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dimanche 14 septembre 2025

Du travail de pro

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Voilà 
Charlie Kirk. Un fasciste de compétition. Le modèle d’exportation. Antisémite mais favorable au massacre des Palestiniens — On en a de semblables ici aussi en France. Misogyne, suprémaciste, homophobe, climatosceptique, pro-arme, anti-avortement, bref : la totale. 
À l’affiche quotidienne du stand-up trumpiste, colporteur professionnel de fake news, animateur en chef de l’attaque du Capitole. Son CV : la haine comme fond de commerce, la bêtise comme capital symbolique.
Porter une arme à feu selon lui était un droit issu de la volonté de Dieu. Dieu est parfois un foutu galopin avec ceux qui y croient ou professent d'y croire. 
Pour celui qui disait  "En fait, je ne supporte pas le mot empathie. Je pense que l'empathie est un terme New Age, inventé, qui fait beaucoup de mal" une balle dans la gorge. 
Une seule. Du travail de pro. 
Pas d'empathie donc.

Trump le sauveur autoproclamé de la nation, ce concentré de bêtise, de méchanceté, d'arrogance, d'infatuation, d'ignorance, de brutalité, de racisme, de corruption, de mensonge, d'incompétence qui, au mépris du droit américain a décidé de saper un a un tous les principes fondateurs de son pays avec la complicité des élus républicains du Sénat et de la chambre des représentants, Trump donc jaillit sur les ondes.
Kirk mort
Trump furieux. 
Pathos en cascade, lamentation réglée, hymne à la victime qu’on hisse en martyr. Les caméras tournent, la machine pleure. Trump lyrique (enfin, dans la mesure de ses moyens). Trump en mode oratorio apocalyptique : "la gauche radicale assassine nos héros". Ben voyons. C’est toujours elle, la main invisible, l’ennemie de la liberté — leur liberté, plus exactement : celle de pouvoir massacrer sans entrave, arrêter de façon arbitraire au seul motif d'un faciès pas trop blanc. Étonnant tout de même : Trump est nettement moins lyrique quand Melissa Hortman, représentante d’État est abattue avec son mari dans leur maison. Quand John Hoffman, sénateur est troué de balles aux côtés de sa femme. 
Moins lyrique pour ce qui concerne les morts à l’école, aussi — enfants et professeurs. Litanie américaine du carnage. 309 fusillades de masse en un an, pour la plupart d’entre elles perpétrées par des blancs. Plus de 300 morts depuis le début de l’année. Mais pas d’allocution pour ça. Trop banal, trop quotidien, trop peu rentable en émotion nationale. 
Ce qui mérite une parole, c’est le corps d’extrême-droite tombé. Ce qui ne vaut rien, c’est le sang des démocrates, c’est l’abattoir scolaire. Les États-Unis du Spectacle trient leurs cadavres : les bons pour l’écran, les autres pour la fosse commune de l’oubli. Et tout le monde continue — on pleure sur commande, on oublie sur consigne. Le pouvoir s’exerce même dans le chuintement du silence 
 Silence présidentiel. Silence comme politique, silence comme choix.
 La hiérarchie des morts, c’est sacré.
 
Le scénario est connu. Hitler a eu des son Reichstag. Trump a la balle dans la gorge de Kirk. Prétexte prêt-à-porter. Sacraliser le cadavre. Poursuivre le projet : déchaîner la Garde nationale dans les villes démocrates. Liquider l’opposition au nom de la Pureté Américaine. Recycler le crime en mythe, la peur en régime, la haine en politique. 
Pendant ce temps : le scandale pédophile colle aux basques de l'orange canker. La faillite économique est patente. La popularité fuit par tous les trous. Mais peu importe : un martyr ça occupe l’écran, ça fait de l'audimat. Un martyr ça détourne. Un martyr ça donne des forces aux fascistes. Les républicains pointent du doigt leurs ennemis habituels — la gauche radicale, les trans, les démocrates, les immigrés. C’était écrit d’avance, comme une pièce qu’ils jouent les yeux fermés. Et tout un appareil de propagande s’empresse de transformer la gorge perforée en drame national. Drapeaux en berne.

Seulement voilà : le récit s’écroule

la grand-mère du tueur — Debbie Robinson — parle. On se retrouve dans un sitcom façon Dallas. Mais là ça s'appellerait "Utah" "Toute la famille est républicaine, pro-Trump. Je ne connais pas de démocrate" , dit-elle.
Le discours vacille.
Le suspect : vingt-deux ans, blanc, mormon, Utah. Pas un infiltré, pas un "autre". Il aimait jouer à Halo un jeu de sci-fi populaire et à "call of duty". Il aimait la chasse. 
L’un des leurs. Et les balles ? Gravées de slogans, non pas antifas mais références à l’univers groyper. Cette tendance animée par Nick Fuentes, un autre leader de la jeunesse d’extrême droite qui juge Kirk trop tiède, trop compromis, pas assez pur pour "America First". Une photo de Tyler Robinson publiée sur Facebook suggère qu'il s'intéressait aux mèmes Groyper.
Ainsi, Kirk, s'il n'est pas tombé sous les balles d’un conservatisme plus extrême que le sien, aura trouvé le feu d'un type aussi taré que lui.
Trump, Trump Jr, les influenceurs MAGA criaient hier à la guerre civile. Aujourd’hui, silence. La réalité est moins commode. Car le tireur n’est pas trans, pas démocrate, pas migrant. C’est un jeune homme blanc, instable, né et armé aux États-Unis. Le problème est intérieur. Le problème est républicain. Le problème est américain.
c'est en regardant, il y a bien des années le documentaire "into the abyss" de  Werner Herzog, que j'ai réalisé que ce pays était foutu pour bien longtempsOn y trouve ce qui caractérise cette société : le culte de la violence et la bigoterie. Le gun et la bible. Et sous couvert de religion l’indigence morale et la misère intellectuelle. La vision du film "America" de Claus Drexel était aussi édifiante à sa façon. 
Cet événement qui secoue les États-Unis exprime une fois encore la folie de cette nation en pleine débâcle, fondamentalement malsaine, et obsédée fascinée gangrenée par le Mal. 
Les vieux hippies américains doivent broyer du noir. 
Ici au jardin du Luxembourg le ciel est gris.
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jeudi 3 juillet 2025

Possible

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 Voilà,
en juin 2024
Aperçue à travers la vitre musée d'Art moderne 
du Centre Georges Pompidou 
cette scène m'avait furtivement semblé
une possible image du bonheur.
Aujourd'hui ce lieu où je me suis si souvent réfugié
pour y trouver dans le foisonnement des œuvres
une joie paisible et muette
où j’ai même travaillé 
(cela me semble désormais une autre vie)
va 
– car on doit le rénover –
fermer pour plusieurs années.
Vivrai-je assez longtemps
pour remettre un jour les pieds dans cet endroit ?

mercredi 28 mai 2025

mardi 18 mars 2025

Pêle-mêle avec duchesse et rêveur

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Voilà,
Valentine de Milan, (Visconti de son vrai patronyme, peut-être une lointaine ancêtre du cinéaste) vécut de 1370 à 1408 et fut duchesse d'Orléans. Combien de fois, dans ma vie, où j'ai tant de fois traversé ce jardin, oui combien de fois l'ai-je croisée sans lui prêter l'attention qu'elle mérite. Et puis un jour elle m'a semblé intéressante, à cause du ciel peut-être à cause de l'arbre,  je ne sais pas. Je me suis renseigné. Elle fut la cousine germaine de Charles VI. Elle était dit-on connue pour sa bonté et sa charité, une bonne chrétienne quoi, et avait en plus la réputation d'être belle et intelligente. Alain Marchandisse un médiéviste belge contemporain  a dit d'elle qu'elle était "un produit franco-milanais de premier choix sur le marché matrimonial du temps". Elle épousa son cousin Louis de France, fils de roi Charles V. Il fut assassiné en 1407 et elle mourut un an après. On peut voir son gisant à la basilique St Denis.
 
*
 
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Sinon, j'ai lu récemment avec beaucoup d'intérêt, "Lumières aveugles" un livre de Benjamin Labatut qui évoque sur un mode romanesque le parcours de différents scientifiques du vingtième siècle. À propos du mathématicien Grothendieck il écrit "Il en vint à croire que les rêves n’étaient pas propres à l’être humain, mais provenaient d’une identité externe – qu’il appelait Le Rêveur – qui les envoyait pour que nous puissions reconnaître notre véritable identité. Il tint un registre de ses nuits pendant plus de 20 ans, "la clé des songes," ce qui lui permis de comprendre la véritable nature du rêveur : le rêveur n’est autre que Dieu." On a dit que Grothendieck a basculé dans la la folie et le mysticisme. Certes son hypothèse est délirante, mais bien moins cependant que le Christianisme par exemple, cette croyance absurde qu’un mort-vivant-interstellaire-juif qui était à lui-même son propre père peut nous faire vivre éternellement. Et que si l'on mange symboliquement son corps et qu'on lui dit en pensée qu'on le reconnaît pour maître, il pourra extraire de notre âme, une force maléfique présente dans l’humanité, depuis qu’un serpent qui parlait a convaincu, une femme conçue avec une côte humaine de manger le fruit d’un arbre magique. Quoi qu'il en soit, c'est la lecture de ce livre, qui évoque, aussi Schrödinger, Heisenberg, Böhr et bien d'autres qui m'a stimulé dans la réalisations de nouvelles images abstraites.


 


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Et puis pendant ce temps-là, nous assistons avec sidération à cette folie qui  se propage un peu partout sans bien réaliser que c’est aussi la nôtre.  Nous continuons de regarder impuissants le monde que nous avons connu se désagréger. Nous voudrions pouvoir nous tenir à l’écart, mais c'est impossible. Chaque jour amène sont lot de décisions angoissantes et irrationnelles, ouvrant l'espace à un peu plus de chaos. Ce qui frappe la la planète est une crise anthropologique : c’est la crise de l’humanité qui n’arrive pas à devenir Humanité et sombre chaque jour un peu plus dans la barbarie et la bestialité.

mercredi 8 janvier 2025

Se réfugier

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Voilà,
Anne chez qui j'étais il y a dix ans le matin de la tuerie de Charlie Hebdo, et que je n'ai pas vue depuis fort longtemps m'écrit ce matin qu'elle s'est rendue hier soir place de la République espérant un hommage aux victimes. Au lieu de quoi, il n'y avait que des gens se réjouissant de la mort de Jean-Marie Le Pen. Que cette vieille crapule fasciste ait cassé sa pipe à la date anniversaire de la mort de Cabu  — qui l'avait beaucoup caricaturé — est bien étrange. "Le canard enchaîné" a d'ailleurs titré aujourd'hui "Le Pen allongé "Charlie" debout".
Autre curiosité, Dans son livre "Soumission", paru ce sinistre 7 janvier 2015, Houellebecq  imaginait pour 2022 qu'un président issu du parti Fraternité musulmane (le parti des musulmans de France, pure invention de l’auteur) avait nommé François Bayrou Premier ministre. On est en 2025, on n'a pas de parti musulman en France  — et c'est tant mieux — la fille de Le Pen est aux portes du pouvoir, mais on a quand même le pitoyable et médiocre François Bayrou premier ministre d'un président immature qui ayant joué avec les institutions de la République, a rendu cette dernière plus fragile que jamais. 
En Europe, l'Italie est gouvernée par une première ministre néo-fasciste, l'Autriche a depuis hier un chancelier issu du parti neo-nazi autrichien, les Pays-Bas sont gouvernés depuis l'été par une coalition entre la droite et l'extrême-droite. La Hongrie est dirigée par un populiste qui fait les yeux doux à Poutine. En Syrie al-Qaida pris le pouvoir. En Israel et en Palestine, la haine mutuelle n’a plus de limites. Poutine continue de laminer l'Ukraine, et enfin Trump dans un discours délirant et ubuesque envisage d'annexer le Canada, le Groenland le canal de Panama et le golfe du Mexique. En outre on apprend aujourd'hui, que Facebook n'aura plus de fact-checkers si bien que la désinformation va s’amplifier. On est en pleine tragifarce. Bref tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles. 
 
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Parfois j'aimerais me réfugier dans une peinture ancienne. Comme celle-ci, de Guiseppe Zaïs, (un vedutiste vénitien du 18ème siècle) que j'ai contemplée, il y a fort longtemps, lors de mon premier séjour à Venise en 1985. Lorsque je ressemblais à cela. Je travaillais beaucoup, je jouais le rôle de ma vie, j’avais du succès, j’étais aimé, je me projetais dans l’avenir.

mardi 31 décembre 2024

Salut !

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Voilà,
On dit qu'à cette période les optimistes fêtent l'année qui vient et que les pessimistes saluent l'année passée. Je serais juste reconnaissant à la providence d'avoir exaucé les vœux que dans un moment de grand désarroi, je formulais il y a un an, à pareille époque. Pour ma part 2024 aurait pu être effroyable, elle fut seulement éprouvante. Pour l'année qui vient je souhaite juste que d'heureuses surprises y abondent, et avant tout pour ma fille qui, confrontée à une terrible adversité, s'est révélée cette année d'un courage d'une ténacité et d'une élégance qui forcent l'admiration.

mercredi 6 novembre 2024

Consternation

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Voilà,
Karl Marx considérait que l’histoire se répète d’abord comme tragédie puis comme farce. Ce qui arrive aujourd'hui Outre-Atlantique est pire qu'une tragédie parce que c'est justement un redoublement de la farce. Personne ne pourra dire qu'il n'a pas été prévenu. On a vu le lascar à l'œuvre durant quatre ans, on a pu constater son ignorance crasse (notamment durant la crise du Covid), sa bêtise, ses incohérences, sa démence mentale, il y a eu les événements du Capitole et sa tentative de sédition, les 34 chefs d'accusations en justice pour des motifs divers. Tous les anciens présidents américains, même les plus cons comme Bush, des vice-présidents, des anciens leaders républicains, les chefs d'états majors, des anciens collaborateurs de Trump ont appelé à voter contre lui. Et pourtant le voilà réélu avec les pleins pouvoirs puisque les républicains sont désormais largement majoritaires au Sénat et peut-être même à la chambre des représentants. Ce n'est pas seulement la défaite du camps des démocrates, c'est la défaite de l'intelligence de l'humanisme, des valeurs qui ont fondé la démocratie américaine il y a presque 250 ans, c'est surtout le triomphe du populisme, de la force brute et obtuse, de l'égoïsme de la bêtise, de la misogynie de la vulgarité et de la haine. 
C'est la récidive qui est consternante. Que le système électoral américain soit obsolète et absurde, c'est un fait, mais tout de même, plus de la moitié des votants ont apporté leurs suffrages à une canaille qui ne cache pas son jeu et revendique avec arrogance sa crapulerie. C'est cette adhésion qui questionne et stupéfie. Mais sans doute l'individu est-il, dans l'iconographie américaine un objet de fascination, comme le suggérait le photographe Andres Serrano. Dans son exposition "Portraits de l'Amérique" au musée Maillol, il y avait cette installation consacrée à Trump. "The apprentice" a pris sa revanche.
La servitude volontaire que j'évoquais il y a huit ans se confirme. L'empire romain a eu ses Caligula, ses Commode, ses Néron. L'empire américain a Trump. Sauf qu’en l’occurrence, c’est le peuple qui l'a choisi et désiré.
 
 
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Hegel mettait l'accent sur la rationalité de l’histoire (on a le droit de rire de ce postulat) en ce sens que chaque étape, même tragique, permet à l’Esprit d’apprendre et de progresser. Apparemment une majorité des citoyens de États-Désunis est inapte à l'apprentissage. Mais peut-être qu'un hégélien verra l'émergence du néo-fascisme américain comme un moment de crise qui, par la négation de ses excès et la prise de conscience collective, permettra une évolution vers des systèmes politiques et éthiques plus équilibrés  C'est de l'ironie bien sûr. C'est hier que ce pays avait la possibilité d’un stimulant rendez-vous avec son Histoire. Au lieu de cela il a choisi de se perdre sur un chemin bien sombre, bien ténébreux.
J'ai souvent — quitte à passer pour un pessimiste dépressif  — été plutôt lucide quant à la marche du monde, durant toutes ces années où j’ai tenu ce blog. Je n'en tire aucune fierté. Je préfèrerais être l'idiot du village et dessiner avec mes doigts. Je ne me suis jamais fait beaucoup d’illusions sur la nature humaine. Je me range à l'avis de Jean Rostand pour qui "L'humanité est une maladie de la terre. Sur les planètes saines il n'y a pas d'homme". Pourtant je n'imaginais pas que cette réélection se produirait. Je ne pensais pas que le choix délibéré de la connerie fut possible. Surtout après ce débat où il s'était couvert de ridicule. Mais bon, les gens qui votent pour Trump ne sont pas dans le domaine de la rationalité de l'intelligible et de l'argument, ils sont dans celui de la croyance. Et les faits ne pénètrent jamais le monde des croyances.
Et de plus, tout cela advient au pire moment de l'histoire de l'humanité, celui où sa survie est  pour des raisons écologiques et climatiques, plus menacée que jamais, et que sa responsabilité dans cette situation n'est plus à démontrer . On pourrait penser qu'on a atteint le fond, mais non apparemment il sera toujours possible de creuser un peu plus, et l'on peut décemment redouter que le pire soit à venir.
Jamais autant d'ordures patentées et de crétins notoires n’ont accédé en même temps au pouvoir en différents endroits du monde. A la différence des dictateurs de la fin des années trente, ils sont nombreux aujourd’hui à posséder en plus l’arme nucléaire. Bref, on n’a pas le cul sorti des ronces. 
Cela va être difficile d’avoir l’esprit léger dans les années qui viennent. Difficile aussi de s'en tenir aux préceptes du maître de Kopan.
Le weekend dernier, le dramaturge Wajdi Mouawad s’exprimait ainsi dans un entretien au journal Le Monde, : "Avec la probable victoire de Donald Trump, disait-il nous allons entrer dans une ère où la violence comme mode d’expression va se dessiner comme un droit allant de Washington à Moscou, de Tel-Aviv à Téhéran, de Pékin à Washington. Le cercle se referme sur notre époque. Entre la crise climatique et la crise géopolitique, la faillite de cette époque est d’autant plus abyssale que nous élisons ceux qui voient cette faillite comme une victoire. Comme il est chrétien et qu'il croit au salut de l'humanité et à la rédemption, il ajoute "Nous allons devoir faire preuve d’une grande solidarité pour passer à travers le cloaque qui approche et continuer à poser des gestes, si petits soient-ils, pour sauvegarder notre rapport à l’autre. Un rapport où la bonté et l’affection, comme des insectes en voie de disparition, devront être préservées pour être repollinisées plus tard. Sans doute pas de notre vivant. Pour nous, je crains qu’il soit un peu trop tard."
En exergue de cette publication, j'ai mis une photo du buste de Stefan Zweig, dont j'ai déjà parlé il y a quelque  mois. Je crois qu'aujourd'hui, il ne prendrait même pas le temps d'écrire un livre avant de se suicider.

lundi 30 septembre 2024

Se projeter s'identifier se reconnaître

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Voilà, 
ce jour là, — c'était en Juin dernier — j'accompagnais au musée des gens qui jusqu'à présent n'avaient été que des noms dans un récit et que je découvrais en réalité. Ils avaient tenu à visiter la maison de Victor Hugo, alors oui pourquoi pas. Dans l'une des salles cette apparition. Ces sculptures d'une exposition intitulée "la beauté du geste" de l'artiste Stéphane Simon dont le projet se définissait ainsi : "un ensemble de 10 sculptures réalisées à échelle humaine représentant 5 femmes et 5 hommes incarnant tous les continents, 5 athlètes olympiques et 5 athlètes paralympiques qui seront installés côte à côte sur un même pieds d’égalité pour la première fois dans l’Histoire des Jeux. Dix valeurs humanistes, issues des Chartes Olympiques et Paralympiques, sont associées aux statuaires dans lesquelles les athlètes mais également les visiteurs en provenances de tous les pays du monde pourront se projeter, s’identifier ou se reconnaître.". J'ai dérobé ce plan, parce que les différentes attitudes des sculptures m'évoquaient des gens tenant des portables. Et aussi pour l'ombre portée de la statue à proximité de la gardienne absorbée par son écran..

dimanche 15 septembre 2024

Pêle-mêle avec dessin d 'enfant

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Voilà,
la défaite de l'Occident est vraiment consommée dans la mesure où 48% de la population des États-Unis envisage d'accorder une fois encore ses suffrages à un type dont, durant la crise du covid, on a pu constater la bêtise crasse, et qui prétend dans un débat présidentiel que des immigrés haïtiens mangent les animaux domestiques. En Argentine, le président Milei, qui ne s'est jamais marié et n'a pas d'enfants, a décrit son chien mort Conan comme son ami le plus proche et son confident et prétend être en relation télépathique avec lui. 
Donc on a encore de la marge chez les gringos.
 
*
 
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Je me sens de plus en plus en plus impuissant à écrire quoi que ce soit sur le monde où je vis. Il est tellement sordide le monde, de façon générale. Cela n'a aucune utilité. Aucun sens. À quoi bon s'insurger, maugréer. Je serais amené à répéter ce que j'ai déjà écrit. C'est pour cela qu'il m'arrive de plus en plus souvent de republier des vieux posts ou de surligner des liens avec des publications passées, écrites il y a bien des années. Il faudrait juste pouvoir en rire. Mais ça serait forcément de l'humour noir. Ça ne passe pas bien sur les réseaux, l'humour noir, le second degré, l'ironie. Et puis il n'est pas certain que j'aie beaucoup d'humour en ce moment. Enfin pour écrire. Je suis plus drôle à regarder qu'à lire.
 
*
 
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C'est à cela que je ressemble en ce moment. Mon état intérieur. Effaré. Soulagé depuis quelques temps mais pas rassuré pour autant. Conscient d'avoir échappé à un grand malheur. Il y a un peu moins d'un an, je redoutais de perdre ma fille. La mort est passée près. C'est, après un long et pénible traitement une rescapée désormais. Une miraculée peut-être. Pour ma part je suis encore sonné. Ce n'est pas le lieu pour en parler. Ce n'est en fait le lieu nulle part je crois.
Tout déconne dans ce monde, mais elle est vivante. Je peux la voir, la serrer dans mes bras, l'entendre, passer du temps avec elle, la faire rire, sourire. La laisser vivre. S'éloigner à nouveau et reprendre sa liberté. Je l'admire secrètement pour la façon dont elle a traversé cette épreuve. Je ne sais pas comment ça l'a changée. Je n'ose pas lui demander. Peur d'être intrusif. Peut-être que ça ne me regarde pas.
Je dois garder pour moi les inquiétudes. Essayer de revivre. Je n'y parviens pas bien. Me laisse glisser. Je ne peux pas chasser le vieux moi, sceptique sarcastique désabusé. J'ai vu des comportement de merde durant cette période. Quand on a un enfant malade, des gens que l'on croyait fiables peuvent se révéler dénués d'empathie. Certains même très minables. Chacun ses problèmes n'est-ce pas. Il y a eu quelques bonnes surprises tout de même. Et les vieux amis.
Parce que les circonstances l'exigeaient, moi qui ne suis pas très optimiste j'ai espéré. Et mon espoir a été exaucé. Je ne crois pas en Dieu, en la providence. Je ne peux que dire "merci la science". Merci la chance dans cette adversité. Merci le système de santé français pourtant si menacé. Merci les médecins, les infirmiers et infirmières qui ont pris ma fille en charge. 
Je devrais sourire à la vie. M'émerveiller. Mais je suis cassé. Quelque chose en moi s'est cassé. J'avance dans un perpétuel étourdissement. Je n’ai plus de repères. je sens bien que je devrais penser autrement, changer ma grille de lecture. Mais je ne sais quoi mettre à la place. Je suis épuisé. Je me traîne.

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cependant je regarde toujours les murs. L'autre jour passant devant un "jardin maternel" rue du Moulinet dans le treizième arrondissement, j’ai été intéressé par cette reproduction en mosaïque de dessins d'enfants. Évidemment j'ai cherché ce qu'est  un jardin maternel car je n'avais jamais entendu ni lu cette expression. La spécificité du jardin maternel est d’accueillir en priorité des enfants de 2 à 3 ans n’ayant jamais bénéficié d’un lieu d’accueil collectif avant leur 2 ans comme une crèche par exemple. Il s’agit d’un lieu de socialisation avant l’entrée à l’école maternelle. Ce qu'on appelait autrefois un jardin d'enfants. Je me suis souvenu des dessins de ma fille, et de celui-ci que j'aime particulièrement.
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lundi 28 août 2023

Fête de Ganesh

Voilà,
 
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hier matin ma fille et moi sommes allés dans le 18ème arrondissement de Paris entre le métro La Chapelle et la gare du Nord pour assister à la procession du dieu Ganesh dans le quartier indien.  Décorées de nombreuses guirlandes, de fleurs fraîches, de régimes entiers de bananes, de noix de coco et de feuilles d'aréquiers le char abrite la statue du dieu à tête d'éléphant. 
 
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Ensuite ont défilé des femmes portant sur leurs têtes des pots de terre cuite dans lesquels brûle du camphre...
 
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....des chanteurs des musiciens des joueurs de flûte, de nageshvaram et de tambour, des danseurs avec sur leurs épaules le grand arceau de plumes de paon que les indiens appellent kavadi 

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 J'ai aperçu,
tiré par des femmes tenant deux grandes cordes en fibre végétale de vingt mètres chacune entièrement recouvert d'étoffes rouges, un autre char ...

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 .... celui de  Muruga le frère de Ganesh
 
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et aussi celui  de la déesse Durga (qui avait l'air de bien s'ennuyer)
 
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Tout au long du parcours, des offrandes bénies, des friandises et des boissons fraîches 
 
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sont distribuées.

 
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Des noix de coco ont aussi été disposées en tas devant les magasins des commerçants. La noix de coco symbolise la dureté illusoire du monde, sa chair nos actions individuelles, et l’eau qu'elle contient représente l’égoïsme humain.

 
 En brisant la noix de coco, chacun se libère et offre son cœur à la bénédiction de Ganesh.
 

dimanche 11 juin 2023

Au facteur Cheval

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Voilà,
la partie de la façade du magasin d'antiquités de Versailles "Au facteur Cheval", située à gauche du porche est en fait en trompe-l'œil parfaitement exécuté. Je me suis amusé à donner à l'image une légère patine pour en accentuer le côté désuet. Je l'ai aperçu il y a une quinzaine de jours alors que je me rendais au parc du château.

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Il recommence à faire très chaud, avec des températures plus estivales que printanières.  Dans le parc ce dimanche toutes les fontaines fonctionnaient. Ce qu'on appelle communément  "Les grandes eaux de Versailles". Cela ne sera peut-être plus un spectacle aussi fréquent d'ici quelques temps puisque de plus en plus on parle de sécheresses récurrentes pour les années à venir.

jeudi 18 mai 2023

Pas besoin de chercher midi à quatorze heures

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Voilà, 
c'était aussi simple que ça, il n'y avait pas besoin de chercher midi à quatorze heures, je n'en pouvais plus, j'en avais ma claque, ras-le-bol, ras-la-casquette, plus la force, la foi, le courage, l'énergie de faire face à son indécision, à ses atermoiements, à sa paresse égoïste. C'était physique aussi, je ne supportais plus sa mollesse d'universitaire petite-bourgeoise-bohème ni ses caprices d'enfant gâtée qui pensait que tout lui était dû. 
Parfois elle donnait l'impression qu'elle s’imaginait qu'on était à l’intérieur de sa tête, nous les deux interprètes qu'elle avait sollicités. Elle regardait la scène et nous demandait de recommencer sans indiquer ce qu'elle voulait. Parfois elle baillait quand on proposait de possibles solutions. Si on le lui faisait remarquer elle nous expliquait qu'elle était fatiguée.
Avais-je attendu d'elle plus qu’elle n’était en mesure de donner ? Probable. Sinon je ne me serais pas investi bénévolement dans cette affaire. Toujours est-il qu’il était clair désormais qu'elle n'avait rien à m'apporter intellectuellement, artistiquement, humainement. Je m'étais trompé sur son compte, et je n'avais pas envie de persévérer dans mon erreur. C'est cela que je me reprochais le plus, d'avoir espéré un miracle, une fulgurance, une inspiration qui eût donné à ce projet une autre dimension. Après tout il lui était arrivé d'écrire de bonnes choses auparavant. Mais là vraiment, elle n'était pas très inspirée. Ce n'était pourtant pas faute d'avoir fait des suggestions, des propositions. Sans doute était-elle incapable de trouver la juste distance pour raconter cette relation entre un père et une fille sur fond de rupture sentimentale. En outre, bien que prof d'université avec un titre de docteur en arts du spectacle (ce qui est quand même assez croquignolet) elle se trouvait totalement dépourvue de méthode et d’imagination. 
Était-ce une marque de vieillesse, ou parce que, sentant confusément que le temps m'était compté, je n'avais pas envie de dilapider mon énergie à des foutaises, à une histoire personnelle dénuée d'intérêt, racontée sans originalité ni fantaisie.
Ou bien manquais-je de patience, d'indulgence ? 
Bien sûr il y a des acteurs qui ont besoin de jouer à tout prix (ce qui la plupart du temps veut dire gratuitement), mais pas moi. Pas plus que les gens n'ont un besoin absolu de voir du théâtre, je n'ai besoin d'en faire. Bref, je n'avais pas envie de repartir pour une nouvelle série de répétitions. Une semaine par-ci, quinze jours par là. Et puis il y avait eu le Covid, et de nouveau une semaine ici, quelques jours là. Depuis le temps que ça durait, et que ça ne progressait pas. Et puis entre-temps elle avait fait un enfant. Sans doute avait-elle mieux à faire. Au moins ce projet avait-il servi à ça, pour elle. 
Cela m'est rarement arrivé dans ma vie de quitter un projet. Il y a aussi que pendant quelques mois, j'ai côtoyé une femme d'un authentique talent, d'une persévérance farouche, une véritable artiste ne ménageant pas ses efforts et mue par la nécessité de faire entendre ce qu'elle avait à dire. Qui plus est, respectant les partenaires qu'elle avait embarqués dans sa traversée, toujours soucieuse de leur bien-être et de leur confort. Cela sans doute y était pour quelque chose. 
Et puis, il y a eu "la goutte d'eau qui a mis le feu au poudre" comme disait Maurice Roche, injustement tombé dans l'oubli. Le petit détail apparemment insignifiant mais qui, ajouté à tout le reste m'a incité à prendre la fuite. "J'écris avec mon inconscient" s'était-elle exclamée un jour alors que je lui faisais part de quelques incohérences dans sa pièce ; "conasse pour qui tu te prends ? écris plutôt avec une gomme et un crayon pour faire des corrections" avais-je aussitôt eu envie de répondre, mais je m'étais ravisé par souci de bienséance, pour ne pas la blesser. Cette bêtise, cette prétention me sont cependant restés en travers de la gorge. Cela a suppuré quelques jours et puis  j'ai fini par lui cracher le morceau, c'était fini. 
Quelque jours après, marchant d'un pas léger rue Saint-Antoine, J'ai aperçu cette statue à laquelle jamais auparavant je n'avais prêté attention. C'était Beaumarchais, qui du haut de sa superbe, jetait un petit regard ironique sur les passants. Un grand auteur, lui, ce Beaumarchais qui en 1777, après le succès de sa pièce « Le Barbier de Séville »,  commença à militer pour la reconnaissance du droit d'auteur et créa avec quelques uns de ses semblables, le bureau de législation dramatique, dénommé société des auteurs et compositeurs dramatiques (SACD) depuis 1829, et institution toujours en activité. Cette initiative trouva son application lors de la Révolution française, notamment avec l'abolition des privilèges et avec l'inscription des droits d'auteur dans la loi Le Chapelier de 1791 garantissant à tout écrivain ses droits patrimoniaux et moraux. J'ai fait un clin d'œil à Beaumarchais mais il ne m'a pas répondu. Poursuivant mon chemin par cette belle matinée d'hiver, j'ai songé que si ça continuait comme ça, il faudrait que je prenne congé de la basse-cour de l'espèce, que je me fasse ermite. Je me suis souvenu d'une fort jolie série d'émissions sur la solitude entendue l'été dernier. Oui peut-être suis-je devenu définitivement misanthrope, après tout. Quoi qu'il en soit, c'est précisément dans des salles situées à la SACD, que je répète en ce moment en vue d'une reprise de spectacle où j'ai toujours beaucoup de plaisir à retrouver mes partenaires..

samedi 8 avril 2023

Empicassés

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Voilà,
s'il ne fut pas un artiste aussi complet que Michel-Ange en son temps, qui en plus d'être peintre et sculpteur était architecte — et quel architecte, puisqu'on lui doit tout de même le palais Farnese, l'extraordinaire basilique Sainte Marie des anges et des martyrs, la chapelle des Médicis, la bibliothèque Laurentienne et la basilique Saint-Pierre pour ne citer que quelques-unes de ses réalisations —, Picasso demeure la figure majeure du XXème siècle en matière de peinture. On peut lui préférer Matisse, lui opposer Bacon, Klee, Kandinsky (pour lequel j'ai une particulière admiration car il fut quand même l'inventeur de l'abstraction) ou encore le tendre et merveilleux Mirò, si joyeusement coloré (pour ma part ils me sont tous aussi nécessaires, et je ne parle que de ceux qui ont contribué à l'art moderne du XXeme siècle), mais nul autre n'a fait preuve d'une aussi infatigable persévérance à transgresser les codes de la peinture, et d'une telle puissance de travail. Toujours il a cherché à se renouveler, exploitant le moindre accident, assemblant des objets incongrus pour les transformer en sculpture, métamorphosant parfois des petits cailloux en pierre gravée. Celui qui, à treize ans, dessinait mieux que Raphaël, n'a eu de cesse d'explorer de tordre de déconstruire d'expérimenter avec une aisance déconcertante qu'il lui fallait à chaque fois interroger, remettre en question transgresser nier abolir. 
Hier sur Arte j'ai regardé un passionnant documentaire intitulé "Picasso l'inventaire d'une vie", grâce auquel j'ai appris des nouvelles choses le concernant. On y raconte comment Maurice Rheims, un célèbre commissaire-priseur, se consacra à l'inventaire de son œuvre. Il pensait que cela durerait six mois, cela lui a pris huit ans. Il y raconte sa surprise de découvrir autant de toiles et d'œuvres diverses que Picasso avait produites et entreposées dans ses différentes propriétés et dont personne n'avait soupçonné l'existence : 1885 peintures, 11748 dessins,  1228 sculptures,  2800 céramiques, 18 000 gravures, 6000 litho. Un inventaire qui s'est évalué au début des années quatre vingt, à 1 milliard 300 millions de francs dont 20% sont revenus à l'État français. 
En 1972, pour fêter son 90ème anniversaire, huit toiles du maître malaguène, — les seules dont disposaient alors les collections nationales — furent exposées dans la grande galerie d'honneur du musée du Louvre parmi les chefs d' œuvre du passé. Je me souviens y être allé, et c'est à cette occasion que je fis sa découverte. C'était la première fois qu'on rendait un tel hommage à un peintre encore en vie. Seul Georges Braque en 1963 avait auparavant connu le privilège d'être invité de son vivant au Louvre, mais dans un espace qui lui était entièrement dédié. Il est amusant de constater que tous deux, qui travaillèrent presque de concert à l'invention du cubisme, aient, à quelques années d'écart ainsi partagé cette faveur.
Le film est parsemé de nombreuses anecdotes. L'une en particulier m'a touché. celle de Pierre Daix, qui a beaucoup écrit sur lui, et qui visiblement ne s'est jamais vraiment remis d'avoir connu cet homme tant son émotion est palpable à chacune de ses interventions. Lors de sa dernière visite chez Picasso, celui-ci, avant qu'il ne se séparent, l'emmène dans une petite pièce et tient à lui montrer posée sur une méridienne, la toile ultérieurement  titrée "L'autoportrait devant la mort", le dernier qu'il réalisa.
 
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Comme on fête le cinquantième anniversaire de sa mort, de nombreux documentaires sont diffusés autour de Picasso. L'un deux est consacré à Françoise Gilot, qui vécut avec lui après-guerre. C'est une femme très intéressante et une peintre très talentueuse. Elle ne s'en laissa pas compter par son illustre compagnon qui n'était pas un homme facile à vivre, à cause de son machisme très espagnol. Il se comportait souvent en tyran domestique. Ce fut la seule femme qui sut se tirer des griffes de Picasso et refaire sa vie, rapidement après l'avoir quitté, la seule peut-être pour démentir cette chanson des Modern Lovers. Picasso fit en sorte de l'invisibiliser, en exigeant de son galeriste qu’il cesse de l’exposer. Le génie n'est pas exempt de mesquinerie. Lorsque Françoise Gilot, exilée aux États-Unis, publia un livre sur sa vie avec Picasso, ce dernier fit tout — sans succès d'ailleurs— pour empêcher sa parution. Et lorsqu'il fut traduit en français, Picasso mobilisa le ban et l'arrière-ban des intellectuels français pour empêcher sa publication. Une pétition fut signée par de nombreux artistes qui par ailleurs se targuaient d'être d'ardents défenseurs de la liberté. Aragon et la Triolette, Césaire, Alain Cuny, Michel Leris, même Jacques Prévert, Vercors, Jean-Louis Barrault et Madeleine Renault, Serge Reggiani, Maurice Rheims, Geneviève Anthonioz De Gaulle... Cocteau, qui toute sa vie fut pourtant confit, d'une admiration peu payée en retour à l'égard du peintre (qui s'en amusait d'ailleurs), eut l'élégance de ne pas signer. Bref, l'homme si sûr de son génie, pouvait être mesquin cruel et d'une grande lâcheté. 
Claude Arnaud, dans un récent ouvrage intitulé "Picasso tout contre Cocteau", confie, que Michel Leiris, surnommait Picasso, "le mage noir", et que ce dernier disait "chaque fois que je change de femme je devrais brûler la précédente". Espérons qu'il ne parlait que des toiles peintes où celles-ci étaient représentées. A un spectateur indignée par un portrait de femme de Picasso, Colette rétorqua un jour "elle n'est pas affreuse, elle est empicassée" . Claude Arnaud, fait malicieusement remarquer  que "empicassé" est le mot qu'utilisent les paysans breton pour désigner une vache à qui leurs voisins ont jeté un sort.
J'ai choisi pour illustrer cet article trois œuvres mineures, aperçues lors de l'exposition Picasso et la préhistoire. De petits galets sculptés, qui révèlent la part d'enfance chez cet artiste. 
Un être qui fit longtemps mon bonheur, un jour me raconta que, lorsqu'elle était enfant, elle pensait être la reine des cailloux. A sa façon Picasso lui aussi régnait sur eux, leur accordant parfois son onction de vieil enfant ("ce pervers polymorphe", selon Freud), lui qui sa vie durant prétendait s'efforcer de dessiner comme eux.

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