Il suffit de se rappeler qu'il y a bientôt deux ans — je ne sais toujours pas quelle mouche l'avait alors piqué —, mais tout à coup lui était venue l'idée de réformer le Liban. La France, où lui et sa clique d'incompétents avaient, – l'a-t-on déjà oublié ? – particulièrement brillé lors de la crise du Covid ne lui suffisait plus, il fallait qu'il aille faire le malin de l'autre côté de la Méditerranée. "Réformez vous où je vais me fâcher". Alors que la corruption régnait (et règne toujours) dans l'hexagone, et que bien des membres de sa majorité sont loin d'avoir les mains propres, il décidait de s'attaquer à celle qui gangrène le Liban. Et voilà qu'avec sa voix de fausset il jouait au Père Fouettard, dans un pays étranger, tançant ses dirigeants et invectivant même au passage un journaliste français qui, pour y avoir vécu, connaissait pourtant sûrement mieux que lui les arcanes du Moyen-Orient. 
Mais bon, sa Suffisance Manu le Premier qui fait souvent penser à Rusty le petit compagnon du chien Rintintin, l'a souvent dit, il se sent "porté par le destin". Persuadé que son verbe zozotant peut changer le monde, le voilà qui va prêcher et donner des leçons au delà de nos frontières, alors qu' il est incapable de convaincre la nation qui l'a élu par défaut. A ce titre, son attitude depuis le début du conflit en Ukraine est assez parlante. 
Ce pays est aussi celui de La Fontaine, qui a écrit la fable de "la grenouille un voulait se faire aussi grosse que le bœuf" et celui de Gide pour qui "c'est presque toujours par vanité qu'on montre ses limites en cherchant à les dépasser", mais peu s'en souviennent. 

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Ces derniers jours, les uberfiles (une enquête reposant sur des milliers de documents internes à Uber, adressées anonymement au quotidien britannique The Guardian et transmis au consortium international des journalistes d'investigation et à 42 médias partenaires, dont le journal "Le Monde") laissent supposer que, lorsqu'il était ministre du budget, Macron a favorisé l'entreprise Uber au détriment de l'intérêt général et qu'il a activement œuvré pour tenter d'imposer une dérégulation du marché alors que le premier ministre de l'époque y était opposé. On apprend en outre que cette société utilisait en France et dans d'autres pays une technique (intitulée kill switch) lui permettant de verrouiller à distance ses ordinateurs, lors des visites des forces de l'ordre, tout en multipliant les pressions politiques.

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Cette photo de la femme au périscope, prise en 1983, lors du défilé sur les Champs-Elysées, comme en atteste le programme qu'ell tient à la main, me touche. Simplement parce qu'elle me rappelle ma jeunesse, et que l'avenir était alors beaucoup plus riche de possible qu'il ne l'est maintenant. Et c'est comme si elle regardait par-delà les années ce que le monde où elle n'est sûrement plus et où je demeure encore, est devenu.
Ce jour là, j'avais passé la matinée à photographier des groupes sur des bancs regardant passer le défilé. Certains avaient dû arriver très tôt et pour rien au monde n'auraient quitté leur piédestal, même si le fait d'être photographié leur déplaisait.

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J'étais alors maladroit, pas très bon pour faire un cadre. Ça me permettait de prendre mon temps pour faire le point, ajuster ma convenance. D'ailleurs la plupart du temps, absorbé par le spectacle, les gens ne s'apercevaient pas que j'existais. J'avais eu à l'époque, l'idée de me rendre à tous les défilés du 14 juillet tant que la présidence serait socialiste. J'avais en tête que les français ne changeaient pas, même sous un nouveau régime et que la fascination nationaliste demeurait intacte. Et puis j'ai vite laissé tomber. Je me suis lassé. Comme de bien des choses et de bien des gens. Je crois me souvenir que c'est cet été là que j'ai lu la trilogie de Céline, Rigodon - Nord - D'un château l'autre. 
Tiens, Céline, à propos du peuple qui aime les défilés. C'est dans "Voyage au bout de la nuit" : « Il n’y a de repos, vous dis-je, pour les petits, que dans le mépris des grands qui ne peuvent penser au peuple que par intérêt ou sadisme… Les philosophes, ce sont eux, notez-le encore pendant que nous y sommes, qui ont commencé par raconter des histoires au bon peuple… Lui qui ne connaissait que le catéchisme ! Ils se sont mis, proclamèrent-ils, à l’éduquer… Ah ! ils en avaient des vérités à lui révéler ! et des belles ! Et des pas fatiguées ! Qui brillaient ! Qu’on en restait tout ébloui ! C’est ça ! qu’il a commencé par dire, le bon peuple, c’est bien ça ! C’est tout à fait ça ! Mourons tous pour ça ! Il ne demande jamais qu’à mourir le peuple ! Il est ainsi. “Vive Diderot !” qu’ils ont gueulé et puis “Bravo Voltaire !” En voilà au moins des philosophes ! Et vive aussi Carnot qui organise si bien les victoires ! Et vive tout le monde ! Voilà au moins des gars qui ne le laissent pas crever dans l’ignorance et le fétichisme le bon peuple ! Ils lui montrent eux les routes de la Liberté ! Ils l’émancipent ! Ça n’a pas traîné ! Que tout le monde d’abord sache lire les journaux ! C’est le salut ! Nom de Dieu ! Et en vitesse ! Plus d’illettrés ! Il en faut plus ! Rien que des soldats citoyens ! Qui votent ! Qui lisent ! Et qui se battent ! Et qui marchent ! Et qui envoient des baisers ! À ce régime-là, bientôt il fut fin mûr le bon peuple. Alors n’est-ce pas l’enthousiasme d’être libéré il faut bien que ça serve à quelque chose ? Danton n’était pas éloquent pour les prunes. Par quelques coups de gueule si bien sentis, qu’on les entend encore, il vous l’a mobilisé en un tour de main le bon peuple ! Et ce fut le premier départ des premiers bataillons d’émancipés frénétiques ! Des premiers couillons voteurs et drapeautiques qu’emmena le Dumouriez se faire trouer dans les Flandres ! »

mercredi 25 mai 2022

Les matins où je redoute la banalité

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 Voilà 
"une de mes promenades favorites – les matins où je redoute la banalité de la journée qui s'annonce, autant que l'on peut craindre la prison – consiste à partir lentement à travers les rues, avant l'ouverture des magasins et des boutiques, en écoutant les lambeaux de phrases que les groupes de jeunes gens ou de jeunes filles (ou des deux) laisse tomber, comme des aumônes ironiques, dans cette école invisible de ma méditation en liberté". (Fernando Pessoa)

samedi 18 décembre 2021

Mais il y a toujours quelque chose qui m'échappe (7)

 
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Voilà,
ça me revient
lorsque j'ai vu tout au fond de la salle de cinéma "le Louxor", avant que ne commence la projection, cette femme solitaire en train de s'atteler à ses mots fléchés, et sans doute séduit par sa robe colorée, j'ai, songeant aussi qu'il y aurait peut-être dans cette image quelque chose qui pourrait évoquer Edward Hopper, discrètement déclenché mon smartphone. J'ai eu raison. En plus c'est vraiment un coin du monde.
 
Ça me revient
c'était en 1991, lors de la première guerre du Golfe, alors qu'elle était  sur le point de s'achever, la fois où le géniteur a dit devant la télévision "ah j'aimerais vraiment y être". J'ai alors compris, que toute ces histoires de défendre le drapeau, l'honneur la civilisation ou je ne sais quoi, c'était vraiment des conneries, que ce qui excitait vraiment les guerriers, c'était l'adrénaline, l'odeur de la poudre, qui laissait une empreinte définitive dans le corps

Ça me revient
la boîte en fer blanc des cigares "Panter" que fumait parfois mon grand-père, et que j'allais chercher en vélo chez Malardeau le buraliste de Saumur où il avait ses habitudes

Ça me revient 
la fois où j’ai pris un pot avec Philippe Faure, place de la Madeleine et qu'il m'avait fait remarquer que j’étais habillé très à la mode parce que j'avais emprunté un genre de sarouel qui appartenait à la Primevère, ce qui constituait pour moi une sorte de futile audace, inhabituelle mais cependant bienvenue.

Ça me revient
la chanson "Education sentimentale" de Maxime le Forestier que ma cousine surnomme Maxime le foxterrier pour déconner. Je me souviens que Dominique m'avait dit qu'elle la trouvait quand même un peu cucul. C'est vrai qu'on a des faiblesses à seize ans. Mais les images mentales que suscitaient cette chanson je ne les ai pas oubliées j'ai toujours seize ans
 
Ça me revient
La plage au bord du lac d’Hourtin où ma fille fit sa première marche sur de sable. J'ai toujours pensé que ça serait bien d'y passer des vacances d'été, mais je ne l'ai jamais fait.
 
Ça me revient
Eric Doye mettant Yma Sumac très fort dans sa loges du TGP lorsque nous y jouions Cymbeline de Shakespeare
 
Ça me revient 
la boulangerie Poujauran rue Jean Nicot ou j’allais avec ma moto chercher du pain et où il était possible de trouver ce gâteau qu'on appelle pastis landais
 
Ça me revient : La revue systeme D, la revue des bricoleurs dans les années 60
 
Ça me revient
au jardin public de Bordeaux alors que je m’y promenais avec ma fille, la désagréable sensation l'été 2021 concernant ma mobilité , et puis courant août ces problèmes de vue.
 
Ça me revient
à une certaine époque j'écoutais souvent à la maison la première sonate de Brahms, ma fille devait avoir trois, quatre, ou cinq ans. Si je me souviens bien, on l'entend en arrière plan dans un film où je l'interroge sur un dessin qu'elle est en train de fabriquer
 
Ça me revient
un bouquiniste à l'accent marseillais dont la boîte se trouve non loin de l'Institut m'a fait découvrir Lennie Tristano
 
Ça me revient
à Parentis-en-Born, un mât surmonté d'une couronne de laurier tricolore se dressait devant la maison du député maire André Mirtin
 
Ça me revient 
il y avait un disque de Randy Weston chez les Tiry.
 
Ça me revient
mon père possédait des vieux soixante-dix-huit tours dont l'un de Duke Ellington sur lequel était gravé "In my solitude"
 
Ça me revient 
que l'intitulé de mon devoir de français à l'épreuve du BEPC, que j'ai passée rue d'Alésia, était "S'informer est notre premier devoir"
 
Ça me revient
avoir passé fin 1988 la Saint Sylvestre dans un hôtel particulier de l'avenue de Villiers, vide, à part le matériel pour diffuser de la musique et des tables pour manger et boire, parmi des gens pour la plupart plus jeunes que moi, très bourgeois, et souvent assez cons, et y avoir rencontré un jeune type qui ressemblait déjà à un vieux, très imbu de lui-même, qui m'avait dit qu'il serait un jour président de la république, et j'avais opiné du chef en disant que "ma foi c'était une fort belle ambition", tout en pensant intérieurement que ce mec était vraiment une truffe. Bien des années après, j'ai appris que j'avais été en présence d'un homme qui, était devenu un leader politique des années 2010 et au passage un remarquable petit trou du cul très imbu de lui-même. Plus tard il est tombé sur plus retors que lui, et s'est fait en outre rattraper pour quelques malversations et combines frauduleuses. Mais il est toujours maire d'une petite ville d'Ile-de-France et continue de disposer de tous les avantages d'un ancien député.
 
Ça me revient
lorsque j’étais enfant j’ai vu au cinéma de Biscarrosse-Bourg, dans le cadre d’une sortie scolaire un documentaire en noir et blanc sur Valparaiso où je n’irai jamais, et je me rappelle qu'il était question d'un funiculaire

Ça me revient
ce soir là où je n'avais pas eu très envie d’aller à une soirée vers le canal Saint Martin et que j'avais éprouvé cette sensation entre la déprime et la flemme, qui nous fait nous demander si ça vaut le coup, si on va vraiment passer un bon moment, finalement je m'étais dit "Non, je suis aussi bien chez moi", de toute façon je m'étais fait larguer quelques semaines auparavant, j'étais pas en forme, j'avais commencé à regarder un match de foot chiant à la télé puis j'étais allé m'endormir....

Ça me revient
le premier concert classique que ma fille a vu était dans une église en Bourgogne, à Bois Sainte Marie le 2 Août 2019 avec Les Maubert, les Guillebon. Je ne me souviens plus du programme, il y avait du Schumann en tout cas mais je me rappelle que le pianiste était Nelson Freire disparu le 1 novembre de cette année

Ça me revient 
j’ai découvert la salade tomate mozarella chez Philippe et Dominique. Je me souviens aussi des foies de volailles en gelée que préparait Dominique

Ça me revient, 
dans un train qui pourtant m’emporte en automne vers Lille, des descentes de Châteaudouble à Draguignan l’été pour y faire des courses et surtout des pâtes fraîches qu’on achetait chez l’italien et aussi le détour par la piscine de Draguignan avant de remonter au village.

Ça me revient 
mais il y a toujours quelque chose qui m'échappe

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